FIN DU LIVRE DEUXIÈME
1. L'espace, retendue, la distance, n'existent pas pour Dieu. Ne suis-je Dieu que de pm, dit V Éternel; ne suis- je pas aussi bien Dieu de loin. Jér., XXIII, 23.
2. Le temps n'existe pas pour Dieu, celui qui est, qui a été, qm sera, Apo., I, 4, et pour qui, en conséquence, ces trois divisions de l'existence sont égales, également présentes, également connues, tandis que la créature ne sait ce qui arrivera le lendemain. Jac, IV, 14. Tes jours, dit Job, sont-ils comme les jours del'homme, et tes années comme celles de l'homme mortel? Job., X, 5. La durée de la vie est devant Dieu comme un rien. Ps., XXXIX, 6. Le sens de ce verset remarquable revient à dire que la vie bornée de l'homme est comme si elle n'était pas, pour l'Être éternel. Après avoir donné à Israël cette magnifique définition de l'Être infini, Dieu est celui qui est, Ex., III, 14, il était digne de Moïse, dans l'admirable cantique qu'il a composé vers la fin de sa carrière, d'enseigner que toute longueur de temps s'anéantit en quelque sorte devant Dieu : Mille ans sont devant tes yeux comme le jour d'hier qui n'est plus ou comme une veille de la nuit. Ps. XG, 4.
Cette assimilation complète de deux périodes d'une durée, pour nous, si inégale, emporte la négation du temps. La même pensée est exprimée par saint Paul, quand il dit : Dieu appelle les choses qui ne sont point comme si elles étaient. Rom.,£IV, 17; ainsi toutes les créations, toutes les œuvres de Dieu, successives pour nous, sont simultanées pour lui.
De là résulte que tous les textes qui renferment le mot ou l'idée
de prescience : Jésus a été livré selon le dessein déterminé et la prescience de Dieu, Act, II, 25; les fidèles sont élus selon la prescience de Dieu; 1 Pierre, I, 2; ou de prédestination : Ceux que Dieu a préconnus, il les a prédestinés à être conformes à l'image de son Fils; Rom., VIII, 29; Dieu nous a prédestinés par un effet de sa bonté à devenir ses enfants adoptifs en Jésus-Christ; Éph., I, 5; tous les textes qui représentent la nouvelle alliance et ses grâces comme des volontés divines antérieurement arrêtées : Le Christ désigné, 1 Pierre, I, 20, et les élus choisis avant la création ou la fondation du monde, Éph., I, 4; le dessein éternel exécuté par Jésus-Christ, III, 11 ; le mystère caché de tout temps en Dieu et qui vient d'être révèle aux saints, Col., I, 26; la grâce donnée en Jésus-Christ avant tous les siècles, 2, Tim., I, 9; la vie éternelle promise dès les anciens jours, Tite, I, 2, toutes ces locutions placent Dieu dans le temps, ne sont que des expressions humaines appliquées à Dieu et n'ajoutent absolument rien aux mystères de la liberté (Voir le chap. xi) et de l'origine du mal (chap. xm). Toutes les œuvres de Dieu lui sont connues de toute éternité. Act., XV, 18.
Avec ce grand principe, que le temps, la succession n'existe pas pour Dieu, que tout pour Dieu est simultané, sont d'accord ces Délies paroles du poète sacré qui expriment si bien l'instantanéité de la science divine : La parole n est pas encore sur mes lèvres, que tu sais, ô Éternel, tout ce que je veux dire. Ps. CXXXIX, 4; et de la puissance divine : // envoie sa parole sur la terre, et à Vinstant elle s'accomplit. CXLVII, 15.
Ainsi, l'éternité pour l'activité divine; mais pour la notre, à chaque jour suffit sa peine. Matt., VI, 34. (Voir liv. IV, chap. xlix, note 57.)
3. Dieu dit à l'homme : Tu mangeras librement de tous les arbres du jardin. Gen. , II, 16. Ce texte est la permission de l'exploitation de la nature. Prenez garde qu'élevant vos yeux au ciel et qu'admirant le soleil, la lune, les étoiles et toute V armée des deux, vous ne soxjez tentés de vous prosterner devant ces astres et de leur rendre un culte; c'est l'Éternel, votre Dieu, qui leur a assigné leur place, pour servir à l'usage de toutes les nations qui sont
sous le ciel. Deut., IV, 19. V Éternel, qui a créé les deux, qui a formé la terre, et qui l'a affermie, ne l'a point créée pour qu'elle demeurât déserte, mais il l'a mise en état d'être habitée. Esa., XLV, 18. Les deux sont à l'Éternel, mais il a donné la terre aux enfants des hommes. Ps. CXV, 16.
