‹ Le christianisme et ses originesChapitre 24 sur 48 · L86 ST0IQUE8 ROMAINS · texte numérisé non relu

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liais ce Q*est pas assez dédire qae les sentimentp mi violenta, dans Sénèque et les siens, parce que lu situation est violente; il faut reconnaître que lavio« lénce des expressions va encore au delà de celle des sentiments» et que cela aussi est naturel et légitime. Nous lisons dans ces philosophes que la pauvreté n'est rien^ ni l'exil, ni les tortures mêmes, ni la mort, et nous di-* sons qu'ils déclament ; mais ils ne déclament que pour braver. Us ont affaire à une force brutale qui dispose de toutes ces façons de faire souffrir, et qui par là tient ia dignité humaine accablée sous elle. Ils veulent que l'homme porte la tête haute, qu*il défie la tyrannie et la convainque d'impuissance, qu'il lui dise : To nem'at* teins pas. Si noua le croyons en le disant, c'est admi» rable» et \a liberté est sauvée ; mais quand nous ne le oroirions qu'à moitié, c'est quelque chose do le dire el de refuser de s'avouer vaincu. C'est encore défendre b liberté, ou la venger du moins, que d'obliger le despotisme à douter de lui-même et de ses ressourees. Quand le Jùuewr de la comédie a perdu , et qu'on lui lit dans Sénèque que l'argent est peu de chose, cela fait rire ; mais quand l'honnête homme est menaoé d'être dépouillé de son bien par un Tigellin et par son maitre, qui veulent te voir plier sous le coup et demander grâce, s'il répond qu'il ne s'en aouoie pap et qu'il est prêt à se passer encore de la vie , nous applaudissons^ ei nous nous sentons fortifiés et relevés.

Ma faiblesse superbe insulte à lear puissance;

c^ vers célèbre de Deiille explique le sentiment général

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qui domine dans cette éloquence. Or, plus on crie haut, plus on insulte. Le philosophe, qui est l'orateur de Thuinanité humiliée, ne peut donc prendre un ton trop véhément; son emphase, ses redoublements d'idées, le geste saccadé qui semble accompagner sa parole, sont autant de protestations d'une conscience que la force voudrait faire taire, et qui ne se tait pas, et qui se fait écouter.

Parmi les critiques qui se sont occupés de Sénèque, Garât est peut-être le premier, à ma connaissance, qui Tait bien compris ; parce qu'il y avait eu un moment, et pourtant ce n'avait été qu'un moment, où on avait éprouvé en France quelque chose de pareil à ce qu'on éprouvait sous Néron. Sénèque vivait dans une Terreur, non pas démagogique et prête à se détruire elle-même, mais régulière, établie, armée de toutes les forces permanentes de Tempire romain, et sans espoir comme sans frontières. Garât nous dit comment ce fut avec la guillotine en perspective qu'il se mit à réimprimer Sénèque et à le relire, c II ne nous restait plus alors qu'une seule chose à apprendre, à mourir. C'est là presque toute la philosophie de Sénèque. > Plus loin, il la compare aux prières de la religion pour les agonisants : € Sénèque, pour ainsi dire, a fait une philosophie pour ces longues agonies auxquelles les tyrans condamnent quelquefois les nations. » Il avait lu Sénèque étant plus jeune, dans ces années pleines de vie et d'espérance qui })récédèrent la Révolution ; il le relut dans l'abattement des jours mauvais et le vit tout autre, c La première fois, j'avais peine à continuer la lecture ;

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celte dernière fois, j'avais peine à m'en détacher. La morale de Sénèque mravait para outre nature dans sa hauteur ; elle ne me paraissait plus qu'au niveau des circonstances et dés besoins. > Et encore : c On avait besoin d'une philosophie qui apprend à renoncer à tous les biens avant qu'on vous les arrache...; qui vous sépare du genre humain. qui ne peut plus rien pour vous, et pour lequel vous ne pouvez plus vous-même ni rien faire ni rien espérer ; qui vous crée enfin une grandeur et une force personnelle que les tyrans et les bourreaux pourront briser, mais qu'ils ne pourront faire trembler. Telle est la philosophie de Sénèque. > Garât dit encore très-bien : c Sénèque, il est vrai, s'arrête longtemps sur la même vérité, mais songez qu'avec lui il n'est pas question seulement de savoir ce qu'il faut penser de la mort; il faut se préparer pour le moment où Silvanus viendra vous dire^ de la part de Néron : Mourez. >

Voyez, en effet, la manière dont parle Sénèque, dans une de ces Consolations comme les philosophes étaient accoutumés à en écrire : il assure que la mort est le plus grand bienfait de la nature. « C'est elle qui affranchit l'esclave malgré son maître, qui rompt les chaînes des captifs et tire de prison ceux qu'y retenait la tyrannie ^ ; qui montre à l'exilé, dont les pensées et les regards sont toujours tournés vers sa patrie, qu'il importe peu qu'il soit enseveli parmi ceux-ci ou ceuxlà. Quand le sort répartit si injustement des biens corn-

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