CHAPITRE ÎV
f.UCAIN, PETRONB, PERSE. -— LE XONDE PÀIEH A LÀ UORT DE NERON.
Lucain n'est qu'un écho de Sénèque, et la morale de Sénèque retentit avec plus d'éclat encore dans ses vers. Son Caton est Tidéal du saint suivant les Stoïques : il ne vit poi pour luiy inais pour Vhumanité^
Nec sibi, sed toU genitnm se credere mundo.
11 est la chasteté même. Désintéressé entre les ambitions rivales, il subit la guerre avec une tristesse profonde; depuis qu'elle a éclaté, il s'est interdit toutes les joies, -et porte le deuil du genre humain\ il voudrait pou» voir mourir pour tous, et racheter de son sang tous les crimes. Après tout, il lui a fallu prendre parti; la cause qu'il a embrassée est la cause sainte ; c'est en vain que l'autre a eu pour elle les didux. Déjà Yirgile avait donné à Caton la première place parmi les justes dans TÉlysée :
Secretosqae pios, bis dantem jura Gatonem ;
mais on peut dire que Lucain a opposé la canonisation
de Caton à l'apothéose des Césars. Tandis que, d'une part, ii trouve les hommes bien vengés des dieux qui ont trahi la liberté à Pharsale, puisqite Pharsale a fait des dieux avec des morts ^ de l'autre, il salue Caton de cet hommage : c Voilà le vrai père de la patrie ; celui-là, ô Rome, mérite tes autels. C'est un nom par lequel en tous temps on peut jurer sans rougir, et si jamais tu te relèves libre du joug, c'est celui-là que tu feras dieu. > Il ouvre ici, pour ainsi dire, le panthéon de l'Église chrétienne; elle a fait ou elle devait faire précisément ce que demandait le poëte» mettre à la place des dieux de la tyrannie ceux de la liberté et de la conscience, les dieux des persécutés. Caton est le premier des martyrs.
C'est Caton encore qui est dans Lucain l'interprète de la conscience, et prescrit d'écouter sa voix plutôt que la voix des dieux. C'est par les vers que Lucain a mis dans la bouche de Caton que la philosophie a imposé silence aux oracles.
Je ne veux plus relever dans Lucain que ses hymnes à la paix, à la fraternité humaine, à Tamour universel :
Inqne yicem gens omnis ameU
Et sacer orbis amor.
Heal miseri qui beUa gérant <•
Voici maintenant Pétrone, le bel esprit libertin, le
1 . a Qae tons les peuples s'aiment d'un égal amour. . . Le saint amour qui unit le monde... Ah! malheareux ceux qui font la guerre. » '
camarade des plaisirs du prince, le disciple complaisant, sinon insouciant, d'Épicure : il est néanmoins le frère des Stoïques par la justice et la charité. Nonseulement il est un témoin du succès des leçons des philosophes, répétées par les bouches les moins philosophiques (Mes amis, dit son Trimalchion, les enclaves sont des hommes et ils ont bu le même lait que nous ^); mais lui-même, dans son Fragment poétique 9ur la Guerre civile, ramassant les vices et les iniquités par lesquels Rome a mérité de périr, il flétrit avec force et le pillage du monde, et les mutilations des jeunes esclaves, et cette arène où on apportait dans des cages dorées les bétes de TÂfrique et- de l'Asie, pour leur faire boire le sang des hommes aux applaudissenients des spectateurs.
Mais il y a un écrivain dans la littérature du temps de Néron auquel on doit s'arrêter avec respect ; c'est Perse, ce poëte qui a si peu vécu et si peu écrit, et qui, pour quelque six cents vers qu'il a laissés, avait mérité, à vingt-huit ans, une belle renommée : multum et verœ gloriœ, quamvis uno libro^ Persius meruit. Nulle part la morale stoïque n'a été plus haute, ni plus sincère, ni plus touchante. Quelle dévotion fervente pour la sagesse, et quel noble mépris pour les* misérables qui la méprisent ! Quel étonnement en face de ces existences attachées à la terre^ et vides des choses du cielî
1.11 faudrait traduire, ils avont hu, si on voulait rendre la langue grossière que Fauteur fait parler & son personnage : et eumdem laetem biherunt.
i98 LE GHRISlIAIlISlfE ET SES ORIGINES.
curvffi in terris anim» aC codAestium iuaneg i.
