UTILITÉ DIRECTE ET INDIRECTE DU CHRISTIANISME
est toujours proportionnée à l'usage que le fidèle en a l'ait, à l'exploitation individuelle et privée du christianisme par chaque chrétien 18.
L'utilité indirecte du christianisme est tout entière dans l'impulsion qu'il a donnée, ou, plus exactement, rendue à la force morale et à la force affectueuse.
A la force morale 19 : s'il y a plus de vertu, de pureté, de justice, de paix, dans l'humanité, depuis le christianisme, qui peut douter que de proche en proche l'humanité entière n'en profite et ne s'améliore?
A la force affectueuse 20 : le christianisme la dirige vers tous les hommes, en obligeant les chrétiens à considérer tous les hommes comme leurs frères et à agir en conséquence à leur égard; qui peut douter qu'au loin comme de près il n'ait résulté et ne résulte tous les jours du bien de l'application de ce principe ?
De loin et de près; car cette utilité indirecte du christianisme se fait sentir dans l'intérieur de la chrétienté à ceux qui ne sont chrétiens que de nom, et en dehors de la chrétienté aux peuples qui l'ignorent et n'ont aucune idée de la source du bien qui leur est fait.
Par une impulsion immédiate et évidente auprès des chrétiens, et par une influence tacite et latente, plus ou moins éloignée, plus ou moins prochaine, auprès des Gentils de tout ordre, le christianisme s'infiltre doucement dans les veines du corps social ; il adoucit les mœurs ; il dissipe les préjugés; il calme les haines; il accroît les compassions; partout il se tient à la porte et il frappe, à petit bruit ou à coups redoublés, et il finit par se faire entendre et ouvrir.
A une génération peu chrétienne, il inspire le regret tardif de l'être si peu et procure le bien que ce regret du passé peut encore enfanter malgré le parti pris du présent ; il en résulte que la génération qui suit est plus chrétienne que ses pères.
C'est surtout dans les institutions et les lois que Faction indirecte du christianisme est visible.
La plupart des codes et des chartes modernes ont eu pour auteurs des esprits fort peu empreints de christianisme et préoccupés bien plus de Tordre que du progrès et du présent que de l'avenir; on allait au plus pressé, et pourtant le progrès a sa part faite dans ces remaniements de la société européenne ; ces législateurs incrédules ont fait des législations au fond desquelles il est impossible de méconnaître l'empreinte du christianisme21.
On peut avancer, sans crainte d'en trop dire, en se souvenant que l'Evangile à dix-huit cents ans de date et en considérant combien le véritable progrès moral et social, retardé par tant de passions, de fautes et d'erreurs, est jeune dans l'Europe et dans ses colonies, on peut avancer que tout ce progrès est une réminiscence de l'Évangile.
Cette double utilité du christianisme est encore une preuve éclatante et curieuse de sa divinité ; la vérité seule a tant de crédit et d'autorité, et la religion chrétienne seule entre toutes les religions déploie une puissance d'amélioration qui s'étend sur ses adversaires et sur les races non chrétiennes, à leur insu 22.
Le christianisme ressemble au soleil, qui est utile même aux aveugles.