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CHAPITRE LIX

Spécialité de l'Ancien Testament.

Une remarque importante reste à faire qui explique le caractère extrême de spécialité qu'offre l'Ancien Testament.

La rédemption, par sa nature même, est universelle. (Voirliv. III, chap. xxx.)

Il résulte de ce principe, ou, pour parler plus exactement, de ce fait, que la première annonce de la rédemption qui, nous l'avons reconnu, a dû être annoncée, prédite, promise, a été générale ( Voir liv. III, chap. xxxn) ; cette promesse appartenait à l'humanité entière ; elle n'a rien eu dans l'origine de particulier ni de spécial 44.

Il est vrai qu'avec le temps la rédemption, en tout état de cause, serait arrivée à se nationaliser, à se spécialiser ; il le fallait, puisque le rédempteur devait être homme, puisque la rédemption devait être un événement humain, un événement dont ce monde serait le théâtre. (Voir liv. III, chap. xxxi). Mais cet accomplissement de la rédemption pouvait et devait être disposé de manière à ne lui rien enlever de sa généralité.

Dans sa forme actuelle, qui est celle de l'accomplissement ou de l'institution, dans sa forme chrétienne, la rédemption n'a rien de spécial et de particulier; elle n'est nationale nulle part, ou, si l'on veut, elle l'est partout 45.

Dans sa forme précédente, celle d'attente, elle pouvait l'être aussi.

De ces considérations résulte cette conclusion importante, qu'à dater de l'époque d'Abraham, tout est épisode, tout est accident dans la révélation.

Avant Abraham, on ne découvre pas la plus légère trace de particularisme 46. Et pourquoi la Providence a-t-elle eu recours à ce moyen extrême, qui a nécessité la constitution de la race de ce grand homme en peuple de Dieu, c'est-àdire en peuple dépositaire de la vérité religieuse ; constitution qui fut l'œuvre de Moïse, et qui a influé sur l'accomplissement de la rédemption au point que ce peuple fait parler à Dieu sa langue et s'attend pendant des siècles à ce que le rédempteur soit un des siens.

Le problème renferme sa solution : c'est qu'il fallait un dépositaire préposé à la conservation de la vérité religieuse, jusqu'au moment où la rédemption pourrait s'accomplir.

Le mosaïsme n'a été qu'une ressource.

Presque tout l'Ancien Testament est donc, par la force même des choses et dans l'intérêt même de la rédemption, accidentel et transitoire; c'est une révélation, mais une révélation périmée; d'où il suit que son importance est infiniment moindre que celle de l'Évangile 47.

Devrons-nous délaisser l'Ancien Testament et le rayer, pour ainsi dire, de l'ensemble des révélations divines? Oublier l'Ancien, ce serait promptement oublier le Nouveau, attendu que ce serait rendre le premier incompréhensible 48 et le second incroyable. Dans l'Ancien, il n'y aurait plus de signification, et dès lors, pour le Nouveau, il n'y aurait plus de crédibilité.

Les vestibules sont ils construits devant un temple pour que, le temple achevé, on les détruise? Non, mais pour qu'on les traverse. L'erreur consiste à s'y laisser retenir et à les pr<ndre pour le sanctuaire.

A ces considérations viennent se joindre subsidiairement l'admiration que doivent inspirer les beautés poétiques et morales si abondamment semées dans les livres de l'ancienne alliance, et Futilité des leçons pratiques qu'ils présentent.

Quelle aurait été la situation de l'humanité, si le particularisme n'était point devenu nécessaire à la rédemption? Que trouverions-nous dans les siècles de l'antiquité, s'il n'y avait là ni Abraham, ni Moïse? et qu'aurait été la révélation si elle n'avait été juive? L'humanité en général se serait vue dans la même situation où le peuple juif se voyait en particulier; comme Israël attendait, l'humanité aurait attendu.

On a su d'abord que le rédempteur serait homme ; on a su ensuite qu'il serait juif ; au fond, tout ce qui en a été su d'avance se résume en ces deux points, et, du particulier au général, l'attente ne change pas.

Au moment venu, la rédemption aurait été plus facile, n'ayant pas à se désengager des lisières du particularisme mosaïque et à dépouiller une couleur nationale aussi exceptionnelle et tranchée que le judaïsme 49.

Est-ce là diminuer la grandeur' de la tâche des Abraham et des Moïse, et ternir l'éclat de leur gloire? C'est la relever, car c'est montrer que ces hommes extraordinaires et leurs émules, leurs successeurs, ont sauvé du naufrage la vérité religieuse et rendu possible la rédemption 50. Ils ont remporté sur l'erreur une victoire aussi grande et aussi décisive que leur siècle et leurs forces le permettaient..... Selon les images du rêve du patriarche, Israël, luttant avec Dieu, ne pouvait que boiter après son imparfaite victoire; c'est le chrétien seul qui, selon l'énergique expression de l'Évangile, sort delà lutte plus que vainqueur .

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