IDÉE, BUT ET MODÈLE DE LA CRÉATION
tcndement, la découverte de la vérité, ou le bien, le mérite, la sainteté, ou l'amour, ou le bonheur, ou le culte. Comment n'a-t-on pas vu que tout ceci, en définitive, revient au même... La poussière de diamant est toujours du diamant.
Dieu, en créant, n'avait de modèle que lui-même 39. Aussi, nos tendances ne sont que les siennes, transposées de l'infini au fini , reproduites avec mesure , bornées pour nous par lui-même. En effet, c'est toujours contre l'infini que nos facultés finies se heurtent et s'arrêtent, sans abdiquer.
Toutes nos forces , toutes nos facultés se retrouvent en Dieu : il sait, et nous savons ; il est saint, et l'homme est moral; il aime, et l'homme est affectueux; il est souverainement heureux, et l'homme est sensible : on peut dire même que la religion est réciproque 40 ; que Dieu est religieux envers l'homme, comme l'homme est religieux envers Dieu; la religion est un lien, et si l'homme tient une des extrémités de la chaîne, Dieu tient l'autre.
Par cela même, ce lien ne peut rien avoir de triste et de lugubre ; il est naturel , pour ainsi dire , et tout ce qui est naturel est joyeux. C'est fausser la religion que de se la représenter sévère, farouche, sombre, ennemie de nos légitimes contentements ; celui qui est religieux tristement ne sait pas l'être41.
De ces principes, enfin, découle une autre grave conséquence; que se confier en Dieu, c'est se confier en soi-même ; car c'est se confier dans les facultés qu'il nous a données et en ce qu'elles nous apprennent de lui 42.
Par exemple, se confier en Dieu comme en un être aimant et bon, c'est se confier en l'idée que nous nous faisons de son amour et de sa bonté, sous la réserve, sans nul doute, que ces attributs en Dieu dépassent la notion que nous en avons de toute la distance du fini à l'infini.
Si Dieu en créant n'avait de modèle que lui-même, il est naturel que l'idéal réalisé en Dieu soit, ainsi que nous l'avons
reconnu, le terme de comparaison qui sert de base à tous les jugements de la raison.
Et si la création est en Dieu une conséquence de l'infinité, s'il n'avait en créant de modèle que lui-même , il s'ensuit que la création est parfaite 43.