‹ Le Christianisme experimentalChapitre 145 sur 163 · FIN DU LIVRE SIXIÈME ET DERNIER · texte numérisé non relu

FIN DU LIVRE SIXIÈME ET DERNIER

1. A qui irions-nous, Seigneur1, tu as les paroles de la vie éternelle. Jean, VI, 68. Il n'y a de salut en aucun autre; car il n'y a sous le ciel aucun autre nom qui ait été donné aux hommes par lequel nous devions être sauvés. Act., IV, 12. Il n'y a qu'un Seigneur, qu'une foi, qu'un baptême. Eph., IV, 5. Il y a un seul médiateur. 1 Tim., II, 5. Nous n'avons qu'un seul Seigneur, Jésus-Christ,

I Cor., VIII, 6, et comme pontife de l'humanité, son sacerdoce ne passe point à d'autres. Héb., VII, 24. Les mêmes conséquences peuvent être déduites de tous les textes où le Christ est désigné comme le Fils unique de Dieu : Celui qui ne croit pas est déjà condamné parce qu'il n'a pas cru au Fils unique de Dieu. Jean, III, 18. Dieu a envoyé son Fils unique au monde, afin que nous vivions par lui. 1 Jean, IV, 9.

2. H est mort une seule fois à cause du péché. Rom., VI, 10. Christ a souffert une fois pour les pécheurs. 1 Pierre, III, 18.

Il s'est offert une seule fois lui-même. Héb., VII, 27; IX, 25.

II ne s'offre pas lui-même plusieurs fois; il n'a paru qu'une fois dans ces derniers temps pour abolir le péché, et comme il est arrêté que les hommes meurent une fois, de même Christ a été offert une fois. IX, 26 — 27. Il a donc présenté un seul sacrifice. X, 12.

5. Le ciel et la terre passer ont; mes paroles ne passeront point. Malt., XXIV, 55; Marc, XIII, 31 ; Luc, XXI, 33. Je serai toujours avec vous jusqu'à la fin du monde. Matt., XXVIII, 20. Ces trois choses demeurent, la foi, l'espérance et la charité. 1 Cor., XIII, 45.

Si ce qui devait prendre fin a été glorieux (la première alliance), ce qui subsistera toujours (la nouvelle) l'est bien davantage. 2 Cor., III, 11. Saint Pierre emprunte les expressions d'Ésaïe pour rendre la même pensée : La parole du Seigneur demeure éternellement, Esaïe, XL, 8, et c'est cette parole qui vous a été annoncée. 1 Pierre, I, 25. Jésus-Christ (et dans ce passage la liaison des idées montre que l'ouvrier désigne l'œuvre; le docteur désigne la doctrine) est le même hier, aujourd'hui, éternellement. Héb., XIII, 8. La vérité sera avec nous éternellement. 2 Jean, II.

4. L'ancienne révélation avait laissé entrevoir ces idées que la nouvelle a précisées et mises dans tout leur jour, en les appliquant : Serait-il vrai, dit Salomon dans la prière de la dédicace de son temple, que Dieu habitât sur la terre? Les deux, les deux même des deux ne peuvent le renfermer : combien moins ce sanctuaire que j'ai bâti? 1 Rois, VIII, 27; 2 Chron., II, 6; Act., VII, 49. L'Éternel a dit : Le ciel est mon trône ; la terre est le marchepied de mes pieds; quel temple me bâtiriez-vous et où m' assigner iezvous une demeure. Esa., LXVI, i. Ces idées doivent inspirer d'autant plus d'admiration pour un Salomon et un Ésaïe, que les lois de Moïse prononçaient la peine de mort contre tout sacrifice offert ailleurs que devant le tabernacle , c'est-à-dire devant l'arche , symbole de la présence de Dieu, Lév., XVII, 1 — 9, et que le système d'un sanctuaire unique avait été inculqué par le législateur de la manière la plus positive : Vous chercherez l'Eternel votre Dieu où il habitera, et vous irez au lieu qu'entre toutes vos tribus l'Éternel aura choisi; lorsque vous habiterez le pays que l'Éternel vous donne pour héritage, il y aura un lieu que l'Éternel choisira pour y résider ; c'est là que vous vous réjouirez en présence de l'Éternel votre Dieu. Deut., XII, 4 — 15. L'Éternel habite dans Sion Ps. IX, 12; Joël, III, 17 (la plus élevée des trois collines de l'enceinte de Jérusalem, nommée la cité de David, 1 Rois, VIII, 1 , où il transporta l'arche, 1 Chron., XV, 1, et qui désigne souvent la ville entière, la ville de nos fêtes solennelles, dit Ésaïe, XXXIII, 20, et souvent le temple même). Heureux ceux qui se présentent devant Dieu dans Sion. Ps. LXXXIV, 8. L'Éternel a fait choix de Sion et a pris plaisir à y fixer sa demeure. CXXXII, 13. Pendan

la décadence de Juda, Jérémie s'écriait: Je crois entendre la voix de la fille de mon peuple qui crie d'une terre éloignée : V Eternel n'est-il plus dans Sion, Jér., VIII, 19, et après la ruine de Jérusalem, quand il ne restait rien du temple détruit, il ranimait l'espérance des malheureux débris et d'Israël et de Juda, en disant : Le jour vient où des montagnes d'Ephraïm les gardes crieront : Montons à Sion vers l'Eternel notre Dieu. XXXI, 6.

Ce culte local est positivement aboli par l'Évangile : L'heure vient, a dit Jésus à la Samaritaine, que vous n'adorerez plus le Père ni sur cette montagne (de Garizim, près de Sichem ou Sichar, où les Samaritains avaient leur temple), ni à Jérusalem. Jean, IV, 21. Le Souverain n'habite point dans des temples faits de main d'iwmme. Act., VII, 48.

5. Dans la plus magnifique allégorie d'Ézéchiel, lorsqu'il est transporté en esprit au milieu de la vallée remplie d'ossements, et que la voix divine lui dit : Fils d'homme, si je dis à ces ossements de revivre, revivront-ils? il reçoit ordre d'appeler l'esprit de vie, et il s'écrie alors : Esprit de vie, viens des quatre vents du ciel, souffle sur ces morts et qu'ils revivent /Ezé., XXXVII, 9. Plusieurs viendront d'Orient et d'Occident, du Septentrion et du Midi, et seront à table dans le royaume de Dieu. Matt., VIII, 11 ; Luc, XIII, 29. Le Fils de l'Homme enverra ses anges qui rassembleront ses élus des quatre points du monde (littéralement des quatre vents), Matt., XXIV, 51 , depuis les extrémités de la terre jusqu'aux extrémités du ciel. Marc, XIII, 27. Ces idées d'universalité avaient été entrevues par les poëfes sacrés : Le Dieu qui règne sur Jacob, dit David, étend son empire jusqu'aux extrémités de la terre. Ps. LIX, 14. Vous tous, les habitants de la terre, dit Ésaïe, tournez vos regards vers moi! Esa., XLV, 22, et selon les belles images de l'Apocalypse, toutes les zones verront à leur tour passer l'ange que saint Jean a vu voler par le milieu du ciel, portant l'Évangile éternel pour l'annoncer à tous ceux qui habitent sur la terre, à toute nation, toute tribu, toute langue et toute race. Apo., XIV, 6.

6. Dieu nous fournit abondamment toutes choses pour en jouir, 1 Tim., VI, 17, et l'Ecclésiaste avait dit : Jouis du bien au jour

du bien; mais au jour du mal, prends ~y garde; car Dieu a tellement lié l'un à l'autre, que les hommes ne peuvent savoir ce qui leur adviendra après, c'est-à-dire après la prospérité. Ecc, Vil, 14. La sagesse de cette dernière recommandation ne détruit nullement la force de la première pensée sur la légitimité du bonheur, quand la Providence nous renvoie.

