‹ Le Christianisme experimentalChapitre 57 sur 163 · CHAPITRE XXVIÏÏ · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXVIÏÏ

Extase et Poésie.

C'est au même ordre de phénomènes qu'appartient l'état de contemplation pieuse, de ravissement, d'extase, d'illumination, d'enthousiasme; ce sont simplement des rêveries ardentes et profondes où l'âme s'applique aux choses religieuses; ce sont des manières d'être passagères, en dehors des conditions normales et universelles de notre phase de progrès ; ce sont toujours, si l'on peut ainsi parler, des échappées de notre âme hors de ses chaînes présentes ; et toujours, dans ces intervalles d'excitation spirituelle désoronnée, le temps ne passe plus; l'espace ne s'étend plus 52, le corps cesse de sentir 53 et la mort de séparer.

Dans tous ces états de l'âme, depuis la tranquille rêverie du paresseux, que son indolence conduit par degrés à rêver; depuis l'insanité brutale de l'ivresse de l'opium, jusqu'à l'immobilité complète d'une contemplation extatique, jusqu'aux transports de l'enthousiasme le plus religieux, dans tous ces états de l'âme, il arrive un moment où l'action de la volonté cesse. L'essor est pris, et l'âme s'en ira jusqu'au bout de son élan. Dans sa frénésie, elle suspend ainsi elle-même sa force morale; la conscience est restée, pour ainsi dire, en arrière; elle n'a pu suivre si vite l'activité pour la diriger, et c'est en des moments pareils que l'activité arrive, d'un dernierbond et sans pouvoir se rendre compte, à l'héroïsme ou au crime; à l'héroïsme, si la direction de l'extase a été bonne; au crime, si le point de départ a été mauvais.

Le moment précis où, dans les enthousiasmes et les illuminations, la force morale cesse, est impossible à découvrir;

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