AFFRANCHISSEMENT DE LA HIÉRARCHIE CLÉRICALE. 3C
plus haute granité pour l'avenir du christianisme et la rapidité de ses progrès 51, et ont aussi une réelle importance pour le progrès individuel.
C'est donc le devoir de toute Église de se donner un sacerdoce dont l'institution soit aussi d'accord que possible avec l'esprit de l'Évangile, et c'est le devoir de tout fidèle de se rallier à la communauté chrétienne où (toutes choses égales d'ailleurs) l'organisation cléricale est le plus évangélique.
Et c'est ainsi que mourra la papauté ; on ne la renversera pas; on la désertera; elle restera seule, et, dès lors, ne sera plus ; car pour tous les despotismes il est besoin d'être à deux : le despote et le sujet.
v Et cependant, quelle que soit l'impoi tance de la question, l'essence du christianisme n'est pas là, et l'affranchissement consistera, non à se dissimuler l'étendue et la gravité de la question, mais à ne pas en faire dépendre la vie chrétienne, le fruit delà rédemption.
Quel chrétien éclairé peut douter que la vie chrétienne soit possible sous l'ancien des quakers qui règne par le silence, sous le pasteur protestant qui tient ses pouvoirs d'un consistoire ou d'un synode, sous l'évêque anglican qui. prétend tenir les siens des apôtres, sous le pape même qui se donne pour le successeur de saint Pierre? Nous, nous allons plus loin encore, et nous ne craignons nullement de dire qu'un pape sincère peut être réellement chrétien.
Cette indépendance de la vie chrétienne partout possible, sous quelque clergé que le fidèle se soit rangé, est un des plus beaux caractères et un des plus grands avantages du christianisme. Cette indépendance lui est indispensable. Dans le labyrinthe de cette vie où nous circulons tous, qui sait où le fil qu'il suit le conduira? qui sait où il doit vieillir, où il doit mourir? Un chrétien peut-il emporter en tous lieux son sacerdoce avec lui, et que sera-ce si sa vie chré-
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tienne, si sa rédemption est liée à une certaine constitution hiérarchique et ecclésiastique ? Son progrès vers Dieu serat-il arrêté, parce que le guide ne marchera plus à ses ^tés? Sa seule ressource est d'être son guide à lui-même et de reconnaître que le prêtre ne fait pas l'Église.
Ici encore apparaît dans tout son jour la divinité de l'Évangile.
11 est impossible de trouver dans l'Évangile l'organisation régulière d'un corps ecclésiastique.
Tous les titres confusément donnés aux hommes qui ont secondé les apôtres et opéré avec eux ou maintenu les premières conversions, sont des désignations, non de rangs, mais de fonctions, ou plutôt d'œuvres, et n'offrent pas la moindre trace d'une hiérarchie 52.
On voit les communautés chrétiennes se former, à l'instar des synagogues, avec un conseil Kantiens qui les dirige 53.
On voit les apôtres, en quittant une ville ou une province, y laisser des continuateurs de leur œuvre 54.
On les voit, selon les formes juives, imposer les mains aux hommes qui se dévouaient à cette tâche, c'est-à-dire les bénir au début de leurs travaux ou au commencement de quelque mission spéciale 55.
Mais ce qu'on ne voit pas dans l'Évangile, c'est la constitution positive d'un clergé ayant ses conditions de noviciat et d'admission, ses privilèges et ses droits, son investiture et ses insignes , sa place à part dans la communauté, et le pouvoir exclusif, réservé à lui seul, d'administrer les sacrements 56.
11 est évident que l'Évangile a voulu laisser chaque communauté chrétienne libro dp s'organiser et de se gouverner à sa manière, et à plus forte raison, chaque chrétien libre de se rallier au clergé qui, selon sa foi, représente le mieux le christianisme 57.
Cet affranchissement est en voie d'exécution, et plus avancé qu'on ne le pense. Il n'a commencé à gagner de proche en proche que depuis la Réformation, parce que c'est le protestantisme qui a ravivé dans le monde chrétien le principe : personne entre l'homme et Dieu, personne entre le fidèle et Christ.
Que n'allez-vous plus loin, dira-t-on, en vertu de ces larges principes ; que vous coûte de soutenir que le chrétien peut faire son salut et exploiter sa rédemption en se tenant à l'écart de tout clergé ?
Le pur christianisme expérimental le lui interdit positivement, parce que la tendance affectueuse le lui défend : elle en recevrait une profonde et dure atteinte ; elle veut que le christianisme de chacun profite à tous : l'isolement ne profite à personne, ni à celui qui s'isole, ni à ceux dont il s'éloigne, et se rallier à une Église, c'est, pour le moment, dans l'état actuel de la chrétienté, et ce sera longtemps encore, se rallier à un clergé 58.