7. Si les excès d'un despotisme, quel qu'il soit; si cette exagération de la civilisation qui s'appelle la mondanité; si enfin les erreurs et les cruautés de la barbarie réduisent le chrétien à dire avec saint Paul : On nous a'traités comme les balayures du monde et le rebut de toute la terre, 1 Cor., IV, 13, en est-il moins chrétien?

8. Bienheureux sont ceux qui ont faim et soif de la justice, car ils seront rassasiés! Matt., V, 6. Celui qui boira de l'eau que je lui donnerai n'aura jamais soif, et l'eau que je lui donnerai deviendra en lui une source qui jaillira jusque dans la vie éternelle. Jean, IV, 14. Travaillez pour avoir non une nourriture qui périt, mais celle qui se conserve jusque dans la vie éternelle; celui qui vient à moi n'aura jamais faim et celui qui croit en moi naura jamais soif. VI, 27 — 55.

9. Saint Paul épuise les termes pour rendre cette idée; il désire que les fidèles, enracinés et fondés dans Vamour de Dieu, puissent comprendre, avec tous les saints, quelle en est la largeur et la longueur, la profondeur et la hauteur, et connaître Vamour de Christ qui surpasse toute connaissance. Éph., III, 18.

10. Celui qui aura violé un des plus petits commandements ou qui aura enseigné aux hommes à les violer, sera le plus petit dans le royaume du ciel. Matt., V, 19. Abstenez-vous de tout ce qui a quelque apparence de mal. 1 Thess., V, 22. Quiconque aura observé toute la loi, s'il vient à pécher contre un seul commandement, est coupable aussi bien que s'il les avait violés tous, Jac, II, 10, et le Christ, en s'élevant contre les pharisiens qui suivaient les commandements les moins essentiels et négligeaient les plus sacrés,

leur dit : Il fallait faire ces choses-ci et ne point laisser celles-là. Malt., XXIII, 23.

11. Le second commandement, l'amour du prochain, est déclaré semblable au premier et au plus grand commandement, l'amour de Dieu. Matt., XXII, 39. Il n'y a point d'autre commandement plus grand que ces deux-là, Marc, XII, 31, et en les assimilant, l'Évangile les rend inséparables l'un de l'autre : Comment celui qui n'aime point son frère, quil voit, pourrait-il aimer Dieu, qu'il ne voit point? 1 Jean, IV, 20.

12. Saint Paul : Nos légères afflictions, qui ne durent qu un moment, produisent pour nous le poids éternel d'une gloire infiniment excellente. 2 Cor., IV, 17. Saint Pierre : Dieu nous a appelés par Jésus-Christ à jouir de sa gloire éternelle après quelques jours de souffrance. 1 Pierre, V, 10. Saint Jean : La promesse que le Père nous a faite, cest de nous donner la vie éternelle. 1 Jean, II, 25.

13. (Voir liv. I, chap. xm, note 51). Que la ressemblance du Créateur et de la créature, c'est-à-dire l'approximation constante de Dieu, se développe dans la gloire céleste, c'est ce que l'Évangile enseigne positivement : Celui qui est entré dans le repos de Dieu, se repose, après avoir achevé ses œuvres, comme Dieu s'est reposé après avoir achevé les siennes. Héb., IV, 10.

14. Ce que saint Jean promet à l'église de Philadelphie, est promis par le fait à la chrétienté : Voici, j'ai ouvert devant toi une porte que personne ne peut fermer, Apo., III, 8, et le sens de l'image employée dans ce passage est le même que dans ce texte de saint Paul : Une grande porte m'est ouverte pour la conversion des hommes. 1 Cor., XVI, 9.

15. C'est avec une concision et une énergie remarquables que saint Paul déclare formellement qu'une égalité religieuse parfaite est établie par l'Évangile entre les deux sexes : Il n'y a plus, dit-il, ni homme ni femme; vous êtes tous un en Jésus-Christ. Gai., III, 28. L'homme n'est point sans la femme, ni la femme sa?is l'homme

NOTES DU LIVRE VI. 44 â

en Notre- Seigneur, 1 Cor., XI, 11 ; ce qui veut dire qu'ils forment ensemble la vraie communauté chrétienne ; et après avoir enseigné que la femme n'a point de ministère à exercer dans l'église, l'apôtre, craignant quelque abus de ses paroles contre la sainteté et la gloire du sentiment maternel, ajoute : Néanmoins la femme sera sauvée en devenant mère, si elle élève ses enfants dans la foi, la charité, la sainteté et la modestie. 1 Tim., U, 15. (Voir liv. V, chap. lv, note 16).

16. (Voir liv. III, chap. xxx, note 5). Ces passages établissent l'universalité de la rédemption. Son utilité indirecte , conséquence nécessaire de son universalité, est déclarée par saint Paul en ce texte très-remarquable, dont tout noire chapitre n'est qu'un liéveloppement : Nous espérons au Dieu vivant qui est le Sauveur de tous les hommes et -principalement des fidèles, 1 Tim., IV, 10, et quant à la part des fidèles dans cette utilité indirecte du christianisme, elle est tout entière exprimée dans ce mot de Jésus: Vous êtes le sel de la terre. Matt., V, 15.

17. ^L'utilité indirecte du christianisme suppose que l'Église comprend les chrétiens de nom et les chrétiens de fait; ce qui est démontré par l'Évangile. Le semeur qui sortit pour semer jette sa semence le long des chemins, dans un sol pierreux, au milieu des épines ou dans une bonne terre, et la semence est mangée par les oiseaux du ciel, brûlée par les feux du soleil, étouffée sous les épines, ou bien elle mûrit et fructifie. Matt., XIII, 5—21 ; Marc, IV, 2—20; Luc, VIII, 4—15. Selon la parabole de l'ivraie, l'ivraie et le bon grain doivent croître ensemble jusqu'à la moisson dans le champ du père de famille; le champ, c'est le monde; le bon grain, ce sont les enfants du roijaume, les fidèles ; l'ivraie, ce sont les enfants du malin, les léchants; la moisson, c'est la fin du monde. Matt., XIII, 50 — 38—59. Le royaume des deux, c'est-àdire l'Église, est semblable à un filet qui, étant jeté à la mer, ramasse toutes sortes de poissons ; les pécheurs le tirent sur le rivage, mettent dans des vases ce qui est bon et rejettent ce qui est mauvais ; il en sera de même de l'Église, mais seulement à la fin du monde. XIII, 47 — 48. Tous ceux qui sont d'Israël ne sont pas

pourtant d'Israël. Rom., IX, 6. Tous riont pas la foi. 2 Thess., III, 2. Dans une grande maison, il n'y a pas seulement des vases d'or et d'argent; il y en a aussi de bois et d'argile. 2 Tim., II, 20.

18. Prenez garde, est-il dit, qu'aucun de vous ne se prive de la grâce de Dieu. Héb., XII, 15. Et Ton ne peut s'en priver soi-même sans être exposé à en priver, par contre-coup, autrui.

19. De là le devoir des chrétiens : 1° de ne point sortir du monde et s'éloigner de la foule. (Voir liv. I, chap. v, note 16). 2° De faire honorer leur religion par leur conduite : Que votre lumière luise devant les hommes, en sorte qu'ils voient vos bonnes œuvres et qu'ils glorifient votre Père qui est dans le ciel! Matt., V, 16. Soyez irrépréhensibles au milieu de cette génération perverse. Phil., II, 15. Gardez une conduite régulière parmi les Gentils, afin qu'au lieu de mal parler de vous, les bonnes œuvres qu'ils vous auront vu faire les portent à glorifier Dieu. 1 Pierre, II, 12. Montre-toi, écrit saint PaulàTite, un modèle..., afin que tes adversaires soient confondus, n'ayant aucun mal à dire de nous. Tite, II, 8. 5° D'être toujours disposés à rendre compte de leurs principes : Soyez toujours prêts à répondre pour votre défense, avec respect des opinions d'aulrui et douceur envers les partisans d'autres croyances, à tous ceux qui vous demanderont raison de votre espérance. 1 Pierre, III, 15. 4° De ne point affecter une sévérité outrée ou des lumières supérieures : N'exposez point au blâme l'avantage dont vous jouissez, d'être audfssus des superstitions. Rom., XIV, 46.