Ce droit d'employer toutes choses à son usage n'est qu'un des aspects de la supériorité et de la domination de l'homme, (Voir liv. I, chap. v, note 19), et Ton sait que les Hébreux, dont la naïve astronomie se représentait la terre au centre du monde, admettaient l'idée que les astres avaient été créés pour elle. (Voir liv. IV, chap. xlvi, note 50.)
4. La révélation déclare la fixité de Tordre actuel de notre planète. Tant que la terre sera, les semailles et les moissons, le froid et le chaud, l'été et l'hiver, le jour et la nuit ne cesseront point. Gen., VIII, 22. Dieu a tracé au compas dans les deux les bornes des retours réguliers du jour et de la nuit. Job., XXVI, 10. La terre ne sera jamais ébranlée. Ps. CIV, 5.
5. Au commencement Dieu créa les deux et la terre. Gen., I, 1 : création primordiale de l'univers. La terre, notre glcbe, était informe, c'est-à-dire, sans corps organisés, et déserte, c'est-à-dire sans êtres animés : chaos ou époque intermédiaire. Dieu dit : que la lumière soit, et la lumière fut! Gen., I, 30 : nouvel ordre de choses qui recommence, et qui arrange notre planète pour une nouvelle phase de progrès. Les époques géologiques se succèdent, et l'époque humaine est la dernière ; l'homme est le dernier venu des créatures de Dieu sur la terre, et il est essentiel de remarquer que Moïse n'assigne nulle part l'âge du globe.
6. L'Éternel Dieu planta un jardin en Éden, vers l'Orient, et y plaça l'homme qu'il avait créé. Gen., II, 8. Aussi, l'on nommait Jardin de l'Éternel un pays fertile et délicieux, XIII, 10, image que les prophètes ont continué à employer, Esa., LI. 3; Joël., H, 3 ; Ezé., XXXVI, 55, et dont Ézéchiel même se sert pour donner l'idée des splendeurs et des délices de Tyr. XXVIII, 13. De là, le mot paradis, dont l'étymologie est douteuse, mais dont le sens est certain ; il signifie jardin, et devînt l'expression populaire employée
pour désigner le ciel, le séjour des anges, des justes, des bienheureux. Aussi, Jésus, dont la présence d'esprit au milieu même des horreurs de la crucifixion, suffit à tout, emploie ce terme en s'adressant au malfaiteur converti, sans doute un homme du peuple, à qui il convenait de parler le langage le plus simple : Tu seras dans le paradis, lui dit-il ; Luc, XXIII, 43.
7. La chute racontée Gen., III, 1—6 met en action, sous le voile d'une allégorie, les trois passions fondamentales, source de tous les péchés : l'indépendance, l'ennui d'obéir, l'ardeur d'agir à sa guise et sans contrôle, le penchant à la révolte: Quoi! dit le serpent, Dieu vous aurait défendu de manger de tout arbre du jardin? — l'orgueil, le désir de changer, de monter, de s'agrandir, d'arriver à autre chose et à plus que ce qu'on est, que ce qu'on a : Vous serez comme des Dieux, après expérience faite du bien et du mal ; — la sensualité, les convoitises de la chair qui, selon l'énergique expression de l'Évangile, font la guerre à l'âme. 1, Pierre, II, 11, le penchant vers toutes les voluptés : Le fruit de l'arbre paraissait délicieux au goût, et il était un charme devant les yeux... Celui qui ne reconnaît pas le mal moral dans ce tableau, connaît peu le monde et peu son propre cœur. Que ce récit soit allégorique, c'est ce dont on ne doute plus, et nous allons plus loin : il devait l'être ; l'analyse exacte des passions était impossible dans l'expérience naissante des premiers âges et pour l'idiome à peine formé des premiers hommes. Aucun de nous ne réussirait à raconter d'une manière précise et positive comment dans son propre coeur le mal a commencé ; aucun de nous ne ferait l'histoire circonstanciée des premières mauvaises intentions, des premières mauvaises pensées de son âme ; il en est de l'humanité en général comme de chaque homme en particulier : il a fa'lu, pour raconter l'origine du mal, ne point rechercher d'anecdotes et présenter le fait en un tableau emblématique, que saint Paul a commenté admirablement en ces mots si simples et si vastes : Par un seul homme le péché est entré dans le monde. Rom., V. 12. Dès lors a commencé la lutte entre le mal et rhumanité, la guerre entre la postérité du serpent, c'est-à-dire la continuation, l'imitation, l'hérédité du mal, dont le serpent est l'emblème, et la postérité de la
femme, c'est-à-dire toutes nos générations. Gen., III, 15. J'ai la volonté de faire le bien ; mais je ne trouve pas le moyen de l'accomplir, et ainsi je ne fais pas le bien que je voudrais, et je fais le mal que je ne voudrais pas. Rom., VII, 18 — 19. Ces deux choses (la chair et l'esprit) sont opposées l'une à Vautre, de sorte que vous ne faites point les choses que vous voudriez. Gai., V, 47.
