‹ Le christianisme et ses originesChapitre 31 sur 48 · GoBipam l'ftvM^ de Mue, zH| JI · texte numérisé non relu

GoBipam l'ftvM^ de Mue, zH| JI

il est père jusque dans le Tartare ; il s'écrie noble* ment : c J'ai mérité d'être supplicié, mais non d'être un instrument de supplice : me pati pornos decety non esse pœnam. » Il veut parler, mais ce sera pour leur épargner le crime, stabo et arcebo sceltu. Belles paroles, qui condamnent à Tavance les doctrines odieuses dont s'inspirent encore les tristes déclamations de Bossuet sur les Démons^. Pour le philosophe , même quand il était poëte en passant, la loi de la justice et de Thumanité était absolument universelle.

En étudiant l'éqoque de Gicéron, j'ai averti que les femmes alors ne philosophaient pas ; Sénèque est un de ceux qui en témoignent; mais il témoigne aussi qu'il n'en était plus ainsi de son temps , et que la philosophie les appelait tout comme les hommes. Et comment ne l'aurait-elle pas fait, quand elle devenait une religion? Le père des Sénèques, fidèle aux vieilles mœurs romaines, n'avait pas voulu que leur mère philosophât ; son fils le désavoue là-dessus avec respect dans un écrit adressé à cette mère elle-même ; un autre de ses livres est adressé à une autre femme. Vers le même temps un philosophe un peu plus jeune, Musonius, traitait cette question ex professa ; on nous a conservé le discours où il montrait que les femmes ont droit à la vérité, puisqu'elles ont droit à la vertu. Lactance dit des Stoïques, d'une manière générale, qu'ils pensaient que la philosophie était

1. Voir le Sermon sur ce sujet, compris dans Fexcellent Choix d$ Sermom de lajeuneête de Boiwetf puî>lié par Eugène Gandar.

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faite aussi pour les femmes et pour les esclaves *•

La politique des Stoïques, comme celle des Chrétiens, était condamnée par le malheur des temps à des doctrines contradictoires. Elle est à la fois soumise et révoltée. D*une part, elle ne peut même concevoir la pensée de secouer une servitude qui semble devenue pour le monde la condition de son existence, et elle s'y résigne, comme à tout mal qui ne dépend pas de la volonté. La résignation même se tourne en indifférence, en vertu des dogmes de la secte : pourvu que le sage demeure libre au dedans, qu'importe qu'il soit esclave au dehors ? Enfin, qui sait, hélas ! si la philosophie ne lui fournira pas des raisons pour être nonseulement indifférent, mais satisfait? Confondant la servitude avec Tordre et la paix, il en viendra à remercier le maître qui lui permet de philosopher à l'aise et sans trouble, et qui ne lui laisse d'autres intérêts ni d'autres deyoirs que ceux de la vie spirituelle. Grâce à César, Rome et l'empire étaient tranquilles, et le philosophe était sûr de n'être pas appelé à monter la garde en face de l'ennemi sur les remparts de sa cité. Et quant à la guerre lointaine, chez les Barbares, elle ne regardait que les soldats : mais les philosophes de profession n'étaient pas soldats ; ils constituaient déjà alors un véritable clergé, dont les membres étaient dispensés des services publics. On le sait pertinemment pour le temps de Trajan ^, et on ne peut guère douter

1. Antisthène avait dit déjà que la verta est la même pour l'homme et pour la femme.

2. Qnum citarem jndices..* Flavius Archippus .vacationem peter$

que cela ne . remontât plus haut. Ce clergé payait s» dette par sa propre soumission et par celle qu'il cùùseillait aux peuples ; ils avaient appris de Platon à faire du gouvernement d'un homme leur idéal politique, pourvu que cet homme gouvernât suivant la sagesse (rÉglise dira : la religion)*. Le prince est le représentant des dieux sur la terre. En même temps, il est assujetti par sa grandeur même, et cette grandeur est réellement wne servitude: c'est déjà presque la formule qu'adopteront les papes, servus servorum Dei. Il n'en est pas moins le maître suprême ; tous les biens lui appartiennent , quoique chacun ait son possesseur : jure civili omnia régis sunt. Toute la doctrine politique que Bossuet a cru tirer de l'Écriture, il Ta prise réellement dans des spéculations grecques mêlées de droit romain et césarien.

Mais la philosophie avait beau faire ; quelques avan. ces qu'elle fit aux puissants, elle était suspecte, et elle devait Tétre, puisqu'elle formait l'homme à penser et à vouloir. Elle trouvait de belles raisons pour l'obéissance, mais le pouvoir n'aime que l'obéissance qui se passe de raisons. Elle condamnait les injustices et le» scandales, elle condamnait donc ceux qui régnaient, et c'est ce qui faisait sa popularité et sa force. L'école stoïque était une école d'opposition ; les Césariens disaient que cette secte insolente ne formait que des perturbiUeurs et des brouillons. Les efforts que fait Séné-

cœpit, «t philosoplNU. « Arappol des jnget. . , Flavinft Aroki^»oa a> demandé une dispense en qualité de philosophe >» i* ÛHam optimat. civitatis statas sob regejusto siu

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que pour écarter ce reproche moDlreot assez combien il était mérité ; et la mort de Thraséa, de Sénèque luimême et de tant d'autres le montre encore mieux ; les Stoïques, comme les Chrétiens, ont eu leurs martyrs. Le cri de liberté, la liberté étant achetée, s'il le faut» par la souffrance et même par la mort, retentit dans tout ce qui nous reste de l'éloquence de l'École.