La foi du juste est en exemple même après sa mort. C'est par sa foi, dit l'épîtreaux Hébreux, qu'Abel fut déclaré juste, et quoique mort, il parle, c'est-à-dire il instruit, encore par elle. Héb., XI, 4.

L'Évangile reconnaît pleinement cette influence indirecte du christianisme dans l'intérieur des familles et des maisons et dans les diverses relations de supérieur à subordonné, même lorsque les deux époux sont l'un chrétien et l'autre païen : Toi, femme, que sais-tu si tu ne sauveras point, c'est-à-dire ne convertiras point, ton mari ; et toi, mari, que sais-tu si tu ne sauveras point ta femme? 1 Cor., VII, 16.

20. Que le Seigneur augmente et perfectionne de plus en plus la charité que vous avez les uns pour les autres et pour tous les hommes! 1 Thess., III, 12. Conduisez-vous d'une manière honnête à l'égard de ceux du dehors, c'est-à-dire qui ne sont pas chrétiens, IV, 12, et saint Paul, en enseignant qu'il faut faire principalement du bien à nos frères dans la foi, ne donne ce précepte spécial qu'après avoir dit : Faisons du bien à tous. Gai., VI, 10. 11 veut que ses disciples recommandent aux fidèles d'user d'une grande douceur envers tous les hommes. Tite, III, 2. A ces enseignements se rapporte l'admirable parabole du bon Samaritain, Luc, X, 30, dont la portée morale consiste en ce que rien n'est dit du voyageur b!essé, quant à sa religion, sa race, sa couleur, sa patrie, sa famille, sa renommée, sa moralité, son éducation, sa profession, son rang, sa iortune, le but de son voyage ; rien, pas même son nom ou son âge: rien, si ce n'est qu'il est un homme; tout homme est donc notre prochain.

21 . Il en est dy royaume de Dieu comme d'une terre qu'un homme a ensemencée ; que cet liomme dorme ou qu'il veille nuit et jour, la semence germe et pousse à son insu. Marc, IV, 26 — 27.

22. Cette puissance indirecte de la vérité est telle, qu'elle se retrouve, jusqu'à un certain point, sous la première alliance, malgré la barrière du particularisme. Vous observerez ces commandements, dit Moïse aux Hébreux, et c'est en cela que paraîtra votre sagesse et votre prudence devant les autres peuples, qui, entendant parler de ces lois, diront : Cette grande nation est le seul peuple intelligent et sage. Deut., IV, 6. De là les reproches des prophètes, accusant le peuple de Dieu de n'avoir pas compris cette part de sa responsabilité : Que ferai-je maintenant, dit l'Eternel; mon nom est sans cesse blasphémé par les ennemis et les vainqueurs de Juda. Ésa., LU, 5. Lorsque les nations vers lesquelles ils sont allés les ont vus arriver au milieu d'elles, elles ont profané le nom de ma sainteté et ont dit : Ceux-ci sont le peuple de l'Éternel, et il les a chassés de leur pays... Vous avez fait profaner mon nom parmi les nations. Ézé., XXXVI, 20 — 23. Et ces vives censures sont renouvelées par saint Paul contre les Juifs de son temps : C'est à cause

de vous que le nom de Dieu est blasphémé parmi les Gentils. Rom, , II, 24.

Ces pensées sont conformes au plan entier de l'ancienne alliance ; le long séjour en Egypte n'a été qu'une tentative pour fondre ensemble la lumière religieuse et la lumière intellectuelle, le peuple dépositaire de la connaissance du vrai Dieu et de la promesse du Sauveur avec le peuple le plus civilisé, le plus avancé de ces temps reculés; les soixante-dix années de la captivité de Babylone, de la dispersion en Asie, ont eu pour but, parmi les Juifs, de mettre fin à l'idolâtrie, et, quant aux nations étrangères, de répandre au loin parmi elles les premières notions de la vraie religion et delà promesse. Quelque chose de ces idées perce dans les cantiques des malheureux captifs, dans le soixante-dix-neuvième, mis sous le nom d'Asaph : Pourquoi les nations diraient-elles: Ouest leur Dieu? Oh! qu'il soit connu parmi les peuples! Ps. LXXIX, 10, et dans l'un des psaumes que l'on chantait en se rendant à Jérusalem pour les fêtes solennelles : Quand V Éternel ramena les captifs de Sion... les nations s'écrièrent : L'Éternel a opéré de grandes choses en faveur de ce peuple. GXXVI, 1 — 2.

A ces progrès de la connaissance du vrai Dieu parmi les Gentils, les Juifs devaient s'attendre ; ces progrès avaient encore été prédits à la veille de la ruine de Juda, notamment par Sophonie : l'Éternel dit : Je rendrai pures les lèvres des peuples, afin quils invoquent tous le nom de l'Eternel et qu'ils le servent d'un même accord. Soph., III, 9. (Voir liv. III, chap. xl, note 79.)

25. (Voir liv. III, chap. xxx, note o, les textes qui montrent que l'intention de la rédemption est universelle). Les textes suivants montrent, de plus, que l'universalité est promise au christianisme, et ne peut avec le temps lui manquer.

La véritable lumière, étant venue dans ce monde, éclaire tous les hommes. Jean, I, 9. Je suis la lumière du monde, a dit le Christ. VIII, 12. // n'y aura qu'un troupeau et qu'unpasteur. X, 16. Jésus, qui savait que son Père lui avait remis toutes choses, ou plus exactemeut toute l'humanité, entre les mains, XIII, 5, a dit dans sa dernière prière : Glorifie ton Fils, afin que ton Fils te glorifie par le pouvoir que tu lui as donné sur tous les hommes, pour que ce

pouvoir leur procure la vie éternelle. XVII, 2. Il doit régner jusqu'à ce qu'il ait mis tous ses ennemis sous ses pieds. 1 Cor., XV, 25. Car Dieu a tout mis sous ses pieds. Éph., I, 22. L'Évangile est au milieu de vous, comme il est aussi dans le monde où il fructifie et s'étend de même que parmi vous. Col., I, 6.

Cette universalité est promise dès la prédication du Précurseur : Tout homme, a-t-il dit, en empruntant une expression d'Ésaïe, XL, 5, verra le salut de Dieu. Luc, III, 6.

Et elle explique les ordres donnés par le Christ avant son départ de ce monde : Allez et instruisez toutes les nations. Matt., XXVIII, 19. Prêchez l'Évangile à toute créature. Marc, XVI, 15. Il faut que la repentance et la rémission des péchés soient préchées parmi toutes les nations. Luc, XXIV, 47. C'est à ces progrès assurés et incessants promis à la prédication du christianisme que se rapportent ces paroles, au premier aspect étranges, du Christ aux apôtres : Celui qui croit en moi fera les œuvres que je fais, et il en fera même de plus grandes, puisque je vais à mon Père, et que mon règne sera établi. Jean, XIV, 12. Fidèle à ces ordres et rempli de ces espérances, c'est Christ que nous annonçons, écrit saint Paul, avertissant tous les hommes de leur devoir et les instruisant dans toute sagesse, afin de les rendre parfaits en Jésus-Christ. Col., 1,28.