8. C'est par la chute d'un seul homme que tous les hommes sont tombés dans la condamnation ; par la désobéissance d'un seul, tous sont devenus pécheurs. Rom., V, 18 — 19. Ce qui est né de chair, est chair. Jean, III, 6. Et qui est-ce qui tirera quelque chose de pur de ce qui est souillé? Personne. Job., XIV, 4. Nous péchons tous en plusieurs choses. Jac, III, 2. Si nous disons que nous sommes sans péché, nous nous séduisons nous-mêmes, et la vérité n'est point en nous. 1 Jean., I, 8.
Aussi, qu'est-ce que toute cette doctrine change au système partout enseigné dans la Bible, que chacun n'est responsable que pour soi? Absolument rien. Nous sommes tous fils de pécheurs; ce qui est notre soit, et ce dont nous souffrons en vertu de la loi de solidarité; et, de plus, nous sommes pécheurs; ce qui est nctre tort et implique notre responsabilité, et ce qui n'a rien d'injus'e, vu que tout sera pesé et compté, y compris le désavantage de la chute. C'est l'enseignement positif de saint Paul, qui après avoir dit que par un seul homme le péché et la mort sont entrés dans le monde et que la mort s'est répandue sur tous les hommes, ajoute : Parce que tous ont péché. Rom., V, -42. Il est parfaitement prouvé qu'il faut traduire ici la préposition grecque : parce que, et non dans lequel; ce qui n'aurait aucune espèce de sens; qu'est-ce que pécher en autrui? On ne peut pécher qu'en soi ; le péché est un fait subjectif, ou il n'est rien.
9. Tu mourras de mort, Gen., II, 17, c'est-à-dire, tu mourras certainement. Cette parole est la dénonciation de la mort telle que nous la connaissons, comme sortie unique et inévitable de la vie actuelle. Le sens est i tu ne passeras de ta vie terrestre à ta vie immortelle que par la mort. Et ce qui confirme cette signification, c'est qu'Adam et Eve n'ont point été frappés de mort immédiate-
ment après leur péché; ce qui aurail dû arriver, si le sens apparent était fondé.
La question : comment l'homme, s'il était demeuré tel que Dieu l'avait créé, s'il avait suivi la voie du progrès, serait-il passé de celte phase de son existence à la suivante, est oisause, parce qu'elle n'a rien de subjectif (Voir liv. II, chap. xxm, note 29 et cbap. xxiv, note 37.)
Il importe de remarquer qu'une autre idée, non moins grave, est explicitement renfermée dans cette dénonciation de Ja mort actuellement connue, savoir, qu'en s'éloignant de Dieu, en corrompant sa nature supérieure, l'homme s'était rapproché de la nature inférieure et du genre d'existence des animaux. Adam n'avait pu être témoin de mort d'homme ; il ne connaissait les phénomènes de la mort que par celle des animaux, dont les dépouilles ont servi de premiers vêtements, Gen., III, 21, et lui dire : tu mourras de mort, c'était lui annoncer que le chemin de sortie de ce monde lui devenait commun avec les animaux, dont il était le maître.
