‹ Le christianisme et ses originesChapitre 13 sur 48 · Expedit esse deos, et ut eipedit, esse pvtemns, etc · texte numérisé non relu

Expedit esse deos, et ut eipedit, esse pvtemns, etc

2. « Elle offrira an dieu des champs nn raisin ponr prix de ses vendanges, des épis ponr ses moissons, nn sacrifice ponr les tronpeanx qu'il nous donne. »

liia deo sciet agricoliB pro yitibns uvam, Pro segele spicas, pro grege ferre dapem.

œuvres d*Horace sont des chants religieux, de vrais hymnes à Jupiter et a tous les dieux, qu'il invoque pour le salut de Tempire. On sait qu'il fut chargé de composer le cantique qui fut chanté par des chœurs de jeunes garçons et de jeunes filles en Thonneur de TÂpoIlon Palatin, pour la célébration du grand Jubilé romain institué par Auguste; c'est le Carmen sœculare. Il a consacré par une autre pièce le souvenir de cette commission sacrée ; et, s' adressant aux jeunes filles dont la bouche a répété ses chants : c Plus tard, dit-il, quand tu seras mariée, tu pourras dire : C'est moi qui, au jour où revenait la fête du siècle, ai fait entendre le cantique aimé des dieux, docile aux mètres du poëte Horace. > Il y a encore dans ses carmina un autre chant du même genre, qui s'adresse aussi à Apollon et à sa sœur. Quelquefois, c'est une prédication solennelle, qui rappelle Rome à la piété et à la vertu pour la rappeler à sa grandeur. Mais, quoi qne puisse chanter ie poëte dans les caprices de sa muse, qu'il s'inspire de la campagne, ou de ses amours, ou de ses amis, toujours il fait la part des Dieux, et il a toujours à la bouche leurs noms sacrés, ainsi que les mots d'aurtels, de libations ou de sacrifices. Et dans son Épitre à Auguste, pour recommander la poésie à l'homme qui gouverne la cité elle-même, il présente le poëte comme chargé d'un ministère moral et religieux. Le poëte, dit-il, fait l'éducation de Tenfant; îl avertit l'homme, il l'instruit, il le console dans ses chagrins ; et puis : « Où est-ce que les jeunes garçons et les jeunes filles apprendraient les prières à adresser aux dieux, si la

Muse ne leur eut donné le poêle ? Il dresse le chœur qui demande le secours des dieux, et que les dieux écoutent; ses doctes cantiques les touchent et font descendre l'eau du ciel, détournent les maladies, écartent les dangers, obtiennent la paix bienfaisante et les riches moissons. C'est par les vers qu'on fléchit également les dieux d'en haut et les mânes. » Enfin c'est la religion de Rome, autant que sa fortune, car ces deux choses n*en font qu'une aux yeux des Romains, qui est la grande inspiration do Virgile : il est par excellence le poëte pieux. Déjà, dans les Géorgiques, quand il dit les joies et les félicités des champs, il s'arrête sur ce dernier trait : C'est ici qu'on révère les dieux, sacra deum sancUque patres. Et quel accent dans la prière solennelle par laquelle il appelle toutes les divinités nationales au secours de Rome abattue !

Di patrii indigetes et Romnle Vestaque mater...

Mais rfn^tde surtout est un poëme sacré, et je dirais presque un poëme chrétien. Malgré l'épisode des amours de Didon, qui contraste avec tout le reste, le héros y est l'idéal du roi-pontife, pius /Eneas, toujours occupe d'hommages aux dieux et de fonctions saintes. Et les dieux, à leur tour, le conduisent continuellement par la main \ Enée, d'ailleurs, est l'image d'Auguste ; il y

1. <K Des oracles propices m'ont tracé toute ma carrière, et tous les dieux m'ont assisté de leurs conseils. »

Namque omnem cursum mihi prospéra dixit Relligio, et cuncti suaserunt numine diyi.

t70 LE CHRISTIANISME ET SES ORIGINES.

a an moment où il laisse voir toat à coup Auguste lui-même, non pas l'homme, hélas ! mais le personnage, le père commun des peuples et le vicaire des dieux. Car aux époques où quelque grande illusion s'est emparée des hommes, les poètes en sont les premiers et le plus gravement atteints; nous en avons eu dans noire temps même d'illustres exemples : Virgile et Horace ont eu la foi de la religion d'Auguste. Sur ce bouclier d*Ënée, où un dieu a tracé d'avance les grandes destinées de Rome, le poëte nous fait voir le Capitole, leB danses sacrées des Salii et des Luperques, la mitre de laine des flamines, les anciles tombés du ciel, les matrones promenant lentement par la ville, sur des chariots, les objets sacrés. Il termine en nous montrant Auguste a Actium ; avec lui sont le sénat et le peuple^ les dieux domestiqites et les grands dieux^

Cddi patribus popaloqae, penatibos et magnis dis ;

contre lui les dieux monstrueux de l'Egypte;

Omnigenumqae deam monstra et latrator Anubis i ;

puis le voilà vainqueur, rentrant dans Rome en grande pompe ; trois cents édifices sacrés s'élèvent majestueusement dans la ville sainte ; partout des chœurs, des autels, des victimes qui tombent égorgées. Lui-même, siégeant sur le seuil du temple d'Apollon, reçoit les offrandes des peuples et les suspend aux portes su* perbes; les nations soumises défilent devant lui dans

Ij <c Ses DKnstnieiisesdmntés de tout* espèee, et son Anubis aboyant. »

la variété de leurs costumes et de leur langage, car il en vient de tous les points de l'univers. — Saint Jean de Lalran ou Saint Pierre ont vu, dans des conditions différentes, d'aussi grands triomphes et des scènes qui ressemblaient à celles-là.

La mythologie tient peu de place dans Y Enéide^ et, pour y paraître, elle a dû se faire, s'il se pouvait, digne et sévère. En nous racontant, d'après la tradition, les rancunes d'une déesse irritée, le poète ne peut s'empêcher de protester lui-même contre ce qu'il raconte :

• . . tantaene animis cœlestibiu ira i I

Point d'indécence, point de libertinage dans son Olympe : Jupiter n'y parle à son épouse auguste qu'avec une respectueuse tendresse :

germana mihi atque eadem gratissima conjux s.

La séduction mémo» si vivement dépeinte, que Vénus exerce sur Vulcain est une séduction légitime ^. Enfin, dans son tableau de Tautre vie, il remplace les imaginations naïves d'Homère par les symboles de Platon et par l'appareil d'une théologie moins poétique qu'imposante, mais qui a fait de ces enfers le modèle des enfers chrétiens. Il y parle en hiérophante, à qui les dieux infernaux ont permis de révéler leurs secrets ;

Sit ndhi fas audita loqui, sit numine vestro PajHtere res alt& terra et caligine menas ^.

1 • a Qaoi ! de telles colères dans des âmes divioes t »

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