FIN DU LIVRE QUATRIÈME
1. Cette idée et les termes qui l'expriment sont conformes et au sens et au langage de l'Évangile.
Nous sommes (nous, les fidèles) son ouvrage, ayant été créés en Jésus-Christ pour les bonnes œuvres. Éph., II, 10. Celui qui est en Christ est une nouvelle créature. 2 Cor., V, 17. Christ vous a instruits à vous renouveler dans votre esprit et votre entendement, et à vous revêtir du nouvel homme créé à l'image de Dieu dans une justice et une sainteté véritables, Éph., IV, 25 — 24, et le Seigneur avait dit : Il faut être né de nouveau pour entrer dans le royaume de Dieu. Jean, III, 3.
2. Le Fils unique est au sein du Père. Jean, 1, 18. Le Fils est le reflet de sa gloire, l'image empreinte de sa personne. Héb., I, 3. Christ est l'image de Dieu, 2 Cor., IV, 4; l'image du Dieu invisible. Col., I, 15. En conséquence, quiconque nie le Fils n'a point le Père, c'est-à-dire ne connaît point le Père de manière à s'unir à lui, mats celui qui confesse le Fils a aussi le Père. 1 Jean, II, 23. Et en conséquence aussi Jésus a eu le droit d'assimiler la foi due à Dieu et celle qu'il demande, au point de dire à ses apôtres : Vous croyez en Dieu, croyez aussi en moi. Jean, XIV, 1 . (Voir ivre I, chap. x, note 39, et chap. xm, note 51 ; liv. IV, chap, xli, notes 2 et 51, notes 84 et 85.)
3. Personne n'a jamais vu Dieu; le Fils unique est celui qui nous l'a fait connaître. Jean, I, 18. Celui qui m'a vu, a dit Jésus*
a vu mon Père. XIV, 9. C'est par lui (Christ, c'est-à-dire par sa doctrine) que vous croijez en Dieu, et que vous le connaissez mieux que par la loi ou la raison. 1 Pierre, I, 21. Qui a connu la pensée du Seigneur et qui peut l'instruire? mais nous, nous savons la pensée de Christ. 1 Cor., II. 16.
4. Dieu m'a donné la vie et me la conserve par ses soins. Job, X, 12. Dieu tient dans ses mains l'âme de tout ce qui a vie, XII » 10 ; et de plus il dirige la destinée : Éternel, je le sais ; le sort de l'homme ne dépend pas de lui ; il ne dépend pas du mortel qui marche de choisir où il dirigera ses pas. Jér., X, 23.
5. C'est cette Providence qui fait donner à Dieu, dans les livres saints, les noms de Dieu fidèle, Deut., VII, 9; de Créateur fidèle. 1 Pierre, IV, 19. C'est cette Providence qui donnait aux Hébreux dans le désert un esprit intelligent, des yeux pour voir et des oreilles pour entendre. Deut., XXIX, 4. C'est cette Providence dont Joseph parle à ses frères, quand il leur dit : Ce que vous avez pensé en mal, Dieu l'a pensé en bien, Gen., L, 20, et Jésus à Pilate : Tu n'aurais aucun pouvoir sur moi, s'il ne f 'était donné d'en haut . Jean, XIX, 11. C'est cette Providence qui, attentive aux intérêts de la vérité et aux droits de la vertu, veille à ce que les hommes n'aient jamais aucune puissance contre la vérité, 2 Cor., XIII, 8, et à ce que nul ne soit tenté au dessus de ses forces, 1 Cor., X, 15, parce que Dieu sait de quoi noussommes faits. Ps. CIH, 14. C'est cette Providence qui ne brise point le roseau cassé et n'éteint point le lumignon fumant. Matt., XII, 20. Enfin c'est cette Providence qui, lorsque les Paul ont planté, lorsque les Apollos ont arrosé, donne l'accroissement, 1 Cor., III, 7, et qui produit en nous le vouloir et le faire. Phil., II, 13. Le partage des dons et la constance des secours de cette Providence religieuse de Dieu obligent chaque fidèle à dire : C'est par la grâce de Dieu que je suis ce que je suis. 4 Cor., XV, 10. Saint Paul nous montre quelle confiance nous devons avoir dans le soin qu'elle prend de notre âme, quand il dit : Dieu, qui n'a point épargné son propre Fils, mais qui l'a livré pour nous tous, comment ne nous donnera-t-il point toutes choses avec lui ? toutes choses... c'est-à-dire, selon la liaison des idées, tout ce qui nous est néces-
saire pour nous approprier le salut. Rom., VIII, 52. C'est le même vœu qu'il exprime avec une admirable concision en terminant son épître à Tite : Que la grâce soit avec vous tous. Tite, III, 15.
6. Un jour parle à un autre jour de la gloire de Dieu, et une nuit enseigne une autre nuit. Ps. XIX, 5. L'Éternel a établi les deux à perpétuité, et y a mis un ordre qui ne changera point. CXLVIII, 6.
7. Cette application de la Providence spirituelle de Dieu est exprimée dans les livres saints par la simple et touchante image, souvent répétée, que Dieu se souvient de son alliance. Dieu entend les gémissements d'Israël pendant la servitude en Egypte, et se souvient de son alliance avec Abraham, Isaac et Jacob. Ex. II, 24; VI, 5. Dieu promet de s'en souvenir même si son peuple, rebelle et idolâtre, est traîné en captivité dans le pays de ses ennemis. Lév., XXVI, 44 — 45. Cette confiance que Moïse confirmait à la fin de sa carrière, Deut., VII, 9 , était tellement la base de la foi des Hébreux dans les prérogatives et les obligations de leur race, qu'elle ouvre la prière solennelle de la dédicace du temple : 0 Éternel, Dieu d'Israël, tu maintiens ton alliance miséricordieuse avec tes serviteurs qui marchent devant ta face de tout leur cœur, 1 Rois VIII, 25; 2 Chron., VI, 14. La' même pensée se retrouve dans la Bible jusque sous le gouvernement des juges, l'époque la moins religieuse des annales saintes, Jug., II, 1 ; dans les Psaumes, CV, 8; CVI, 45; CXI, 5; dans Ésaïe, LIV, 10; dans Jérémie, XIV, 21; dans Ézéchiel, XVI, 60. Pendant les époques les plus calamiteuses, il est dit que Dieu se retourne vers Israël pour l'amour de son alliance avec Abraham. 2 Rois, XIII, 23. Après la captivité, dans les prières prononcées aux solennités de la restauration d'Israël, il est dit : Éternel, tu éclairais nos pères par ton bon esprit. Neh., IX, 20. Et dès les commencements de l'Évangile, l'idée reparaît dans un des premiers cantiques qu'il inspire : Béni soit le Seigneur, dit Zacharie, de ce qu'il a visité son peuple... selon sa promesse faite depuis longtemps à nos pères. . . de se souvenir de sa sainte alliance. Luc, I, 72.
8. Le début de l'épître aux Hébreux exprime cette idée d'une manière remarquable; il y est dit que Dieu, après avoir parlé par les prophètes, a parlé par son Fils. Héb., I, 1. C'est admettre, de la façon la plus explicite, que le môme système divin a été suivi pour toutes les révélations ; c'est Dieu qui se révèle, mais qui se révèle par un intermédiaire, et le même mot est employé pour exprimer l'acte divin, que l'intermédiaire soit la voix des prophètes ou celle du Sauveur.
9. U Eternel conversait avec Moïse comme un homme avec son intime ami, et lui dit : Je ferai passer toute ma bonté devant tes yeux. Ex., XXXIII, 11 — 19 ; Nomb. XII, 8. Les croyants sont si véritablement les confidents de la Providence, que les grâces les plus grandes leur arrivent avec cette bénédiction : Va, et qu'il te soit fait selon que tu as cru. Malt., VIII, 15. Pour nous, nous avons connu et nous avons cru que Dieu a de l'amour pour nous. 1 Jean, IV, 16.
10. La Bible ne renferme qu'un seul endroit où la distinction soit faite, d'une manière positive, par l'auteur sacré lui-même, qui seul pouvait la faire ainsi, puisque chaque intelligence a seule sa mesure. Dans le cours de sa discussion sur le célibat et le mariage, saint Paul a dit : Quant à ceux (des fidèles) qui sont mariés, ce que je leur commande, non pas moi, de ma propre autorité, mais le Seigneur par ma voix, c'est que la femme ne se sépare point de son mari, etc. A l'égard des autres (c'est-à-dire des hommes ou femmes unis à des Gentils non convertis), ce n'est pas le Seigneur, c'est moi qui leur dis ; Si quelqu'un de vos frères a une femme qui ne soit point du nombre des fidèles, qu'il ne la quitte point, si elle veut bien demeurer avec lui; de même qu'une femme qui a un mari qui n'est point du nombre des fidèles, ne s'en sépare point. 1 Cor. , VII, 10 — 42. Et plus loin : Pour ce qui est des vierges, je n'ai aucun commandement à donner de la part du Seigneur ; mais je vous donnerai un conseil, comme ayant reçu du Seigneur la grâce de lui être fidèle. VII, 25. Ces textes n'ont aucun sens s'ils n'expriment pas la nuance que la nature même des choses indique devoir se trouver dans la révélation. Saint Paul distingue ici entre une révélation spéciale et positive qu'il transmet de la part du Seigneur et
un conseil qu'il donne sous sa responsabilité privée, en appuyant d'ailleurs sur la confiance générale que doit inspirer son ministère. Cette différence est d'autant plus décisive et digne d'attention sous la plume de saint Paul, que dans la même épître il dit, au sujet de l'institution de la cène : J'ai appris du Seigneur ce que je vous ai enseigné. XI, 25. Aussi bien l'apôtre, en reconnaissant que l'esprit de Dieu ne lui avait pas tout révélé, ne pensait nullement invalider sa prédication et sa doctrine, et disait aux Galates : Je n'ai reçu ni appris d'aucun homme l'Évangile que j'ai prêché ; je l'ai reçu par une révélation de Christ. Gai., I, 12.
Les mêmes conséquences peuvent se déduire de ce que les secours de l'esprit de Dieu accordés aux envoyés divins n'étaient ni continuels, ni aussi prompts ou aussi étendus qu'ils le désiraient, comme on le voit par l'exemple, sous Moïse, des anciens d'Israël, dont il est dit qu'ils commencèrent à parler au peuple en prophètes, mais qu'ils ne continuèrent pas, Nomb., XI, 25 ; de Nathan, qui permet à David de bâtir le temple, 2 Sam., VII, 3; d'Elisée, à qui l'Éternel a caché le deuil de la Sunamite, 2 Rois, IV, 27 ; de Jérémie, qui attend dix jours une réponse de la voix divine, Jér., XLII, 7; et de saint Paul lui-même, qui dit aux pasteurs d'Éphèse : L'esprit m'oblige à me rendre à Jérusalem, sans que je sache ce qui doit m'y arriver. Act. XX, 22.
Les termes fameux de la décision que l'assemblée des apôtres et des anciens, tenue à Jérusalem, rendit pour séparer définitivement le judaïsme et le christianisme, ces termes dont on a si follement et témérairement abusé dans la suite : Il a semblé bon au saint esprit et à nous..., Act. XV, 28, sont évidemment le langage d'hommes qui obéissent aux inspirations de l'intelligence divine sans dépouiller leur individualité intellectuelle.
Toute la question se résume dans une très-remarquable pensée de saint Paul : quand l'illustre apôtre des Gentils veut donner une idée de cette union féconde et nécessaire de l'activité du Créateur et de celle des créatures, il écrit, en parlant des travaux de sa mission : Nous sommes coouvriers avec Dieu. 1 Cor., III, 9. Cette expression, d'une sublime simplicité, est aussi d'une sublime énergie, et s'applique à la rédaction de la révélation avec autant de justesse qu'aux œuvres du ministère sacré.
11. C'est la pensée cPAmos; il vient de reprocher aux Israélites de vouloir forcer au silence les prophètes dont les avertissements leur déplaisaient. Vous avez fait défense aux prophètes , en leur disant : Ne prophétisez plus! Am.-, II, 12, et pour montrer la vanité et l'impiété de cette opposition, il ajoute : Peut-on marcher ensemble à deux, à moins qu'on ne s'accorde ? III, 3, c'est-à-dire, de même qu'il faut s'entendre pour marcher ensemble vers le but par le même chemin, de même les prophètes parlent-ils sans être d'accord avec Dieu qui les envoie et les inspire?
12. Le Dieu de vérité ne peut mentir, Tite, I, 2, et faire mentir Dieu, si l'on peut parler ainsi, feindre l'inspiration et rendre Dieu responsable de ce qu'il n'avait point inspiré, était, sous la législation théocratique, le plus grand crime religieux et puni de mort : Si quelque prophète a assez d'orgueil pour dire quelque chose en mon nom que je ne lui aurai point commandé, ce prophète mourra. Deut., XVIII, 20. Et souvent la Providence exécutait l'arrêt; l'Eternel, dit Jérémie au faux prophète Hanania, te retranchera de la face de la terre et tu mourras cette même année, Jér., XXVIII, 16.
13. Ce même esprit (l'esprit de Dieu) rend témoignage à notre esprit, Rom., VIII, 16, dit saint Paul, et saint Jean, en recommandant le commandement ancien, mais renouvelé par Christ, de la charilé ou de l'amour, ajoute : Ce commandement est vrai et selon Christ, comme enseigné par lui, et selon vous, parce que les ténèbres se dissipent , et que la véritable lumière luit maintenant. 1 Jean, II, 8. Cette action de l'esprit de Dieu sur l'esprit de l'homme* cette mystérieuse harmonie de l'intelligence suprême et de l'intelligence créée, est attestée par Jésus lui-même, lorsque citant aux scribes ce que le Psalmiste avait écrit d'avance de sa gloire divine, et voulant rappeler à ses méchants auditeurs l'autorité de cette parole, il se sert de ces termes : David, lui-même, a dit par le saint esprit ou par l'esprit... Matt., XXII, 43; Marc, XII, 36.
Des deux premiers textes de cette note, celui de saint Paul ne souffre aucun doute et exprime nettement l'idée d'un échange intellectuel entre Dieu et l'homme: celui de saint Jean a été très-
diversement traduit ; la version adoptée ici est celle qui ne fait aucune violence au texte ; elle s'accorde d'ailleurs parfaitement avec la liaison.
14. La révélation est un bienfait, une nourriture de l'àme aussi nécessaire à la vie réelle de l'homme que le pain quotidien à sa vie physique, une source toujours ouverte de consolation et de joie. La loi de l'Eternel est ■parfaite ; elle restaure l'âme; ses ordonnances remplissent le cœur de joie ; l'or et les plus riches trésors sont moins précieux; le miel des rayons a moins de douceur; la lumière de ta loi réjouit ton serviteur. Ps. XIX, 8—12. Et saint Jean, dans sa première épître, lettre d'envoi de son évangile, dit aux églises : Je vous ai écrit ceci, afin que votre joie fût parfaite. 1 Jean, I, 4.
