EXTASE ET POÉSIE
Cette dernière est évidemment celle qui favorise le plus ce développement extrême des facultés de notre âme et qui s maintient le plus longtemps.
Celle de nos forces qui s'y prête le moins est l'intellicence. Quand elle réussit à se monter jusqu'à l'enthousiasme, le fruit qu'elle en recueille est la poésie; considération qui explique pourquoi les véritables poètes sont si rares.
On conçoit en effet que l'intelligence, à qui le temps et l'espace sont nécessaires comme cadres de la pensée, comme conditions naturelles du progrès ; à qui le corps est nécessaire comme instrument de relations et d'étude , et qui a l'habitude de s'occuper froidement de la mort comme d'une nécessité scientifique et physiologique, on comprend que, de toutes nos facultés, l'intelligence éprouve le plus de peine à s'élever jusqu'à l'oubli du temps et de l'espace, du corps et de la mort, et à se poser en dehors de sa situation accoutumée.
La poésie n'est donc que l'expression de l'intelligence enthousiasmée ; d'où il résulte que la poésie est le langage favori de la religion.
Entre l'état de sommeil et celui de ravissement ou d'enthousiasme se présente un autre rapport curieux, la satisfaction de la tendance sensible. Comme notre àme est quelquefois heureuse en songe, elle l'est quelquefois en extase.
Ceci provient de ce que l'extase est toujours prise, par celui qui la ressent, pour le progrès.