Les âmes ne mearent pas
S. « Je vois se rouvrir une grande période de siècles... Une raco nouvelle descend sur la terre du haut du ciel, s
3. « Sous toi les traces qui restent encore de nos crimes scroni effacées, et le monde affranchi enfin de ses terreurs. »
Qui serait ce sauveur? On ne savait. Au temps des Églogues, c'était le premier enfant venu, de noble race, à qui il plaisait à un poëte de prédire en termes éclatants de belles destinées. Au temps des Géorgiques, Octave étant devenu le maître du monde, c'était Octave :
Hnnc saltem everso juvenem snccnrrere sseclo Ne prohibete i !
Pour les Juifs, ce fut leur Messie. Car Tantique tradition juive d'un Oint ou Messie^ qui ne se rapportait d'abord qu'à un roi, à un chef guerrier, dont l'avéneraent devait rendre à Juda sa grandeur passée, se transforma vers ce temps, sous l'influence de cette attente universelle. On prit à la lettre les figures d'une terre renouvelée, où il n'y a plus ni violence ni souffrance, figures qui n'étaient dans les vieux livres de la Bible que des traits d'une hyperbole orientale pour exprimer la prospérité et la paix; et on crut à un monde nouveau où le Messie régnerait avec les élus ressuscites.
Je n'ai pas fini de recueillir toutes les croyances du temps. Il y en avait de bassement superstitieuses; d'autres plus élevées, qui s'inspiraient d'une pensée morale. Aux premières appartient une illusion aussi vieille que les religions elles-mêmes ou que la faiblesse humaine d'où elles sont nées ; celle de croire que les fautes ou les crimes peuvent être effacés par des offrandes, des cérémonies, des ablutions. Les historiens et les poètes du siècle d'Auguste témoignent comme ceux d'avant eux de
1. « Ah 1 qae ce noble jeane homme vienne enfin au secours da monde détrait I Ne lui refusez pas cetle gloire. >
i90 LE CHRISTIANISME ET SES ORIGINES.
cet état des esprits. Ovide nous parle de la fontaine <ie Mercure, où le marchand, après s'être purifié, va puiser de Teau dans un vase purifié également avec le soufre. Il trempe dans c^tte eau une branche de laurier avec laquelle il arrose les objets de son commerce. Il en répand aussi sur ses cheveux, et il prie. « Efface, ditil au dieu, efface avec cette eau mes mensonges et mes parjures, j» Ovide encore s'écrie ailleurs : « Esprits trop faciles à croire, si vous imaginez que Vew d'une rivière peut laver des meurtres odieuir ^ > Vaines étaient ces réclamations des sages ; une religion nouvelle était près de s'établir, et elle allait avoir pour sacarement premier et essentiel le baptême !
On croyait encore alors, comme aux anciens temps , à la réversibilité des fautes, à la peine du crime retombant sur un héritier innocent :
Delicta majorum immeritas lues ,<•
Et ailleurs :
Negligis immeritis nooitnram Postmodo te natis fraudem committere'?
On recueille avec plus de respect les preuves qui abondent, au milieu de cette époque si dissolue, de ce qu'on pourrait appeler la religion de la chasteté. Les poètes de l'amour sont les premiers à le dire, la chas-
!• Ah ! nimium faciles qui tristia crimina csBdis
Fluminea toili posse putetis aqua.
S. « Tu expieras inuocent les crimes de tes aïeas. » 3. a Te soncierais-ta pea de commettre un crime foi fie serait puni qu'après toi; sur tes enfants innocents? »
LA RELIGION AU TEMPS B*AUGUSTE. i9i
teté est aimée des ùieuK^ easia placent superù ; elle est imposée k quicoûsque veut approcher de Tau tel. L'abstinefice de la vi^pté est une dévotion habituelle à ceux «t à celles mêmes dont la vie est toute à la volupté. L'institution des Vestales avait d'ailleurs placé la virginité aussi haut que possible dans la société romaine , et l'avait revêlae de majesté. Les devoirs de leur état sont si rigoureux qu'un thème proposé pour un exercice oratoire était celui-ci : Une Testale est accusée de les avoir violés, seulement parce qu'on a trouvé un vers écrit de sa main qui exprime un regret pour les joies du mariage^ Parmi ces sujets fictifs traités dans les écoles par les rhéteurs, on rencontre «cm petit roman où figure aussi une vierge. Prise par des pirates, elle a été livrée à un prostitueor^; mais à mesore que des hommes approchaient d'elle, elle obtenait d'eux de l'épargner. Un jour, elle rencontre un sddat plus brutal, ^de qui elle ne peut obtenir grâce : elle le tue en lui arrachant son épée. On l'absout de ce meurtre; on la renvoie dans son pays; là, elle ne craint pas de se présenter pour être prétresse, mais quelques-uns la repoussent à la fois comme impure et comme homicide. Sa défense était le thème proposé aux orateurs. Un d'entre eux lui faisait dire que ce n'était pas elle qui avait pu tuer ce soldat ; un être pliu qu'humain^ paraissant à côté d'elle^