Ainsi ce que les prophètes Ésaïe et Habacuc promettaient au pays d'Israël sera un jour réalisé dans le monde : La terre sera remplie de la connaissance de l'Éternel, comme le fond de la mer des eaux qui le couvrent. Esa.,XI, 9; Hab., II, 14,

C'est aussi l'universalité de la rédemption qui est enseignée, selon nous, dans un passage fort curieux et fort controversé de saint Paul, qui ne s'est jamais servi de termes plus généraux, plus élastiques, pour ainsi dire; sans entrer dans une discussion qui, par cela même, est interminable, nous traduisons en ajoutant assez de paraphrase pour éclaircir, sinon pour justifier notre version. Le sens roule tout entier sur la traduction du mot création ou créature, employé par l'apôtre. Ce mot, ici, doit se traduire par humanité, et dès lors le passage se traduit ainsi : L'ardent désir de V humanité est la manifestation des enfants de Dieu, ou la connaissance et la participation d'un meilleur état de choses que celui-

ci ; ce n'est pas volontairement que l'humanité est assujettie à la vanité, aux déceptions et aux misères de cette vie ; c'est une nécessité qu'elle subit, par le moyen, par le pouvoir de celui qui l'y a justement assujettie, dans V espérance qu'elle sera délivrée de cet esclavage de la corruption pour avoir part à la liberté glorieuse des enfants de Dieu. Nous savons que, jusqu'à présent, toute l'humanité s wpire après une amélioration de sort et se trouve comme dans le travail de l'enfantement; non-seulement elle, toute l'humanité, mais nous aussi, nous les chrétiens, qui avons reçu les prémices de l'esprit, les premiers bienfaits de l'Évangile, ceux que l'on goûte en ce monde, nous soupirons en nous-mêmes, en attendant l'adoption céleste, la délivrance de notre corps, la vie éternelle. Rom.t VIII, 19—23.

24. Saint Paul, sans rien préciser sur le temps, semble dire que la conversion complète du monde précédera la conversion des restes dispersés d'Israël, et que l'humanité sera chrétienne avant qu î tous les descendants d'Abraham le soient. Si, dit-il, une partie d'Israël est tombée dans l'endurcissement, ce n'est que jusqu'à ce que la multitude des Gentils soit entrée dans l'Église. Rom., XI, 2o. Mais il est difficile de presser à ce point la valeur des termes. C'était l'opinion commune des Juifs, fondée sur leur interprétation des prophéties (telles que Ps. XXII, 28; Zac, XIV, 9—16), que tous les peuples seraient assujettis au Messie, et peut-être saint Paul a-t-ilici en vue l'avènement du Seigneur, que l'on croyait alo^s prochain. (Voir liv. VI, chap. lxxv et note 91). Le texte d'ailleurs ne porte pas toute la multitude, comme plusieurs de nos versions traduisent, mais simplement la multitude, et ce mot peut signifier un grand nombre.

23. Accomplissement de la parole du Seigneur à ses disciples : Xe crains point, petit troupeau, car il a plu à votre Père de vous donner le royaume. Luc, XII, 52. Le royaume du ciel ( l'Église) est semblable à un grain de sénevé, qui est la plus petite de toutes les semences ; mais quand elle a poussé, elle s'élève au-dessus des autres plantes et devient un arbre, en sorte que les oiseaux du ciel vieil-

NOTES DU LtVKE VI. 440

nent se mettre à couvert sous ses branches. Matt., XIII, 52 ; Marc, IV, 50; Luc, XIII, 18.

26. C'est que la puissance, l'efficace, l'énergie subjective répandue par la rédemption, sont celles de Dieu même, qui seul pouvait la donner : Christ a le pouvoir de s'assujettir toutes choses, Phil., III, 21, non pas seulement dans la vie future, mais dans ce présent siècle. Éph., I, 21. Comprenez quelle est l'infinie grandeur du pouvoir qu'il manifestera pour nous qui croyons par l'efficace de sa vertu toute-puissante. Eph., I, 19. Je travaille et je combats, dit saint Paul, par le secours de sa puissance qui agit en moi avec efficace. Col., I, 29. Si Dieu est pour nous, qui sera contre nous? Rom., VIII, 51.

Le chrétien peut donc nourrir à double titre la confiance que montraient les fidèles de l'alliance ancienne : Les méchants sont comme une mer en tourmente qui ne peut se calmer, et dont les eaux jettent le limon sur le rivage. Ésa., LVII, 20. Mais si Dieu donne le calme, qui excitera la tempête? Job, XXXIV, 29. Je me suis confié en Dieu, je ne craindrai rien, que pourrait me faire l'homme mortel? Ps. LVI, 5; CXVIII, 7. Peuples ! s'écrie Ésaïe dans un poétique défi jeté aux ennemis de Juda, formez des ligues, vous n'en serez pas moins battus, et le bruit de votre défaite ira jusqu'aux extrémités de la terre; formez des desseins, tisseront anéantis, car le Dieu fort est avec nous. Ésa., VIII, 9 — 10. Aussi les apôtres, vainqueurs une première fois du Sanhédrin, empruntent au Psalmiste les expressions de sa confiance pour bénir Dieu : Seigneur, cest toi qui as dit par la bouche de ton serviteur David , Ps. II, 1, etc. : Pourquoi ce tumulte parmi les nations? Pourquoi les peuples ont-ils formé de vains projets? Les rois de la terre se sont assemblés et les peuples se sont ligués contre le Seigneur et contre son Christ. Act., IV, 25 — 26.

En un mot, s'opposer au christianisme, c'est, selon l'expression de Gamaliel, faire la guerre à Dieu. Act., V, 59.

Et c'est de ce que la virtualité de la rédemption vient de Dieu même que naît la force suprême de la foi, dépeinte dans l'Évangile sous des images si poétiques et si fortes, et qui triomphera de tous les obstacles : Je vous dis en vérité que si vous aviez de la foi aussi gre^

qu'un grain de sénevé, vous diriez à cette montagne : Transporte-toi d'ici là, et elle s'y transporterait, et rien ne vous serait impossible. Malt., XVII, 20 ; XXI, 21 ; Marc, XI, 23. Vous diriez à ce sycomore : Déracine-toi et va te planter dans la mer, et il vous obéirait. Luc, XVII, 6.

27. C'est de tous ses fidèles que le Christ a dit à Dieu : Je leur ai fait part de la gloire que tu m'as donnée, afin qu'ils soient un comme nous sommes un. Jean, XVII, 22.

28. C'est un fait extrêmement remarquable que, sans contenir une seule ligne qui favorise le système d'une doctrine secrète (Voir liv. V, chap. lui, note 15) ou la division de l'Évangile en deux christianismes, l'un pour les simples, l'autre pour les savants et les sages, les épîtres indiquent en divers passages des degrés dans l'intelligence du christianisme et des progrès ouverts devant nos pas. Je vous ai donné du lait et non une nourriture solide; car vous n'étiez pas en état de la supporter, et vous ne l'êtes pas même à présent, puisque vous êtes encore charnels. 1 Cor., III, 2. L'épître aux Hébreux distingue entre celui qui ne se nourrit que de lait, . qui ne saurait comprendre la doctrine de la justice parce qu'il est encore enfant, et les hommes faits qui reçoivent la nourriture solide. Laissant donc les premiers principes de la doctrine de Christ, sans nous arrêter à poser de nouveau les bases, passons, dit l'auteur sacré, à des choses plus relevées. V, 13 ; VI, 1. Ces deux stages de capacité chrétienne, ces deux manières de connaître Christ et de comprendre l'Évangile, formaient la différence des chrétiens avancés, plus éclairés et plus parfaits, que saint Paul nomme les spirituels, auxquels il explique les choses spirituelles, 1 Cor., Iï, 13, ou les forts dans la foi, qui doivent supporter les infirmités des faibles, Rom., XV, 1, et des matériels qui ne comprennent point les choses révélées par l'esprit de Dieu, 1 Cor., II, 14, ou des charnels qui sont encore des enfants en Christ. III, 1. Ici s'offre une nouvelle nuance importante à saisir : le mot matériel désigne plus particulièrement le manque d'intelligence, et le mot charnel, le manque d'amendement ; tandis que le mot spirituel emporte la double idée de l'élévation des sentiments et de la

supériorité des lumières; aussi c'est à ces derniers chrétiens que saint Paul confie une sorte de police morale dans l'Église : Si quelqu'un vient à tomber dans quelque faute, vous qui êtes spirituels, redressez-le, Gai., VI, 1. Ces éclaircissements expliquent comment les enseignements les plus élevés de la foi ne sont point compris par l'homme matériel ou charnel; il ne peut les entendre, parce que c'est spirituellement qu'on en juge, et comment l'homme spirituel juge de tout et n'est jugé par personne, l Cor., II, 14 — 15.