Voilà une revue bien incomplète de la morale religieuse du temps de Néron ; la voilà telle que j'ai pu la faire en quelques pages, et en m' efforçant de ne pas transcrire Sénèque tout entier dans mon livre. C'est là que la philosophie chrétienne a puisé ; ou plutôt il n'y a pas de philosophie chrétienne^ et le christianisme n'a fait qu'hériter de la philosophie de l'antiquité. Ceux qui ont fait violence aux textes ou à la chronologie afin de rapporter les idées de Sénèque aux sources chrétiennes ont pris une peine bien inutile : pour croire en effet que Sénèque était allé chercher ces idées dans Tancien ou dans le nouveau Testament plutôt qu'ailleurs, il faudrait d'abord qu'elles y fussent ; mais elles n'y sont pas. Si on prend la peine de repasser sur tous les sentiments et tous les principes dont je viens de recueillir l'expression dans ses ouvrages, on verra que la plupart ne se trouvent pas dans les livres d'origine juive et ne sauraient s'y trouver. Ils supposent une étude du cœur humain^ une expérience de la vie, une habitude de la méditation, une largeur et une délicatesse de l'esprit tout ensemble, une métaphyaque même, qui ne s'accordent en aucune manière avec la siœi^icité de ces livres et

de leurs auteurs. Ces choses ne sout devenues chrétiennes qu'en passant des philosophes dans les Pères chrétiens, et les Pères ne datent que du milieu du second siècle après notre ère* Les TertuUien, les Âmbroise, les Augustin, pour ne parler que des Latins seuls, sont les disciples des philosophes, et c'est à eux qu'ils doivent leur science de la vie spirituelle, et non pas à leurs Livres saints*

Quant aux idées qui peuvent être communes en effet au judaïsme et à la philosophie, et qui ne sont que les plus unies et les plus simples, il est bien aisé de voir encore que Sénèque ne les a pas prises dans les livres des Juifs. Il faut écarter d'abord les quatre Évangiles, dont pas un n'était encore écrit quand Sénèque est mort. Pour les Épitres ou Lettres de Paul, si jamais Sénèque avait pu avoir l'idée de les lire, il est certain qu'il n'y aurait rien compris,et qu'il n'aurait pu y prendre aucun intérêt. Dans notre pays catholique, où presque personne ne lit l'Écriture, beaucoup de gens croient volontiers, sur la foi des titres de Lettre aux Romains, aux Corin^ thiens^ etc., que l'apôtre, Y apôtre des Gentils^ comme on l'appelle, écrivait en effet pour des païens, Grecs ou Romains.Mais non ; ses Lettres ne sont réellement adressées qu'à ceux de Rome^ à ceux de Corinthe^ c'est-à-dire aux communautés de judaïsants qui, à Rome, à Corinthe et ailleurs, suivaient les doctrines et les pratiques juives, et connaissaient les Écritures juives. Pour ceux qui n'étaient pas familiers avec ces Écritures, elles demeuraient inintelligibles, et on peut dire qu'elles ne les regardaient pas* U est vrai qu'on nous représente Paul

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à Athènes comme conférant avec des philosophes, ot parlant même dans TAréopage ; mais outre que ce ne serait là qu'un accident, cette histoire d'ailleurs ne se trouve que dans le livre des Actes^ qui n'a pas l'authenticité des ÉpUreSy et dont le témoignage n'a pas à beaucoup près la même valeur.

Resterait donc Y Ancien Testament^ c'est-à-dire la Bible hébraïque, outre quelques livres plus modernes écrits par des Juifs hellénistes, comme la Sagesse de Sirach, appelée chez nous YEcelésiastique. Il y a en effet dans la Bible, surtout dans les Paumes, des sentiments qui, d'une part, tiennent dans le. christianisme une grande place, et de l'autre s'accordent avec ceux dont se nourrissait la sagesse antique par un commun esprit de piété et d'austérité. Mais on reconnaît tout d'abord, que la forme sous laquelle ces sentiments paraissent dans la Bible est inGniment plus éloignée de celle sous laquelle Sénèque les présente que ne l'étaient les discours de Platon ou des maîtres de l'Ecole stoïque, et qu'ainsi il ne faut pas supposer qu'il soit allé demander à ces sources hébraïques ce qu'il pouvait puiser tout à son aise dans le large fleuve de la tradition grecque. Et comment Sénèque pouvait-il se faire le disciple des Juifs ou le disciple de Paul, quand il es certain qu'il n'avait pour les Juifs et le judaïsme que de la haine et du mépris ? Il était en toutes choses, dans les conseils de Néron, du parti de la tradition romaine ; il était contraire aux provinces, aux affranchis, à l'influence des femmes, et en particulier de Poppée, en un mot à tout ce qui pouvait judaïser. Dans son livre

«jr les Superstitions, qui est perdu, mais qu'Augustin iN)us fait connaître, il se taisait absolument sur les Chrétiens, sans doute parce qu'il ne distinguait pas encore bien nettement cette secte nouvelle (c'est te mot des Actes) d'avec la religion dont elle s'était détachée ; mais, sur le judaïsme, il s'exprimait en ces termes : € Et cependant cette nation abominable a si bien fait, que ses pratiques sont maintenant établies par touie ia terre ; les vaincus ont fait la loi aux vainqueurs* » Voilà rbonune dont on a voulu faire un prosélyte. '

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