15. Les facultés étaient suffisantes avant le péch:; mais l'intelligence, nous l'avons reconnu, s'est viciée avec la moralité et. la religiosité, de sorte que Jésus a pu dire : Je te bénis, ô mon Père, Seigneur du ciel et de la terre, de ce que tu as caché ces choses aux savants et aux sages pour les révéler aux enfants. Matt., XI, 2o. Ésaïe avait écrit et saint Paul a répété cette parole de jugement : J'abolirai la sagesse des sages et j'anéantirai la science des savants. Ésa., XXIX, 14; 1 Cor., I, 19.
La solennité de cette prière du Christ et la gravité de cette déclaration de saint Paul étonnent, quand on n'en saisit point la portée. Ces passages n'expriment ni un démenti de l'excellence de la raison, ni la moindre abrogation de ses droits. Il y a ici deux idées qu'il importe de ne pas disjoindre. L'homme est un être intellectuel ; mais s'il donne à sa raison, sur ses autres facultés, une prééminence exclusive, il se perd, et loin de remplir le but de son existence, il le manque; car sa conscience, sa religiosité, sont des facultés d'un ordre supérieur, même à son intelligence ; la vertu, la religion, valent mieux que la science. D'un autre côté, l'usage de la raison est libre comme celui de toutes nos tendances, et quand l'homme s'éloigne de la vertu et surtout quand il s'éloigne de la religion, c'est à l'aide d'un mauvais usage de la raison, qui s'emploie à justifier les passions et voiler les vérités. On comprend
dès lors comment Jésus bénit Dieu de ce que la rédemption nous est communiquée par le cœur bien plus que par l'esprit, et de ce que les enfants, c'est-à-dire les hommes simples et sincères, saisissent ce qui échappe aux savants et aux sages ; on comprend que la science dont saint Paul proclame le néant est celle qui éloigne de ce Dieu, dont la véritable science émane.
16. Ce n'est pas pour le juste, dit saint Paul, que la loi (révélée) a été donnée, mais pour le méchant. 1 Tirn., I, 9. La loi a été donnée par Moïse; mais la grâce (du salut) et la vérité (définitive) sont venues par Jésus-Christ. Jean. I, 17. Le monde, avec sa sagesse, n'avait point connu Dieu dans les ouvrages de la sagesse divine, et il a plu à Dieu de sauver, par la prétendue folie de la prédication de Christ crucifié ceux qui croiraient. 1 Cor., I, 18.
1 7. Qui a connu la pensée du Seigneur et qui est entré dans son conseil ? Rom., XI, 54. Qui a communiqué à Dieu la science? Esa., XL, 1-4. Personne ne connaît ce qui est en Dieu, si ce n'est l'esprit de Dieu. 1 Cor., Il, 11.
18. Le même Dieu qui dit à la lumière de jaillir des ténèbres, fait luire sa clarté dans nos cœurs. 2 Cor., IV, 6.
19. Que la mort ne soit rien de réel, et surtout aux yeux de Dieu, c'est la pensée même du Christ quand il dit au sujet des morts : Tous sont vivants pour Dieu. Luc, XX, 58. (Voir liv. I, chap. xyi et liv. II, chap. xxin.)
20. Sous les deux alliances, les exemples abondent; c'était, pour ainsi dire, la voie naturelle de ces leçons surnaturelles. En songe, dans les visions de la nuit, quand le sommeil tombe sur les hommes, Dieu les instruit et grave dans leurs cœurs ses leçons. Job, XXXIII, 15. L'Éternel dit : Quand il y a parmi vous quelque prophète de l'Éternel, je me révèle à lui en vision et je lui parle en songe. Nomb., XII, 6. Cependant, les songes de révélation, refusés dans les temps de perversité, en signe de la colère, I, Sam., XXVIII, 6, étaient une grande marque de la faveur divine. Vos vieillards au-
ront des songes et vos jeunes gens verront des visions, Joël, II, 28, promesse d'une abondante effusion de lumières spirituelles, que saint Pierre applique aux commencements du christianisme. Act, II, 16. Que le prophète qui a eu un songe le rapporte fidèlement, dit l'Éternel. Jér., XXIII, 28. Cette fidélité était d'autant plus indispensable que la loi de Moïse punissait de mort l'imposteur qui prétendait avoir reçu des révélations en songe, Deut, XIII, 5, et que Ton savait fort bien en Israël que rien n'était à conclure des rêves ordinaires : Comme un songe se dissipe au réveil, ainsi s'évanouit la prospérité des méchants. Ps. LXXIII, 20. Il n'y a qu'illusion dans les songes. Ecc, V, 7. (Voir liv. II, chap. xxvi, note 50).
21. Tout ce que nous venons de dire dans la note précédente sur l'état de sommeil et de rêve, comme moments et moyens propices de communication entre l'esprit de Dieu et l'esprit humain, s'applique à l'état de vision et d'extase, dont les exemples sont fréquents et dans l'Ancien Testament et dans l'Évangile. C'était au point que le mot vision était employé quelquefois pour désigner ou la religion même, ou des révélations divines en général. L'idée de visions divines emportait avec elle celle de lumière : Vous aurez la nuit au lieu de la vision, et l'obscurité au lieu des révélations, Mie, III, 6; et l'impression qu'en recevait l'esprit était précise au point d'équivaloir à un ordre formel : 0 roi Agrippa, dit saint Paul, je ne résistai point à la vision céleste. Act., XXYI, 19. 'Il est évident que ces visions étaient purement subjectives, sans aucun phénomène extérieur qui les annonçât, puisque le fidèle à qui elles étaient envoyées les recevait quelquefois en un lieu public et au milieu de la foule : Tandis que je- priais dans le temple, dit encore saint Paul, je fus ravi en extase et je vis le Seigneur, Act., XXII, 17; quelquefois en un lieu privé, comme saint Pierre reçut la mémorable vision de la vocation des Gentils, Act., X, 10. (Voir liv. H, chap. xxvm, note 55.)
22. L'inspiration est quelquefois déclarée dans l'Écriture sans que la moindre indication soit donnée de la manière dont elle a lieu, au point que le prophète emploie une image extérieure
pour exprimer l'effet intérieur qu'il a ressenti : l'Éternel étendit sa main, toucha mu bouche et me dit : Voici, je mets mes paroles sur tes lèvres. Jér., I, 9. Jésus dit simplement à ses apôtres : Ce ne sera pas vous qui parlerez: ce sera V esprit de votre Père qui parlera par votre voix. Matt., X, 20. Quelquefois, l'inspiration est présentée sous la forme d'un entretien avec Dieu, et ce moyen semble avoir été le système le plus élevé et le plus intime de communication entre Dieu et l'homme : Je m entretiens avec Moïse sans emblème et sans image, sans vision et sans songe. Nomb., XII, 8. Les révélations reçues par Abraham ont le même genre d'intimité, Gen., XVIII, 55.
Il importe de remarquer que ces voies suivies par l'inspiration pour arriver à l'esprit humain, quoiqu'en parfaite harmonie avec la nature humaine, n'affaiblissaient nullement l'impression vive et profonde quêtes inspirés ont toujours ressentie. — Impression de sainteté : Déchausse tes souliers de tes pieds, car le lieu où tu es arrêté est une terre sainte, Ex., III, 5, dit la voix divine à Moïse. — Sentiment de terreur : Moïse tremblant n'osait regarder. Act., VII, 52. — Sentiment d'impuissance et d'indignité : Hélas! dit Esaïe,/e suis perdu! car mes lèvres sont impures. Alors un des séraphins vola vers moi, tenant un charbon ardent pris sur l'autel; il en toucha mes lèvres, et dit : Ton iniquité est abolie. Esa., VI, 6. Je répondis à V Éternel : Éternel,, mon Dieu, tu vois que je suis incapable de parler; je ne suis qu'un enfant. Jér., I, 6. — Sentiment de la grandeur de ces missions : Tu as demandé une chose difficile. 2 Rois, II, 10, répond Élie à Elisée qui dans son humilité sollicite une double mesure de l'esprit accordé à son maître. — Enfin, sentiment d'humilité extrême, que personne n'a exprimée avec plus de force que saint Paul : Et après eux tous, le Seigneur ressuscité a été vu aussi de moi, comme d'un avorton. 1 Cor, XV, 8.
25. La religiosité, la foi, est libre au point que celle même des hommes inspirés l'était et ne gênait nullement leur moralité dans l'emploi des dons extraordinaires dont ils étaient revêtus : Les esprits des prophètes, dit saint Paul, sont soumis aux prophètes. 1 Cor, XIV, 52. Celui qui avait le don de prophétie, c'est-à-dire, de prédication inspirée, en usait selon la mesure de sa foi. Rom., XII, 6.
Il en est donc de l'inspiration comme de la théocratie; celle-là laisse l'homme libre dans son individualité; celle-ci laisse à la nation sa liberté en quelque sorte collective ; Osée disait à ses concitoyens : Tuf es corrompu, Israël! ou plus exactement, Israël! tu es toi-même ta corruption. Os., XIII, 9. Il fallait que l'esprit humain fût libre, selon l'expression de saint Paul, de résister à la vérité. Tite, I, 10. (Voir liv. I, chap. iv, note 10, et chap. n, note 45; liv. III, chap. xxx, note 10; liv. IV, chap. xlix, note 59.)
24. Celui qui doute est semblable au flot de la mer que le vent agite et pousse de différents côtés, Jac, I, 6, et que le doute, le scrupule puisse s'offrir dans une question de morale religieuse, saint Paul le reconnaît au point qu'il exige alors que le scrupule soit obéi : Celui qui ayant un scrupule au sujet d'un aliment interdit par loi mosaïque ne laisse pas d'en manger est condamné, parce qu'il n'agit pas selon sa persuasion. Rom., XIV, 25.
25. C'est le sens positif de la déclaration de saint Luc à l'entrée de son évangile : Comme plusieurs ont entrepris d'écrire l'histoire des choses accomplies au milieu de nous, d'après le rapport de ceux qui en furent témoins dès le commencement et qui sont devenus les ministres de la parole, j'ai cru devoir aussi, après m' être enquis diligemment de ces événements dès leur origine, te les raconter avec ordre, excellent Théophile, afin que tu pusses juger de la certitude des choses dont tu as été instruit. Luc, I, 1 — 4. Dire que la religion chrétienne est seulement certaine, c'est dire en d'autres termes que nous marchons par la foi et non par la vue ; la foi, c'est la certitude; la vue, c'est l'évidence, 2 Cor, V, 7, et ce principe est tellement vrai, que l'espérance chrétienne est au même point, dans notre esprit, que la foi chrétienne : Quand on voit ce qu'on espérait, ce n'est plus espérance, dit saint Paul, car ce qu'on voit, comment l'espérerait-o'n? Nous espérons ce que nous ne voyons point. Rom, VIII, 25. Cette doctrine est certaine, écrit-il à Tite, et je veux que tu la prêches avec force... Tite, III, 8; on ne prêche pas l'évidence, et lui-même a commencé par chercher à détruire la foi; j Gai., I, 25; l'évidence ne se détruit point. Aussi, il écrivait aux Romains : La parole du salut est près de loi, dans la bouche et dans
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ton cœur, Rom., X, 8; c'est-à-dire, tu peux facilement arriver à en reconnaître la certitude, à la répandre par les discours et à la professer dans ton cœur.
26. Il est bien dit que la foi est une démonstration, Héb., XI, 1 ; mais ce n'est qu'une démonstration personnelle, incommunicable, tout à fait subjective, ce qui n'a rien de commun avec l'évidence rationnelle. La foi déracine les figuiers et transporte les montagnes, c'est-à-dire, qu'elle est le principe d'énergie le plus fécond et le plus fort; mais c'est seulement, a dit le Christ, si le fidèle n'a aucun doute dans son cœur. Marc, XI, 25. Examinezvous donc vous-mêmes, pour voir si vous avez la foi. 2 Cor, XIII, 5. L'évidence, en religion, est réservée. (Voir liv. VI, chap. lxxv, note 95.)
27. Que Jésus en ait appelé sans cesse à la certitude de sa mission divine que l'homme pouvait puiser et dans sa raison et dans sa conscience, la preuve en est partout dans l'Évangile : Jésus disait au peuple : Lorsque vous voyez un nuage se former au couchant, vous dites : H va pleuvoir, et cela arrive ; et lorsque le vent du midi souffle, vous dites : 7/ fera chaud, tt cela arrive; hypocrites, vous savez bien juger des apparences du ciel et de la terre, comment ne discernez- vous point le temps où vous êtes? Et pourquoi ne discernez-vous point ce qui est juste ? Luc, XII, 54 — 57. Aussi, la foi naît de ce que Von entend. Rom., X, 17.
Tout, dans les faits qui constituent la religion chrétienne, a été dirigé par la Providence pour que sa crédibilité arrivât à la certitude, sans la dépasser. Dieu a ressuscité Jésus le troisième jour et il a permis qu'il se montrât, non à tout le peuple, mais aux témoins que Dieu avait choisis. A et. X, 41.
Ceci est extrêmement remarquable : on a demandé pourquoi Jésus ressuscité ne s'était pas montré à Jérusalem, sur les places publiques, dans le temple et dans le prétoire, au sanhédrin et au peuple : les Juifs auraient voulu plus que jamais l'enlever pour le faire roi, Jean, VI, 15; une révolution aurait éclaté, et le peuple aurait accepté une rédemption temporelle et terrestre précisément, parce qu'au lieu de croire, il aurait suffi de voir ; parce que
la rédemption serait devenue une évidence, au lieu d'être une foi. Mais non ; toutes les garanties du christianisme, les apparitions même de Jésus ressuscité, s'arrêtent à ce point que l'homme, dans un esprit d'humble sincérité, puisse dire : Je crois, Seigneur! mais assiste-moi dans mon incrédulité. Marc, IX, 24. Augmentenous la foi. Luc, XVII, 5. Et qui, dans sa vie religieuse, ne compte pas des heures pénibles de combat, où la voix du consommateur de notre foi, Héb., XII, 2, était en droit de lui dire : Homme de peu de foi, pourquoi as-tu douté? Matt,, XIV, 54.
28. Toute l'Ecriture, divinement inspirée (Voir sur cette manière de traduire, liv. V, chap. lx, note M), est utile pour enseigner, pour convaincre, pour corriger, pour instruire selon la justice, afin que l'homme de Dieu soit accompli et rendu capable de toute sorte de bonnes œuvres. 2 Tim., III, 16 — 17. Tout ce qui a été écrit auparavant l'a été pour notre instruction, afin que par la patience et par la consolation que l'Écriture nous donne, nous conservions notre espérance. Rom., XV, 4. Ces choses sont des exemples qui doivent nous apprendre à ne point nous abandonner, comme eux (les Juifs) à de mauvais désirs; tous ces événements sont autant d'exemples écrits pour notre instruction. 1 Cor., X, 6 — 11. Prenez pour exemples de patience et d'affliction les prophètes qui ont parlé au nom du Seigneur. Jac, V, 10.