29. Le Christ, dans son premier discours, enseigne positivement l'insuffisance de la vertu, de la sainteté fondée sur des règles trop littérales et trop précises : Vous avez appris qu'il a été dit à vos ancêtres... Mais moi, je vous dis! et il cite d'abord la loi disciplinaire et positive, à laquelle il oppose la loi morale et libre, dont l'étendue est incomparablement plus grande : Il a été dit à vos ancêtres : Tu ne tueras point, et celui qui aura tué sera puni par les juges ; mais moi, je vous dis que celui qui se met en colère sans raison contre son frère, ou qui lui dit des paroles injurieuses, mérite puniiion. Il a été dit à vos ancêtres : Tu ne commettras point adultère ; mais moi, je vous dis que quiconque regarde une femme avec des ijeux de convoitise a déjà commis adultère en son cœur. Matt., V, 21—22—27—28.

50. Ce danger s'était offert sous la loi de Moïse. Aux scribes et aux pharisiens, ces casuistesdumosaïsme, le Christ a dit : Conducteurs aveugles! vous coulez superstitieusement vos breuvages par un tamis, de peur d'ava!er le moucheron ou le plus petit insecte déclaré immonde par la loi, et vous avalez le chameau; expressions proverbiales du temps, qui signifient]: vous prenez grand soin d'éviter les petites fautes et vous commettez les grands péchés. Matt., XXIII, 24. C'est ce dangereux esprit qui avait inventé la distinction minutieuse des commandements selon leur importance, qui a fait adresser à Jésus cette question captieuse : Quel est leplus grand commandement? XXIÏ, 36, et qui reprochait amèrement à Jésus de laisser profaner le repos du sabbat par ses disciples, parce qu'en passant dans un champ de blé, ils se mirent, chemin faisant, à arracher des épis, à les froisser entre leurs mains et à les

manger. Matt., XII, 1; Marc, II, 25; Luc, VI, 1. On comprend d'ailleurs que, dans l'esprit de la morale chrétienne, les petits devoirs ne doivent pas être négligés, attendu que ce sont des devoirs, et qu'en les négligeant la conscience s'accoutume à négliger tous les autres ; les censures de Jésus, sur les minuties consciencieuses, sont dictées seulement, par la préférence que trop souvent elles obtiennent sur des vertus et des préceptes plus difficiles ; il a dit : Celui qui est fidèle dans les petites choses le sera aussi dans les grandes, et celui qui est injuste dans les petites choses le sera aussi dans les grandes. Luc, XVI, 40.

51. Malheur à vous, scribes et pharisiens hypocrites ! qui net" toyez le dehors de la coupe et du plat, tandis qu'au dedans vous êtes pleins de rapine et d'intempérance. Aveugles ! nettoyez auparavant le dedans, afin que le dehors aussi devienne net; vous ressemblez à des sépulcres blanchis, dont le dehors paraît beau, mais dont l'intérieur est rempli d'ossements de morts et de corruption, à des sépulcres cachés sur lesquels on passe sans y prendre garde. Malt., XXIII, 25—27; Luc, XI, 59. Des pharisiens et des scribes de Jérusalem s'aperçurent que les disciples de Jésus prenaient leur repas avec des mains impures, c'est-à-dire qui n'avaient pas été lavées, et ils les en blâmèrent. (En effet, les pharisiens et tous les Juifs ne manquent pas de se laver les mains avec soin avant de manger, observant en cela la tradition des anciens; ils ne mangent de ce qu'ils ont acheté sur la place publique qu'après l'avoir lavé; ils suivent plusieurs autres ordonnances anciennes, comme de laver les coupes, les vases, les ustensiles d'airain et les lits.) Hypocrites, leur dit Jésus, négligeant la loi de Dieu, vous observez avec soin la tradition des hommes, Marc, VII, 1—8; Luc, XV, 1—8, et le pharisien de la parabole, en témoignage de sa sainteté, dit dans sa prière : Je jeûne deux fois la semaine. Luc, XVIII, 12. De là aussi, l'importance attachée à la circoncision, dont saint Paul a dit : Nous sommes les vrais circoncis qui servons Dieu en esprit. Phil., III, 5.

52. Des scribes et des pharisiens, Jésus a dit : Malheur à vous, hypocrites! parce que, tout en payant la dîme de la menthe et de la

rue, de Vaneth et du cumin, et de toutes sortes d'herbes, vous négligez ce que la loi a de plus important, la justice, la miséricorde et la fidélité. Les Juifs les plus scrupuleux du temps de L'Évangile se faisaient un point d'honneur de payer la dîme, non pas seulement des récoltes et des revenus, mais même des plantes odoriférantes, qui servaient d'épices et de condiment, et qui croissaient dans leurs jardins; c'est à cette observance fort peu onéreuse que le Christ fait ici allusion. Matt., XXIII, 23; Luc, XI, 42. Le pharisien de la parabole se vante de payer la dîme de tous ses biens. XVIII, 12.

33. Rien ne démontre mieux ce danger des morales disciplinaires, que les distinctions si fréquemment admises dans la valeur des serments. Les Juifs, et surtout les pharisiens, dont le langage ordinaire abondait en expressions de piété, avaient l'habitude de prendre sans cesse Dieu à témoin et de sanctionner leurs paroles par diverses formules de serment. Cette coutume irréligieuse que Jésus condamne dans le sermon sur la montagne, Matt.,V, 55—37, et saint Jacques, dans son épître, Jacq., V, 12, avait fomenté l'abominable principe de la distinction des serments graves et solennels et de ceux qui n'étaient point considérés comme tels, et que l'on prêtait, que l'on violait légèrement : Malheur à vous, conducteurs aveugles, qui dites : Celui qui jure par le temple ne s'engage à rien; mais celui qui jure par Vof du temple (le trésor des aumônes et des offrandes et impôts pour l'entretien du temple et du culte) est lié. Insensés ! lequel est donc le plus grand de Vor ou du temple qui rend cet or sacré ? Celui, dites-vous encore, qui jure par V autel ne s'engage à rien; mais celui qui jure par l'offrande déposée sur l'autel est lié ; lequel est donc le plus grand de l'offrande ou de l'autel qui rend l'offrande sacrée? Celui qui jure par l'autel jure par l'autel et par tout ce qui est dessus ; celui qui jure par le temple, jure par le temple et par celui qui y habite ; celui qui jure par le ciel, jure par le trône de Dieu et celui qui y est assis. Matt., XXIII, 16—22.

34. Ces commandements : Tu ne commettras point adultère; tu ne tueras point ; tu ne déroberas point ; tu ne diras point de

faux témoignages ; tu ne convoiteras point, et les autres commandements sont compris en abrégé dans cette parole : Tu aimeras ton prochain comme toi-même. Rom., XIII, 9. Quand vous aurez fait tout ce qui vous est commandé dites : Nous sommes des serviteurs inutiles (c'est-à-dire, imméritants), car nous n'avons fait que ce que nous étions obligés de faire, Luc, XVil, 10. Pierre dit à Jésus : Combien de fois faudrait-il que je pardonne à mon frère ses offenses, sera-ce jusqu'à sept fois? c'est-à-dire à plusieurs reprises, et Jésus lui répondit : Je ne te dis pas jusqu'à sept fois, mais jusqu'à septante fois sept fois ; c'est-à-dire indéfiniment, sans compter les pardons. Matt, XVIII, 21 ;- Luc, XVII, 4. Ce qui sert en Jésus-Christ, c'est la foi agissante par la charité. Gai., V, 6. La charité se plaît à la droiture ; elle excuse tout; elle croit tout; elle espère tout; elle supporte tout. 1 Cor., XIII, 6 — 7.

