ACTION DE LA VOLONTÉ SLR LES TENDANCES
(car la liberté n'est que la puissance) qui ne peut aller jusqu'à lui ravir les éléments de sa nature, va jusqu'à rompre leur équilibre, préférer et cultiver un d'entre eux au détriment des autres, et même jusqu'à assujettir la tendance religieuse aux tendances inférieures, que son emploi est de dominer, parce que c'est celle qui touche le plus près à l'infini. Il est clair que la liberté d'un être, quel qu'il soit, consiste précisément dans l'usage des facultés inhérentes à sa nature, et de toutes ses facultés, de toutes ses forces sans exception. On n'est pas plus ou moins libre ; on Test ou on ne l'est pas. Supposez la moindre entrave : la liberté n'est plus; elle n'est possible qu'à condition d'être entière ; elle n'est réelle qu'à condition d'être absolue... Si je traîne le plus léger fragment de boulet, je marche peut-être ; mais je ne marche point de mon pas, et dans les faits extérieurs où la liberté semble suspendue ou violée, si l'homme croit agir, il est sous l'empire d'une illusion ; il ne fait point d'actes ; il ne fait que des mouvements.
Les préférences de la liberté ou de la volonté en faveur de telle ou de telle de nos forces s'expliquent par le fait que ces forces sont distinctes. Il peut y avoir équilibre, harmonie, assistance réciproque entre elles ; il n'y a jamais ni confusion native, ni fusion artificielle. La recherche du vrai, la pratique du bien, l'amour, la sensibilité, la religiosité, sont des tendances différentes. Et quand ces tendances de notre être agissent de concert, la volonté peut toujours les traiter comme la science traite la lumière ; elle présente le prisme, délie le faisceau lumineux, brise le rayon et se sert des splendides fragments à son gré.
Cette distinction, cette séparation innée et fondamentale
qui fait de nos forces ou de nos tendances des éléments juxtaposés, et non confus ou amalgamés, explique ce fait, incontestable et tellement fréquent qu'il ne peut échapper à l'oh-
ervation la plus superficielle, que chez les individus tantôt
Tune, tantôt l'autre prédomine. Tel homme est d'une intelligence fort pénétrante et active, et d'une moralité ou d'une religiosité très-inerte ; tel autre est moral, sans être religieux ; tel autre encore déploie un penchant religieux très-prononcé et se montre d'une moralité fort indulgente ; celui-ci aime ardemment, mais au hasard et sans règle, sans pudeur, sans mesure; celui-là est désintéressé et généreux, mais il ne sait que se dévouer. On conçoit que toutes les combinaisons possibles des cinq forces natives doivent se réaliser; souvent même elles se combinent différemment dans le cours d'une vie humaine, et de là la prodigieuse variété de caractères qu'offre le genre humain ll.
De là aussi toutes nos erreurs ; elles ne sont jamais que des défauts d'équilibre ; elles naissent de la prédominance usurpée par telle et telle de nos tendances sur les autres, et quelquefois par une seule. Or, avec le temps, un défaut d'équilibre, même léger, amène une chute.