29. Dieu veut, au contraire, que la raison humaine continue jusqu'au bout, si l'on peut ainsi parler, son cours d'études. (Voir liv. I, chap. ii, note 3.) L'inspiration avait si peu pour but et pour effet d'étouffer, d'écarter, de remplacer la raison, soit dans les missions générales, telles que celles d'un Moïse ou d'un saint Paul, soit dans les prophéties spéciales, que la Bible nous laisse voir partout la raison agissant pour son propre compte, sous la direction et la sauvegarde de l'inspiration. Nous savons par la Bible même que Moïse, fils adoptif des souverains de l'Egypte, a été instruit dans toute la sagesse des Égyptiens, Act. , VII, 22, comparée par la Bible même à celle de Salomon, 1 Rois, IV, 30; croit-on que cette éducation, que cette science lui ait été inutile dans l'œuvre de la formation et de la législation du peuple de Dieu? Ce serait fermer les yeux à la lumière que de méconnaître
l'élément égyptien dans un grand nombre des institutions mosaï ques. Saint Paul a été l'élève païen des écoles de Tarse et l'élève juif des écoles de Jérusalem, et son ministère diffère de celui de tous ses collègues, surtout en ce que l'homme inspiré n'efface jamais en lui l'homme instruit, versé dans la science juive du temps, habile à prouver par les Écritures que Jésus est le Christ, Act., XVIII, 28, et gentil avec les gentils après avoir été juif avec les Juifs, versé dans la connaissance des philosophes et des poètes grecs, dont il cite des passages, XVII, 28; 1 Cor, XV, 55; Tite, 1, 12. Est-ce l'inspiration divine qui lui suggère ces citations d'Aratus, de Ménandre et d'Épiménide?
Et que la raison continuât ses efforts habituels de pénétration, quand il s'agissait de prophéties spéciales, même les plus importantes, celles qui annonçaient le Messie, saint Pierre le déclare : Ce salut a été l'objet des recherches et des méditations des prophètes qui ont prédit la grâce ; ils ont tâché de discerner ce que l'esprit de Christ qui était en eux leur annonçait à l'avance, touchant le temps et les conjonctures dans lesquelles le Christ devait souffrir et être glorifié. 1 Pierre, 1, 10 — 11.
Quelquefois, dans les révélations les plus personnelles, pour ainsi dire, les prophètes ne saisissaient pas immédiatement l'intention divine et avaient besoin de réflexion. Ainsi, les premières révélations adressées au jeune Samuel sont tellement confuses devant son esprit, que dans le tumulte de ses pensées, à deux reprises, il se croit appelé par Héli, le grand prêtre : Samuel, est-il dit, ne connaissait pas encore la voix de l'Éternel. 1 Sam., III, 7. Son extrême jeunesse explique ce trouble,de son âme; mais dans un âge plus mûr, Jérémie, au premier moment, ne comprit pas pourquoi il devait acheter un champ occupé par les armées chaldéennes, comme le Romain celui où campait Annibal ; mais bientôt, il reconnut que c'était là un ordre de l'Éternel. Jér., XXXII, 8.
50. Gen., chap. 1 et II. L'intention évidente de Moïse, dans ces tableaux de la création et même dans tout le livre de la Genèse, est exclusivenent religieuse; elle n'est point scientifique. Il veut montrer qu'il existe un seul Dieu créateur de toutes choses ; que toute idolâtrie, depuis l'adoration des astres jusqu'au plus grossier
fétichisme, est une folie et un crime ; que le vrai Dieu s'est fait connaître à l'humanité dès son origine; que le mal ne peut lui être imputé, mais à l'homme, ce qui ruine toute adoration de dieux malfaisants; que les premiers hommes, et notamment les ancêtres du peuple juif, n'ont connu et adoré qu'un seul et vrai Dieu, et ainsi il conduit son récit jusqu'au particularisme, jusqu'à la vocation d'Abraham, jusqu'au choix de la postérité des patriarches comme gardien spécial de la vérité religieuse et de la promesse du Messie. Aucune page de l'Écriture, mieux que la cosmogonie qui la commence, ne fait toucher au doigt la* simultanéité d'action de l'intelligence, laissée, autant qu'il le faut, à ses propres forces, et de l'inspiration venant, autant qu'il le faut, à son aide : cette cosmogonie est à la fois inspirée, et fondée sur l'ancien principe du système du monde, dont l'erreur est reconnue; elle est inspirée, non sans doute dans les détails, mais en général, quand elle fixe l'ordre des époques géologiques, nous montre la terre d'abord sans corps organisés et sans êtres animés, ensuite servant de théâtre à des développements variés de \ie végétale et animale, et enfin, à l'époque la plus récente, de patrie à l'homme, le dernier venu en ce monde, la plus jeune des créatures terrestres de Dieu ; elle n'est pas inspirée, elle parle selon la science du temps, quand, par exemple, elle adopte l'idée que la terre est au centre du monde et que les astres existent pour elle, Gen., 1, 14. Il est impossible que Moïse par lui-même (et le plus grand naturaliste du siècle l'a reconnu) ait deviné l'ordre des époques géologiques, et il est impossible que Dieu ait inspiré, mot à mot et idée par idée, une cosmogonie qui décrit le firmament tel qu'il se présente à première vue.
31. Gen., X, jusqu'à XI, 9, le plus ancien traité de géographie qui existe, mêlé, selon l'usage universel des peuples anciens de l'Orient, d'un peu de généalogie. Aucun interprète ne doute aujourd'hui que ce tableau, en effet, ne soit presque entièrement géographique et contienne surtout des noms de tribus, de villes, de races; ce qui est clairement indiqué par la forme plurielle de la ! plupart de ces noms et le sens étymologique de quelques-uns, em- , pruntés à la situation des contrées ou aux habitudes des peuples, tels
que Mitzraim, X, 6, l'Egypte; le mot signifie limites, parce que FÉgypte marque les limites de l'Asie et de l'Afrique; et Sidon, X, 15, d'un mot qui signifie chasser, pécher, la première occupation des habitants de ces rivages montueux. Mais qui peut songer un moment que ce soit là une géographie universelle? C'était la géographie telle que la connaissaient les Égyptiens, les Israélites et probablement les Phéniciens aux époques les plus reculées.
32. Job, IX, 6—9; XXXVIII, 52—55; Amos, V, 8. Dans ces passages, où il s'agit de diverses constellations et du zodiaque, il n'y a pas trace de science astronomique ; c'est l'astronomie de la vue simple, et dans Job, l'idée antique de la solidité du firmament est très-clairement exprimée : As-tu étendu avec lui les deux resplendissants qui sont solides comme un miroir de métal fondu, Job, XXXVII, 18. Le langage qu'un fragment d'un ancien chant de victoire met dans la bouche de Josué : Soleil, arrête-toi sur Gabaon, et toi, lune, sur la vallée a" A jalon, Jos., X, 12, est le langage universel de l'astronomie populaire, et chose extrêmement remarquable, ces envoyés divins, ces auteurs sacrés, à qui l'inspiration laissait l'astronomie et la physique de tout le monde, étaient exempts de l'erreur universelle de l'antiquité, l'astrologie, que Moïse avait interdite en la mettant au niveau des autres pratiques de divination, Deut., XVIII, 10, et à laquelle les prophètes font évidemment allusion, Esa., XLVII, 9; Jér., XXVII, 9; L, 35. D'où vient que les erreurs en astronomie ne sont point évincées de la Bible et que l'erreur de l'astrologie le soit? Évidemment, c'est que d'un côté il y, a une erreur scientifique, de l'autre une erreur religieuse; c'est que la divination par les astres fait courir un risque immense à la pureté de la foi et que les systèmes des Ptolémée et des Copernic ne lui en font courir aucun.
53. L'interpellation de Moïse à Israël au commencement de son dernier cantique : Rappelle en ta mémoire les temps écoulés ; examine l'histoire des différentes générations ; interroge ton père, et il te l'apprendra ; et tes vieillards, et ils te le diront, Deut., XXXII, 7, est précisément le but de tous les récits de l'Écriture sainte, et c'est un faux et dangereux système que celui qui veut
changer la Bible en un corps d'histoire complet et suivi. La Bible est une histoire d'idées, et non d'événements ; ce que prouve d'ailleurs l'absence de toute chronologie régulière ; elle renferme des dates, elle n'est point chronologique. (Voir Y Essai historique et critique sur les dates de la Bible, où sont exposées et examinées toutes les questions que soulève la chronologie biblique et qui forme l'appendice de mon ouvrage intitulé : Biographie Sacrée.)
54. Il est dit dans la Genèse : Vous ne mangerez point de chair avec son âme qui est son sang, Gen., IX, 4; dans le Lévitique : L'âme de la chair est dans le sang ; Lév., XVII, 11 — 14, et dans le Deutéronome : Le sang est l'âme. Le mot âme a trois acceptions différentes dans l'Ancien Testament: 1*» Le souffle, la respiration, et dans ce sens il s'applique à l'homme et aux animaux; Gen., I, 20—50 ; II, 7; 2° le sang ; 5° l'àme, dans le sens moderne du mot: Que mon âme te bénisse avant que je meure, dit Isaac à son fils ; Gen., XXVII, 4. Aimez l'Éternel de toute votre âme; Deut., V, 6. Le but de Moïse est-il ici de faire de la physiologie et d'indiquer où se trouve, dans l'homme et les animaux, le principe et le siège de la vie? Nullement. Les armes grossières de ces temps, non en fer, mais en cuivre, comme celles des héros d'Homère, ne causaient que rarement des blessures intérieures ; les blessures étaient d'ordinaire extérieures; la mort était précédée d'une grande perte de sang, et de cette simple observation on avait conclu que le sang est le principe de la vie. Moïse s'appuie sur cette idée pour inspirer aux Israélites une grande horreur de l'usage de se nourrir de sang et de boire le sang tiède encore, usage .qu'on trouve partout aux commencements de la civilisation, usage malsain et barbare à la fois, l'un des plus propres à entretenir la férocité, usage enfin consacré dans les rites de diverses idolâtries, où l'on buvait le sang des victimes. Moïse attache une telle importance religieuse et morale à cette interdiction, et elle était si nécessaire, qu'il la renouvelle un grand nombre de fois : Ex., XXIH, 18 ; Lév., III, 17; VII, 27; XVIÏ, 12; XIX, 26; Deut., XII, 16—23 ; XV, 25. Il remonte jusqu'aux principes de la morale des Noachides, pour donner une sanction de plus à cette défense ; évidemment sa morale, sur ce sujet, est divine; sa physiologie est purement humaine.
La parole de Dieu pénètre jusqu'au fond de l'âme et de l'esprit, jusque dans les jointures et les moelles. Iléb., IV, 12. Le but de Fauteur sacré est-il en parlant ainsi de disserter sur les facultés de l'homme et le siège du principe spirituel; de distinguer l'esprit, faculté de connaître, principe intellectuel ; l'âme, faculté de vouloir, principe sensible, siège des affections et des passions; le corps, appareil et organes des sens, siège de la vie animale? Ces distinctions de l'ancienne philosophie, dont l'apôtre emprunte le langage, l'inquiétaient fort peu, et la seule pensée qui l'occupe est de faire comprendre aux Hébreux que les menaces divines (c'est le sens, ici, des mots parole de Dieu, ainsi que le prouve la suite des idées) atteindront, non pas seulement les actes extérieurs d'infidélité, mais les mauvaises pensées les plus intimes, les mauvaises résolutions cachées dans les replis les plus secrets de la conscience, et comme au sein de la moelle des os.
La même remarque s'applique au discours de saint Paul devant l'Aréopage; il parle devant des philosophes et ne fait point de philosophie. Dieu, dit-il, par qui nous avons la vie, le mouvement et l'être... A et., XVII, 28. L'apôtre ne songe nullement à disserter sur la nature humaine et à formuler de spécieuses distinctions entre l'existence pure, l'activité spontanée et l'être, c'est-à-dire, l'ensemble de nos facultés, tout ce que nous sommes. Sa seule pensée est que nous devons toutes choses à Dieu.
55. Des erreurs, c'est-à-dire, quant aux sciences, les opinions du temps. L'exemple de notre divin maître achève de prouver cette absolue nécessité; il a lui-même su condescendre à parler le langage des opinions de son siècle ; la botanique ou plutôt l'agriculture de l'antiquité croyait nue le grain de blé mourait et se décomposait dans le sillon, et le Christ a dit, pour faire comprendre d'avance aux Juifs que sa doctrine ne produirait tous ses fruits qu'après sa mort et sa résurrection : En vérité, en vérité, je vous dis que si le grain de froment ne meurt pas après qu'on l'a jeté en terre, il reste seul et stérile; mais s'il meurt, il porte beaucoup de fruits. Jean, XII, 24. Ceci était tellement l'idée populaire de ce temps, que saint Paul y puise un raisonnement à l'appui du dogme de la résurrection : Ce que tu sèmes, dit-il, ne
reprend point la vie, sans mourir auparavant. 1 Cor., XV, 56.
Et quant à l'histoire, des inexactitudes sur des détails indifférents à la vérité : telle est, de l'aveu des interprètes les plus éclairés, la coïncidence que saint Luc a cru exister entre le dénombrement ordonné par l'empereur Auguste, le gouvernement de Quirinius en Syrie et la naissance du Christ. Luc, II, 1.
Il faut compter au nombre de ces erreurs indifférentes les contradictions insignifiantes que l'on a signalées dans l'Écriture sainte ; ici se présente une remarque à laquelle nous attachons une grande importance : l'Écriture renferme non pas seulement des variantes, imperceptibles à la vue simple et qui n'apparaissent pour ainsi dire que grossies à la loupe, sous le regard perçant de la critique érudite; mais aussi des diversités parfaitement naïves, qui sautent aux yeux et qu'évidemment les auteurs sacrés auraient évitées avec le moindre soin, si ces détails avaient mérité leur attention. Il est évident que ces contradictions indifférentes, simples distractions de style, simples surprises de la mémoire, ne les ont pas un moment préoccupés, et qu'en conséquence elles ne doivent pas nous préoccuper davantage. La saine exégèse s'en sert avec raison comme de preuves négatives de la vérité des récits, et y voit une garantie que la rédaction de l'Évangile n'a point été un complot de faussaires : les imposteurs ont besoin de connivence; les véridiques n'y songent pas. — Quelques exemples suffiront.