55. C'est par allusion au caractère minutieux des préceptes de l'économie mosaïque que saint Paul a dit : Là où est l'esprit du Seigneur, là est la liberté. 2 Cor., III, 17. Tenez-vous fermes à la liberté que Christ vous a donnée. Gai., V, 1. Saint Jacques nous apprend que la loi de Christ est la loi parfaite de la liberté morale, le seul sens que la suite des enseignements de ce passage permette d'adopter, Jac, I, 25, et saint Paul a posé le principe fondamental de la morale chrétienne en ces termes : Que chacun agisse selon qu'il est pleinement persuadé ; tout ce que l'on ne fait pas selon sa persuasion propre, est un péché. Rom., XIV, 5—25.

56. (Voir liv. II, chap. 25, et les notes 59 à 49). L'oraison dominicale est un enseignement, un modèle, un thème de prière, et n'est nullement une litanie, une forme de rituel. L'intention du Christ a été Lien plus de montrer comment il fallait prier que de suggérer une prière toute faite qu'il ne s'agit plus que de répéter; ce serait tomber dans les redites contre lesquelles il s'élève luimême; il a voulu donner un exemple d'oraison et non stéréotyper des mots dans la piété des siècles. Ce qui le prouve, c'est la parole qui précède : Vous donc, priez ainsi, dit-il à ses disciples, Matt., VI, 9, c'est-à-dire de cette manière; ce qui le prouve, c'est que

dans les assemblées des apôtres, même les plus solennelles, on ne voit point que l'oraison dominicale soi* prononcée mot pour mot, par exemple, après les premières séditions du Sanhédrin, Act., IV, 24 ; ce qui le prouve encore, c'est le silence de saint Marc et de saint Jean, qui n'auraient sans doute pas omis l'oraison dominicale dans leurs évangiles, si elle avait été imposée comme forme indispensable. Le récit de saint Luc confirme ces vues, quoique, selon cet évangéliste, Jésus semble recommander à ses disciples de s'astreindre à se servir des termes employés : Quand vous priez, dites, etc. ; Luc, XI, 2. Mais il ne faut pas oublier que, selon les meilleurs manuscrits, l'oraison dominicale, dans saint. Luc, est plus courte que dans saint Matthieu et que saint Luc rapporte qu'un des cpôtres avait dit à Jésus : Seigneur, enseigne nous à prier comme Jean (le Précurseur) l'a enseigné à ses disciples. XI, 1. Il est probable que la prière du Christ, telle que saint Matthieu l'a rapportée, avait paru d'une brièveté extrême, comparée aux longues oraisons des docteurs juifs; quelqu'un des apôtres a désiré que Jésus donnât un modèle de prière plus développée, et loin de se rendre à ce désir, Jésus a répété la même prière déjà enseignée, en l'abrégeant encore; il a voulu sans nul doute montrer de nouveau combien il était éloigné de recommander les longues prières. — De tout ce que nous venons de dire, il ne suit nullement que cette oraison admirable , le résumé de la religion chrétienne, ne doive pas être prononcée dans les actes de dévotion privée et surtout de culte public; mais il en résulte qu'il serait contraire et à l'intention de Jésus et à l'essence même de la prière de n'adresser que cette prière seule ou même de la redire trop fréquemment.

37. Le seul texte positif que l'Évangile contienne sur la fréquentation du culte est ce mot de l'épUre aux Hébreux : N'abandonnez pas noire assemblée, comme quelques-uns ont coutume de le faire, Héb., X, 25; et encore, ce mot est une censure contre les chrétiens timides que la persécution effrayait, à qui il est dit: Rappelez dans votre mémoire ces premiers jours où après avoir été éclairés de la lumière de la foi, vous soutîntes de grands combats en souffrant beaucoup, X, 52, et qui, déchus de cette

gloire, évitaient de se déclarer chréliens en paraissant aux réunions du culte public.

08. La liberté morale du christianisme brille dans la manière dont on voit le baptême accordé par les ministres de l'Église primitive : Ceux qui reçurent sa parole, c'est-à-dire qui furent convaincus par ce discours de saint Pierre, reçurent le baptême. Act., II, 41. Quand ils eurent ajouté foi à Philippe, qui annonçait le royaume de Dieu et le nom de Jésus-Christ, les hommes et les femmes se firent baptiser, et ce sont des Samaritains dont il s'agit. VIII, 12. Il en est ainsi de tous les baptêmes rapportés; les conditions d'admission sont toutes spirituelles, individuelles, subjectives, et le nouveau croyant était toujours en droit de dire, comme l'officier de Candace : Qu est-ce qui empêche que je ne sois baptisé? La demande du prosélyte est aussi caractéristique de la liberté chrétienne que la réponse de l'évangéliste : Si tu crois de tout ton cœur, il est permis. — Je crois, répond l'Éthiopien, que Jésus-Christ est le Fils de Dieu, VIII, 36 — 37 ; et le baptême a lieu immédiatement.

39. La liberté chrétienne est encore plus explicitement déclarée au sujet de la cène : Saint Paul raconte l'institution du sacrement, et dans ce morceau si remarquable où il élève à un si haut degré la sainteté de la communion, où il menace en termes si énergiques les profanateurs de la table sainte et leur déclare qu'ils mangent et boivent leur condamnation, il dit : Que chacun s'éprouve soimême et qu'ainsi (c'est-à-dire par suite de cet examen de conscience) il mange de ce pain et boive de cette coupe. 1 Cor., XI, 28.

40. Un seul texte dans l'Évangile où la bénéficence est recommandée d'une manière si expresse et si touchante, semble vouloir soumettre les aumônes à un régime, à un calcul disciplinaire : saint Paul écrit aux Corinthiens : A l'égard des aumônes que l'on recueille pour les saints (c'est-à-dire les chrétiens), suivez l'usage que j'ai établi dans les Eglises de Galatie : que le premier jour de la semaine, chacun de mm mette à part... . mais à l'instant, la

liberté chrétienne reparaît dans tonte sa pureté ; car l'apôtre, loin de taxer et d'épier la charité, ajoute.... chez soi, ce qu'il pourra, l'augmentant peu à peu, selon le bon état de ses affaires. 1 Cor., XVI, 1—2.

41. (Voir ci-dessus la note 55 de ce livre.) Le serment est néanmoins reconnu dans l'Évangile comme un moyen propre à entretenir la paix et à mettre fin aux discussions et aux procès : Les hommes jurent par celui qui est plus grand qu'eux, et le serment fait pour confirmer leur parole termine tous leurs différends. Héb., VI, 16.

42. (Voir liv. V, chap. lv, note 16.) Tous les préceptes concernant l'état du mariage sont généraux; les sentiments sont réglés ; les actes ne le sont pas. Et il est très-remarquable que le caractère positif et précis se trouve dans l'Évangile, non au sujet du mariage, mais au sujet du divorce et du droit de répudiation : Celui qui répudie sa femme, si ce n'est pour cause d'adultère, l'expose à devenir adultère, et celui qui épouse cette femme répudiée se rend coupable d'adultère. Matt., V, 51; XIX, 9; Luc, XVI, 18. D'où vient cette différence? C'est que le mariage est un état permanent et que le divorce est un acte isolé.

