‹ Le christianisme et ses originesChapitre 33 sur 48 · Comparez I Cor., vu · texte numérisé non relu

Comparez I Cor., vu

âl8 LE GHt(lSTlANISM£ ET SES ORIGINES.

Cette morale ordonne la chasteté, celle 4e l'hommi aussi bien qiîe celle de la femme; — le respect 4e Tesclave, notre égal et notre frère, du moins devsMt Bieu, et, dans la servitude du corps, libre jfAV 1 ame; «Ue condamne les tueries de Tarène ; elle veirt que le malheur soit sacré; — elle prescrit la charité, car nous sommes les membres d'un même corps; raumônCydélicate et vraiment humaine, Thorreur de la guerre ; la soumission loyale au commandement légitime, et, en face du commandement injuste, la désobéissance et la liberté. — r Je ne reviens pas ici sur les illusions et les -défaillances de cette sagesse ; j'aime mieux ne la présenter qu'avec ses mérites et ses bienfaits.

Mais si ce résumé est fidèle (et chacun des chefs dont il se compose a été longuement établi) ; si le Christianisme, en arrivant dans le monde grec et romain, y a trouvé cette morale et ces croyances, et si l'état des esprits et des âmes à cette époque n'est que le dernier terme d'un travail que j'ai suivi depuis les premiers monuments de la pensée grecque, et qui était déjà bien avancé au temps de Platon, quelle place reste-til pour ce qu'on appelle line révélation divine, et pour une transformation soudaine et miraculeuse de Thomme ou de la société ?

La plus grande nouveauté du christianisme, c*est l'adoration du Crucifié. Et pourtant ce n'est pas à dire que, de ce côté-là même, rien n'eut préparé le monde à la religion nouvelle. Le Juste de Platon, fouetté, torturé, et mourant sur le pieu du supplice, ce Juste •que je retrouvais tout à l'heure dans Sénèque chwatU

tUCAlN, PÉTR«II£. PEKSE. 919

ses bras sur la croix^ a paru nalureilement aux Pères chrétiens uoe figure du Chcist lui-^mème. D'un autpe £Ôté, rhomme-dieu Héraclès ou Bercule, tel qu'on le 4^CNacevait depuis les Stoïques, et tel que Cicéron le représente, bienfaiteur de rhumanité, secourant et sauvant les malheureux, et cela au prix de ses souffrances, qui le font monter au ciel, consacrait l*idée d'une passion ayant pour objet le salut du monde \ Il ne restait qu'à associer T idée du libérateur avec celle du Juste persécuté; à se représenter le sauveur luttant, non plus contre des monstres, mais contre des crimes; triomphant encore, mais moralement, par son martyre même; et on arrivait ainsi à prendre pour idéal Caton plutôt qu'Hercule, et à voir en Caton, comme le montrent les vers de Lucain que je citais tout à l'heure, nonseulement un saint, mais un Rédempteur.

Néanmoins il y a évidemment, dans la foi au Christ crucifié, quelque chose qui n'est pas hellénique et qui vient des Juifs et de la Galilée; mais ceito foi elle-même n'a pas tant changé le monde qu'on l'imagine.

On dit souvent que la morale antique, dans ses plus beaux efforts, était frappée d'impuissance ; qu'elle ne vivait que dans la conscience ou dans l'école, et que le Christianisme seul l'a fait passer dans la loi et dans les faits. C'est une erreur qui vient de ce que nous nec(mnaissons guère Thistoire du droit et des lois romaines

1. Qanm de omnibus gentibns optime merorere, qnam opem mdigentibns salutemque ferres, ye! Herculis perpeti œnimnas. a D'ôtre le bienfaiteur de tons les peuples, de secourir et de sauver les malheureux, au prix môme des souffrances d'Hercule. »

qu'à partir de l'époque chrétienne. Mais quell'^ que soit notre ignorance de ce qui précède, nous en savons cependant encore assez pour reconnaître que la philosophie exerçait déjà avant l'ère chrétienne la même espèce d'influence qu'elle continua d'avoir ensuite, et qu'eut après elle la religion. Ainsi, tandis qu'une ancienne jurisprudence assioiilait les enfants d'une femme esclave, laquelle était en la possession d'un usufruitier, à la portée des animaux domestiques, il s'était formé, au temps de la jeunesse de Cicéron, une jurisprudence nouvelle qui se refusait à cette assimilation et mettait à part la personne humaine. Sous Auguste, il y eut une véritable rénovation du droit romain par l'illustre Antistius Labéo * ; or Labéo était un philosophe {qui et in cœteris operibus sapientiœ operam dederat ^), un Stoïque sans doute, puisque son intraitable indépendance faisait que l'empereur était assez mal disposé pour lui. Il avait accompli apparemment, autant qu'il était en lui, le vœu si éloquemment exprimé par Cicéron, que la loi du dehors se modèle sur la loi du dedans et sur la véritable justice. C'est l'œuvre qui se continua après lui et qui ne fut jamais interrompue. Sous Claude, il fut décidé que, si un maître, pour ne pas soigner son esclave malade, l'exposait, à la grâce d'Esculape, dans T île du Tibre où était le temple de ce dieu, l'esclave serait libre dans

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