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CHAPITRE LYÏII

Application critique des Preuves de la Révélation.

A ce point de cet ouvrage, il convient de s'arrêter quelques moments pour faire voir avec quelle facilité et quelle justesse ces principes s'appliquent à la Bible, comme le cordeau au champ dont il s'agit d'estimer la moisson.

L'occasion doit se représenter à plusieurs reprises de montrer combien la foi peut, sans risque, se dispenser de l'exégèse. Il suffit de rappeler deux faits que toutes les hardiesses, toutes les découvertes, toutes les arguties de la critique n'ébranleront jamais.

Le premier, que le peuple juif s'est cru le peuple de Dieu, le peuple élu , dépositaire d'une grande espérance religieuse; que cette pensée, cette attente a fait toute sa vie d'intelligence, de moralité et de foi, et que cette vie, si différente de toutes les nationalités de l'antiquité, respire dans l'Ancien Testament depuis Moïse jusqu'à Malachie.

Le second, que la société chrétienne s'est établie, il y a dix-huit siècles, au milieu du monde oriental, et, plus encore, au milieu du monde grec et romain de l'époque, en lisant, d'assemblée en assemblée, comme livres certains et sacrés, les livres qui, aujourd'hui encore, sont donnés pour la révélation chrétienne; l'Ancien Testament43 d'abord, et au sortir de l'époque traditionnelle, le recueil du Nouveau Testament, à mesure qu'il s'est formé.

En un mot, ce que nous nommons actuellement l'Ancien Testament, ce qu'il y a là de traditions, de lois, d'institutions, de rites, de poésie, de morale, tout cela a fait le peuple juif, qui, de siècle en siècle, a dit au monde étonné et

moqueur : J'attends ! Il est tellement vrai qu'il Ta dit, qu'en écoutant bien on l'entend çà et là le dire encore.

Et ce que nous nommons l'Évangile a fait, plus tard, la société chrétienne, qui, reprenant cette publication de la vérité où le peuple précédent l'avait laissée, a dit au monde plus surpris et plus dédaigneux encore : Je n'attends plus, tout est accompli !

Or, que trouvons-nous dans l'Ancien Testament? Tout ce que la nature de Dieu et celle de l'homme exigent dans une révélation : des époques de révélation traditionnelle et des époques de révélation écrite ; des traits de prophétie et l'accomplissement attendu ; des périodes de miracles et la foi laissée à elle-même ; toute une littérature ayant à sa base l'inspiration ; des gradations admirablement ménagées ; partout l'empreinte du siècle contemporain, l'homme partout et Dieu quand il le faut.

Cette encyclopédie juive, où les Juifs puisaient tout, ce livre unique dans le monde est proportionné à ses lecteurs; il se donne pour divin, et il convient qu'il se restreint à leur portée, qu'il ne leur montre que ce qu'ils peuvent voir. S'il n'est que le produit de l'enthousiasme, d'où vient qu'il n'exagère jamais?

Enfin ce livre se donne pour divin et non pour définitif ; il s'impose comme une révélation, mais une révélation préparatoire , précédant quelque chose de mieux. Aussi, ce livre arrive tout naturellement à une fin, et s'arrête lorsque les préparatifs de la rédemption sont achevés par la défaite décisive de l'idolâtrie, lorsque le peuple juif ne craint plus le contact du paganisme, lorsqu'il peut marcher parmi les idoles en gardant sa foi. Tout alors est accompli sur Sion ; il reste que tout le soit ailleurs.

Le deuxième tome de la révélation, le Nouveau Testament, ne perd rien à passer par le même creuset; c'est une révélation également naturelle, pour ainsi dire.

Entre les événements mêmes de la rédemption et les livres où ils^ont consignés pour la postérité, est intervenue une période traditionnelle ; il y avait l'Évangile sans les évangiles, F Église sans les épîtres, et nous avons reconnu que c'était là Tordre naturel.

A peine la nécessité d'écrire la révélation de la rédemption accomplie s'est-elle fait sentir, qu'elle a été écrite; cette nécessité est venue dès que la mémoire des faits s'est trop éparpillée, dès que l'impression des exemples s'est trop affaiblie.

De là le double aspect de la révélation chrétienne proprement dite : des livres d'histoire, qui résument les faits; des livres de théorie, qui, sous la forme directe de lettres, pressent une application fidèle des exemples, une mise en œuvre fidèle des principes.

Livres d'histoire et de théorie, tous sont empreints d'un ineffaçable cachet d'actualité, pour transporter dans le passé un mot du présent.

Les livres historiques sont les écrits d'hommes qui s'efforcent de résumer et d'avoir de la mémoire, pourquoi? Évidemment parce qu'ils faisaient succéder la révélation écrite à la révélation traditionnelle.

Les livres épistolaires sont les écrits d'hommes qui s'efforcent d'appliquer et d'être actuels et occasionnels ; ils localisent, ils personnalisent, pour ainsi dire, la rédemption.

C'est que les auteurs du Nouveau Testament savaient bien qu'en faisant une première génération de chrétiens, ils les faisaient toutes. La suite dépendait du commencement. Ils frappent le rocher, feau vive a jailli et coule encore, abreuvant non ceux qui regardent le flot, mais quiconque vient y puiser.

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