45. La seule occasion où le Christ se soit expliqué sur les devoirs extérieurs du deuil est celle qui s'offrit lorsqu'il appela à te suivre un disciple le jour même de la mort de son père : Suis-moi, lui dit-il; mais il répondit : Seigneur, permets que j'aille auparavant ensevelir mon père! Jésus repartit : Laisse les morts (spirituels) ensevelir leurs morts; mais toi, va annoncer le règne de Dieu. Luc, IX, 59—60; Matt., VIII, 21—22. On a, sans londement, voulu rapprocher cet appel de la défense faite par la loi aux grands prêtres des Hébreux, Lév., XXI, 11, et aux personnes qui s'étaient liées par la consécration que l'on nommait le vœu deNazaréat, Nomb., VI, 7, de remplir des devoirs mortuaires et d'assister à des pompes funèbres. La pensée du Christ est évidemment que tous les devoirs ordinaires de la vie doivent céder, et céder sans un jour de délai (les obsèques chez les Juifs avaient

lieu au temps de l'Évangile le jour même de la mort ; Matt, IX, 48 — 25;Act.,V, 6 — 10) à celui d'annoncer sa parole. Mais la manière dont Jésus s'exprime a une nuance de désapprobation, et le moins que Ton puisse en conclure est que tout appareil, tout étalage est contraire à l'esprit de l'Évangile, et qu'une extrême simplicité convient à la douleur chrétienne.-

44. La religion mosaïque était essentiellement cérémonielle ; la morale mosaïque, essentiellement disciplinaire, et il importe de remarquer que ces observances extérieures et ces préceptes moraux sont fondus ensemble, intimement unis et comme dans une dépendance mutuelle. Il n'en pouvait être autrement; cette législation seule convenait aux Juifs, à cause des transgressions, ainsi que le déclare saint Paul, Gai., III, 19; à cause de leur dureté de cœur, selon le jugement du Christ lui-même, Matt., XIX, 8; Marc, X, S, que Moïse dans les mêmes termes avait reprochée à son peuple. De ut., IX, 27. L'ensemble formait un joug que ni nos pères ni nous, dit saint Pierre, n'avons eu la force de porter, Act., XV, 10 ; et il est si vrai que les deux principes, cérémoniel et moral, y étaient liés l'un à l'autre qu'ils se retrouvent dans le décret des apôtres que Pierre appuyait par ces vives paroles et qui se résume dans l'ordre de s'abstenir des viandes offertes aux idoles, du sang des victimes, des animaux étouffés et de l'impureté. XV, 20 — 29. Les institutions mosaïques étaient les instructions élémentaires données au monde. Gai., IV, 5.

Il est apparent qu'à mesure que les prophètes l'ont emporté, en Israël, sur les pontifes; c'est-à-dire à mesure que l'élément purement religieux et moral a dominé l'élément cérémoniel, cette imperfection nécessaire de l'économie mosaïque s'est fait jour. La preuve en est dans les efforts des esprits les plus élevés pour faire prévaloir la fidélité aux devoirs sur la fidélité aux observances. (Voir liv. VI , cbapit. lxx, note 66.) Un très-curieux texte d'Ézéchiel, très-disputé, semble renfermer la même idée : Je leur ai donné, dit l'Éternel, des ordonnances qui n'étaient pas bonnes et des lois par lesquelles ils ne vivraient point. Ézé., XX, 25. On peut traduire de diverses manières et entendre ceci des cultes idolâtres auxquels Dieu a laissé les Israélites s'abandonner ou des

lois tyranniques et cruelles de leurs conquérants. Mais il est certain que l'époque et l'esprit d'Ézéchiel conviennent au sens précédemment indiqué.

45. Mes frères, vous avez été appelés à la liberté; seulement, prenez garde que cette liberté ne soit une occasion de vivre selon la chair. Gai., V, 15. Parlez et agissez comme devant être jugés par la loi de liberté. Jac, II, 12. Vous êtes libres ; que votre liberté ne vous serve point de prétexte pour faire le mal. 1 Pierre, II, 16. Dans celte délivrance morale, chacun portera son propre fardeau, Gai., VI, 5, et toutes choses sont pures à ceux qui sont purs; rien n'est pur pour ceux qui sont souillés et infidèles. Tite, I, 15.

46. Les premiers chrétiens, à Jérusalem, se rendaient assidûment au temple pour prier; mais ils rompaient le pain, c'est-àdire ils célébraient la cène, dans leurs maisons, Act, II, 46, et plus tard, dans les repas de charité où tout le monde éiait admis, les pauvres et les riches. Saint Paul censure les désordres et les divisions qui s'étaient introduits dans ces repas pris en commun et qui profanaient la sainte cène : Lorsque vous vous assemblez ainsi, dit-il aux Corinthiens, ce n'est point véritablement manger la cène du Seigneur. 1 Cor., XI, 20.

47. La supériorité du christianisme sur le judaïsme est telle, que selon saint Pierre tous les chrétiens sont une race de saints sacrificateurs, 1 Pierre, II, 5 — 9, à la différence d'Israël, chez qui la sacrificature était une fonction privilégiée, exclusive, héréditaire. Ce temps arrivera-t-il à la lettre, et l'image de saint Pierre deviendra-t-elle une réalité? Un passage de saint Paul, qui n'a pas été assez étudié sous ce rapport, semble l'indiquer : Le Seigneur lui-même a établi les uns apôtres, les autres prophète?, les autres évangélistes, les autres pasteurs et docteurs, pour travailler.... aux fonctions de leur ministère.... jusqu'à ce que von^ soyo?is tous, Juifs et Gentils, parvenus à l'unité de la foi et à-la

pleine connaissance du Fils de Dieu Eph., IV, 11 — 15. Il

s'agit ici et du ministère exceptionnel de l'inspiration et du ministère régulier de l'Église, et la force de la pensée, dans le

sens indiqué, porterait sur le mot jusqu'à ce que. Mais, d'autre part, ces lignes confirment pleinement notre réflexion; il est clair que, parvenus à l'unité de la foi et à la pleine connaissance du Fils du Dieu, les fidèles pourront se suffire et se servir de pasteurs à eux-mêmes.

48. Quand la multitude des Gentils sera-t-elle entrée dans l'Église?... Rom., XI, 25. Elle doit y entrer cependant, ainsi que nous l'avons reconnu, et tant que le prosélytisme doit continuer d'un pôle à l'autre, un ministère sacré spécial est indispensable, en dedans et en dehors de la chrétienté, puisqu'il y a partout des Gentils en religion, c'est-à-dire des hommes étrangers à l'alliance de la rédemption.

49. Le Seigneur donne le privilège d'être enfants de Dieu à tous ceux qui le reçoivent et qui croient en son nom. Jean, I, 12.

50. Attacher une importance exagérée à la transmission ou à l'investiture d'un sacerdoce, c'est imiter la superstition de cet Ephraïmite, nommé Mica, qui peu après Josué se fait un sanctuaire domestique à moitié idolâtre, prend à ses gages un lévite pour le desservir, et se dit : Maintenant l'Eternel me fera du bien, parce que j'ai un lévite pour sacrificateur. Jug., XVII, 15.

51 . Le sacerdoce étant changé, il faut nécessairement que la loi soit changée. Héb., VII, 12. Ce raisonnement, très-ingénieux, de l'auteur de l'épître aux Hébreux, repose sur l'idée que tout pontife devait être de la tribu de Lévi et de la race d'Aaron. Jésus, le nouveau pontife de l'humanité, était de la tribu de Juda, et puisque Dieu avait ainsi transporté la tiare suprême sur la tête d'un sacrificateur étranger à la famille sacerdotale, ce changement du pontificat annonce un changement équivalent dans le culte, la loi, l'alliance, la religion. L'argumentation est d'une parfaite justesse.