Comme il comprend largement la philosophie ! c'est la maîtresse qui noas enseigne ce que nous sommes et pourquoi nous sommes au monde , et quelle place Dieu a assignée à chacun de nxyus dans le service de Inhumanité. Elle est si essentiellement charitable, que les héritiers du riche se plaignent qu'elle lui fasse dissiper en bienfaits ce dont ils comptaient hériter : c Voilà ce. que c'est que ces maîtres grecs, et cette sagesse qui nous est venue d'outre-mer avec le poivre et les dattes. » Elle a, d'un autre côté, une haine du mal qui a inspiré au poëte les plus beaux vers peut-être de son livre : c Père des dieux, pour les plus alTreux tyrans, je ne te demande pas d'autre supplice...; qu'ils voient une fois la vertu, et quMls sèchent de douleur de Favoir perdue :
ViffCatem YÎdoaBt intaèetetamne nlieta. »
Taine protestation, je l'avoue, d'une morale impuissante ; ce n'est pas ce châtiment mystique qui fera justice à l'humanité des grands coupables, et c'est là une faible ressource contre un Néron. Mais à défaut de la délivrance impossible, il y avait du moins un soulagement et une vengeance dans cette fière joie de Thonnète homme et dans ce cri de mépris et d'horreur pour le méchant.
t. &emarqaor jnaqi'à ce S&mkiiB «miim, cQiwne daM ie UIêê. As
rÉgUse.
LUCAIN, PÉTRONE, PERSE. f09
Hais je ne veux pas dire adiea à Perse sans relire la page mémorable où il a ^nché sa jeone àme devant son cher Corautus : c G'e^ la cootome des poëtes, de demander cent bouches, et oent langues, et cent voix, soit pour composer un drame qu'un sombre tragédien va hurler, soit pour décrire la blessure du Parthe qui retire le fer de la plaie... Pour moi je n'ai pas ces ambitions. ••; je ne parle pas pour la foule ; c'est à toi seul, Ck^rnutus, que ma muse veut que je m'adresse, pour te donner mon cœur à fouilla; c'est à toi, tendre ami, que je me plais à montrer quelle place tu tiens dans ma vie. Ecoute le son que rend mon amitié ; ton oreille expérimentée reconnaîtra qu'elle est solide, et que Ui n'as pas affaire au vernis menteur d'une parole fardée* Voilà pourquoi, moi aussi, je voudrais avoir cent bo«cbes : je voudrais pouvoir chanter d'une voix asset sonore quelle grande image de toi est gravée aux der* niers replis de mon cœur, et trouver des mots qui dévoilent pleinement ce qui jusqu'ici est resté caché et intraduisible dans mes fibres les plus secrètes.
» Le jour où je d^ouillai la robe prétexte, gnrdienne de ma timidité..., à l'heiire que le chemin de la vie devient douteux, et que rinexpérienee d'une âme encore neuve la jette dans un carrefour ou des voies s'ouvrent en tous sens, je me suis mis sous ta conduite, è Coma* Uis ! Tu as accoeilK mes jemes afns dans le sein de ta sagesse socratiqse. C'est dors qu'une règle adroite redressa en les trom|iaRt mm anuvM instincts; qm l'âme domptée par la raiseD, et traviMant dle-mémeà sa <léfaite, prit, sous ta ttan habile, la forme que M
lui voulus donner. Je me souviens comment je consumais avec toi les longues journées, et comment je donnais au repas avec toi les premiers moments de la nuit. Nous travaillions ensemble, ensemble nous arrivions aa repos, et nous délassions notre esprit fatigué à une table frugale. N'en doute pas, nos destinées à tous deux sont associées d'une manière indissoluble, et s'accomplissent sous l'influence d'un même astre... Il est une étoile, quelle qu'elle puisse être, il en est une , qui m'attache pour jamais à toi. >
Il n'y a pas longtemps que je lisais, dans les Lettres d'Alexis de Tocqueville, les témoignages de son attachement fidèle pour le vieux prêtre qui avait été son précepteur; et maintenant je me demande, en rapprochant et en comparant mes lectures , s'il y a une si grande différence, que dis-je ? s'il y a vraiment une différence qui vaille d'être comptée entre les sentiments et les idées qui m'intéressent d'une part et de l'autre, entre ces deux nobles et touchants fils de famille , le stoïque et le chrétien.
