CHAPITRE IV
Action de la Volonté sur les Tendances.
Ces forces, ces tendances ne sont nullement, dans l'homme, une affaire de choix, un produit de sa volonté; sa volonté n'y est pour rien ; il est tel, bon gré, mal gré, et il sent très-bien qu'il ne peut se rendre autre. Comme il ne maintient point son être, il est également incapable de le modifier, de le refondre. « Puis-je rentrer dans le sein maternel, demande JNicodème à Jésus , et renaître? » Ces éléments de notre être sont donc inhérents à notre nature; ces forces sont innées; ces tendances sont étrangères et antérieures à la volonté, puisqu'elles existent sans sa participation 9.
Cette facile découverte, que les forces, les tendances de l'homme ne sont pas l'effet de sa volonté, conduit à constater l'empire que la volonté exerce sur elles. La puissance de la volonté touche, ici, à son impuissance. Impuissante, s'il s'agit de retirer à l'homme ce qu'elle ne lui a point donné, d'effacer en son être une empreinte qu'elle n'y a point mise, de détruire en lui ses tendances natives et de renouveler son être, elle est puissante quant à l'emploi de ses forces, quant à la direction de ses tendances. Dans le fait simple de l'existence de ces attributs, elle n'est pour rien; dans le fait multiple et varié de leur usage, elle est pour tout; c'est son domaine. En d'autres termes, l'homme dispose de soi; il n'est pas ce qu'il est parce qu'il le veut, mais il fait ce qu'il veut; il est forcé d'être intellectuel, moral, affectionné, sensible et religieux ; mais il l'est comme il lui plaît ; sa volonté est liberté ; l'homme est un agent libre 10.
Cette volonté, cette puissance, cette liberté de l'homme