52. Tout ce qui précède estconfirméparl'Évangile, !°paree qu'aucun pouvoir quelconque n'est donné dans l'Église à un homme sur

un autre homme, si ce n'est sous la garantie de l'inspiration. Le Christ lui-même s'est soumis à cette règle : il guérit le paralytique pour montrer qu'il a le droit de lui remettre ses péchés; Matt., IX, 6; Marc, II, iO; Luc, V, 24 ; les hommes à qui est confié le droit de lier et de délier pour la terre et le ciel, Matt., XVI, 19 ; XVIII, 18 (Voir liv. VI, chap. lxviu, note 59), de remettre ou de retenir les péchés, Jean, XX, 25, sont des hommes inspirés, à qui le cœur humain était ouvert, comme celui d'Ananias et de Saphira, aux yeux de saint Pierre, Act., V, 5 — 9, et le berger seul connaît ses brebis, Jean, X, 14; 2° parce que l'importance de l'œuvre des membres d'un clergé est toute dans l'œuvre même, dans la fonction, et non dans un système de prérogatives, d'immunités et d'honneurs, quand il s'est introduit un système de ce genre au sein d'une communion chrétienne; dans la fonction, disons-nous, et dans l'usage qu'en font les fidèles, dans les fruits d'édification, dans les divers avantages spirituels qu'ils en retirent : Paul a-t-il été crucifié pour vous? Avez-vous été baptisés au nom de Paul? 1 Cor., I, 13. Qui donc est Paul et qui est Apollos? Ce sont des ministres par le moyen desquels vous avez cru, selon qu'il a été donné à chacun d'eux par le Seigneur, III, 5; ce sont des dispensateurs des mystères de Dieu, 1 Cor., IV, 1, des ambassadeurs de Christ, 2 Cor., V, 20, qui sont devant Dieu le parfum salutaire de Christ au milieu de ceux qui se sauvent et de ceux qui se perdent, pour ceux-ci un parfum mortel qui les fait mourir et pour les autres un parfum vivifiant qui les fait vivre. II, 15 — J6. Aussi, tous les titres sans exception, qui désignent les compagnons d'œuvre des apôtres et les ministres de l'Église primitive, n'expriment poim des dénominations honorifiques ni des degrés divers de suprématie ou d'autorité : tels sont les titres de prophète et de docteur, 1 Cor., XII, 28; de diacre, Act., VI,2; Phil., I, 1 ; iï êvangélistey Act., XXI, 8; ftévéque ou inspecteur, XX, 17—28; de prêtre ou ancien, 1 Pierre, V, 1; de pasteur, Eph., IV, 11. Saint Paul rappelle ces charges sans observer le moindre ordre hiérarchique ; que celui qui a le don de prophétie (c'est-à-dire le don divin d'exhorter, d'instruire, de consoler les fidèles), en use selon la mesure de sa foi ; que celui qui est appelé au diaconat (le service des pauvres) s'attache à ce ministère ; que celui qui a le don d'ensei-

gner ce qu'il a appris des apôtres s'applique à enseigner ; que celui qui est chargé d'exhorter , exhorte (notamment dans les assemblées publiques, Act., XIII, 45); que celui (des diacres) qui distribue les aumônes, les distribue avec simplicité de cœur ; que celui qui préside (ou gouverne, le prêtre ou ancien, 1 Tim., V, 17) le fasse avec soin ; que celui qui est chargé des œuvres de miséricorde (notamment la visite des malades, des affligés, des veuves, des orphelins) le fasse avec joie. Rom., XII, 6 — 8. Il est évident par ces textes que la question de pouvoir et de dignité, celle même des limites précises de ces diverses charges, est loin de la pensée de saint Paul, et que la fonction seule l'intéresse et l'occupe ; 3° parce que dans l'Église chrétienne, le seul chef qui sanctitie et qui juge, le seul dont l'autorité fait que les noms des vrais fidèles, écrits dans le ciel, Héb., XII, 23, ne sont point effacés du livre de vie, Ex., XXXII, 53; Apo., III, 5, est le Seigneur. Vous n'avez qu'un maître qui est le Christ, et vous, vous êtes tous frères. Matt., XXIII, 8. Dieu Va établi chef suprême de l'Eglise. Eph., I, 22. Nous n'avons qu'un Seigneur qui est Jésus-Christ. 1 Cor., VIII, 6. // n'y a qu'un seul législateur qui puisse sauver et qui puisse perdre. Jac, IV, 42.

53. L'église d'Antioche envoie des secours à celle de Jérusalem, et Von remet ce secours aux anciens ou prêtres. Act., XI, 50. Quand l'église de Jérusalem est consultée sur la nécessité des observances mosaïques, on s'adresse aux apôtres et aux anciens, XV, 2 — 4 — 6—22, et l'Église entière, en tête de la lettre qui fut répondue, est ainsi désignée : Les apôtres, les anciens ou prêtres, et les frères, c'est-à-dire, toute la communauté. XV, 23; XVI, 4. Saint Paul envoie chercher, de Milet, les anciens de l'église d'Éphèse, XX, 17.

54. Paul et son compagnon d'œuvre Barnabas, dans chaque église, après avoir prié et jeûné, établissaient des anciens ou prêtres, c'est-à-dire des pasteurs. Act. XIV, 23. Saint Paul écrit à Tite : Je t'ai laissé en Crète afin que tu achèves de mettre tout en ordre et que, selon mes instructions, tu établisses des pasteurs dans chaque ville, cherchant pour cela des hommes sans reproche,

NOTES DU LIVRE VI. 46 o

Tite, I, 4, et à Timothée : Ce que tu as appris de moi, con/îe-le à des personnes fidèles qui soient capables d'enseigner les autres, 2 Tim., II, 2.

55. L'imposition des mains, simple attitude, simple geste de bénédiction, accompagnait les vœux que l'on formait : Jésus impose les mains aux petits enfants. Matt., XIX, 13. On imposait les mains aux malades, en implorant leur guérison par un miracle : Naaman s'attend à voir Elisée le bénir ainsi. 2 Rois, V, 11. Jairus le demande au Christ pour sa fille, Matt, IX, 18, et ce pouvoir est promis aux fidèles. Marc, XVI, 18. On imposait aussi les mains à ceux qui revêtaient des fonctions publiques ; Moïse bénit ainsi Josué. Nomb., XXVII, 18; Deut., XXXIV, 18. Des habitudes du mosaïsme cette coutume passa naturellement aux chrétiens. On les fit placer (les sept premiers diacres) devant les apôtres, qui après avoir prié leur imposèrent les mains. Act., VI, 6. Après le jeûne et la prière, on imposa les mains à Barnabas et à Saul (saint Paul) et on les fit partir pour l'île de Chypre. XIII, 5. Cette forme de bénédiction n'était pas réservée aux ministres de l'Église ; les simples fidèles la recevaient aussi ; Pierre et Jean bénissent ainsi les Samaritains convertis. VIII, 17. Elle était le signe de l'effusion des dons du saint esprit, c'est-à-dire des forces et des facultés intérieures, dont alors l'Église était si souvent témoin : Les apôtres, est-il dit, donnaient le saint esprit par l'imposition des mains; VIII, 18; XIX, 6; 1 Tim., IV, 14; 2 Tim., I, 6, et en conséquence elle accompagnait le baptême ; ce qui explique cette parole de Pierre dans son premier discours : Convertissez-vous et que chacun de vous soit baptisé au nom de Jésus-Christ, et vous recevrez le don du saint esprit. Act. , Iï, 38. En baptisant un prosélyte, on lui donnait toutes ces explications, et Fépître aux Hébreux compte en effet au nombre des enseignemenfs donnés aux néophytes, la doctrine du baptême et l'imposition des mains; Héb., VI, 2. On conçoit très-bien d'après tout cela que saint Paul écrive à Timothée : N'impose les mains à personne avec précipitation, 1 Tim., V, 22 ; mais où voit-on ici une investiture cléricale privilégiée?

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