‹ Le christianisme et ses originesChapitre 16 sur 48 · Fdices Doptœl moriar nisi nuliere dalce est · texte numérisé non relu

Fdices Doptœl moriar nisi nuliere dalce est

(c Heureuses les mariées \ je yeux mourir si le mariage n'est pas un bonheur. »

9. C'est le mot par lequel M Nandet a traduit constamment Uno daiis son Piaule. 11 m'a paru par là suffisamment aatorisé.

l'avait assistée et avait donné des forces à son faible bras. Et Torateur s'écriait : < Qui que vous soyez, dieux immortels, qui avez fait un miracle pour la tirer de ce lieu infâme, vous n'avez pas protégé une ingrat^; elle vous consacre la virginité qu'elle vous doit. >

On voit assez qu'il y a là une variante de la même histoire que les chrétiens ont reproduite dans la légende de qu.elques vierges martyres. Sainte Agnès, sainte Théodore (rhéroïne d'une tragédie de Corneille), ont été aussi livrées au prostitueur pour être enfermées dans la maison de débauche. Théodore en est tirée par le dévouement d'un jeune chrétien ; Agnes n'y entre même pas ; un jeune homme, au moment qu'on l'y conduit, ayant oser jeter sur elle des regards insolents, une flamme ailée vient frapper ses yeux, l'aveugle et le terrasse ; ses amis l'emportent à demi mort. Ce feu du ciel {ignis aies) est l'équivalent de Valtior humana species du rhéteur du temps d'Auguste ; c'est toujours le miracle protégeant une virginité sacrée.

Si on veut descendre, en fait de superstitions, jusqu'aux plus grossières et aux plus puériles, on trouve dans la littérature d'alors le loup-garou (Virgile même en parle) ; les stryges ou vampires, qui sucent le sang et les entrailles des enfants au berceau. En un mot ce que nous appelons volontiers l'esprit du moyen âge était déjà celui de cette brillante époque, prise dans son fond ; ce fond est recouvert pour nous par l'éclat d'une élite qui fait l'histoire et qui la remplit, mais il s'étend profondément au-dessous d'elle, et elle-même

n'en est pas absolument dégagée. C'est sur ce fond que le christianisme a poussé.

Le siècle d'Auguste n'était pas moins religieux par les pratiques que par les croyances, et sa littérature est également pleine des démonstrations de la religion publique et des dévotions des particuliers.

L'ancienne Rome était déjà une ville sainte : c Nous avons, dit un personnage de Tite-Live, une ville fondée en vertu des auspices et des augures ; une ville où il n'y a pas tm coin qui ne soit consacré et plein des dieux '^ des sacrifices solennels sont attachés à tel emplacement comme à tel jour. > Il y avait dans Rome jusqu'à mille endroits où on honorait l'image des dieux Lares, auxquels était associé le Génie de l'empereur. Les Vestales offraient sans cesse des prières pour le salut de la cité, et elles en faisaient de particulières pour tel ou tel danger public, par exemple pour conjurer la désertion des esclaves qui de tous oôiés s'en allaient rejoindre Sextus Pompée dans sa guerre contre les héritiers de César. J'ai déjà parlé du cantique d'Horace , composé pour la grande fête ordonnée, disait-on, par la Sibylle, en l'honneur des dieux qui aiment les sept collines^

Oi qnibas septem placnere colles.

Des pratiques religieuses étaient attachées à tous les actes de la vie publique. Le magistrat qui convoquait l'assemblée du peuple faisait une prière aux dieux avant de commencer son discours, prœfatus divos. Le sénat leur offrait l'encens avant d'entrer en séance. Au

dobui d'une guerre S ou à la ftcûte d*uD désastre» tel que celui de Varus, on faisait vœu de leur élever un temple ou de célébrer une fête extraerdinaire. Le vœu était fait à la condition du succès, si resptébli» in meUorem slatum verlisseU Dans les épidémies» oq leur servait des festins dans leurs temples; les images divines étaient placées sur des lits de table ; c'est le leclister^ nium ; Denys avait vu cette cérémonie, qu'il a décrite. Dans les sécheresses, les dames s'en allaient pieds nus, les cheveux tombant, Tàme purifiée {mentibus puris), et montaient au temple de Jupiter pour demander de l'eau aux dieux, comme depuis on a suivi en procession les châsses des saints. Quand un consul entrait en charge, au renouvellement de Tannée, il allait d'abord sacrifier en grande pompe au Gapitole. Le triomphateur en faisait autant, et, en arrivant au pied du temple, il descendait de son char pour en monter les degrés sur ses genoux. C'est ce qu'on nous marque expressément pour César, et aussi pour Claude. Mais, plus généralement, toute fête est religieuse, et l'idée même d'une fête ne peut se séparer de celle des hommages r^dus aux dieux, des victimes égorgées , des pro-^ cessions à travers les rtàes tendîmes de tapisseries^

It per relatas aiukiia pampa viaa ;

des costumes des prêtres, parmi lesquels il faut se représenter ceux des Salii, que Denys nous a décrits,

1. Givitas rellgtosa» in principio maxime novorom beUonim. «La cité scrupuleuse sur les deyoirs de la religion, surtoatà rentrée d'ane^ guerre nonvellc. »

aussi bizarres qu& leurs danses, et témoigoant par leur bizarrerie même d'une antiquité qui les consacre; car rien n'est vraiment sacré que ce qui semble être perpétuel. Le calendrier est déjà dans Taneicnoe Rome ce qu'il doit être dans TÉglise, la marq/ue que la religion a mise sur la vie des peuples, et comme son titre de possession. La distiaction même des jours fastes et néfastes est une distinction religieuse.

La religion publique, si grande par la grandeur même de Rome, descendait en même temps aux plus petites chcMses à force de scrupules : scrupule est un terme métaphorique que la langue religieuse doit aux Romains *. Il a pris depuis un sens tout à fait relevé et spirituel ; il ne s'appliquait d'abord qu'à la minutie des observances, et une phrase de Valérius Téclaire parfaitement : < Il n'est pas étonnant que la bonté des dieux ait veillé avec tant de persévérance sur l'agranr dissement et la conservation d'un empire qui pèse avec une conscience si vétilleuse jusqu'aux plus minces scrupules de religion; car il faut reconnaître que notre république n'a jamais cessé d'avoir les yeux sur l'observation la plus rigoureuse de tous les rites. » Et Tite-Live : « Ce sont de petites choses, mais c'est en ne dédaignant pas ces petites choses que nos pères ont fait Rome sd grande. » On voit bien par là que Rome s'adore ellemême dans ses dieux. Il en est sans doute ainsi, jusqu'à un certain point, de tous les peuples; mais le nom de Rome surtout est associé à ceux de Jupiter et

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