J'ai dit tout à l'heure qu'il n'y a pas véritablement de philosophie chrétienne. Quant à la religion chrétienne, elle n'est ni méconnue de personne, ni méconnaissable, et j'arriverai bientôt enfin à l'histoire de la révolution par laquelle elle s'est établie ; mais elle n'a pas cependant non plus tout renouvelé dans l'ancien monde, et il s'en faut de beaucoup. Elle a mis le Christ dans le ciel à la place des anciens dieux; voilà ce qui était nouveau; mais presque tout l'héritage des anciens dieux, en fait de croyances comme de pratiques, lui est resté,
LUGAIN/.PÉTRONË, PERSE. 30i
on Ta vu déjà, et elle Ta accepté au nom du Christ. Uq certain nombre de superstitions helléniques, décréditées à la fois par la critique des philosophes et par l'antipathie des Juifs, ont paru d*abord céder la place ; mais la plupart sont rentrées en grâce peu à peu, et sont définitivement restées chrétiennes. Le christianisme surtout a profité de cette passion religieuse, de cette fureur du surnaturel et du miracle dont aucun siècle n'a été plus violemment possédé. Il ne faut pas être dupe de quelques témoignages d'incrédulité que quelques raisonneurs laissaient encore échapper çà et là. Par exemple on affectait dans les écoles et chez les lettrés de nier les enfers ; mais les peuples, d'un consentement universel, les redoutaient et les conjuraient : consensus hominum aiU timeniivm inferos aut colentium ^. Il ne faut pas non plus s'en rapporter à ces plaintes banales, que les badauds répètent dans tous les temps : Tout va mal, parce qu'il n'y a plus de religion, n On ne croit plus que Dieu esiï^ieu{n€mocœlum€œlumputat)\ on n'observe plus de jeune ; on ne donnerait pas ça de Jupiter ; chacun n'a d'yeux que pour son argent et pour faire son compte, j* Ainsi devisent, dans Pétrone, avec bien d'autres bavardages encore, les personnages du souper deTrimalchion. Tout cela ne signifie rien, et le même Pétrone témoigne assez ailleurs de la superstition universelle. Il y a un endroit dans son livre où une prêtresse se vante, pour tâcher de faire peur à des gens qui l'ont volée, qu'il y a tant de dieux dans le pays, quHl y est plus
i. Un grand nombre d'Inscriptions sépulcrales expriment celte foi, que le corps est dans le ciel ou dans le Champ des Bienheureax.
toi LE CHRISTIANISME ET SES OfiiGINES.
facile de meUre la main eur un dieu que swr un homme. Une antre prêtresse, à qoi on a tué son oie sacrée, se console moyennant deux pièces d'or, a^ec ksquelle on lui dit qu'elle aura de quoi acheter de$ dieux et dee oies. La superstition en effet n'a contre elle alors que d'être si vulgaire et de descendre si bas, qu'il faut bien qu'elle donne quelquefois envie de rire ou de se défen* dre; mais en général elle n'en régne pas nmns sur les esprits.
Les écrivains partagent tn>p souvent eux-mêmes les croyances populaires. En pli sieurs endroits, Sénèque semble croire à l'astrologie; il \^arle même de la reeon^ naissance qu'on doit au soleil et à la lune. Il admet en général la doctrine des présages, tout en s'efforçant d'en donner une explication rationnelle, ou qoi prétend l'être; il prononce c qu'il est également difficile de s'expliquer l'iofluence des astres et d'en douter ». A ceux qui objectent que, si la foudre qui tombe est un signe des destins, ces destins ne sauraient être conjurés par les expiations des aruspices, il répond que l'expiation elle-même est comprise dans le destin. Il parait croire à une grande catastrophe qui amènera la fin du monde présent, et d'où un monde nouveau doit sortir. J'imagine qu'il ne se tenait pas pour bien sûr de tout cela, mais il n'objecte rien aux idées reçues autour de lui, et il ne se fait aucun scrupule de parler à son tour comme tout le monde. A plus forte raison, les poètes acceptent sans difficulté la foi commune. Lucain, après avoir raconté la mort de Pompée, nous représente son àrne qui abandonne son corps sur le bûcher pour s'élever au
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ciel, où elle prend place parmi les âmes saintes; de li elle contemple avec mépris noire monde misé/able et la dépouille qu'elle a laiêsée; pois, prenant son vol vers' Pbarsale, elle entre dans le cœur de Coton et de Brutus. Est-ce un poëme païen, ou est^-oe une Vie des saints que nous lisans ? Et ce tombeau de Pompée, ee tertre ebscwr renfermant un esprit divin^ que viendra prier celui qui refuse son encens aux dieux du Capitole^ n's»nonce-t-il pas déjà le culte des tombeaux des martyrs?
Mais prenons simplement Sénèque, Lucain et les autres comme des témoins de l'état général des esprits*. La magie triomphe déjà presque comme au temps où Pline écrira que V empire du monde lui appartient : qu'on voie la Médée de Sénèqne, et surtout la Thessalienne de Lucain « Néron se livrait avec passion à ces pratiques ; là comme ailleurs, il prétendait pousser à bout la nature. La magie était regardée comme employant particulièrement à ses œuvres une nouvelle espèce de personnages divins, appelés du nom de démons, que le christianisme a empruntés au monde païen et non à la Bible, où ils ne sont pas connus. Et c'est la magie qui a fait que ce nom de démons^ qui s'appliquait d'abord également aux bons génies, a pris exdusivement la signification odieuse qu'il a gardée. Les dieux de la magie étaient les dieux infernaux^ car c'est à la mort qu'elle s'adresse de préférence. Ces morts, qui vivaient hier, ei que chacun retrouve dans ses imaginations et dans ces songes, elle ne croyait pas si difficile de communiquer avec eux. C'est d'ailleurs pour conjurer la mort
qu'on emploie surtout les arts magiques; ou au contraire, et peut-être encore plus souvent, pour la faire tomber sur d'autres tètes; de sorte que les initiés dans ces mystères pourraient être appelés des thaumaturges de la mort. Mais les dieux infernaux, qui dans la haute antiquité étaient aussi augustes et aussi saints que les autres, se transformèrent. Comme la magie, dans ses prétentions aux miracles, réussissait bien mieux à tuer ou à faire le mal qu'à autre chose, les dieux infernaux étaient donc des dieux malfaisants; ou plutôt ce n'étaient plus des dieux, car la conscience, devenue plus délicate, ne supportait pas l'idée que des dieux fussent méchants. Les maîtres des enfers en vinrent donc à n'être que les démons, maudits depuis par TÉglise. La magie fut déclarée odieuse aux divinités du ciel {superis detesianda diis) ; la magicienne rC entrera jamais dan» les Champs- Élysies; en termes chrétiens, elle est damnée {quos nulla meretur Thessalis elysios) ; elle est souillée et abominable; en un mot, c'est la «omére du moyen âge, celle dont M. Michelet a fait Thistoire.
