CHAPITRE XXII
Des Peines de l'Éternité.
Les mêmes principes qui expliquent le mal physique comme une conséquence du mal moral et qui prouvent que T homme, en tombant, a dû entraîner dans sa chute la nature dont ce monde est revêtu, rendent compte de ce que le langage religieux nomme perdition, damnation, privation de la vue de Dieu, de la face de Dieu, de la gloire de Dieu.
L'activité, nous Favons constaté, est continue et n'a devant elle que deux alternatives, deux directions où sa responsabilité est également engagée et sa destinée également intéressée 14, celle qui approche, celle qui éloigne de Dieu.
L'existence, nous l'avons aussi constaté, se prolonge indéfiniment.
La perdition, la damnation, c'est donc la chute se prolongeant ; c'est la direction mauvaise et l'éloignement de Dieu se perpétuant au delà de la phase actuelle de progrès, lorsque ce progrès a été manqué.
Ainsi, par leur nature même, les peines pourraient être éternelles. La damnation, avons-nous dit, n'est que la chute se prolongeant, et comme la chute peut être sans fin, comme les deux alternatives sont indéfinies et illimitées, comme le mal peut toujours aller croissant, la damnation aussi peut croître sans cesse.
Pour qu'une éternité de bien et de progrès vers Dieu soit possible, il est nécessaire qu'une éternité de mal et d'éloignement de Dieu le soit aussi ; l'une ne se conçoit qu'à condition de la possibilité de l'autre. (Liv. I, chap. xiv).