‹ Le christianisme et ses originesChapitre 26 sur 48 · Comparez réTangiie de Luc, yi, f · texte numérisé non relu

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la durée... Noire vie, comparée au temps, n'en occupe pas même un point.. • A quoi bon étendre une existence qui, si avant qu'on la prolonge, sera toujours si près du néant...? Quand tu me nommerais les Sibylles et quelques hommes d'une vieillesse fameuse, et que tu compterais des vies de cent dix années, reporte-toi à Tensemble des temps^ et tu ne trouveras nulle différence entre une si longue vie et la plus courte^ si tu compares au temps que chacun a pu vivre celui qu'il n'a pas vécu *. :► Et cette vie si courte, que vaut-elle? « La vie n'est qu'une peine que nous subissons, {vita Bwpplicima est). » Bien plus, la vie est un péril et un obstacle. Elle expose l'âme à mille souillures ; celui qui meurt et que nous pleurons n'aurait vécu que pour pécher, c La route du ciel est plus facile aux âmes enlevées de bonne heure à Isi société des hommes... L'âme ici-bas, étouffée par le corps, obscurcie, infectée, écartée de la vérité qui est son domaine et plongée dans Terreur, ne fait que se débattre contre cette chair qui pèse sur elle ; elle fait effort vers les hauteurs dont elle est descendue et où l'attend un repos éternel. > Aussi, loin que sa vigueur diminue avec celle du corps, elle s'accroît plutôt, cmnme le joyeux élan du condvc-iew du char qui fournit son dernier towr et toiLche à la palme. — L'âme, quand elle quitte sa dépouille» n'en tient pas plus de compte que nous ne faisons d'une barbe coupée. > La science de la mort est celle de la vie. < On vivra mal, si on ne sait pas bien mourir. —

i. Gompam la péroraison de V Or aUon funèbre à^ LeTeltier.

Toute la vie, il faut apprendre à vivre, et ce qui t'ctonnera davantage, toute la vie il faut apprendre à mourir^ > Et encore, à propos de la mort : c Pour ne jamais la craindre, penses-y toujours. — Le jour de la mort est celui qui juge tous les autres. — Ce jour, que tu redoutes comme le dernier, c'est celui de ta naissance à Téternité. >

C'est en enfonçant, comme on l'a fait à cette époque, dans ces magnifiques paradoxes platoniques ou stoïques qu'on en a fait sortir ce que j'appellerai la doctrine du péché. Cette morale, qui fait fi des choses de la vie et de la vie même, étant en dehors de la nature, la nature à son tour restera toujours, quoi qu'elle fasse, en dehors de cette morale. Tous, tant que nous sommes, nous sommes donc en faute ; nous sommes tous des pécheurs, des méchants, omnes mali sumus. Enveloppés dans le péché par mille liens invétérés, nous ne pouvons en sortir : c II est difficile de nous laver; nous n*en sommes pas tachés seulement, mais imprégnés. » — c Non-seulement nous péchons , mais nous pécherons jusqu'au terme de notre vie. Celui qui a le mieux purifié son âme et que rien ne peut plus troubler ni surprendre, celui-là même n'est arrivé à l'innocence qu'en passant par le péché. » — Le péché est un ulcère qui nous ronge. Nous sommes des malades; cherchons avant tout la guérhon {salutem). C'est ainsi que le salut est entré dans le langage de la dévotion. Voilà un homme qui songe au salut {ad salutem spectat). — « C'est le commencement du salut que de reconnaître fion péché. • Sénèque cite cette pensée comme d'Épi-

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^are. — Maisqu*il est malaisé de guérir! C'est beaucoup si, en se confessant à son médecin^ on peut lui dire : Je ne suis ni malade ni bien portant. Le médecin est malade luinnéme et couché dans la même infirme^ rie. — La cure de Tàme est donc le grand objet de la vie, la grande œuvre de la philosophie ; quand elle est bien faite, c elle n'amende pas seulement, elle transforme. » C'est ce qui s'est appelé depuis une conversion. La doctrine des coups de la Grâce, de la Grâce înamissible, est déjà dans les Stoîques : « Le Sage ne peut ni retomber dans son mal , ni tomber dans un autre...; l'âme guérit tout à fait d'un seul coup. » Malheureusement, le Sage n'existe nulle part qu'en idée. Bien des conversions ne sont qu'illusion et mensonge. Rien de plus difficile que la persévérance : < La grande affaire n'est pas de prendre une bonne résolution, mais d'y rester fidèle. — Sache-le bien, il n'y a pas de moyen assez sur pour conserver ce bien fragile {rem imbecillam servantibus)^ si un énergique et perpétuel effort ne soutient l'âme toujours chancelante. — Chacun de nous est un soldat en campagne, toujours sous les armes, £t qui n* aura jamais son congé ^. »

En attendant la mort, le meilleur moyen pour échapper au péché est la retraite, par laquelle on se sépare <]u moins du commun des hommes. Un livre tout entier, de Otio aut secessu Sapientis^f n^di pas d'autre objet que d'établir le droit et le privilège de la vie contemplative en faveur du Sage. Si on objecte que le

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