‹ Le christianisme et ses originesChapitre 18 sur 48 · Incolamini Jove et urbe Roma · texte numérisé non relu

Incolamini Jove et urbe Roma

3. « Je n'ai fixé de bornes ni à lear conquête ni à sadarée : l'empire qae je lear ai donné sera sans fin. >

i. Imperiam terriii, animos «quabit Olympo.

LA RELIGION AU TEMPS D'AUGUSTE. li^

Elle est transfigurée à ses propres yeux; elle se confond avec son idéal ; elle est le domicile même de la vertu et de la justice.

Famam, Roma, to» non padet histoh», etc. >•

On comprend que la lutte ait été longue et terrible entre ce Jupiter orgueilleux et le Seigneur des Juifs, opiniâtre et indomptable. C'est le nom du Seigneur qui a prévalu, mais sous ce nom on retrouve encore Jupiter. Le nouveau Dieu se fait Romain, Jérusalem est déshéritée, et Rome demeure la capitale spirituelle du monde, reine dans tous les lieux et dans tous les temps. Cette horreur d'innover, qui était le fond de Tesprit romain, a été d'abord, pour la prédication juive, un obstacle formidable; mais quand Tobstacle a été surmonté à Taide du temps (il y a fallu trois et quatre siècles), ce même esprit est devenu une force, une force telle que quinze siècles n'en sont pas encore venus à bouta rheure qu'il est.

L'apothéose, telle qu'elle s'est produite au temps des Césars, n'est, à la bien prendre, qu'une des formes de cette adoration que Rome exigeait pour elle. La divinité de Rome se personnifiait dans le César. Les temples qu'on élevait dam les provinces étaient consa-

Et Hanilins :

Italia in snmma, qnam rerum maxima Roma luoposuit terris, cœloque adjungitur ipsa,

« L'Italie est aQ>dessns de tout ; Rome, souveraine dn monde, Ta laite la première snr la terre, tandis qa'elle-méme tient au ciel. » 1. « Rome, la Renommée n'a pas à rongir de ton histoire. >

fdS LE GHRISrTlANISME £T SES O&IGINES.

crés à. Vempereur et à Rqvm; et on n^en élevait aux empereurs vivants ni dans Rome, même ni dans l'Italie. Là, ils devenaient dieux seulemeot apjrès leur mort; c'était à peu près la canonisation chrétienne, avec cette différence que les divi d'alors (on disait divus Julius^ dwus Auga8lus)éiû^ïik les grands hommes de l'État, tandis que les saints sont les grands hommes de rÉglise, et satisfont à une autre espèce d'idéal ^

C'étaient d^étraïuges dieux pourtant qu'ua Auguste, ei surtout un Claude, mais c'étaient leshéritiers du dieu César et ses. fils, suivant la loi.. Us. représentaifiot d'ailleurs Rome devant le monde ; ilsla représentaient aussi devant les dieux^ car ils élaient souverains pontifes^ ils exerçaient ou ils conféraient tous les sacerdoces^ ei ils tenaient dans leurs mains la, religion tout entière. Les évèques de Rome, jusqu'à l'aa 500, furent tous sainiSj comme^les Césars étaieut dieux* Si la papauté

1. Ce rapprochement entre Tapothéose et la canonisation est indiqué par Bourdaloue lui-même, dans le Panégyrique de saint Louis: « Car dans les principes de la vraie religion » nous poorons dire en quelque sorte de saint Louis ce que les Romains idolâtres disaient de ienrs emperniis^ qui avaient été mis an nombre des dieox. : Asliquo» deos accepimus : Cœsares dedimus. Pour les autres dieux de Fempire, disaient-ils, nous les avons reçus dn crel: mais, pour fioux^ciy fai étaient noft pôiioes, le ciel les a reçus de Di)a&.. El moi, je dis : Pour les autres saints que nous honorons dans le monde chrétien, TÉglise nous les a donné»; mais pour saint Louis, c'est la France qui Ta donné à FEglise. »

Avant les Césars, les provinces élevaient déjà des temples aux grands personnages de la République; c'est ainsi que rAsie voua un temple à Gicéron, an lendemain de son illustre consnlal , son frère Quintus étant préteur de la province ^ comme on le v^ût dans la Lettre célèbre qui ouvre le recueil des Lettres de Gicéron à Quintns. En général -on ne peut trop redire que les empereurs ne fucent que den proconsuls agrandis, a0u& qui Rome fut traitée elle-même en proviocQ».