La sentence de condamnation de la vie est plus explicite ; il est dit à la femme : J'augmenterai ton travail, et tu enfanteras avec douleur, et ton mari dominera sur toi; il est dit à l'homme : Parce que tu as obéi à la voix de la femme et que tu as mangé de l'arbre interdit, la terre sera maudite à cause de toi et tu mangeras ton pain à la sueur de ton front, jusqu'à ce que tu retournes en la terre d'où tu as été pris. III, 16 — 19. Cette phase entière d'existence, depuis la naissance jusqu'à la mort, et la nature qui doit y servir, sont condamnées, ou en d'autres termes, viciées à la fois. Les images, ici, sont empruntées à la vie agricole, et la malédiction de la terre emporte l'idée d'une stérilité comparative et d'une culture pénible. Le langage emblématique ne se dément point, et comme l'agriculture exprime ici toute l'activité humaine, la fertilité du sol représente toute l'exploitation de la nature, qui est devenue de toutes parts difficile et laborieuse pour l'humanité déchue.
Deux traits fort remarquables sont encore à noter; les sentences divines, diverses entre les deux sexes pour la vie, sont pareilles pour la mort, parce que la tache de la vie diffère et que la mort ne pouvait qu'être semblable.
Enfin, les relations des deux sexes ont éprouvé quelque changement: avant l'envahissement du mal, tout est amour; après, l'amour reste ; mais il y a domination d'une part et assujettissement de l'autre.
10. Les accidents du mal physique, variés à l'infini d'un bout à l'autre de cette vie, frappent indistinctement : Le juste même a des maux en grand nombre. Ps. XXXIV, 20. Tout arrive également à tous. Ecc, IX, 2. Pourquoi Dieu donne-t-il la lumière au misérable et la vie à ceux qui ont le cœur brisé? Job., 111,20. Jésus dit à ses disciples : Ne pensez pas que ces dix-huit malheureux sur qui la tour de Siloé s'écroula et les tua, eussent plus offensé que tous les habitants de Jérusalem, Luc, XIII, 4, et quand les apôtres lui demandent qui a péché, l'aveugle-né, ou son père, ou sa mère, pour qu'une si cruelle infirmité ait été envoyée, il répond : Ce n'est ni pour ses péchés, ni pour ceux de ses parents ; mais afin que la gloire de Dieu soit manifestée en lui. Jean, IX, 3. Aussi, Dieu fait lever son soleil sur les bons et les méchants, et il fait pleuvoir sur les justes et les injustes. Matt., V, 45.
Les variétés de la mort, comme celles de la vie, sont dominées par ce principe, que le mal physique frappe indistinctement, non comme punition, mais comme épreuve, comme hérédité, le bon et le méchant, et au dernier jour d'un terrestre pèlerinage comme en tous les autres. 11 se peut qu'il arrive à des justes ce que mériteraient des méchants et à des méchants ce qui devrait arriver à des justes. Ecc, VIII, 14. Il ij a des justes qui périssent avec leur justice et des méchants qui prolongent leurs jours avec leur méchanceté. VII, 15.
H. Esaïe fait dire aux témoins étonnes de la chute de Nébucadnetsar : Est-ce là celui qui réduisait le monde en désert? Esa., XIV,
12. Ce sont les justes que le Psalmiste compare à des palmiers, à des cèdres, fleurissant dans les parvis de l'Éternel et portant leurs fruits jusque dans la blanche vieillesse. Ps. XCII, 15.
13. Une puissante et mystérieuse analogie indique la liaison du
1 18 NOTES DU LIYRE If.
mal moral et du mal physique : quoique les maux et les accidents de la vie terrestre frappent indistinctement les bons et les pervers, il est incontestable que le mal physique fournit souvent à la justice divine des châtiments directs dont elle frappe les pécheurs ; il est incontestable que l'intempérance, l'impudicité, la paresse, quelquefois la colère, enfantent leurs propres punitions; il est incontestable qu'en vertu de la loi de solidarité, ces effets sont quelquefois tristement héréditaires. Mais il y a plus : dès que la théocratie apparaît, le mal physique apparaît aussitôt comme instrument régulier de ses vengeances, et il est très-remarquable que cette observation se vérifie, non-seulement à chaque page de l'Ancien Testament, surtout depuis Abraham ; mais pendant la courte durée de la théocratie chrétienne, pendant la période d'inspiration qui a fondé le christianisme ; cela est vrai des maladies, mortelles ou non, des deuils, de la mort. Saint Paul, après avoir reproché aux Corinthiens leurs profanations de la sainte Cène, ajoute : C'est ■pour cela qu'il y en a plusieurs parmi vous qui sont languissants et malades et que plusieurs sont morts. 1 Cor, XI, 30, et de la Jésabel de Thyatire, il est dit : Je lui ai donné du temps pour se repentir; elle ne veut pas se repentir de son impureté : voici, je vais l'aliter et plonger dans de grandes tribulations ceux qui commettent adultère avec elle, et je ferai mourir ses enfants. Apo.,11, 22. Les maux phy-iques ne pouvaient être ainsi dispensés et partagés dans des vues théocratiques, sans que les épreuves de toutes sortes, y compris les persécutions, ne fussent soumises au même régime, et Saint Pierre a dit : Voici le temps où le jugement de Dieu doit commencer par sa maison, et si c'est par nous (les chrétiens) qu'il commence, quelle sera la fin de ceux qui ne croient pas l'Évangile ? 1 Pierre, IV, 17. (Voir liv. IV, chap. l et les notes.)