Dans les vers de Lucain où je recueille tous ces traits, on entrevoit même, au delà des Furies, d'Hécate, de Proserpine, au delà de Plu ton, je ne sais quel dieu du mal mystérieux, caché au dernier étage du Tartare comme au fond de la spirale de Dante, le Diable^ pour l'appeler par son nom *.
1« Indespecta tenet vobis qui tartara, cujns
Vos estis snperi.
« Celui qui occupe ce Tartare que vous n'avez jamais aperçu, celui pour qui vous êtes les dieux d'en haut. »
LUGAIIV, PÉTRONE, PERSE. 305
 la magie se rattache TÉvocation des morts. D'autres divinations fleurissent autant que jamais, et surtout l'inspection des entrailles des victimes, ou harus^ picine. Une scène de YŒdipe montre combien c'était un art compliqué, et de quelle infinité d'observations minutieuses se composait ce savant mensonge. Une autre science étrusque, celle de la foudre, est longuement développée dans les Recherches sur la Nature de Sénèque. Enfin l'astrologie règne à côté de la magie, et plus universellement encore. Il importe peu que les Oracles proprement dits aient perdu de leur influence, et que les puissants, comme dit le poëte, les aient fait taire : et svqieros vetuere loqui ; le monde est en proie aux inspirés et aux prophètes. « Si une femme, dit Sénèque, se traîne sur les genoux dans les rues, en poussant des hurlements ; si un vieil homme en robe de lin, tenant d'une main une branche de laurier, de l'autre une lanterne allumée en plein jour, va criant que telle ou telle divinité est en colère, vous accourez, vous écoutez, et vous dites, vous entretenant les uns les autres dans vos terreurs : C'est un homme de dieu. » Ces scènes se produisaient surtout dans les épidémies et les alarmes de toute espèce ; dans ces calamités où les hommes éperdus s'emportaient à des violences contre les dieux mêmes : et diis ipsis manus intentantur. Séuèque dit encore : « On ne voit jamais tant de gens qui prophétisent, que si les esprits sont frappés de quelque crainte où se mêle la superstition. » — « Les Galles, faisant tournoyer leurs têtes , d'où pendent leurs cheveux ensanglantés, annoncent aux peuples
par leurs hurlements des catastrophes sinistres :
Crinemque rotantes
Sangninenna, popnlis nlularnnt tristia Galli. »
On n'est donc pas étonné que le règne de Néron ait enfanté Y Apocalypse ; elle est née chez ceux qui souffraient le plus, dans un temps où tout souffrait.