«ût été héréditaire, comme l'empire a toujours tâcHé de l'être, l'usage se serait perpétué sans doijite que la piété de diaque héritier consacrât la mémcîre de son prédécesseur ; et personne ne se serait étonné dTentendre appeler sami après sa mort celui qui s'appelle Sa Sainteté pendant sa vie. Un poëte du temps d'^Auguste, parlant de simples pontifes qui n'étaient pas des princes et qui n'avaient de dignité que celle de leur samt ministère, disait déjà qu'ils étaient presque des dieux, pêne deos. Il est vrai que les empereurs vivants eux-mêmes , avant d'être dieux officiellement, étaient déjà divinisés par une sorte de cuHe populaire. Les Romains, au dessert^ faisaient deê libations à Auguste^ et associaient sa divinité à celle des Lares^ Mais dès qu'il y avait d'autres dieux que le dieu suprême, comment n'auraiton pas été tenté d'appeler de ce nom les maîtres du monde ? Le poëte des Métamùrphoses nous représente Niobé qui dtspote à Latone ses autels et qui dit aux peuples : « Quelle folie de mettre des dieux dont vous en«tendez seulement parler au-dessus de ceux que vous voyez de vos yeux mêmes ! t Ce langage était compris à Rome : les hommes d'un temps où la puissance était sans mesure, et n'avait rien qui la limitât nr pour le bien ni pour le mal, jugeaient que les princes étaient les vrmê dieux^ C'est encore une expression d'Ovide ••

i. Et alteris

Te QMDns adbiJbei deaniy etCi

t. Timnpie Gnsaites eom C6ii}B|* Gfliaro digna. Dis veris!

* Qaand poarrais-je donner de l'encens aa\ Césars et à la dioDe •épouse de Gnar; ils sont yraiment des dftfox! »

Mais la Bible elle-même ne dit-elle pas aux rois : Voos êtes des dieux ! Il est vrai qu elle ajoute qu*ils mourroni commodes hommes; mais on savait bien aussi à Rome que les dieux du Palatin devaient mourir. Je ne sais si quelques-uns de ces dieux, ceux qui étaient fous, croyaient par hasard en eux-mêmes; mais nul autre certainement n'a cru en leur divinité de leur vivant. Lorsque Pline disait à Trajan, dans un discours public et solennel : c Tu sais que tu es un homme, quoique tu sois le premier des hommes », il parlait précisément comme pouvaient parlera Louis XIV ses évéques^ et ni Pline ni Trajan n'avaient besoin pour cela d'être chrétiens. Telle Inscription même du temps d'Auguste distingue fort bien entre les dieux, et ceux qui sont seulement sur le pied de dieux (isothées.) Au fond, ces erv-fants de dieux^ pères de dietAx, n'étaient pas plus consacrés par l'apothéose que les rois chrétiens par les noms de christs ou oints du Seigneur. Les odes d'Horace en l'honneur du dieu Auguste ne sont guère que des Domine salvum. Quand il dit que Jupiter règne avec César pour second, tu secundo Cçssare règnes, se réservant le ciel et lui abandonnant la terre, il ne dit que ce que Grégoire de Nazianze disait également aux empereurs : « Respectez votre pourpre, reconnaissez le grand mystère de Dieu dans vos personnes ; il gouverne par lui-même les choses célestes^ il partage celles de la terre avec vous. Soyez donc des dieux à vos sujets ^. > Jupiter est le même que le dieu des Oraisons funèbres : celui qui règne dans les deux et de qui relèvent tous

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