EFFETS DE LA DISTRACTION D ESPRIT
au point que Ton peut, surtout si l'habitude est prise, se donner une rêverie, et qu'il est bien autrement difficile, si même il est jamais possible, de se donner un rêve. Les rêveries ne sont donc que de longues distractions, avec cette différence qu'un moment de distraction se passe à ne s'occuper que d'une seule idée, tandis qu'une rêverie embrasse toujours une foule d'idées dans leur succession; et c'est en traversant d'une idée à une autre qu'une distraction devient une rêverie,
La non-spontanéité des songes du sommeil et la spontanéité des rêveries de l'état de veille se découvre dans les impressions qui en résultent : la conscience, avons-nous dit, n'a point remords de nos songes, et souvent, au contraire, elle se reproche les rêveries. Évidemment, c'est que, dans les songes, l'esprit est entraîné ; dans les rêveries, il s'abandonne.
Les rêveries, à mesure qu'elles sont profondes, procurent à notre âme les mêmes jouissances de liberté, des suppressions fugitives du temps, de l'espace, de nos corps et de la mort.
C'est même en ces libérations, toujours désirées instinctivement et à notre insu, que consiste le charme des rêveries et leur danger. Comme tout est suspendu, le travail l'est aussi, et le devoir, et le progrès.
Les excitations corporelles conduisent aux rêveries et aux excitations mentales, et alors, les effets que nous venons d'indiquer se reproduisent. Les diverses ivresses, ame nées par l'usage des spiritueux et des narcotiques, jettent Tàme humaine, avec violence et désordre, dans un état analogue d'indépendance. Une autre existence est substituée momentanément à la vie ordinaire, et toujours disparaissent le temps et l'espace, le corps et la mort. On a vu, chose étrange et affreuse ! des malheureux s'enivrer près d'un cadavre et le prendre pour un vivant.