Selon saint Marc et saint Luc, près des murs de Jéricho, un aveugle nommé Bartimée, c'est-à-dire fils de Timée, assis au bord du chemin, entendant dire que Jésus passait, se mit à crier : Seigneur, Fils de David, aie pitié de moi. Plusieurs le reprenaient et lui ordonnaient de se taire ; mais il criait encore plus fort. Jésus, s'étant arrêté, commanda qu'on le lui amenât, et lui dit : Que veux-tu que je fasse pour toi? L'aveugle répondit: Seigneur, que je recouvre la vue ! Jésus lui dit : Recouvre la vue ; ta foi fa guéri. Au même instant, cet homme recouvra la vue et suivit Jésus, en glorifiant Dieu. Ce prodige eut lieu, selon saint Marc, au moment où Jésus sortait de Jéricho, Marc, X, 46 ; selon saint Luc, au moment où il approchait de la ville, Luc, XVIII, 55. Saint Matthieu place l'événement à la sortie de la ville, mais il
raconte que deux aveugles furent guéris, Matt., XX, 29 — 30. Les faits sont d'ailleurs identiques.
Saint Jean dit que la condamnation de Jésus par Pilate eut lieu environ la sixième heure, c'est-à-dire, vers midi, Jean, XIX, 14. Ce texte est inconciliable avec Tordre des événements du jour de la crucifixion tel qu'il ressort des autres Évangiles, et notamment avec l'assertion de saint Marc : c'était la troisième heure du jour, quand on le crucifia (neuf heures du matin), Marc, XV, 25. Le passage de saint Jean est considéré comme douteux, quoiqu'il se trouve dans presque tous les manuscrits et les anciennes versions.
La vocation de saint Paul est rapportée trois fois dans le livre des Actes ; le fond du récit est toujours absolument le même; les détails offrent quelque différence. Act., IX, 7, on lit : Les hommes qui faisaient route avec lui, s'étaient arrêtés stupéfaits ; car ils entendaient la voix et ne voyaient personne. XXII, 9 : Ceux qui étaient avec moi virent bien la lumière, et ils furent effraijés; mais ils n'entendirent point la voix de celui qui me parlait; et XXVI, 13, je vis une lumière plus éclatante que le soleil, qui m'environna, moi et ceux qui m'accompagnaient. Une simple lecture de ces passages montre qu'il y est question du même événement et qu'il s'y trouve de légères variantes.
Le plus frappant exemple de la condescendance, nécessaire au succès de la mission, que le Christ a montrée en accommodant son langage aux préjugés de son temps et de son peuple se trouve dans les guérisons des possédés ou des démoniaques. Les Juifs étaient alors imbus de l'idée que les malheurs extraordinaires ou subits, les maladies effrayantes et étranges, les infirmités, les aliénations mentales et les morts prématurées, étaient causés par des êtres intermédiaires, anges ou démons : anges, quand ils y voyaient une épreuve ou une punition du ciel ; démons, si rien ne leur expliquait providentiellement le fait. D'après ces idées, les possessions étaient admises comme explications de quatre cas distincts, la folie, l'épilepsie, la paralysie et, chose remarquable! la surdité de naissance : On lui présenta un homme muet possédé d'un démon. Matt., IX, 52 ; XII, 22. Mon fils est possédé d'un esprit muet. Marc, IX, 17. Ce dernier trait a fourni la solution du problème; les
Juifs dans leur ignorance de toute physiologie et de toute anatomie, attribuaient à l'empire et à la présence des démons tout état anormal ou maladif de l'être humain, qui n'était signalé par aucune lésion extérieure ; les organes ne paraissant point affectés dans ces quatre genres d'infirmités ou mentales ou corporelles, on avait eu recours, faute de mieux, à l'intervention des esprits de ténèbres pour s'en rendre compte.
C'est une vieille observation, que l'état de folie devient plus commun dans les temps de crises politiques, de commotions nationales, et tout atteste qu'à cette époque, soumis aux Romains, contre lesquels à chaque instant ils se révoltaient avec une indicible fureur, les Juifs étaient dans un état général d'exaspération et d'enthousiasme. C'est aussi une observation d'une vérité prouvée par l'expérience que les aliénations prennent la couleur du temps où elles éclatent : couleur politique dans un temps de révolutions, couleur religieuse en une époque de fanatisme ; les malheureux, tombés dans cet état, parlent alors selon les idées qui régnaient dans leur esprit encore sain. Or, la nation entière attendait le Messie, et l'opinion générale lui attribuait d'avance un empire irrésistible sur le démon, représenté comme son ennemi. Matt., XIIÏ, 25 — 59. Tout ceci posé, on comprend aisément comment les aliénés et même les malades, les infirmes, les épileptiques, qui se croyaient possédés d'un démon, le faisaient parler et s'écriaient à la vue du Seigneur : Qu'y a-t-il entre nous et toi, Jésus, Fils de Dieu ? Es-tu venu nous tourmenter avant le temps du jugement? Matt., VIII, 29. Je sais qui tu es! Marc, I, 24. On comprend comment les évangélistes rendent compte de la guéiison, en se servant d'expressions conformes à l'erreur populaire : Le Démon sortit de l'enfant qui à l'heure même fut guéri. Matt., XVII, 18; Marc, IX, 25. On comprend entin que Jésus ait évité de se prononcer sur la question, adoptant dans ces occasions le langage ordinaire, le seul qui pouvait être compris : // commandait aux démons, et ils sortaient. Luc, IV, 56. Si le Christ s'y était pris autrement, on ne lui aurait pas attribué le miracle, et son but n'était pas atteint; si au contraire il avait tenté de refaire sur ce sujet l'opinion générale, il se serait suscité des difficultés immenses et inutiles, et il aurait compromis la doctrine de l'immortalité; les
Juifs n'auraient jamais cru à un ciel désert ; il faut se rappeler que les sadducéens disaient quil ri y a ni résurrection, ni ange, ni esprit, Act., XXIII, 8; et ces sectaires auraient eu l'habileté de le mettre ainsi en contradiction apparente avec lui-même, comme ils Tout souvent tenté. Enfin, ce qui a, sans nul doute, achevé de déterminer le Christ à ne point soulever la question, c'est que Terreur commençait à se dissiper; les évangélistes, quelquefois, désignent eux-mêmes les démoniaques délivrés comme des malades rendus à la santé, des aliénés rendus à la raison : Beaucoup de gens vinrent vers Jésus et virent le démoniaque assis, habillé, et en son bon sens, Marc, V, 15; Luc, VIII, 55; et les lumières du christianisme devaient suffire pour éclairer l'opinion.
36. L'esprit qui se manifeste dans chacun est donné pour l'avantage commun. 1 Cor., XII, 7. Ce Moïse, dit Etienne, a reçu les paroles de vie pour nous les transmettre. Act., VII, 58. Il fut révélé aux prophètes que c'était, non pour eux-mêmes, mais pour vous, qu'ils étaient les dispensateurs de ces connaissances, 1 Pierre, I, 12 ; et de là le courage, la tranquille fermeté, le sentiment profond de devoir que les envoyés divins déploient en communiquant les révélations divines : Tu as raison; je ne verrai plus ta face, dit Moïse à Pharaon, Ex., X, 29, et il demeura ferme comme voyant celui qui est invisible. Héb., XI, 27. L'Éternel est vivant ! répond Michee aux messagers du tyran Achab. Je dirai ce que l'Éternel me dira. 1 Rois, XXII, 14. Que celui à qui j'aurai parlé, dit l'Éternel, déclare fidèlement ce que je lui aurai dit! Jér., XXIII, 28. Jugez vous-mêmes, ont répondu Pierre et Jean au sanhédrin, s'il est juste devant Dieu de vous obéir plutôt qu'à Dieu ; pour nous, nous ne pouvons taire ce que nous avons vu et entendu. Act., IV., 19-20.
11 est si vrai que l'inspiration tt tous les dons qui l'accompagnaient n'étaient que des moyens remis aux ministres du Seigneur pour le profit du monde, qu'il ne leur est pas permis de s'en glorifier ou de s'en réjouir, et que leur part des grâces du christianisme ne leur était garantie, comme à tous les autres fidèles, que par leur progrès individuel : Ne vous réjouissez pas, leur dit-il, de ce
que les démons vous sont assujettis ; mais réjouissez-vous encore plus de ce que vos noms sont écrits dans les deux. Luc, X, 20.
57. Ce sentiment n'a jamais été exprimé d'une manière plus sublime que par saint Paul : Rendez ma joie parfaite, ayant un même amour, une même âme et les mêmes sentiments,.... et même si mon sang doit servir d'aspersion sur le sacrifice et V offrande de votre foi, j'en ai de la joie et je m'en réjouis avec vous tous. Phil., II, 2-17.
38. Comment croira-t-on en lui (Christ), si Von n'en a point ouï parler? La foi vient de ce qu'on entend, et l'on entend parce que la parole de Dieu est prêchée. Mais n'en a-t-on point entendu parler? Au contraire, la voix de ceux qui ont prêché est allée par toute la terre ; leurs paroles se sont fait entendre jusqu'aux extrémités du monde. Rom., X, 14, 17, 18. L'expression de saint Paul est plus concise et plus forte. Il dit simplement : La foi vient de l'ouïe, c'est-à-dire de l'ouïe attentive et intelligente, dans le même sens que Job et Élihu disent tous deux : L'oreille discerne les discours. Job, XII, 11 ; XXXIV, 5.
Aussi la rédemption parle en quelque sorte le langage du temps jusque sur Fécriteau de la croix, écrit en hébreu, en grec et en latin. Luc, XXIII, 58; Jean, XIX, 20.
L'officier de Candace, reine d'Ethiopie, venu à Jérusalem pour adorer, s'en retournait, lisant le prophète Ésaïe. Philippe, l'évangéliste, lui dit : Comprends-tu ce que tu lis? Comment le pourrais-je comprendre, si nul ne me l'explique? De qui parle le prophète? est-ce de lui-même ou d'un autre?... Il lisait l'oracle de la passion et de la mort du Seigneur. Act., VIII, 27. A ce prosélyte d'un esprit si bien disposé, qu'il reçut immédiatement le baptême, la forme, évidemment, voilait encore le fond, parce que la forme était d'un autre siècle et d'un autre pays que les siens, et saint Paul reconnaît en termes positifs combien l'intelligence de la forme est nécessaire à celle du fond, lorsqu'à l'entrée d'une des discussions les plus profondes de son épître aux Romains, il s'arrête pour dire : Je parle à des gens qui ont la connaissance de la loi mosaïque. Rom. VII, 1.
39. A quelle assemblée de chrétiens ne peut-on dire, avec saint Paul : La parole de Dieu n'est-elle parvenue qu'à vous seuls ? 1 Cor., XIV, 36.
40. C'est de l'abondance du cœur que la bouche parle, Matt., XII, 34; Luc, VI, 45; et quelle ne doit pas être l'abondance d'un cœur pénétré de l'esprit de Dieu ! Toute l'Écriture sainte le
41. La question de l'inspiration littérale est également écartée de la Bible même; il n'y a pas un mot dans la Bible qui soit en faveur de l'inspiration littérale, et prendre en ce sens quelques expressions qui semblent favoriser ce système, c'est prendre l'apparence pour la réalité et la phrase pour l'idée. On lit dans un oracle de Moïse : Je vous susciterai un prophète et je mettrai mes paroles dans sa bouche. Deut.,XVllI, 18. Il n'y a là qu'une image,; Dieu ne profère point de paroles, et en vain on s'obstinerait même à prendre ce mot à la lettre : il s'agit si peu dans cette promesse de l'inspiration mot pour mot d'un ministère prophétique, que la même expression est appliquée par Ésaïe au peuple juif tout entier, considéré comme prophète et docteur des peuples, Ésa., LI, 16. L'expression dont Jésus se sert : H n'y aura pas un seul iota (la plus petite lettre de l'alphabet [ni même un seul point (signe de ponctuation) de la loi qui soit effacé 'ou reste sans effet, Matt., V, 18; Luc, XVI, 17, est une manière de parler proverbiale et hyperbolique.
42. Dieu dit : Que la lumière soit! et la lumière fut. Gen., I, 3. Cet exemple du sublime, admiré même par la rhétorique païenne, justifie pleinement notre définition.
45. Près des cadavres consumés de deux fils sacrilèges, il est dit qu1 Aaron setut, Lév., X, 3, autant par angoisse de douleur que par assentiment à la justice de la terrible sentence. Le douloureux étonneraient des amis de Job, à l'aspect du patriarche dans sa ruine, est poétiquement exprimé en ces termes : Ils s'assirent avec lui pendant sept jours et sept nuits, et nul d'entre eux ne lui
dit une parole ; car ils voyaient que sa douleur était fort grande Job, II, 13. Amos, dans ses prophétiques tableaux de la destruction du royaume d'Israël, représente les parents et amis, au milieu de la foule des cadavres entassés par la peste et la guerre, cherchant s'ils n'en oublient aucun, si tous sont ensevelis, et se disant l'un à l'autre au milieu de ces soins funèbres : Silence ! silence ! ce n'est plus le temps de prononcer (ou d'invoquer) le nom de l'Éternel ! Amos, VI, 10; VIII, 5. Dans les plus grands maux, la résolution au silence et l'attente de la mort sont la seule ressource des injustices et des douleurs désespérées : Je sais que je suis innocent ; que l'on me convainque du contraire , je me tairai et je mourrai. Job, XIII, 19.
44. Saint Paul lui-même ne s'est fait ni honte ni scrupule de convenir que son intelligence des choses sacrées dépassait son aptitude à les rendre : Si mon langage est peu élevé, dit-il, il n'en est pas de même de ma science. 2 Cor., XI, 6.
45. Je sais que cet homme (saint Paul parle de lui-même) fut ravi dans le paradis, et qu'il y entendit des choses ineffables, qu'il n'est pas possible à l'homme d'exprimer. 2 Cor., XII, 4.
46. Selon une énergique expression de saint Paul au sujet du don des langues étrangères, à des envoyés divins ainsi doués, il aurait fallu dire : S'il n'y a point d'interprète, qu'ils se parlent à eux-mêmes et à Dieu! 1 Cor., XIV, 28. Dans ce même chapitre, saint Paul veut faire comprendre que des révélations inintelligibles seraient de véritables châtiments ; il fait une allusion, détournée vers ce sens, aux menaces de Dieu contre les Juifs de les faire instruire par des conquérants barbares, dont ils n'entendraient pas la langue, puisqu'ils refusaient d'obéir aux envoyés divins dont la langue était la leur. XIV, 21. (Voir liv. I, chap. vu, note 24.)
