Si dominum, fortuna, dabas, et beUa dédisses I
2. Un savant eritiqae ne veut pas croire que ces vers de Virgile s'appliquent à Lucrèce : j'ai peine à m*associer à ces doutes.
science se vante avec orgueil d'avoir supprimé les miracles et arraché à Jupiter son tonnerre * (hélas ! notre Boileau croyait encore qu^ c*est Dieu qui tonne). Quelques-uns osaient dire : c Ce que je sais, c'est que ce qui est impossible n'arrive pas, et que ce qui est possible n'est point miracle. » On mettait en doute la Providence, à plus forte raison la divination et les songes. On se moquait des expiations des prêtres, qui effaçaient un crime avec une cérémonie; on attaquait la foi des prodiges. « Je sais, disait Tite-Live, que par suite de la même indifférence qui refuse de croire à des menaces des dieux, on ne notifie plus au peuple les prodiges et on ne les inscrit plus dans nos annales. > Enfin, et par-dessus tout, on désavouait la mythologie. Les poètes mêmes de l'amour se moquaient de ces amours de Jupiter, par lesquelles il déshonore sa personne et sa maison ^. Et un poëte plus grave condamnait tous ceux dont les vers nous ont fait un ciel qui nest que fable ; pour qui c'est la terre qui a fait le ciel, tandis que c'est de lui quelle tient son être s.
Mais si de pareils traits témoignent de l'action inévitable du temps et de la réflexion, cependant l'esprit d'incrédulité ne prévalait pas, et le passage même de Tite-Live le prouve; par cela seul qu'il se fait du progrès de la raison publique un sujet de plainte, il montre
!• • . . Solvitque animis miracala rerum, Ëripuitque Joyi fulmen viresque tonandi.