14. V Éternel dit à Càin : Pourquoi es-tu en colère, et pourquoi ton visage est-il abattu ? Si tu fais le bien, ne seras- tu pas récompensé? Mais si tu fais le mal, la peine du péché est à ta porte. G en., IV, 7. Chacun recevra selon le bien ou le mal qu'il aura fait. 2 Cor., V, 10.
15. La progression illimitée et indéfinie du mal est clairement
indiquée dans les sombres images de cette parabole : Lorsqu'un esprit immonde est sorti d'un homme, il va par les lieux arides, cherchant du repos, et il n'en trouve point. Alors il dit : je retournerai dans la demeure dont je suis sorti; il y retourne; il la trouve libre, nettoyée et décorée; il part aussitôt et amène plusieurs autres esprits plus méchants que lui; ils entrent dans cette demeure; ils s'y établissent, et la dernière condition de cet homme est pire que la première. La preuve qu'il s'agit ici d'un accroissement d'iniquités et non de malheurs, c'est que Jésus ajoute : Il en sera ainsi de cette race perverse. Matt, XII, 43—45. Et toute la liaison des idées confirme ce sens; Jésus vient de reprocher aux Juifs d'exiger de lui un miracle pour croire, et la force des censures de la parabole est dans cette pensée : si j'opérais un miracle pour vous faire croire, pour chasser de vos cœurs le démon de l'incrédulité, il y reviendrait par quelque autre voie, et vous seriez pires qu'auparavant. La progression du malheur suit d'ailleurs celle du péché : Ne pèche plus désormais, et— il dit au paralytique de Bcthesda, de peur qu'il ne f arrive quelque chose de pire. Jean, V, 44. (Sur la progression du bien, voir les textes du liv. I, chapit. xv, note 57.)
16. Le Seigneur est représenté, dans le style figuré de l'Evangile, comme un magistrat humain : Il nous faut tous comparaître devant le tribunal de Christ; Rom., XIV, 10; 2 Cor., V, 10, où noire défense sera prononcée, 1 Jean, II, 1 ; — comme un roi sur son trône, Malt., XXV, 40, — comme le juge des jeux du cirque décernant la couronne à l'extrémité de l'arène : Le Seigneur, juste juge, me donnera, 2 Tim., IV, 8, la couronne de justice.
17. Le méchant, par la nature des choses, est puni souvent dans ce monde et immanquablement dans l'autre: Tous les jours de sa vie le méchant enfante ses propres maux. Job., XV, 20. Dieu donne à l'homme selon ses œuvres et fera trouver à chacun ce qu'il aura cherché. Job, XXXIV, 11. Dieu fit retourner l'iniquité d'Abimélec sur Abimélec même, et toute l'iniquité des hommes de Sichem sur leur tête. Jug., IX, 56 — 57. Les pervers dressent des embûches à leur propre vie. Prov., I, 18. Leur voie est comme l'obscurité; ils ne savent où ils tomberont. IV, 19. Le méchant fait une
œuvre qui le trompe. XI, 18. L 'orgueil marche devant l'écrasement. XVI, 18. // n'y a point de paix pour les méchants. Esa., XLVIII, 22 ; LVII, 21 . Ils sont eux-mêmes les auteurs de leurs maux. III, 9. Chacun meurt pour sa propre faute, Jér., XXXI, 30. L'âme qui péchera sera celle qui mourra. Ezé., XVIII, 4.