47. Un seul mot résume toutes les idées de ces derniers chapitres : l'inspiration n'a point été et ne pouvait être absolue, et l'Évangile même fournit la preuve que cette vérité de nécessité
le.
est aussi une vérité de fait. S'il est une inspiration qui semble, au premier aspect, avoir dû être complète et ne rien laisser de l'homme dans l'inspiré, c'est celle de la Pentecôte. Le Seigneur avait promis aux apôtres un autre consolateur qui demeurera, leur dit-il, toujours avec vous, l'esprit de vérité, Jean, XIV, 16 — 17; le saint esprit, qui vous enseignera toutes choses, et vous rappellera tout ce que je vous ai dit. XIV, 26 ; XVI, 15. Lui-même, avant de les quitter, leur ouvre l'intelligence, afin qu'ils comprennent les Écritures, Luc, XXIV, 45, et leur accorde une nouvelle mesure de lumières; recevez, leur dit-il, le saiîit esprit, et il souffla sur eux, Jean, XX, 22 ; après ces mots, sachant bien que des hommes si simples avaient besoin d'un signe matériel pour croire à l'effet instantané et immédiat d'un miracle spirituel, il les réunit à Jérusalem, Act., I, 4, et leur commande de ne point s'en éloigner jusqu'à ce qu'ils soient revêtus de la vertu d'en haut. Luc, XXIV, 49. Le jour divinement choisi pour la fondation de l'Église chrétienne arrive, et alors ils furent tous remplis de saint esprit, Act., II, 4. Certes, on serait enclin à penser, sur ces nombreux témoignages, que l'inspiration accordée, confirmée, renouvelée à tant de reprises, a envahi l'entendement entier et divinisé pour ainsi dire toutes les pensées de ces hommes privilégiés. Il n'en a point été ainsi, même pour les apôtres, et longtemps après, malgré les ordres positifs du Christ de prêcher l'Évangile à tous les hommes et parmi toutes les nations, Marc, XVI, 15; Matt., XXVIII, 19; Luc, XXIV, 47, jusqu'aux extrémités de la terre, Act., I, 8, saint, Pierre a besoin de la vision divine qui lui fut envoyée à Césarée pour ouvrir l'Église aux Gentils, baptiser Corneille et sa famille, et comprendre enfin que Dieu n'a point égard à l'apparence des personnes, et qu'en toute nation celui qui le craint et qui s'attache à l'intégrité lui est agréable. X, 34 — 35. L'étonnement fut général à Jérusalem, quand la conversion de ces Gentils fut connue. Pierre eut à se justifier devant ses collègues, et n'y réussit qu'en attestant un miracle : Le saint esprit, dit-il, pendant que je parlais, descendit sur eux comme il était descendu sur nous autrefois. Alors seulement les fidèles s'apaisèrent et glorifièrent Dieu en disant : Dieu a donc accordé aux païens eux-mêmes de se con-^ vertir pour obtenir la vie. XI, 15—18.
48. En effet, dans la foi que réclame une inspiration il s'agit de croire à Dieu et à l'homme qui vient de sa part et qui parle en son nom : Ils crurent (les Juifs) à Dieu et à Moïse son serviteur. Ex., XIV, 31. Qui sommes-nous (nous, Moïse et Aaron)? Vos murmures ne sont pas contre nous, mais contre V Eternel. XVI, 8. Saint Paul commence ses épitres par un préambule où ces deux idées s'allient : Paul, appelé par la volonté de Dieu à être apôtre de Jésus-Christ, à l'Église de Corinthe, etc.... 1 Cor., I, A; 2 Cor., 1, 1 ; Gai., 1, 1 ; Eph., 1, 1 ; Col., I, 1 ; 4 Tim., 1, 1.
49. Les Juifs croient aux discours des devins, et n'apprennent que trop tard, lorsque le jour de la punition est venu, lorsque le jour de la rétribution est arrivé, que les faux prophètes sont des fous, et les faux inspirés des insensés. Os., IX, 7.
50. Les officiers de Jéhu traitent d'insensé l'envoyé d'Elisée, 2 Rois, IX, 11, et les premiers captifs de Babylone, Jérémie, qui annonçait la longue durée de leur servitude. Jér., XXIX, 26. Plusieurs d'entre les Juifs disaient : Il (Jésus) est possédé du démon ; il a perdu le sens. Jean, VII, 20 ; VIII, 52 ; X, 20. Tandis que Paul parlait ainsi pour sa défense, Festus, élevant la voix, s" écria : Tu déraisonnes, Paul; ton grand savoir te met hors de sens, Act., XXVI, 24; car l'homme animal (qui ne voit les choses qu'au point de vue terrestre) ne comprend point les choses qui viennent de l'esprit de Dieu; elles lui paraissent une folie. 1 Cor., II, 14.
51 . Saint Jean, le précurseur du Christ, a dit : Personne n'a le droit de se rien attribuer, si le ciel ne lui en a donné le droit, Jean, III, 27, c'est-à-dire, que toute usurpation d'un ministère sacré, et à plus forte raison d'une mission divine, est criminelle. Mais qu'arrivera-t-il, si l'on croit avoir reçu ce droit?.... Alors il reste à dire avec Jésus lui-même : Si je me rends témoignage à moi-même, mon témoignage n'est pas valable. Mais un autre (et le Christ ici laisse à ses auditeurs irrités et malveillants le temps de se calmer et de réfléchir, en ne nommant point le témoin dont il se réclame, son Père céleste) me rend témoignage, et je sais que son témoignage est véritable, Jean, V, 51—52; et dans une autre
occasion, Jésus a confirmé cette déclaration, en disant : Quoique je me rende témoignage à moi-même, mon témoignage est digne de foi.... je ne suis pas seul ; mon Père qui m'a envoyé est avec moi; il est écrit dans la loi que le témoignage de deux personnes est digne de foi ; or, je me rends témoignage à moi-même, et le Père, qui m'a envoyé, me rend aussi témoignage, savoir, par des miracles, VIII, 14—18.
52. Le devoir d'examiner avant d'accorder sa confiance à ceux qui la réclament à titre d'inspirés, avait été bien rempli par la principale des sept églises de l'Asie Mineure, dont saint Jean était le pasteur, celle d'Éphèse : Je sais, lui dit-il, que tu as éprouvé ceux qui se disent apôtres et qui ne le sont point et que tu les as trouvés menteurs. Apo., II, 2. (Voir liv. VI, chap. lxviii, note 63.)
53. II n'y a que deux restrictions possibles à cette règle, restrictions qui, au fond, la confirment : 1° Celle que saint Jean luimême signale : Vous connaîtrez, dit-il, l'esprit de Dieu à ceci, que tout esprit qui confesse Jésus-Christ venu en chair, est de Dieu, et tout esprit qui ne confesse point ce Jésus, n'est point de Dieu. 1 Jean, IV, 2— 3. Ce moyen de discernement suppose la venue du Sauveur, la rédemption déjà accomplie, et par conséquent la révélation déjà donnée. Il s'agit donc ici d'une révélation particulière, passant au creuset de la révélation précédemment reconnue pour telle ; il s'agit d'une inspiration nouvelle mise en parallèle avec les enseignements d'une inspiration crue et admise, qui n'aura pu l'être sur des preuves purement subjectives. Et même ce travail de comparaison était si difficile dans l'Église naissante, où la vraie et la fausse inspiration éclataient si fréquemment, que saint Paul compte parmi les dons de l'esprit de Dieu ce qu'il appelle le discernement des esprits, 1 Cor., XII, 10, c'est-à-dire, des docteurs inspirés qui expliquaient les Écritures; c'était en comparant leurs explications aux Écritures mêmes, que l'on s'efforçait d'en reconnaître l'autorité divine.
2° Lorsqu'une inspiration, sans preuves objectives assez patentes ou assez fortes, est garantie par une autre inspiration, dont les
preuves objectives sont suffisantes. Ainsi, comme toute l'antiquité chrétienne Ta pensé, l'Évangile selon saint Marc était garanti par l'ami de sa mère, l'hôte de sa maison, saint Pierre, Act., XII, 12, qui le nomme son fils, 1 Pierre, V, 15, nom d'amitié que les apôtres donnaient à leurs convertis ; et les deux livres de saint Luc, par saint Paul, dont Luc a été jusqu'à la fin, 2 Tim.,IV, 11, le fidèle compagnon d' œuvre et l'intime ami. Ainsi encore, saint Paul adresse quelquefois ses épîtres en son nom et en celui de ses collaborateurs, Sosthène, 1 Cor., I, 1 ; Timothée, 2 Cor. I, 1 ; Phil., I, 1; Col., I, 1; Philem., I, 1; Silvain, 1 Thess., I, 1 ; 2 Thess., I, 1. Il est évident que le ministère de l'apôtre sert ici de garantie à celui des disciples.
54. Dès les commencements de la théocratie israélite, ce principe est posé par Moïse lui-même : Si vous dites en vous-mêmes : Comment pourrons-nous connaître que l'Éternel n'a point parlé par la bouche du prophète ? vous le connaîtrez, si ce que le prophète aura dit au nom de l'Éternel se trouve faux et n arrive point. Deut., XVIII, 21, 22. Annoncez-nous les événements fortuits, les premiers qui arriveront, et nous les considérerons attentivement, pour bien comprendre ceux qui doivent les suivre, ou annoncez-nous des événements plus éloignés ; annoncez-nous ainsi les choses qui doivent survenir, et nous saurons que vous êtes des dieux. Ésa., XLI, 22, 25. Qui est semblable à moi, dit l'Éternel aux idoles, qu'il déclare les choses prochaines ou celles qui arriveront plus tard? XLIV, 7. Quia annoncé ces choses depuis longtemps, et qui, dès le commencement, les a prédites ? N'est-ce pas moi, l'Éternel ? XLV, 21. Quand un prophète prédit la prospérité, qu'il est si doux d'annoncer à ses concitoyens, ce n'est que par l'accomplissement de la prophétie qu on pourra reconnaître si c'est véritablement l'Éternel qui l'a envoijé. Jér., XXVIII, 9. Au milieu d'un peuple aussi souvent rebelle que les Juifs, c'était surtout des calamités que les prophètes avaient à prédire, quelque pénible que fût ce ministère : L'Éternel n'exécute rien, savoir, contre son peuple, qu'auparavant il n'ait déclaré son secret à ses serviteurs les prophètes, et quand il a parlé, qui ne prophétiserait? Ara., III, 7 — 8. Après la captivité de Babylone, Zacharie donnait encore l'accom-
plissement fidèle des oracles en preuve de la mission divine des prophètes : Que sont devenus vos pères? les prophètes, comme eux, ne devaient pas vivre toujours ; mais leurs paroles vivent, et n est-il pas vrai que les décrets que j'avais chargé, dit l'Éternel, mes serviteurs les prophètes de prononcer, ont atteint vos pères? Zac, I, 5—6.
55. Il convient de multiplier les textes pour montrer que le bat général des miracles n'est jamais autre.
Dieu dit à Moïse : Je viendrai vers toi dans une épaisse nuée, afin que le peuple entende quand je te parlerai et qu'il croie toujours en toi. Ex., XIX, 9. Élie, au moment d'appeler le feu du ciel sur son sacrifice, prie en ces termes : 0 Éternel, que Von connaisse aujourd'hui que tu es Dieu en Israël, que je suis ton ministre et que j'ai fait toutes ces choses selon ta parole. 1 Rois, XVIII, 56.
Appuyés sur de si éclatants exemples, les hommes les plus pieux et les plus éclairés se confiaient avec abandon en ce signe d'une mission divine : Maître, dit Nicodème à Jésus, nous savons que tu >,s un docteur venu de la part de Dieu ; car personne ne saurait çaire les œuvres que tu fais si Dieu n'est avec lui. Jean, III, 2. 'eigneur, lui dit Philippe, montre-nous le Père, fais-nous voir uelque signe céleste de la présence de Dieu, et cela nous suffit. XIV, 8. Ses adversaires raisonnent dans le même sens : Par quel iracle nous prouves-tu, disent les Juifs à Jésus, qui vient de hasserles marchands du temple, que tu as le pouvoir de faire de iles choses? Jean, II, 18. Quel miracle fais-tu, afin que nous le ions et que nous croyions en toi? Quelles œuvres fais-tu? VI, •0. Cette même conviction, devenue populaire, que les missions diines se prouvent par le pouvoir des miracles, a donné la forme es indignes outrages adressés au Christ : Devine qui t'a frappé ! [att., XXVI, 68; Marc, XIV, 65; Luc, XXII,, 64. Si lu es le hrist, descends de la croix ! Matt., XXVII, 40; Marc, XV, 50. Telle était l'idée, généralement admise, des miracles, comme reuve de mission divine. Jésus-Christ la confirme pleinement, en ie la rendant personnelle. Les disciples de Jean, le Baptiste, viennent lui dire: Es-tu celui qui devait venir ou si nous devons en
attendre un autre ? Jésus répond : Allez et rapportez à Jean ce que vous entendez et ce que vous voyez ; les aveugles recouvrent la vue, les boiteux marchent, les lépreux sont guéris, les sourds entendent, les morts ressuscitent. Matt., XI, A — 5; Luc, VII, 20 — 22. Si c'est par l'esprit de Dieu que je chasse les démons, a-t-il dit aux Juifs, il est donc vrai que le règne de Dieu est venu. Matt., XII, 28 ; Luc, XI, 20. Lazare est mort, dit Jésus à ses apôtres ; mais à cause de vous et afin que vous croyiez, je me réjouis de ne m' être point trouvé là; et au moment de ressusciter son ami, il bénit Dieu en disant : Mon Père, je te rends grâce de ce que tu m'as exaucé, et je parle ainsi à cause de la foule qui m'environne, afin qu'elle reconnaisse que c'est toi qui m'as envoyé. Jean, XI, 4o— 42.
Le Seigneur revient souvent sur cette pensée : Les œuvres que mon Père m'a donné le pouvoir de faire, les œuvres même que je fais, attestent que c'est le Père qui m'a envoyé. V, 56. Les œuvres que je fais au nom de mon Père rendent témoignage de moi. Si je ne fais point les œuvres de mon Père, ne me croyez point. Si je fais les œuvres de mon Père et que vous ne vouliez pas me croire, croyez à mes œuvres. X, 25 — 57 — 58.
Plus le caractère d'envoyé divin semble compromis et effacé, plus les miracles éclatent. De là, les nombreux prodiges qui accompagnent la mort du Christ.
Les apôtres n'expliquent pas autrement les merveilles opérées par le Sauveur ; saint Pierre dit aux Juifs : Dieu a rendu témoignage devant vous à Jésus de Nazareth par les merveilles, les miracles, les prodiges qu'il lui a donné de faire. Act., II, 22.
Les miracles des apôtres, à leur tour, ne reçoivent que cette explication : Le Seigneur confirmait leur parole par les miracles dont elle était accompagnée. Marc, XVI, 20. Pourquoi vous étonner, disent aux Juifs Pierre et Jean après la guérison du boiteux, pourquoi fixer ainsi les yeux sur nous, comme si par l'effet de notre puissance et de notre piété, nous avions fait marcher cet homme? Act., III, 12. Les preuves de mon apostolat ont éclaté au milieu de vous par des signes, des prodiges et des miracles. 2 Cor., XII, 12. Dieu a appuyé le témoignage des apôtres par des miracles variés. Héb.,11, 4. ,
Cet effet des miracles se retrouve encore dans le jugement qu'en
portent ceux qui en ont été les objets. Après s'être nourrie des pains multipliés, la multitude disait : Celui-ci est vraiment le prophète qui devait venir au monde, Jean, VI, 14, et l'aveugle de Siloé répond aux pharisiens : Si cet homme n'était pas envoyé de Dieu, il ne pourrait rien faire de pareil. IX, 53.
