‹ Le Christianisme et ses origines (volume 5)Chapitre 96 sur 183 · III · texte numérisé non relu

III

puis l'empereur fit vendre toutes les terres de la Judée, et ordonna que les deux drachmes que les Juifs, dans le monde entier, versaient tous les ans dans le Temple de Jérusalem, seraient versées désormais clans celui du Capitole.

Tacite porte à 600,000 âmes le nombre des assiégés de tout âge et de tout sexe *. Le jour où la dernière enceinte fut emportée, il y eut un effroyable carnage. Sans s'arrêter aux chiffres impossibles de Joseph, on peut dire que le siège de Jérusalem a été une des plus grandes destructions de vies humaines qu'on ait jamais faites. Il faut y ajouter les grandes tueries par lesquelles les Romains célébrèrent les fêtes de leur victoire: à Césarée, à Hérite, et dans toutes les villes de Syrie où il passa, Titus donna des spectacles dans lesquels on sacrifia des Juifs de toutes les manières. Les uns durent s'entre-tuer comme gladiateurs, d'autres combattre les bêtes; il y en eut qui furent brûlés vifs : on consommait jusqu'à 2,500 hommes dans un seul de ces spectacles. Qu'on juge de ce que ce dut être à Rome.

Trois hommes avaient particulièrement porté le poids de cette défense mémorable entre toutes, C'étaient Eléazar fils de Siméon, Jean fils de Lévi, et Siméon fils de Gioras. Le premier mourut tué par des Juifs dans les luttes intérieures où les assiégés consumaient leurs forces : les deux autres tinrent

1. Hist. V, 13. J.oseph compte 1,100,000 tués dans le siège ri 97,000 prisonniers faits pendant la guerre [Guerre des Juifs, IX, vi, 3).

jusqu'au bout, et furent pris avec la ville au dernier jour. On les transporta à Rome pour les faire figurer dans la pompe du triomphe. La coutume romaine voulait que le chef des vaincus fût mis à mort dans cette journée. Au moment où le char du triomphateur arrivait devant le Capitole, on emmenait le prisonnier la corde au cou, en le maltraitant de toutes manières, jusqu'au cachot où on le tuait, et c'était là, aux yeux des Romains, le plus beau des spectacles et le fruit le plus goûté de la victoire l. La procession attendait au pied du Capitole l'annonce de cette mort, et alors s'élevaient les acclamations et commençaient les sacrifices offerts aux dieux. Voilà comme avait, fini notre Vercingétorix, après avoir attendu cette fin pendant six ans, parce que le triomphe de César avait été retardé par les guerres civiles. Siméon eut l'honneur d'être considéré comme le chef des Juifs, et mourut de cette manière. Jean languit jusqu'à la fin de sa vie dans les prisons des Romains.

Ces deux noms sont loin d'avoir reçu les hommages qu'ils devaient attendre. L'Eglise chrétienne maudissait trop tout ce qui était juif pour les honorer, et d'un autre côté les Juifs eux-mêmes les ont laissés tomber dans l'ombre. Les Talmuds ni les Midraschim ne les ont pas prononcés une seule fois, non plus que ceux de Judas et de ses frères 2.

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