La mort est régie par Dieu dans le même système ; elle sert aussi, selon l'âge et les circonstances où elle arrive, de punition, c'est ce dont les exemples sont si nombreux que personne n'en doute; et aussi de récompense; cette dispensation semble plus extraordinaire et ne l'est pas; les exemples sont, non peutêtre moins frappants, mais plus rares, parce que c'est surtout comme délivrance de désastres prêts à tomber sur la famille ou la nation qu'une fin, quelquefois même prématurée selon le monde» est une récompense et une grâce. Du fils aîné de l'impie Jéroboam, d'ailleurs inconnu, il est dit : Lui seul de la maison de Jéroboam descendra au sépulcre, parce qu'en lui seul, de toute la maison de Jéroboam l'Eternel, le Dieu d'Israël, a trouvé quelque chose de bon. A Rois, XIV, 15. Au pieux Josias, il est dit : Je te retirerai vers tes pères et tu seras mis dans ton sépulcre en paix, et tu ne verras point les maux que je fer'ai venir sur ce pays. 2 Rois, XXII, 20. Esaïe se plaint que, de son temps, des trépas pareils servaient en vain d'exemple à cette génération perverse: Le juste est morl, et nul n'y prend garde; les gens de biencnt été retirés, et nul ne veut comprendre que le juste a été retiré pour être à l'abri de la calamité. Esa., LVII, 1. Cependant, parce que la sentence contre les mauvaises actions ne s'exécute pas d'abord, le cœur des hommes s'enhardit à mal faire. Ecc, VIII, 11. Mais il y aura une résurrection des morts, tant des justes que des injustes. Act., XXIV, 15. Alors, comme Dieu ne peut être moqué, chacun moissonnera ce qu'il aura semé. Gai., VI, 7. Celui qui sème peu, moissonnera peu, et celui qui sème abondamment, moissonnera aussi abondamment. 2 Cor., IX, 6. Et il nous sera pardonné nos offenses comme nous aurons pardonné à ceux qui nous ont offensés. Matt., VI, 12—14 — 15. Ne nous lassons point de faire le bien; nous en recueillerons le fruit en son temps. Gai., VI, 9.
18. Le Psalmiste dit à Dieu : Avec l'homme miséricordieux, tu
es miséricordieux ; avec l'homme intègre, tu agis avec intégrité ; tu es pur avec celui qui est pur ; mais avec le pervers tu agis selon sa perversité. Ps., XVIII, 26 — 27. Il se rit des moqueurs; mais il réserve sa faveur aux débonnaires. Prov., III, 34.
19. C'est par le soin que Dieu prend de laisser au bien et au mal leurs légitimes conséquences que notre injustice fait éclater la justice de Dieu. Rom., III, 5.
20. Le Christ lui-même ne considère sa vie que comme le temps de son œuvre : il faut que je fasse, pendant qu'il est jour, les œuvres de ce]ui qui m'a envoyé ; la nuit vient, dans laquelle personne ne peut agir, Jean, IX, 4, et comme les douze heures du jour, pendant lesquelles il faut marcher. XI, 9. La nuit, dans ce texte, comme en une foule de passages des auteurs anciens, sacrés ou profanes, est l'image de la mort ; la pensée du Christ est donc évidente : il y a une tâche et un temps donné pour la faire ; ce temps expiré, personne ne peut agir; personne ne peut faire après l'heure de la fin du travail ce qu'il devait faire avant.
21. L'existence de l'enfant est sans responsabilité. Vos enfants, dit Moïse, qui aujourd'hui ne savent ce que c'est que le bien et le mal... Deut., I, 39. Cet enfant, dit Esaïe, ne sait ni rejeter le mal ni choisir le bien... Esa., VII, 16, et Jésus lui-même a déclaré, en bénissant ces enfants, leur parfaite innocence : Laissez, a-t-il dit, ces petits enfants venir à moi ; car le royaume du ciel appartient à ceux qui leur ressemblent. Matt., XIX, 14; Marc, X, 14; Luc, XVIII, 15. Et il est digne de remarque que les deux premiers évangélistes se servent du mot grec dont le sens est le plus lar^e et embrasse toute l'adolescence, tandis que saint Luc emploie le terme qui désigne surtout l'enfance; d'où il est juste de conclure que la limite précise où la responsabilité commence n'est en aucune manière désignée. Elle varie sans doute selon les individus, et Dieu en est juge.
22. Que les enfants apprennent à exercer leur piété envers leur propre famille et à rendre la pareille à ceux qui leur ont donné
la vie. 1 Tim., V, 4. Dans cette énergique et simple expression, rendre la pareille, toute la loi de solidarité est contenue, c'est la solidarité qui remonte. Ailleurs, saint Paul dit : Ce n'est pas aux enfants à amasser du bien pour leurs pères; c'est aux pères à amasser pour leurs enfan's. 2 Cor., XII, 14. Ici, c'est la solidarité qui descend.