L'idée de la fin prochaine du monde occupait surtout l'imagination des hommes, et c'était un thème sur lequel les écrivains s'exerçaient volontiers. Lucain s'en inspirait dans son poëme comme Sénèque dans ses tra- ^dies; et celui-ci la développait avec complaisance aans ses Recherches sfwr la Naiwre. Cette grande destruction, d'après les Stoïques, devait s'accomplir par le feu, comme le proclame encore le premier verset du Dies irœ ^ Cependant d'autres traditions voulaient que le monde finit par un déluge, pareil à celui dans lequel déjà une première génération d'hommes avait péri : la vieille histoire de ce premier déluge, et d'un couple unique de justes échappant seul dans un navire qui vient s'arrêter sur une montagne, tenait sa place dans le grand poëme d'Ovide. Il se mêlait aussi à l'idée de la destruction prochaine celle d'une régénération : j'en ai déjà montré le témoignage au temps de SuUa ^. —
1 Et aussi cette formule dans la messe des Morts : Per eum qui vtnturut est judicare vioos et mortuos, et secnlnm per igoera. «Par celoi qui doit venir juger les Tiyants et les morts, e( le monde par le feu. »
2. Je citerai ki textaettement le passage de Plutar^;^, dont je n'ayais donné précédemment que le sens: < Les habiids dans la stience des Étrusques déclarèrent que ces prodiges annonçaient rayénement d'une autre race d'hommes et le renouyellement da
LUC AIN, PÉTRONE, PERSi!. «7
«t Toute race vivante sera renouvelée, et le ciel donnera à la terre une bomanité née sons de meiUeorB auspices, et qui ignorera le crime. Mais celle-là non plus ne conservera pas longtemps son iimocence, et elfe doit la perdre en vieillissant. > Ces idées étaient tristes pour l'avenir, et pour le présent plus encore ; elles expliquent peut-être le redoublement de frayeur q«e les éclipses causaient alors aux bommes, au témoignage <le Sénéque : il leur semblait qu'elles marquaient la fin. Sénèque avait écrit contre les Stiperstitiam un livre qui est perdu, et qui est bien regrettable. Si nous l'avions, il suffirait peut-être seul à l'bistoire pour donner ridée complète de la grande fièvre religieuse du temps, 4oni Tavénement du christianisme n'a été, pour ainsi dire, que la crise. Augustin nous en a conservé environ deux pages, dans lesquelles Sénèque relevait les pratiques scandaleuses ou barbares , les incisions sanglantes, les mutilations; on tiendrait, dit-il, à coup sàr ces gens-là pour fous, s'ils étaient en moins nombreuse compagnie; il faut les tenir pour raisonnables, du moment qu'ils sont en foule pour déraisoni^r. — c Me voici au Capitole : j'ai honte de dire l'extravagance des devoirs que des cerveaux troublés ont imaginé de ren-
tnonde. Car il y a en tout, disent-ils, huit générations d'hommes, 4e vie et de mœurs toutes différentes , à chacune desquelles est assignée xine dorée que la divinité détwmîne par la révolnUon d'une Grande année. Quand l'une prend fin et que l'autre va oommencer, il se produit qoel^jVie signe merveilleux sur la terre et dam le ciel, montrant clairement à ceux qui ont étudié et pénétré cesmystères, qu'il est né une humanité toute différente de celle qai ta firéeède, et moins aimée, on an contraire plus aimée des ^ dieux. » Ce passage se rapporte à Taniiée da premier consulat do Sulla (S8 avast notre ère).
dre aux dieux. Celui-là sert de nomenclateur à Jupiter, cet autre lui dit l'heure qu'il est ; un autre se fait son lecteur, un autre se charge de le frotter d'huile, et le mouvement de son bras imite cette action. Des femmes coiffent Junon ou Minerve ; elles se tiennent à distance, non-seulement de la statue, mais de la chapelle, et font le geste de coiffer avec leurs doigts ; d'autres leur présentent le miroir. Ceux-ci prient les dieux de leur servir de caution en justice ; ceux-là leur remettent des mémoires et leur expliquent leurs procès. Un mime habile, un chef de troupe, vieux et décrépit, donnait tous les jours une représentation au Capitole, comme si les dieux avaient pu prendre plaisir à le voir jouer quand les hommes ne s'en souciaient plus. Des gens de tous les métiers passent là leur temps à travailler pour les immortels. • — El plus loin : c Après tout, les services qu'ils offrent ainsi aux dieux, s'ils sont inutiles, n'ont rien de honteux ni d'indécent. Mais voici des femmes qui s'établissent au Capitole avec l'idée qu'elles sont les maîtresses de Jupiter ; et la pensée de Junon, que les poètes font si jalouse, ne leur fait pas peur. » Quelque précieuse que soit cette page, j'imagine qu'il y avait dans Sénèque des observations plus profondes et d'une plus haute portée ; Augustin ne nous a donné que des détails choisis de telle façon que le ridicule ne tombât pas sur les pratiques dévotes des chrétiens. Il n'a pas recueilli ce qui pouvait porter contre les superstitions de toute origine; un temps même a dû venir où, l'Église triomphante n'ayant plus besoin de ces armes contre le paganisme, h livre fut jugé impie et disparut comme
LUGAIN, PÉTRONE. PERSE. 309
disparaissait aussi la dernière partie du livre de Cicé» ron 9UT les Dieux, Quoi qu'il en soit, une description aussi vivante nous en apprend déjà plus que des dissertations philosophiques sur l'état d'enfance spirituelle où se trouvait, au temps de Sénèque, la plus grande partie de l'humanité.
