II. ié
VJi LE CHRISTIANISME ET SES ORIGINES.
simple, est celle de l'examen de conscience; c'étaient lesPylhagoriques qui Tavaient mise en honneur : « Ainsi faisait Sextius, ditSénèqae : la journée terminée, retiré dans sa chambre pour le repos de la nufi, il interrogeait son àme- De quelle maladie t'es-tuguérie aujourd'huiîQuei viceas-tu combattu ?En quoi es-tu devenue meilleure?... Moi aussi, j'exerce cette magistrature et me cite chaque jour à mon tribunal. Quand on a enlevé la lumière, et que ma femme, qui sait mon usage, s'est renfermée dans le silence, je repasse ma journée entière et reviens sur toutes mes actions et toutes mes paroles. » On recommandait aussi la méditation habituelle, et on conseillait de choisir pour chaque jour une pensée, à laquelle on s'arrêtait ce jour-là.
Une morale si religieuse ne pouvait se passer de théologie ; et je dirai même que la morale stoïque, à elle toute seule, est déjà une théotogie, en ce sens qu'elle repose sur dbs croyances qu'on peut appeler surnaturelles, puisqu'elles contredisent la nature. C'est être dans le surnaturel que de croire que la douleur n'est pas un mal, ou que rien au inonde n'a d'intérêt pour l'homme que la vertu. Il n'est donc pas étonnant que Ig mot de dogmes^ qui ne signifie proprement qu'opinions ou principes, ait pris peu à peu dans l'école stoïque le s^s théologique que nous lui domions et qui marque que ces prificipes sont objets de foi. Quelques moralistes coût pratiques voulaient qu'on laissât dormir les dogmes, qui étonnaient «u rebutaient les amples, et qu'on s'en tint à donner de sa^ ieçoDS sur tous les devoirs de la vie ; mais les f^^vents se récriaient, disant
LES STOIQUES ROTiIAINS. STS
K}ue la morale ne pouvait subsister sans les dognaes •et sans l'ardeur de la foi; et ils avaient raison, dès que leur morale faisait violence à la nature. Pour résister à la nature, ce n'est pas trop de toute la vertu des formules et des mots sacrés et d'une sorte de fanatisme.
Mais ces dogmes abstraits sur le bien et sur la vertu ne suffisaient plus aux âmes ; les Stoïques eux-mêmes avaient besoin des dieux. U leur fallait une religion; ils la faisaient seulement aussi haute et aussi épurée qu'il était possible, c Pour obtenir les grâces de la divinité, il n'est pas besoin que tiii gagïies le gardien du temple afin d'approcher de Toreille de sa statue, comme si, de la sorte , elle pouvait mieux t'en tendre; elle est près de toi, elle est avec toi, elle est en toi...; nul n'est vertueux sans cette assistance divine. En tout homme de bien, il y a ce que dit Virgile :
Qjâs deus iucertum est, habitât deas. »
Écartons du culle des dieux toute pratique supersti«* tieuse. c La religion, c'est d'abord de croire aux dieux^ puis de leur rendre ce qui leur appartien4, la grandeur et ensuite la bonté, sams laquelle il n'y a pas de grasadeur... Veux-tu te rendre les dieux propices? sois bon ; c'est les honora assez que de les inû4er. » Et ailleurs encore ; < Ne voulez-vous pas vous représenter Dieu tel qu'il est ? grand, bienveillant, av«c une majesté douce et vénér^le, comme un ami qui n'est jamaiê bien loin^ qu'il faut honorer, non à force de sang versé et de victimes égorgées, car quel plaisir peut-il trouvier il ces massacres de vies innocentes ? mais par un ocoar
pm ^t une bonne résolution. Il ne s'agit pas de lui bâtir des temples en entassant pierres sur pierres ; c'est à chacun à le consacrer dans son cœur. 2» — La critique négative d'Épicure est repoussée avec dédain ; on lui oppose, comme Platon faisait déjà aux incrédules de son temps, c ces prières qui s'élèvent de toutes parts et toutes ces mains tendues vers le ciel. » Dieu est créateur, cette opinion plus religieuse est déjà celle de quelques-uns en attendant qu'elle soit la foi de tous *. — Dieu est présent partout : « il faut vivre comme si nous vivions devant un témoin ; il ne faut avoir de pensées que celles que nous aurions si on pouvait pénétrer au fond de notre cœur, et il y a quelqu'un qui le peut. Qu'importe que quelque chose échappe aux hommes? rien n'est fermé pour Dieu. Il est présent dans nos consciences, il intervient dans nos pensées; que dis-je, il intervient? comme s'il était jamais absent ^ ! » — Dieu est une Providence ; et il y a un livre de Sénèque sur la question de savoir comment cette Providence permet le malheur de l'homme de bien. Dieu exerce précisément ainsi ceux dont il est content, ceux qu'il aime ; c'est un père qui éprouve son fils, et qui le fortifie et l'approche de lui ^. Ceux qui souffrent sont ses élus : c les Vestales, ces nobles vierges, s'éveillent la nuit pour l'office sacré, tandis que des femmes impures dorment d'un profond sommeil. > — C'est pourquoi, que la volonté de Dieu soit faite : placeat homini quidquid Deo