23. L'exemple le plus attendrissant et le plus instructif, de cette leçon de deuil donnée par la mort d'un enfant, est celui de David, qui pleure et prie tant que son enfant vit encore, et se relève clans toute sa fermeté et sa dignité, dès que, le septième jour, la mort a frappé. Alors David se leva de terre, se lava, s'oignit. de parfums, changea de vêtements, et il entra dans la maison de l'Eternel et se prosterna; puis, il revint dans sa maison, et il mangea, et ses serviteurs lui dirent : Que veut dire ce que tu fais? Tu as jeûné et pleuré pour cet enfant, lorsqu'il était encore en vie, et après qu'il est mort, tu t'es levé et tu as mangé du pain! Et il dit : Quand ï enfant vivait, j'ai jeûné et j'ai prié, pensant en moi-même : qui sait si V Eternel n'aura point pitié de moi et si l'enfant ne vivra point? Mais maintenant qu'il est mort, pourquoi jeûnerai- je? Pourrai s- je le faire revenir? J'irai vers lui, mais il ne reviendra point vers moi. 2 Sam., XII, 20 — 25. Cette résignation salutaire du monarque hébreu est d'autant plus digne d'admiration, que perdre ses enfants en bas âge était considéré parmi les juifs comme une des plus terribles visilations de la providence. Esaïe, en traçant le tableau d'une ère de prospérité, compte parmi les bénédictions les plus précieuses du moment quil n'y aura plus d'enfants nouvellement nés qui ne vivent que peu de jours. Esa. , LXV, 20.
24. La mort de l'enfant de David et de Batsébah, annoncée par le prophète Nathan, 2 Sam., XII, 14, offre la preuve de fait, que la mort peut être un châtiment pour les parents et une délivrance pour l'enfant : Dieu punit le monarque coupable par ce deuil qui déchire son âme, et délivre le déplorable enfant du fardeau de cette vie; la honte de sa naissance en aurait empoisonné toutes les joies et aggravé tous les devoirs.
La bénédiction du Christ sur les enfants, déjà citée, sous-entend évidemment un développement futur, et la même conclusion peut être déduite de la leçon d'humilité qu'il donne à ses apôtres, lorsque, plaçant un enfant au milieu d'eux et le prenant entre ses bras, il leur dit : Si vous ne changez et ne devenez semblables à cet enfant , vous n'entrerez point dans le royaume du ciel, et quiconque se rendra humble comme cet enfant, sera le plus grand dans le royaume du ciel. Matt., XVIII, 5 ; Marc, IX, 54 ; Luc, IX, 47. C'est donc pour les enfants surtout qu'il est vrai de dire : Le jour de la mort vaut mieux que celui de la naissance. Ecc, VII, 1.
25. Tous les traits, toutes les images qui désignent la mort dans les livres sacrés, confirment la définition que nous en donnons : Sommeil, dont on se réveillera. Matt., IX, 24; Jean, XI, 11. Passage de ce monde vers le Père. Jean, XIII, 1 . Dépôt de Vesprit entre les mains de Dieu, Luc, XXIII, 46, ou de Christ. Act., VII, 59. Destruction de notre tente ou habitation terrestre, remplacée par une maison éternelle dans le ciel. 2 Cor., V, 1 . Délivrance de notre corps. Rom., VIII, 23. Jour de la rédemption. Eph., IV, 50. Départ ou délogement de ce monde pour être avec Christ. Phil., I, 23; 2 Tim., IV, 6. Fin de la course. IV, 7. Repos réservé au peuple de Dieu. Héb., IV, 9. Repos après le travail et l'épreuve. Apo., XIV, 13. Aussi, la mort, sous l'Évangile, est un gain pour le fidèle, Phil., I, 21, et le Christ a délivré ceux que la crainte de la mort rendait esclaves toute leur vie. Héb., II, 15. C'est évidemment en ce sens que Jésus-Christ a détruit la mort et mis en évidence la vie et l'immortalité. 2 Tim., 1, 10.