Sénèque se moquait en particulier, dans ce livre, de la religion du sabbat juif, qui avait gagné, non-seule^ ment les judaïsanls, mais la foule même des païens^ tout le monde allumait ce jour-là des cierges ou des lampidns ; c et cependant ni les dieux n'ont besoin de lumière, ni les hommes ne se trouvent bien de s'enfumer. » Perse nous peint ces mêmes illuminations, et les prières qu'on marmotte; et, pêle-mêle avec ces pratiques juives, les momeries des Galles ou des prêtresses d'Isis, menaçant les gens de leur faire enfler le corps s'ils ne mangent dévotement trois têtes d'ail tous les matins; enfin les terreurs causées parles revenants, ou par le présage fatal d'un œuf cassé. Lucain proteste à son tour contre ces dieux d'Egypte qui se sont emparés de Rome ; contre cet Osiris dont les dévots font le deuil : voire deuil même^ dit le poëte, atteste que votre dieu n'est quun Iwmme. On peut voir enfin dans le roman de Pétrone les superstitions du dernier étage: les loups-garous, les stryges, dévorant la substance des morts, et ne laissant à la place d'un corps qu'une guenille bourrée de paille. — Voici la Sibylle de Gumes : elle est condamnée par un vœu imprudent à une vieillesse plusieurs fois séculaire, qui dessèche et réduit son corps à rifJi sans que la vie soit éteinte; on la voit, dit-»
$flO< LE GHUISTlAtNISME BT SES aREGINES.
OBi, dans un bocai', où se conserve sa triste existence ; le» petits garçons lui disent en grec, car e'est sa langue i Qoe veux-tu. Sibylle ? et elle répond : Je veux mourir, — Voici un homme qui est devenu riche tout à coup;^ c'est qu'il a attrape son bonnet à un lutin {incuboni)^ et il a trouvé un trésor.
Enfin, dans uo livre qui ne fut publié qu'après Néron, mais qui était déjà écrit en grande partie sous son règne, Pline décrit les superstitions de son temps entémoin d'autant plus intéressant à entendre, qu'il n'est lui-même ni plus ni moins superstitieux que le grand nombre ; toutes les pratiques dont il parle, il en parle* à la fois sans engouement et sans mépris. < Tout le monde craint, nous dit-il, d'être l'objet de vœux et d'imprécations funestes. » — Après avoir avalé UB œuf, on en brisait la coquille, pour conjurer le^ mauvais sort. — On racontait que César, le grand! César, en montant dans une voiture, ne manquait pa& de répéter trois fois une formule qui devait le pré-» server de tout accident , et cela devint plus tard d'uD* usage universelw — On choisissait des gens portant d^i n»mê heureux pour figuirer dans les purifications pu**' bUques. — Oa ne nommait pas les morts sans prendre^ des précautions pour se garantir de leur colère. — Oncroyait généralement à la vertu des nombres im-pairs, etc. c ¥oilà , dit Pline , les traditions que^ nous ont laissées des générations qui croyaient que lesdieux interviennent dans tout et à toute heure, et qui ont mérité ainsi que ces dieux voient a^rec inckilgence^ 1» corruptioQ de notre temps. »
LUGÀIN, PÉTRONE, PERSE. 3H
Peu après avoir fait mourir Sénèque, Lucain* et Pétrone, Néron lui-même meurt, réduit à se tuer de sa main; c'est à cette date que je m'arrête, parce que c'est celle où . l'histoire profane reconnaît pour la première fois l'existence des Chrétiens *'. Cependant la sagesse hellénique suivra encore sa voie bien longtemps sans rencontrer le Christianisme. De longtemps il n'y aura pas de littérature chrétienne, et ni Épictète, ni Platarque, ni Marc-Aurèle n'ont certainement rien emprunté aux livres chrétiens. Mais le christianisme a pu cependant agir peu à peu^ par une infiltration secrète, sur ceux-mêmes qui en étaient le plus séparés; et il est prudent de ne pas aller plus loin que Sénéque, si on veut mesurer exactement ce que la religion et la philosophie avaient fait^ sans le Christ, du monde ancien. Pour qui a quelque peu de sens critique, il est clair que les Chréikan» n'ont pas donné à Sénèque une parcelle de sa doctrâie; ils paraissent alors à peine, et il est probable qu'il ne: distinguait même pas leur religion de celle des Juifs, et ne voyait en eux qu'une secte juive très^fanatique et très-révolutionnaire. Quant aux Juifs eux-mêmes; toui ce qu'on peut conjecturer est que le judaïsme, qui* gagnait déplus en plus dans l'empire, avait répandu dans? Kairdes sentiments plutôtque des idées, dont rinfluence a- dû se faire sentir jusque sur la sagesse des gentilsf^. comme aussi eette sagesse agissait à> son tour sur le ju-*-
l.On croit Tentravoir avant cette date dans ce que dit Suétone, que Claude fit chasser les Juifs de la ville à cause des troubles continueli. suscités par un Chreslos. On suppose que Suétone a pris le nom da Cbiist pouii celai, d'un Juif qui faisait du- déserdm dàn»- Rtmie;
daïsme. Sénèque pour sa part n'est en aucune façon un judaïsant; mais sa philosophie est celle d'un temps où beaucoup judaïsaient au-dessous de lui ; et il n'est pas impossible que cela ait contribué en quelque chose, sans qu'il s'en doutât lui-même, à donner à cette philosophie un accent plus vif de piété mystique, ou d'austérité, ou d'humanité. Mais le travail qui s'était fait ainsi dans lésâmes, et dont ses écrits peuvent témoigner, est indépendant de la prédication de Jésus et de celle de ses apôtres, qui n'avait pas eu le temps dé se faire sentir jusqu'à lui. Il ne faut pas oublier qu'à la date où on place la Lettre de Paul à ceux de Rome, Sénèque touchait à soixante ans. Ce que nous surprenons dans ses livres, c'est donc bien l'état moral et religieux du monde romain avant le Christ. Il n'y avait rien du Christ ni de Paul dans Sénèque; mais le mouvement spirituel qui depuis un demi-siècle agitait le monde, avait abouti d'une part à Sénèque et de l'autre à Paul. Établissonsnous donc à cette date, qui sépare les deux âges de l'histoire religieuse, et demandons-nous, en récapitulant tout ce qui précède, ce qu'un païen pouvait déjà croire et sentir, ce qu'il pouvait pratiquer avant d'avoir entendu: prêcher le christianisme.
