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CHAPITRE LVII

Développement et Terme de la Révélation.

La nature des seules preuves que la révélation comporte, les prophéties et les miracles, et le classement que nous venons de faire des vérités révélées selon leur degré de clarté, mènent à quatre conclusions importantes qui jettent un grand jour sur les questions relatives à la méthode de l'Ecriture sainte.

I. La révélation a dû procéder par périodes, s'avancer par gradations, et souvent demeurer interrompue pendant des intervalles de diverse durée. C'est à diverses reprises que le témoignage de la rédemption a été diversement rendu , et la voix divine s'est prescrit des temps de silence 36.

Les prophéties n'avaient de valeur, comme preuve, qu'a-

près leur accomplissement, et pour que la prévoyance inspirée ne pût être confondue avec la prévoyance vulgaire, un long intervalle a du être souvent ménagé entre le jour de l'oracle et celui de la réalisation. Dans cet intervalle encore, la révélation pouvait être suspendue ; les précautions étaient prises, et la foi n'avait qu'à attendre ; la vérité peut toujours être patiente.

Les miracles avaient toujours pour but de commencer la foi et non delà continuer; il fallait donc, après une période remplie de prodiges, laisser quelque temps la foi à ellemême; il fallait qu'elle put se nourrir de ces grands souvenirs en les transmettant, croire sur la parole des ancêtres et appliquer ainsi à la constance de l'espérance religieuse le principe de solidarité et les devoirs qu'il impose.

Ces gradations de la révélation, ces éclipses totales ou partielles de la lumière divine, ont été mesurées sur les besoins, sur la direction de la force religieuse dans les différents siècles.

Lœil est la lumière du corps; mais la lumière est tou-' jours dispensée, selon la faiblesse de l'organe et selon le besoin de clarté.

Enfin, cette lenteur de la révélation, ces degrés dans l'effusion des pensées divines, ces ménagements de l'esprit de Dieu pour l'esprit de l'homme, ont leur cause cachée dans ce soin vigilant que Dieu s'impose toujours de ne point enfreindre la liberté humaine. Il ne faut jamais oublier que trop de révélation ne laisserait pas assez de liberté.

II. La révélation devait être quelquefois traditionnelle 3" .

Les époques de miracles commençaient la foi; elle se continuait par la tradition.

La tradition devenait et son moyen et son épreuve ;

Son moyen : l'enseignement héréditaire de la tradition maintenait la connaissance de la vérité ;

Son épreuve : toute foi traditionnelle est difficile, et se soutient que par une attention respectueuse, fidèle, reconnaissante.

Ici encore, la loi de solidarité s'impose avec toute sa sainteté ; c'est en vertu de cette loi seulement que la foi traditionnelle est possible.

III. La révélation devait être souvent écrite^. Elle avait à parcourir, à remplir des siècles : la mémoire humaine n'est pas faite pour tenir tant de siècles présents ; elle avait à consacrer une foule d'enseignements divers : la mémoire humaine est encore moins faite pour les détails et les complications des théories ; enfin, elle devait varier sa morale selon les âges : la mémoire humaine est facilement oublieuse de commandements et de préceptes.

D'ailleurs, on contredit des traditions; on ne contredit point des écrits; du moins faut-il autrement s'y prendre.

Enfin la preuve des prophéties exigeait et indiquait une rédaction de la révélation.

11 fallait constater l'antériorité de l'oracle sur l'événement, de la promesse sur la réalisation ; et l'Écriture seule offrait un moyen assez rigoureux, assez en dehors de tout piège, assez au-dessus de tout soupçon 39.

IV. Pour dernier trait, se présente l'idée curieuse que la révélation devait aboutir à se clore elle-même, à faire prononcer une dernière parole ou écrire une dernière ligne qui ne serait suivie d'aucune autre, à tracer le mot : Fin! au bout d'une de ses pages 40.

Quant à la promesse de la rédemption, à l'annonce d'un rédempteur, la révélation s'arrêtait d'elle-même, après avoir attesté l'accomplissement du salut, la venue, la présence, l'œuvre du Sauveur 41 et ses adieux à notre monde.

Quant à ses miracles, la matière s'épuisait d'elle-même, puisque les miracles ont dû cesser après l'établissement de la foi dans la religiosité humaine.

Ainsi, par la nature même des choses, la révélation, traditionnelle ou écrite, a dû s'arrêter ; l'inspiration a cessé de descendre du ciel, et l'esprit humain est rentré sous les lois ordinaires de la Providence et dans les conditions ordinaires du progrès.

Ceci ne s'est fait que lorsque l'humanité avait de plus la rédemption.

Le mot : tout est accompli, est dans une rédemption un mot nécessaire.

D'où il suit que toute révélation, traditionnelle ou écrite, qui se donne pour continue, est une erreur ou une tromperie. La matière manque à une révélation, quand la rédemption est faite et constatée.

Et ici encore nous ne faisons que découvrir un des côtés de l'attention que Dieu met toujours à nous laisser libres ; la liberté humaine ne s'arrangerait pas d'une révélation continue.

Avec la révélation a dû finir tout ce qui lui servait de garantie : toutes les grâces, toutes les facultés extraordinaires, prophéties et miracles, preuves de l'inspiration et qui cessaient avec elle ; idée qui s'accorde parfaitement avec le principe que les miracles ont eu pour but de commencer la

»foi. Destinés à la faire naître, ils ne pouvaient servir à la faire avancer ; la continuation, la multiplicité de ces merveilles serait une contrainte imposée à la liberté, et une dispense en matière religieuse des devoirs qu'impose la loi de solidarité ; on élèverait chrétiennement ses enfants avec des miracles, au lieu de leçons 42.

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