PROGRÈS DE LA PURE FOI ASSURES PAR L IMPRIMERIE
quiconque a regardé avec attention la chrétienté se débattant alors à travers les conciles de Pise et de Constance, de Bàle, de Prague et de Bourges, sous la tyrannie de Rome prête à plier, et dans les ténèbres du symbolisme prêtes à s'entrouvrir, événements qui ne sont que le prologue de la ré formation.
Elle est prouvée encore pour qui sait en quel petit nombre et en quel état l'imprimerie, à sa naissance, a trouvé les manuscrits de l'Ecriture sainte et notamment ceux de l'Évangile; pour qui sait combien longtemps encore, après cette découverte merveilleuse, une Bible était un rare trésor, que les universités et les monastères se disputaient, au point de les fixer sur les pupitres par des chaînes pour prévenir qu'on les enlevât; pour qui sait que l'immense majorité des prêtres de la chrétienté arrivait à la prêtrise sans avoir tenu en main un exemplaire des livres saints.
Et c'est quand le moment est venu de sortir le christianisme du symbolisme du moyen âge et de le spiritualiser de nouveau ; c'est quand ce progrès immense fermente dans l'esprit d'un Gerson, ce catholique si peu papal, et d'un Jean Hus, ce chrétien déjà si protestant ; c'est quand l'Écriture sainte peut seule engager décidément le monde dans la voie de la liberté et du progrès, c'est alors que l'imprimerie est inventée... A l'instant, la Bible commença à se répandre , et moins de quatre-vingts ans après, la réformation éclata.
Or, on peut s'en fier à l'imprimerie seule de la ruine de cette grande déception qu'on appelle l'infaillibilité et de cette grande servitude qu'entraîne l'autorité religieuse.
L'imprimerie donne à tous le moyen d'examiner, et l'esprit humain est fait de telle sorte, qu'aussitôt le moyen obtenu, il s'en sert et ne permet plus qu'on le lui ravisse. Certes, il s'en est servi : ne doutons pas qu'il ne sache le garder et ne persévère à s'en servir.