Il croyait à un dieu suprême, créateur du monde et du genre humain, très-bon et très-grand^ gouvernant toutes choses, et de qui relève toute puissance comme toute loi; dont la Providence veille particulièrement sur les bons et ne les éprouve que pour leur bien. Ce dieu est présent partout, et témoin même de nos pensées. Sa volonté doit toujours être faite, et la liberté est de lui
obéir. Et ce n*est pas assez de lui obéir, il faut l'aimer.
Il est vrai qu'au-dessous de ce dieu il eu reconnaissait d'autres, mais ces dieux inférieurs n'entraient pas en comparaison avec leur père et leur maiire; ils n'étaient que des ministres ou plutôt des manifestations de ce que l'on appelait d'un nom unique, la divinité. En un mot, c'étaient des anges. Ce n'est pas moi qui parle ainsi, c'est un Père de l'Eglise, Augustin, qui nous dit en propres termes : c Les dieux, que nous, nous appelons les anges, d'un nom moins haut {deos quos nos familiarius angelos dicimus). > Les païens^ à cette époque, n'étaient pas réellement plus polythéistes que les Chrétiens K
On croyait à de bons démons, gardiens de la vie de chaque homme et de sa conscience. On croyait aussi à des démons mauvais, artisans de malice et d'iniquité, et même à un dieu suprême du mal, auquel il ne man«quait que le nom du Diable.
On croyait à l'intervention des puissances surnaturelles dans la nature et dans la vie. On se persuadait que le ciel écoutait les prières des hommes; que, d'autre part, les démons du mal obéissaient aux conjurations. On croyait aux miracles, aux apparitions, aux présages, aux avertissements d'en haut, à tous les pro-
1. On lit déjà dans Terlullien : « La fonction de faire tomber dans le ventre de la mère le germe de Thomme, de le façonner, de l'éla- J[)orer, est accomplie certainement par uoe puissance ministre de la volonté divine, quelles que soient les lois suivant lesquelles elle Texerce. C'est d'après cette pensée que la superstition romaine a imaginé une déesse Nourrice [Alemona) pour nourrir l'embryon..., une Partula..,^ une Lticina.., Wous, nous chargeons les anges de ces ofQoes divins (nos officia éUvina angelii credimuà). »
diges; le vulgaire cfescendait, en fait de surnaturel^ aussi bas que peut descendre l'ignorance et la grossièreté des esprits, jusqu'aux lutins, aux vampires et aux croquemitaines. On était particulièrement sous l'empire du merveilleux malfaisant qui constitue la magie et la sorcellerie. On reconnaissait des possédés.
On pensait que le Ciel pouvait révéler l'avenir aux hommes et qu'il leur accordait en effet des révélations. Od croyait aux prophètes, aux inspirés, aux visions apocalyptiques.
Les païens croyaient aux prédictions de la Sibylfe*. On a vu que TÉglise les invoque encore.
Les païens croyaient à Tastrologie : il y a tbut au plus deux cents ans que la chrétienté n'y croit plus.
On croyait à Tàme, substance indivisible, spirituelle et céleste; on faisait de cette âme l'essence même de l'homme. On lui accordait l'immortalité. On croyait à un enfer avec ses supplices éternels, à un paradis, k un purgatoire. On se représentait les âmes des morts comme s'intéressant aux choses de cette vie, et revenant par fois sur la terre. On imaginait que les âmes d^élite montaient au ciel' et prenaient place panni le» êtres supérieurs ou les dieux. On faisait des cffvi, en attendant qu'on fit des saints.
Quelques-uns croyaient à une résurrection des morts.