Enfin, c'est du Messie, bien plus que de tout autre envoyé du ciel, qu'on attendait une éclatante manifestation de la puissance d'opérer des prodiges : Il se trouva dans la foule plusieurs personnes qui crurent en lui, c'est-à-dire qui reconnurent sa mission divine, et qui dirent : Quand le Christ viendra, fera-t-il de plus grands miracles que celui-ci? VII, 51.
A ces preuves positives, il est très-digne de remarque que la Bible ajoute une preuve négative du but général des miracles, de servir de garantie à l'inspiration ; la mission de Jean, le précurseur du Messie, n'a été accompagnée d'aucun miracle, par cette simple raison qu'il n'était qu'un précurseur, contemporain du sauveur qu'il précédait; son ministère n'est en quelque sorte qu'une prophétie, et sa garantie se trouve dans l'événement même qu'il annonce. Il vint à Jésus une foule de personnes qui disaient : Jean n'a fait aucun miracle; mais tout ce qu'il a dit de celui-ci se trouve véritable. X, 41.
56. Dans les temps les plus reculés, comme dans les temps modernes, au siècle de Moïse comme au siècle de l'Évangile, toute prétention à une autorité surnaturelle s'est appuyée sur de faux prodiges ou de fausses prophéties : les magiciens de Pharaon, Ex., VII, 11; VIII, 7, qui refont à leur manière les prodiges de Moïse au lieu de défaire les siens, ce qui eût été bon à quelque chose; la pythonisse d'Endor, qui feint d'aller, selon l'expression d'Ésaïe, pour les vivants aux morts, Esa., VIII, 19; toute cette multitude de faux prophètes qui ont tant trompé les Juifs avant Babylone, jusqu'aux mages et aux exorcistes de l'époque de l'Évangile, Simon, qui croit le pouvoir des miracles à vendre et veut l'acheter, Act., VIII, 18 ; les fils de Sceva, qui, stupides dans leur imposture ou leur crédulité, disaient aux démons : Nous vous adjurons par ce Jésus que Paul prêche, XIX; 15; ce qui était avouer qu'ils ne connaissaient pas ce Jésus, tous ces prétendus posses-
seurs de pouvoirs surhumains, enthousiastes, imposteurs ou visionnaires, n'ont rien inventé de nouveau en fait de tromperies. Aussi, c'est contre ce genre de mensonges que Moïse prémunit son peuple : S'il s'élève au milieu de toi quelque prophète ou quelque songeur, qui annonce un prodige ou un miracle, si ce signe ou ce miracle dont il t'aura parlé arrive, et qu'il te dise alors : Allons servir d'autres dieux étrangers, tu n'écouteras point ces discours; c'est une épreuve de V Éternel ton Dieu, pour savoir si tu l'aimes, Deut., XIII, 1—2, et quand il l'a fallu, la Providence a toujours amené les fidèles à dire : Comment un imposteur pourrait-il faire de tels miracles? Jean, IX, 16.
57. Voir liv. II, chap. xix, note 2. La sagesse divine, dans la belle allégorie qui ouvre le livre des Proverbes, parle du monde et de l'humanité avant leur existence comme s'ils existaient déjà : J'ai présidé dans les conseils de l'Éternel ; j'ai été établie souveraine avant que la terre fût créée ; j'existais avant l'océan et les sources d'eaux; avant que l'Éternel eût fait la terre, lorsqu'il arrangeait les deux, j'aimais à contempler le globe de la terre et les hommes qui l'habitent. Prov., VIII, 22—31.
58. Je sais, dit Dieu à Moïse, ce qu'ils se disposent à faire, même avant que je les aie introduits dans le pays que je leur ai promis avec serment. Deut., XXXI, 21.
L'Éternel sonde tous les cœurs et pénètre toutes les pensées. 1 Chron., XXVIII, 9. 0 Éternel, tu sondes les reins et les cœurs! Jér., XI, 20 ; XX, 12. Le Seigneur sonde les cœurs de tous les hommes. Act, I, 24; Apo., II, 25. Nulle créature n'est cachée à Dieu; tout est nu et entièrement découvert à ses yeux. Héb., IV, 13.
59. L'Évangile nous apprend que les prophéties ont eu le degré d'obscurité nécessaire, que Dieu seul a pu mesurer, pour que l'activité humaine restât libre. (Voir sur la liberté, liv. I, chap. iv, note 10, et chap. n, note 45; liv. III, chap. xxx, note 10; liv. IV, chap. xlv, note 23). En conséquence, les habitants de Jérusalem et leurs magistrats n'ont point reconnu le Christ ; n'ayant pas compris les paroles des prophètes lues chaque sabbat, ils les ont accom-
plies en condamnant Jésus. A et., XIII, 27. Je sais bien, dit saint Pierre à ses concitoyens, que vous avez agi par ignorance, de même que vos magistrats. III, 17. Ces choses étaient voilées à leurs yeux. Luc, XIX, 42. (Voir liv. III. chap. xxxn, note 52.)
Cette demi-clarté qui laissait entière la liberté hum'aine, a eu pour résultat que les oracles, comme tout le reste de la révélation, ont été des instruments de progrès ou de chute dont l'activité humaine s'est servie dans sa double direction, pour le bien et la vérité, ou pour le mal et le mensonge. Les exemples ne manquent point de l'un et de l'autre de ces usages ; il suffira de citer deux des plus remarquables :
Il paraît hors de doute que pour obtenir de Gyrus le fameux décret de la liberté et de la restauration des Juifs, Daniel a mis sous ses yeux les prophéties qui annonçaient ses grandes destinées, ses conquêtes, la prise de Babylone au milieu même d'une fête, Jér., LI, 59 — 57, et la gloire que lui avait réservée la Providence de rendre au peuple de Dieu sa patrie, sa nationalité et son culte. Esa., XIII et XIV, 1—28; XLIV, 25—28; XLV, 1—8; Jér., L et LI. L'historien des Juifs, Flave Josèphe, atteste cette intervention de Daniel, et le décret du roi de Perse emprunte les expressions des oracles d'Esaïe. 2 Chron., XXXVI, 25; Esd., I, 2. Certes, il n'y a là qu'un très-légitime usage de la connaissance donnée par Dieu même de ses conseils ; c'était assurer aux Juifs la bienveillance du conquérant de l'Asie, et les forcer eux-mêmes de se souvenir qu'à Dieu seul ils devaient rapporter leur délivrance.
Dans une prophétie des progrès du judaïsme en dehors de la postérité d'Abraham, Esaïe dit : En ces jours, il y aura un autel consacré àV Éternel au milieu de VÉgxjpte. Esa., XIX, 19. Le sens est sans nul doute figuré, et le prophète n'a point entendu parler d'un sanctuaire, d'un autel véritable. Sous le règne de Ptolémée-Philométor, un des Onias, descendant de la race pontificale, mais exclu de la souveraine sacrificature par l'ambition de ses oncles et l'injustice des rois de Syrie alors maîtres de la Judée, se retira en Egypte, persuada au monarque égyptien qu'il était chargé d'accomplir l'oracle, et obtint l'autorisation de construire un temple au vrai Dieu à Léontopolis, ville de la province Héliopolitaine. Il est probable qu'il falsifia un mot du verset précédent de ma-
nière à faire croire à Ptolémée que la ville même, ou du moins la province, était désignée ; le texte est incertain. Toujours est-il que ce sacrificateur abuse de l'oracle et en détourne le sens dans l'intérêt de sa politique. (Voir sur ce passage, liv, III, ch. xlix, note 79.)
60. Ces considérations expliquent comment la foi d'Israël voyait partout des prophéties dans les livres saints de la première alliance, surtout depuis l'origine des écoles des prophètes qui remontent au moins à la judicature de Samuel. \ Sam., XIX, 20. Tous les prophètes, disait saint Pierre aux Juifs, qui ont parlé successivement depuis Samuel, ont annoncé ces temps-ci. Act., III, 24. Il est indispensable, pour éclaircir cette matière, de tenir présent à sa pensée le sens ordinaire du mot prophétiser dans l'Écriture sainte : prophétiser signifie instruire, enseigner, soit par des hymnes et des cantiques, 1 Ghron., XXV, I, soit par des exhortations et des discours. Nomb., XI. 25. Les élèves des écoles de prophètes s'exerçaient, sous la direction d'un chef, à ces devoirs de piété, et dans ces séminaires Dieu choisissait souvent les hommes à qui des missions divines étaient confiées, quand il s'agissait de porter des ordres, des avertissements, des menaces, ou de rendre des oracles et de prophétiser dans le sens de prédire. 1 Rois, XVIN, 4; 2 Rois, II, 5—5; IX, 1 . L'idée de la perpétuité de la dynastie de David, l'idée vague encore de grandes bénédictions et d'une gloire éclatante réservée à Israël dans un avenir inconnu, l'idée d'un roi, d'un libérateur céleste promis dès les temps des patriarches, occupaient les méditations des poètes et des chantres d'Israël réunis dans ces établissements, qui ont existé au moins jusqu'au temps d'Élie et d'Elisée, et des auteurs sacrés dont les discours ou les poésies nous sont parvenus, depuis Amos, le plus ancien, jusqu'à Malachie, le plus moderne. Ainsi s'est établie, de la manière la plus simple, une tendance naturelle à voir un oracle dans chaque mot de l'Ancien Testament et à s'emparer des allusions même les plus éloignées pour y reconnaître l'Évangile écrit d'avance, et ceci fait comprendre comment saint Matthieu rapporte à la guérison miraculeuse des maladies par le Christ, Malt., VIII, 17, l'oracle d'Ésaïe, LUI, 4, que saint Pierre applique à la rémission des péchés, 1 Pierre, II, 24. Mais rien, dans ces empressements de la piété anti-
que à s'appuyer sur des prophéties trop détaillées et trop nombreuses n'ébranle les deux faits essentiels qui dominent cette matière : savoir, que l'avenir était le champ naturel de la révélation et qu'une rédemption, sans prophéties, sans promesses préalables, était une impossibilité. (Voir liv. III, chap. xxxiii, note 52). Dieu semble avoir dit à tous ses prophètes comme à saint Jean : Ecris ce que tu as vu, ce qui est et ce qui doit arriver. Apo., I, 19.
61. La sécurité du méchant et la confiance du fidèle ont pour base commune la prévoyance. Le mondain et le voluptueux, dans leurs projets de fête, se disent : Ce sera demain comme aujourd'hui, Esa., LVI, 12, et l'insensé de la parabole : J'ai des biens amassés en abondance pour un grand nombre d'années. Luc, XII, 19. Le fidèle ne se met point en souci du lendemain, sait que le lendemain aura soin de ce qui le concerne, Matt., VI, 54, et s'est assuré que ni les choses présentes, ni les choses futures, ne le sépareront de l'amour de Dieu en Jésus-Christ. Rom., VIII, 58.
62. La gloire de Dieu est dans V impénétrabilité de ses desseins. Prov., XXV, 2. Il ne pouvait d'avance nous communiquer les intentions de sa providence, et nous donner moyen de les percer. Aussi a-t-il restreint dans des bornes étroites la prévoyance humaine : L'Eternel dirige les pas de l'homme, et il ne peut savoir où son chemin le conduit. XX, 24. Ne te vante point du jour de demain, car tu ne sais ce que le jour enfantera. XXVII, 1.
65. Un des traits du chant poétique et prophétique mis dans la bouche du devin Balaam convient à toute prophétie : Je le vois, mais non pas maintenant ; je le contemple, mais non pas de près. Nomb., XXiV, 17.
64. Tout ce qui est prophétique dans la Bible, à un très-petit nombre d'expressions près, est poétique, non pas seulement rhythmique et métrique (question de grammaire et de philologie, fort disputée, qui sort de notre sujet), mais poétique quant au style, qui abonde en figures de toutes sortes, en apostrophes, en comparaisons, en personnifications, en allégories. La prophétie deNoé,
Gen., IX, 25—27, les bénédictions de Jacob, XLIX, les prédiclioi de Balaam, Nomb.,XXlH et XXIV, les bénédictions de Moïse, Deut., XXXIII, les reproches de Samuel à Saul, 1 Sam., XV, 22—25, tous les psaumes qui contiennent des oracles, enfin les livres dits des prophètes, excepté Jonas, Daniel, et en partie les trois derniers prophètes postérieurs à la captivité ; ce que les écrits des prophètes contiennent de purement historique, notamment plusieurs récits intercalés dans les livres d'Ésaïe et de Jérémie, offre une différence tranchée avec la couleur des morceaux prophétiques. L'inspiration, souvent, pesait d'un tel poids sur le génie des écrivains sacrés, que les accents de la poésie la plus élevée suffisaient à peine à l'expression de leurs sentiments : Lorsque j'ai senti la présence de l'Eternel, dit Jérémie, et que j'ai entendu les arrêts de sa justice, tous mes os ont frémi ; j'ai été comme un homme ime, comme un homme étourdi par les vapeurs du vin. Jér., XXIII, 9. J'avais l'âme pleine de trouble et d'agitation; mais le bras de l'Eternel me soutient. Ezé., III, 14. Eternel! j'ai ouï ce que tu m'as fait entendre, et j'ai été saisi d'effroi. J'ai entendu ta voix, et mes entrailles se sont émues, mes lèvres ont tremblé, mes os sont devenus fragiles, et la frayeur m'a couvert. Hab., JII, 2 — 16. On voit qu'ici, pour ainsi dire, tout est naturel dans le surnaturel même. (Voir liv. VI, chap. lxxi, note 78.)
65. Telles sont les promesses faites à Abraham, les condamnations prononcées par Moïse contre la généraiion sortie d'ÉgypIe, celles de Nathan contre David et d'Élie contre Achab, les délivrances annoncées par Ésaïe à Ézéchias, les menaces incessantes de Jérémie et d'Ézéchiel contre Sédécias et le parti égyptien de sa cour, et une foule d'autres oracles dont les limites d'accomplissement n'excèdent pas la durée d'une génération.
