‹ Le christianisme et ses originesChapitre 8 sur 48 · Sant lacrimœ reram Enéid% l · texte numérisé non relu

Sant lacrimœ reram Enéid% l

ÉPOQUE ROMAINE. - GIGËRON. f4t

Pascal; et si Pascal a fait quelquefois, sans l'avoir voulu, •des sceptiques et des désespérés, je ne serais pas étonné que Lucrèce eût fait, au contraire, des chrétiens, et que plus d'une âme secouée par lui et emportée loin de ses attaches, en fût venue à ne pouvoir se rasseoir que dans Fespérance d'une autre vie et d'un dieu réparateur. Pour lui, qui n'espère rien, il se fait pourtant aussi une religion. Dans ces régions^sereines où il s'établit comme dans un ciel pour regarder les hommes qui s*agitent dans leurs ténèbres, il goûte une volupté divine; il éprouve le frisson du surnaturel ; il est comme un élu dans le paradis \ Ce n'est qu'un éclair, et la mélancolie est dominante, relevée seulement par l'orgueil de la pensée libre. Mais que de traits l'éloquence religieuse lui dérobe et lui dérobera sans cesse !

c Ils ont beau faire; de la source même des voluptés monte je ne sais quelle amertume, qui les serre à la gorge au milieu des fleurs du plaisir. »

« misérables pensées ! ô aveuglement des hommes ! Dans quelle nuit profonde et parmi quelles menaces se passe ce je ne sais quoi qui est la vie ! »

Il y a un vers qu'il ne faut pas oublier de recueillir, car c'est un mouvement de charité. Le poëte nous fait voir, dans le monde né d'hier, quand il commence d'y avoir des hommes sur la terre, les groupes errants qui se rapprochent peu à peu et tâchent de s'entendre en se rencontrant. Us se recommandent mutuellement les en*

1. His ibi me rebns qnœdam divma voloptai Percipit atque horror.

Iants€tl€6 femmes; ils se servent du geste et de la voix; ils balbutient des sons qui signiBent que celui qni tsl faible doit trouver grâce devtmt tous ^ . Il est intéressant de voir Lucrèce, en même temps qu il arrache la végétation des vieilles croyances, semer sur le sol dépouillé de nou\^aux germes.

Il ne nous reste rien des purs Stoiques de cette époque. Cicéron n'appàriienj pas à leur école, quoiqu'il leur emprunte ce que sa morale a de plus fort; il est plutôt , suivant son expression à lui-mràie, un homme de chez Platon, homo platonicus. Les Stoiques purs, tout entiers au salut des âmes, tendaient de plus en plus à rejeter de la philosophie tout ce qui pouvait être amusement ou luxe de l'esprit. Les Cyniques était plus intraitables encore dans leur zèle; ils méprisaient tout ce qui ne va pas à rendre l'homme plus content de lui et plus indépendant du dehors, et à lui donner plus d'autorité morale sur les autres hommes. EnJBn, les Pythagoriques, un peu effacés, à ce qu'il semble, dans Tàge précédent, commençaient à reparaître, peut-être parce que cette philosophie étant plus antique, et par là plus près des religions, se trouvait plus en rapport avec le nouvel état des âmes. La tradition, d'ailleurs, disait que Pythagore s'était inspiré de rOrient ; à mesure donc qu'on s'assimilait davantage les croyances de TOrient, on prétendait y retrouver Pythagore; et on pouvait tout mettre sur son compte, puisqu'il n'avait pas laissé de monument authentique

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