On supposait que les dieux étaient offensés par les fautes des hommes, et on redoutait lieur colère. Otr craignait de les blesser, non-seulement par l'immora*lité ou le crime, mais par la négligence dans 1 accom**
LUGAIN, PETRONE» ?ERSS. dtS-
plîssemeint des devoirs FeUgieux» Oa se figurait une réversibilité des faciles qui faisait retomber jusque sur l'enfant le péché du père. Mais on avait, pour conjurer la peine, les expiations de toute espèce, et en particu>< liers les ablutions, par lesquelles on lavait les taches de l'âme.
On s'attendait à la fin prochaine du monde, condamné par les iniquités des hommes, et à l'avènement d'un monde nouveau.
Enfin oa avait un goût particulier pour les religions* secrètes; on se tournait de préférence vers les dieux lointains et mystérieux de l'Orient.
Quant aux pratiques du culte, que de choses qui sont également païennes et chrétiennes (je parle dn christianisme catholique)! Les temples, les chapelles, les autels, les images» les prêtres, avec leur vêtement théâtral, les chaots sacrés, les processions, l'eau lus** traie, les arbres ou les pierres chargées de fleurs et d'offrandes, les eoB-^oio. Il y avait des prières publiques pour l'empire et pour le chef de Tempire, des jubilés, des pèlerinages, des démonstrationa solennelles pour conjurer les calamités ; il y avait des fiâtes pour toute» les dates, et pour toutes les occasioRS de la vie pu^ bUque et de la vie privée; le calendrier était toist religieux : fêtes du printemps ou de Thiver, fête de la nouvelle année, fête des moirts, ete. Le paganisme avait ses confréries sacrées , ses dieux patrons des navires, et, pour tout dire, ses dévotions à propos de tout ; c^r tous les actes, tous les sentiments, tous le» intérêts devaieol un^ eompte aux dieux, et ee compte
était tenu avec une exactitude que la piété du moyen âge n'a pu non-seulement dépasser, mais égaler. Toutes les formes de la superstition florissaient aussi comme au moyen âge autour de la religion , si toutefois on peutdistinguer ces deux choses.
En même temps, il est vrai, un courant d'idées parti de plus haut portait les âmes à croire que la divinité n'a que faire de sacrifices, de cérémonies, ni de temples même ; qu'elle ne veut d'autre temple que le cœur de rhomme de bien et d'autre culte que la vertu. C'est de ces pensées que va se nourrir le Christianisme des premiers temps; mais l'Église reprendra bientôt la tradition des religions qu'elle a remplacées.
Enfin la morale grecque et romaine s'inspirait déjà de l'esprit de tristesse et d'abnégation qui devait être celui de la religion nouvelle. Elle faisait dédaigner les richesses, les honneurs, les voluptés^ le bonheur même; supporter l'insulte, souffrir la douleur et triompher dans les tortures. Elle inspirait le mépris de cette misérable existence, le sentiment profond du néant de tout ce qui la jemplit; la résignation à mourir, et quelquefois même l'envie de mourir ; la pensée de la mort dominant toute la vie;, l'horreur du péché, la conscience de notre infirmité morale, une aspiration passionnée au salut, à la conversion, à la persévérance; l'éloignement du monde et l'amour de la retraite; l'abandon de l'àme à la prédication qui l'eutraine, à la direction qui la conduit et qui l'enveloppe; le recours à la philosophie comme à une force bienfaisante qui gouverne et qui console; — des pratiques d'austérité et de pauvreté
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qu'on peut appeler monastiques ; la méditation journalière, Texamen de conscience ; le besoin d'appuyer la morale non-seulement sur des pratiques, mais sur des dogmes et des articles de foi; la disposition à la piété, le lédain et l'antipathie pour les incrédules, la transformation de la sagesse en une religion; l'indifférence pour la science, Tart et l'industrie, toutes choses profanes. Enfin cette morale présentait à l'imagination comme idéal la figure d'un sage, véritable enfant de Dieu, vera progenieSy pur jusqu^à être impeccable^ prêt à souffrir toutes les tortures, d avater des charbons ar^ dénis ou à clouer ses bras sur une croix^ et, dans sa force, essentiellement doux et pacifique, pkicidm et lents 1 ; ne se plaignant ni des hommes ni du ciel ; paraissant au milieu des méchantscomme la lumière parmi les ténèbres, non aliter quant in tenebris lumen effulr sit^ ; n'usant des choses de ce monde que comme un étranger et un passant, sed ut commodatis utetur pèregrinus et properans '; — portant Dieu en lui; — triste et comme en deuil du genre humain.
liai qoippe \acat. . • • Humanum lugere genus.
Heureux s'il pouvait mourir pour tous et racheter de son sang tous les crimes !
Hic redimat sangnis populos , hac esde laatur Quidqaid romani meruenmt pondère mores.
té Comparez rÉvangile de Matthieu, xi, 29.
f . Comparez l'Evangile de Jean, i, 5.