66. Plusieurs déclarations du Christ au sujet de ses miracles favorisent avec une grande force cette pensée : Si je n'avais fait parmi eux des œuvres qu'aucun autre n'a faites, aucun des anciens prophètes, ils ne seraient pas coupables, mais ils les ont vues. Jean, XV, 2-4. Il est évident que l'énergie de cette censure contre les. contemporains de l'Évangile porte, non pas tant sur la gran-
(leur des miracles du Messie, mais sur ce qu'ils ont été faits au milieu d'eux et sous leurs yeux. Si je chasse les démons par Béelzébul, vos fils, dit Jésus aux pharisiens, par qui les chassent-ils ? Matt., XII, 27; Luc, XI, 19; vos fi}s, c'est-à-dire, mes apôtres et mes disciples, des hommes jeunes encore et qui dans leur adolescence ont suivi vos écoles et reçu vos leçons, vous, les docteurs du peuple. Jésus, par cette argumentation directe, renvoie ses adversaires au témoignage de leurs propres yeux.
67. La différence entre la foi acceptée d'autrui et la foi admise sans intermédiaire est pleinement reconnue par l'Évangile; c'est dans une pensée d'éloge que saint Jean a rapporté des'habitants de Sicbar que plusieurs Samaritains de cette ville crurent en Jésus sur le témoignage de cette femme qu'il avait rencontrée à la fontaine et qui disait : Il m'a raconté tout ce que j'ai fait. Ces Samaritains le prièrent de demeurer chez eux et il y séjourna deux jours, et il y en eut beaucoup plus qui crurent en lui après l'avoir entendu lui-même, et Us disaient à la Samaritaine : Ce n'est plus sur ton témoignage que nous croyons; car nous l'avons entendu nous-mêmes. Jean, IV, 39 — 42.
68. Ce but spécial, trop souvent oublié, fait comprendre comment Jésus, qui donne d'une manière si positive ses œuvres divines en garantie de la divinité de sa mission, reproche, en d'autres occasions, aux Juifs leur ardeur de voir des miracles, ainsi que leur obstination à ne croire qu'à cette condition, et refuse les prodiges, quand on les exige. Si vous ne voyez des miracles et des prodiges, vous ne croyez point, dit-il au seigneur de Capernaùm, Jean, IV, 48, et dans le même esprit de censure saint Paul écrit aux Corinthiens : Les Juifs demandent des miracles. \ Cor., I, 22. Des pharisiens et des scribes venaient à Jésus et lui demandaient, pour l'éprouver, de leur faire voir quelque signe apparaissant dans le ciel. Matt., XVI, 1. C'était si peu une demande de foi, que Jésus soupira profondément et dit : Pourquoi ces gens-là demandent-ils un prodige ; je vous dis en vérité qu'il ne leur en sera point accordé. Marc, VIII, 12. Ailleurs il traite de race perverse, méchante et adultère ceux qui osaient ainsi le sommer de déployer sa puissance.
Matt., XII, 39; Luc, XI, 29, et de Nazareth il est dit qu il ne fit là que peu de miracles, à cause de leur incrédulité, Matt., XIII, 58, dont il s'indignait. Marc, VI, 6.
Tout ceci s'explique par cette seule réflexion, que la foi qui naît seulement à la vue des prodiges est une froide et fière adhésion de la raison, et non une humble et aimante adhésion de l'âme. C'était croire, mais de force, non de gré, et sans amour, sans repentir, sans confiance, sans effusion de cœur. Le Christ, qui lisait dans les consciences, se gardait d'exciter cette foi stérile; et cela est si vrai qu'il remet en quelque sorte ses adversaires, qui réclament de lui des prodiges, à celui de sa résurrection, et en attendant il veut qu'ils se laissent toucher par la sainteté de sa morale et qu'ils se repentent, et par la sagesse de son enseignement et qu'ils la méditent. C'est dans ce sens qu'il leur cite, comme termes de comparaison, la parabole de Jonas, que l'opinion vulgaire croyait un fait réel, et la gloire de Salomon, dont les Juifs étaient si fiers. Il ne sera donné, dit-il, à ce peuple, à ces scribes et ces pharisiens, d'autre signe que celui de Jonas; comme Jonas fut trois jours et trois nuits dans le ventre d'un grand poisson, le Fils de l'homme sera trois jours et trois nuits dans le sein de la terre. Cette parole, mystérieuse un moment pour les auditeurs, renvoyait pour ainsi dire leur obstination et leur inimitié, alors invincibles, à l'époque où la résurrection du Christ devait en vaincre tant d'autres. Comme Jonas fut un signe pour les habitants de Ninive, ainsi le Fils de V Homme en sera un pour cette génération. L'exemple de la reine du Midi (ou de Seba, en Arabie) s'élèvera contre cette génération et la condamnera, parce qu'elle vint, non voir des miracles, mais entendre la sagesse de Salomon, et il y a plus ici que Salomon ; les Ninivites condamneront cette génération, parce qu'ils se convertirent sans miracles, à la voix de Jonas, et il y a plus ici que Jonas. Matt., XII, 58—42. Luc, XI, 29—52.
69. Notre divin maître admet pleinement, dans le sens indiqué, la liaison entre le fait extérieur du miracle et la valeur des grâces et des instructions religieuses et morales qu'il répand : lequel est le plus aisé, demande-t-il aux Pharisiens, de dire : Tes péchés te sont pardonnes, ou de dire, à ce paralytique : Lève-toi et marche !
et après avoir en vain attendu une réponse, il ajoute : Afin que vous sachiez que le Fils de l'Homme a sur la terre V autorité de pardonner un péché. . . ( il s'adresse au paralytique) lève-toi, et en signe de ta guérison emporte ton lit. Matt., IX, 5 — 6; Marc, II, 9; Luc, V, 23.
70. Aux défenseurs de cette définition des miracles, il faudrait simplement poser toutes les questions sur la connaissance de la nature, que la voix divine adresse à Job : As-tu réglé les dimensions du monde, et les connais-tu? Job, XXXVIII, o — 24. On n peut pas compter les étoiles du ciel ni mesurer le sable de la mer. Jér., XXXIII, 22. On ne peut pas sonder les hauteurs des deux ni les profondeurs de la terre. Prov., XXV, 3.
71. L'idée que Dieu ne peut se rétracter ou se démentir, devait se trouver clans l'Écriture. Dieu n'est pas un homme pour mentir, ni le fils d'un homme pour se repentir. Nomb., XXIII, 19. Quelle infidélité peut anéantir la fidélité de Dieu? Rom., III, 5.
72. VEternel fit souffler toute la nuit un vent d'Orient trèsviolent, qui fit retirer les eaux; les eaux furent séparées et le fond de la mer mis à sec. Ex., XIV, 21. Tu frapperas le rocher en signe de ma volonté, et il sortira de Veau. XVII, 6. Alors Jésus, s' étant levé, réprimanda les vents et la mer, et il se fit un grand calme. Matt. VIII, 26 ; Marc, IV, 59 ; Luc, VIII, 24. Jésus dit au figuier : Jamais tu ne porteras de fruits. Matt., XXI, 19; Marc, XI, 21.
73. Jésus dit clairement à ses disciples : Lazare est mort... et Marthe, la sœur du mort, lui dit : Il est là (dans le tombeau) ddepuis quatre jours. Jean, XI, 14 — 59. Cet homme était aveugle
epuis sa nai ssance. IX, 1. L homme, miraculeusement guéri, avait plus de quarante ans, Act., IV, 22, et il était boiteux dès sa naissance. III, 2. Une femme atteinte depuis douze années d'une perte de sang, et qui avait dépensé tout son bien à se faire traiter par les médecins, sans qu'aucun d'eux pût la guérir... selon le témoignage de Marc, V, 26, et de Luc, VIII, 45, qui lui-même avai
té médeein. Col., IV, 14. (Voir liv. II, cbap. xxi et les notes.)
74. Voilà pourquoi aucun miracle ne pouvait avoir lieu à Tinsu de Tenvoyé divin : Toute la multitude tâchait de le toucher, parce qu'il émanait de lui une vertu qui les guérissait tous. Luc, VI, 19. Mais Jésus dit au milieu de la foule : Quelquun m'a touché; car j'ai senti qu'une vertu est sortie de moi. VIII, 46. Il le reconnaissait en soi-même. Marc, V, 50.
75. Ainsi lorsque, peu avant la passion et la croix, Je us proféra à haute voix devant ses disciples et la multitude, cette parole de résignation : C est pour cette heure que je suis venu, mon Père, glorifie ton nom! lorsque la foudre retentit , et que la voix divine lui répond : Je Vai glorifié et je le glorifierai encore, il est dit que parmi la foule qui était là et qui avait entendu, les uns disaient : C'est un coup de tonnerre ; les autres : Un ange lui a parlé. Jean, XII, 27 — 29. On voit ici réunis les deux aspects du même événement : pour la foi, un prodige divin ; pour l'incrédulité, un phénomène ordinaire.
76. Moïse, dans les déserts de l'Horeb, à la vue du buisson enflammé, examine attentivement le miracle : Je me détournerai, se dit-il, pour observer ce prodige et ce buisson qui ne se consume point, Ex., III, 5, et il revient libérateur et législateur d'IsraëL Élie, dans ce même désert; Elisée, au bord du Jourdain; saint Paul, sur le chemin de Damas, sont autant d'exemples de ces.dispensations.
77. Il est dit de Moïse qu'il fut puissant en paroles et en œuvres ; Act., VII, 22; il est dit du Christ qu'il a été puissant en œuvres et en paroles devant Dieu et tout le peuple, Luc, XXIV, 19 ; et ces mots sont un exact et simple résumé des deux missions divines ; les œuvres et les paroles sont dans l'une et dans l'autre inséparables. On a essayé de les séparer et l'on a échoué.
78. Il faut distinguer trois principales périodes miraculeuses dans les annales saintes : celle de Moïse et de Josué ; celle d'Élie et d'Elisée; celle enfin de l'Évangile, et chacune a ses caractères distincts.
Les prodiges de l'époque mosaïque sont d'une admirable grandeur, quoique empruntés aux phénomènes^ aux contagions, aux forces physiques du sol et du climat ; on voit qu'ils ont pour but de déterminer comme d'un seul coup un immense changement dans l'esprit d'une race avilie, de changer en citoyens des esclaves, de les réveiller de l'apathie morale et religieuse où les a plongés une affreuse servitude, de les détromper du symbolisme égyptien si propice à l'idolâtrie, et de constituer religieusement leur nationalité, unique en ce monde.
Interrogez les temps écoulés avant votre naissance, depuis que Dieu créa l'homme sur la terre, si jamais d'une extrémité du ciel à l'autre, il est arrivé de merveille semblable, et si jamais on a ouï dire qu'un peuple ait entendu comme vous la voix de Dieu parlant du milieu du feu, ou que Dieu ait entrepris de tirer une nation du milieu d'une autre pour en faire son peuple par des épreuves, des miracles, des prodiges, des combats, en déployant toute sa puissance, et en frappant des coups terribles tels que ceux que l'Eternel votre Dieu a frappés sous vos yeux en Egypte. Deut., IV, 32—55.
Il fallait cet éclat à ces miracles pour remplir de terreur les peuples voisins : Nous avons appris ces choses, dit Rahab aux espions de Josué, et aucun de nous n'a de force pour vous résister; car l'Eternel votre Dieu est le Dieu qui domine en haut dans le ciel et ici-bas sur la terre. Jos., II, II.
Les miracles de la seconde période, de moindre appareil et de moindres dimensions, ont un caractère plus local, plus partiel, et sont plus israélites pour ainsi dire; ils sont, dirons-nous, proportionnés à un Achab comme ceux de Moïse Tétaient à un Pharaon. Il s'agit, non de vaincre l'obstination du Nil ou de courber l'orgueil du Jourdain, mais de confondre des écoles de faux prophètes, de renvoyer Baal à Tyr et à Sidon, et d'encourager les séminaires des prophètes israélites. Ces prodiges, comparés à ceux de l'époque précédente, se font en famille, et le but est atteint, si le peuple s'écrie en dépit du roi : C'est l'Eternel qui est DieuMRois, XVIII, 59.
Les miracles évangéliques diffèrent essentiellement de ceux de l'ancienne alliance, et sont remarquables par leur simplicité et
leur miséricorde. Ce sont, presque sans exception, des guérisons, des délivrances, des bienfaits; et un mot, un geste, un regard, un attouchement suffit à Jésus pour les opérer ; on voit qu'il ne s'en étonne nullement, et que ses plus grands prodiges lui semblent choses naturelles ; il y a là un caractère de divinité qu'il est impossible de ne pas admirer, et le Christ lui-même a déclaré que les merveilles de sa mission étaient plus grandes que celles de tous les anciens prophètes ; j'ai fait, dit-il, des œuvres qu'aucun autre n'a faites. Jean, XV, 24.
79. S'ils n'écoutent ni Moïse ni les prophètes, ils ne se laisse^ raient point persuader, quand quelqu'un des morts ressusciterait. Luc, XVI, 31. Il chasse les démons, disaient les adversaires du Christ, par le prince des démons, Matt., IX, 34 ; XII, 24; Marc, III, 22; Luc,, XI, 15. Malheur à toi, Corazin! Malheur à toi, Bethsaïdal Malheur à toi, Capernauml car si les miracles qui ont été faits au milieu de vous eussent été faits dans Tyr, dans Sidon, dans Sodome, elles se seraient repenties; elles seraient demeurées jusqu à ce jour. Matt., XI, 20 — 24; Luc, X, 15.
80. Cet intérêt, ces émotions, cette admiration involontaire, irrésistible, que fait éprouver l'histoire de la vie et de la mort du Sauveur, contribue pour beaucoup à faire de l'Évangile un livre unique, auquel rien au monde ne ressemble, même de loin, et cet intérêt est surtout remarquable chez les indifférents, les sceptiques, les incrédules; il a commencé au pied de la croix; le centenier romain qui la gardait est le premier des non-chrétiens qui l'ait éprouvé et naïvement exprimé, en disant : Certainement cet homme était juste. Luc, XXIII, 47. Cet homme était fils de Dieu. Matt., XXVII, 54; Marc, XV, 59.
81. Au milieu de l'humilité de son baptême comme de la gloire de sa transfiguration, la voix divine l'installe ou le confirme dans ses fonctions de Messie par cette consécration solennelle : Celui-ci est mon Fils bien-aimé en qui j'ai mis toute mon affection; écoutezlel Matt., III, 17; XVII, 5; Marc, I, 11; IX, 7; Luc, III, 22; IX, 35. Ne fallait-il pas, a-t-il dit lui-même, que le Christ souffrît
ces choses et qu'il entrât ainsi clans sa gloire? XXIV, 20. H a été déclaré Fils de Dieu par sa résurrection d'entre les morts. Rom., I, 4. Aussi n'espérait-il pas lui-même que sa gloire divine, telle qu'il Ta manifestée dans sa transfiguration, pût être crue avant sa résurrection : Ne dites à personne ce que vous avez vu, a-t-il enjoint aux trois témoins de cette grande scène, avant que le Fils de l'homme soit ressuscité des morts. Matt, XVII, 9; Marc, IX, 9. Ce Jésus, qui a été fait pour un peu de temps inférieur aux anges, a été couronné de gloire et d'honneur, à cause de la mort qu'il a soufferte, et il était convenable que Dieu consacrât par les souffrances V auteur du salut. Héb., II, 9 — 10. Quoiqu'il fût le Fils de Dieu, il a appris V obéissance par tout ce quil a souffert; V, 8. C'est en vue de la félicité qui lui était proposée, qu'il a souffert la croix. XII, 2. Il avait dit lui-même : Mon Père m'aime parce que je donne ma vie; et il la donnait volontairement : Personne ne me Vote ; j'ai le pouvoir de la quitter et le pouvoir de la reprendre; c'est là la mission que j'ai reçue de mon Père, Jean, X, 17 — 18, et c'est ; ar sa mort surtout qu'il est en notre monde le vainqueur du m:.l : II a détruit par la mort celui qui a l'empire delà mort. Héb., II, 14.
82. Cette assertion, qui conduit à cette grave et douce pensée, que nous avons besoin de connaître Jésus comme Sauveur et non autrement, non dans sa gloire divine, hors du monde, hors du temps, avant sa vie mortelle ; non dans sa nature même, incompréhensible et ineffable, mais dans sa médiation salutaire; cette assertion deviendra évidente pour quiconque pèsera, sans préjugés et sans préventions dogmatiques, les deux endroits de l'Évangile où ce que l'esprit humain peut entrevoir de ce mystère est révélé.
Dans le premier, le Christ parle lui-même de lui-même : Ce n'est point pour une bonne œuvre, c'est pour un blasphème que nous te lapidons, lui disent les Juifs; étant homme, tu le fais Dieu. Jusqu'à quel point le Christ, alors, dévoile-t-il sa divinité? Il répond : N'est-il pas écrit dans votre loi (c'est-à-dire, dans l'ancien Testament; Jean, XII, 54; XV, 25; 1 Cor., XIV, 21, dans un cantique dirigé contre les juges iniques), j'ai dit, moi l'Éternel
(qui s'adresse à ces juges) : Vous êtes des dieux ! Ps. LXXXIT, G; moi, l'Éternel, je vous ai ainsi nommés dans la toi, Ex., XXII, 28; et après avoir ainsi rappelé ce titre donné dans l'Écriture sainte aux magistrats d'Israël, le Seigneur ajoute : Si donc votre loi appelle dieux ceux à qui la parole de Dieu était adressée, pouvez-vous dire que je blasphème, parce que j'ai dit : Je suis le Fils de Dieu, moi que le Père a sanctifié et envoyé dans ce monde. Jean, X, 53 — 38.
Le second passage est de saint Paul : Jésus, étant en forme de Dieu, (c'est-à-dire étant comparable à Dieu; l'expression en forme de Dieu n'a dans notre langue aucune 'espèce de sens, et le mot de l'original traduit par forme, signifiant image, figure, ressemblance, nous rendons le sens;) ne s'en est point prévalu pour s'égaler à Dieu; mais s'est anéanti lui-même.... et s' est abaissé.... jusqu'à la mort, jusqu'à la mort même de la croix ; aussi Dieu l'a souverainement élevé et lui a donné un nom qui est au-dessus de tous les noms afin qu'au nom de Jésus tout ce qui est au ciel, sur la terre et sous la terre fléchisse le genou et que toute langue confesse que Jésus est le Seigneur à la gloire de Dieu le Père. Phil., 11,6 — 11.
Le commentaire le plus lumineux de ces deux endroits de l'Écriture est dans l'épître aux Corinthiens : Bien que plusieurs soient appelés dieux, soit dans le ciel, soit sur la terre (comme en effet il y a plusieurs dieux et plusieurs Seigneurs), néanmoins nous n'avons quun seul Dieu, qui est le Père, de qui procèdent toutes choses, et un seul Seigneur, Jésus-Christ, par lequel sont toutes choses. 1 Cor., VIII, 5—6. (Voir liv. VI, chap. lxxvii, note 104.)
85. Voir liv. III, chap. xxxi, note 18, et à ce nom de frère le Christ revient même, ce qui est digne d'une grande attention, après sa résurrection glorieuse : il dit à Marie Madeleine : Va vers mes frères, et dis-leur que je vais monter bientôt vers mon Père et votre Père, vers mon Dieu et votre Dieu. Jean, XX, 17 ; Matt., XXVIII, 10. Ainsi notre fraternité avec Jésus est immortelle.
84. Jésus a dit lui-même : Je fais toujours ce qui est agréable au Père. Qui de vous me convaincra de péché ou de mensonge? Jean, VIII, 29—46. Il est le saint et le juste. Act., III, 14. Il est l'homme céleste, c'est-à-dire, parfait, tel que Dieu l'avait créé. 1 Cor., XV, 47. 7/ n'a point connu le péché; c'est-à-dire, il n'en
a point commis. 2 Cor., V, 21. Notre avocat auprès du Père est Jésus-Christ le juste. 1 Jean, II, 1 ; 1 Pierre, III, 18. Il n'y a point de péché en lui 1. Jean. III, 5. Il a été éprouvé comme nous en toutes choses sans commettre aucun péché, Héb., IV, 15, consacré par les souffrances, H, 10, il s est montré accompli. V, 9. Il n'a point commis de péché, et dans sa bouche il ne s'est point trouvé de fraude. 1 Pierre. II, 22 ; Ésa., LUT, 9. (Voir la note suivante.)
85. Selon les textes du liv. I, chap. x, note 59, l'homme est créé à l'image de Dieu; selon les textes du liv. I, chap. xm, note 51, le but de sa vie est de s'assimiler de plus en plus à son créateur; selon les textes du liv. IV, chap. xli, note 2, Christ est l'image de Dieu ; selon les textes delà note précédente, il est l'homme parfait : le dernier trait de cette série d'idées, qui comprend tout le christianisme, est l'imitation de Christ. Les textes abondent.
Jésus a posé le principe dans un sens général ; après avoir cité cet adage : Un aveugle peut-il en conduire un autre? Ne tomberont-ils pas tous deiœ dans la fosse? Il ajoute : Le disciple n'est pas au-dessus de son maître, et n'aspire point à le surpasser ; mais tout disciple accompli sera comme son maître. Luc, VI, 59 — -40.
A[ rès le repas de la cène il lave les pieds de ses apôtres ; c'était un des soins accoutumés de l'hospitalité antique de l'Orient, 1 Tim., V, 10, et, par cette action symbolique, le Christ a voulu enseigner que la vraie charité, loin de rechercher avec égoïsme les prééminences et les honneurs, n'oublie aucun des soins, même les plus humbles, qui peuvent contribuer au bien-être du prochain : Je vous ai donné un exemple, dit-il à ses apôtres, afin que vous agissiez les uns envers les autres comme je fai fait moi-même. Jean, XIII, 15.
Celui qui s'unit au Seigneur devient un même esprit. 1 Cor., VI, 17. Celui qui n'a point l'esprit de Christ, ne lui appartient point. Rom., VIII, 9. Marchez dans la charité à l'exemple de Jésus- Christ. Eph., V, 2. Ayez les mêmes dispositions d'esprit que Jésus- Christ, Phil., II, 5, et conduisez-vous d'une manière digne du Seigneur. Col., I, 10.
Quiconque a cette espérance immortelle en lui, se purifie comme lui aussi, est pur. 1 Jean, III, 5. Celui qui pratique la justice, est
juste comme lui aussi est juste. III, 7, Jésus-Christ a donné sa vie pour mus; nous aussi, nous devons donner notre vie pour nos frères. III, 16. La charité est parfaite en nous, si nous sommes dans ce monde tels que Jésus-Christ. IV, 17. Christ vous a laissé un exemple, afin que vous suiviez ses traces. 1 Pierre, II, 21. Et Jésus n'a pas donné seulement l'exemple des devoirs envers l'homme, mais des devoirs envers Dieu. Ma nourriture, disait-il, c'est-à-dire ma force, ma vie, est de faire la volonté de celui qui m envoie, Jean, IV, 54; VI, 58. Et ce n'est pas seulement dans la vie, c'est dans la mort qu'il faut imiter Jésus : saint Paul se propose comme le triomphe de sa foi et le comble de son amour pour l'Évangile, regardant toutes choses comme de laboue afin de gagner Christ, de se rendre conforme à lui dans sa mort, Phil., III, 8 — 40, qui a été de sa part, comme la mort doit l'être de la nôtre, un acte de soumission : il s'est rendu obéissant jusqu'à la mort, jusqu'à la mort même de la croix. II, 8. Et il faut se garder de croire que cette obéissance ne lui ait point coûté ; avant même les prières de la nuit de l'agonie, il en était convenu : Je dois être baptisé d'un baptême, avait-il dit, el combien il me tarde qu'il soit accompli! Luc, XII, 50.
Cette ressemblance de Christ et de ses fidèles, pour être l'équivalent et le rétablissement de la ressemblance primitive de l'homme et de Dieu, ne pouvait s'arrêter à cette vie; elle se retrouve dans la résurrection et l'immortalité. Les apôtres enseignaient, par l'exemple de Jésus-Christ, la résurrection des morts. Act. IV, 2. Il est mort pour nous, afin que, soit que nous veillons (c'est-à-dire que nous soyons vivants), soit que nous dormions (ou que nous soyons morts), nous vivions tous ensemble avec Christ. 1 Thess., V, 10. Christ est représenté comme les prémices de ceux qui dorment. 1 Cor., XV, 20. Celui qui a ressuscité le Seigneur Jésus, nous ressuscitera de la même manière. 2. Cor., IV, 14; et déjà Vous êtes comme ressuscites avec lui par votre fi i en la puissance de Dieu qui l'a ressuscité. Col., II, 12. C'est une chose certaine, que si nous mourcns avec lui, nous vivrons avec lui; si nous souffrons avec lui, nous régnerons avec lui. 2 Tim., II, 11 — 12. Quand le Seigneur paraîtra, nous lui serons semblables, parce que nous le verrons tel qu'il est. 1 Jean, III, 2.
86. Saint Paul écrit aux Corinthiens : Soyez mes imitateurs comme je le suis de Christ, \ Cor., XI, i, et aux Éphésiens : Soyez les imitateurs de Dieu comme ses enfants bien-aimés, Éph., V, I, c'est-à-dire, revêtez le nouvel homme, créé à l image de Dieu dans une justice et une sainteté véritables, IV, 24, et qui rétablit en lui-même, par de nouvelles luriières, cette image. Col., IN,' 10.
87. Nous avons contemplé sa gloire, qui était telle que doit être la gloire du Fils unique du Père. Jean, XIV, 1. Qui peut douter que cette gloire eût toujours été ce qu'elle devait être?
Ce qui le prouve, s'il pouvait être nécessaire de le prouver, c'est la présence d'esprit que le Christ a déployée pendant les heures du supplice, et qu'à notre sens on n'a pas, en général, assez admirée. Sa charité, sa magnanimité, sa résignation, ont fait tort, pour ainsi dire, à cette fermeté calme et sereine, qui le rend jusqu'au bout maître de lui-même, et lui donne moyen, au milieu des horreurs de la mort et de l'agonie, de penser, jusque dans les plus petites choses, à l'utilité morale et religieuse de sa fin. Cette admirable présence d'esprit, qu'un trait surtout a mise dans tout son jour, suffirait seule pour démontrer que les circonstances extérieures de la rédemption ne dominaient point le rédempteur, et qu'au contraire il les dominait toutes.
Du haut de sa croix, Jésus s'écria à haute voix : Mon Dieu! mon Dieu, pourquoi m'as-tu abandonné ? Matt. , XXVII, 46; Marc, XV, 54. Ces mots sont les premiers du psaume XXII, et l'on s'est étonné que le Christ ait eu la pensée, peu avant le dernier soupir, de faire une citation. Le système qu'il exprimait ainsi un sentiment subjectif, intérieur, réel, qu'il aurait éprouvé, ne résiste pas à l'analyse: qu'est-ce que l'abandon de Dieu? qu'y a-t-il au fond de cette idée? Comment l'Être infini peut-il abandonner qui que ce soit? que deviendrait sa toute-présence, partout égale? La créature peut abandonner le Créateur, c'est-à-dire, l'oublier, s'enéloigner, s'en différencier, c'est ce que la raison et la foi conçoivent et ce que l'expérience démontre. Mais que Dieu abandonne, la foi ni la raison ne peuvent voir autre chose dans cette expression qu'une image humaine ; il est contraire à l'essence de l'Être suprême de se séparer jamais des êtres intellectuels, moraux, re-
ligieux. Le psaume XXIÏ renferme deux (ableaux, l'un celui du juste victime d'une affreuse persécution et qui appelle Dieu à son secours; l'autre, celui du juste délivré après d'ardentes prières^ et plein de reconnaissance et de joie. Que ce cantique, dans la pensée première de son auteur, ait trait à David, qui cependant n'a jamais été l'objet d'une persécution et d'une délivrance aussi extraordinaires que celles qu'indique le poëme, ou au peuple juif personnilié, gémissant sous les rois de Babylone ou plus tard sous les rois de Syrie, et délivré par Cyrus ou les Maccabées, il nous importe peu; car il est impossible de nier qu'un grand nombre des traits les plus frappants de cette élégie se rapportent avec une exactitude, non littérale sans doute et descriptive, mais poétique, mais figurée, aux scènes de la crucifixion, Jean, XIX, 24. Or, les Psaumes étaient le livre favori de la piété parmi les Juifs ; ils les récitaient sans cesse; ils les savaient par cœur, et c'est un des phénomènes les plus connus delà mémoire, qu'en entendant prononcer les premiers mots d'un fragment ou d'un poëme quelconque, s'il est bien présent à l'esprit, on se le rappelle tout entier à l'instant. Il est hors de doute, selon nous, que Jésus avant d'expirer a voulu, en citant le commencement du psaume XXII, le rappeler à l'attention des témoins de sa crucifixion. Voilà pourquoi, malgré les douleurs d'un supplice qui épaississait la langue et desséchait ce palais, il s'écrie à haute voix, selon le témoignage des deux évangélistes; voilà pourquoi il n'a point prononcé ces mots selon la prononciation de l'ancien hébreu, mais selon le dialecte modifié, le dialecte syro-chaldéen, alors le seul familier au peuple. Jésus a voulu dispenser ainsi deux grâces à la fois : avertir ses adversaires, ses ennemis, et les porter à la repentance en les forçant à se reconnaître pour les aveugles exécuteurs des oracles de l'ancienne alliance et des desseins de Dieu, et consoler ses amis, fortifier leur espérance et leur foi, en leur rappelant l'accomplissement prochain des promesses de délivrance et de triomphe. Il est impossible de n'être point pénétré de l'admiration la plus profonde pour cette présence d'esprit en ce moment; elle offre une preuve de fait que le Rédempteur était maître de son œuvre, jusque dans les moindres détails de l'exécution.