26. Ce qu'il y a en nous de mortel sera absorbé par la vie. 2 Cor., V, 4. Au jour de la résurrection, on ne se mariera point, Matt., XXII, 50; c'est-à-dire, les relations seront changées. Marc, XII, 25. Luc, XX, 55. La nourriture est pour l'estomac et l'estomac est pour la nourriture; mais Dieu détruira l'un et Vautre, 1 Cor., VI, 15, c'est-à-dire, les conditions de l'existence serort changées, et cette dernière idée, saint Paul la résume en ces termes positifs : Tout ce que j'ai dit revient à ceci, que la chair et le sang (c'est-à-dire, le corps actuel) ne peuvent posséder le royaume
de Dieu et que la corruption ne jouira point de l'incorruptibilité. XV, 50.
27. Mourir n'est que parvenir, selon une image de saint Paul, à l'état d'homme fait et à la mesure parfaite de la stature de Jésus-Christ. Eph., IV, 13.
28. Que d'autres portes eussent pu s'ouvrir pour conduire l'humanité dans la phase de progrès qui suit celle où nous nous trouvons actuellement, c'est ce qu'il est juste de conclure des exemples d'Henoch, Gen., V, 24, et d'Élie, 2 Rois, II, 11. Selon l'expression de répitre aux Hébreux, c'est ne point voir ou goûter la mort, Héb., XI, 5, et cependant sortir de ce monde.
29. V aiguillon de la mort, c'est le péché; 1 Cor., XV, 56; donc sans le péché, il y aurait eu mort, mais mort sans aiguillon.
30. Du progrès dans la vie future, saint Paul dit : je désire sortir de ce monde et être avec Christ; ce qui serait pour moi bien meilleur; Phil., I, 23; du développement physique : le corps est semé dans un état de corruption : il ressuscitera incorruptible ; il est semé dans un étal méprisable : il ressuscitera glorieux ; il est semé dans un état d'infirmité : il ressuscitera plein de force; il est semé corps animal, semblable à celui des bêtes brutes : il ressuscitera corps spirituel, semblable à celui des anges; 1 Cor., XV, 42 — 44. Le Christ transformera notre corps vil et abject, pour le rendre semblable à son corps glorieux. Phil., III, 21.
51. L'Évangile fournit des preuves péremptoires contre l'antique et vulgaire erreur d'un état intermédiaire entre la vie et l'immortalité, quoique le langage des auteurs sacrés s'y conforme souvent. Tous sont vivants pour Dieu, a dit Jésus, Abraham, Isaac, Jacob, dont Dieu est toujours le Dieu. Matt., XXII, 52 ; Marc, XII, 26—27 ; Luc, XX, 57—58. Ces patriarches et tous les prophètes sont dans le royaume de Dieu. Luc., XIII, 28. Lazare est porté par les anges dans le sein d'Abraham, c'est-à-dire dans la vie bienheureuse. Luc, XVI, 22. Moïse et Élie, au sommet du Thabor, avec le Christ
apparaissant un moment sur la terre tel qu'il est toujours dans le ciel, sont dans une profonde plénitude dévie céleste, intellectuelle, affectueuse, religieuse, puisquï/s s'entretiennent de la mort que Jésus devait accomplir. Luc, IX, 30—31 . Quand Marthe dit à Jésus : Je sais que mon frère ressuscitera au dernier jour, il ne renvoie pas si loin son espérance, et lui répond : Celui qui croit en moi, vivra, encore qu'il soit mort. Jean, XI, 25. Jésus promet à ses disciples qu'il leur prépare une place et qu'il les recueillera près de lui, afin, leur dit-il, que là où je serai, vous soyez vous-mêmes aussi. Jean, XIV, 3. Enfin la question est complètement tranchée par la réponse du Seigneur au malfaiteur converti : Tu seras aujourd'hui en paradis avec moi. Luc, XXIII, 43.
Et quand saint Paul soupire après le domicile céleste, 2 Cor., V, 2, quand il préfère quitter ce corps pour être avec le Seigneur, V, 8. quand il déclare qu'il lui serait plus avantageux d'être avec Christ que de demeurer dans ce monde, PMI/, I, 25, ces vœux n'ont aucun sens s'il s'agit d'aller dormir dans le sépulcre. On lit dans l'épître aux Hébreux : Jl est arrêté que tous les hommes meurent une fois, après quoi suit le jugement. Héb., IX, 27.
A tous ceux qui pleurent sur les tombeaux, il est donc juste de dire, comme les anges aux saintes femmes : Pourquoi cherchez-vous parmi les morts celui qui est vivant ? Luc, XXIV, 5.
Il est d'auttnt plus remarquable que l'Évangile dépose con're le système d'un état intermédiaire, qu'on trouve ce système a Imis comme opinion populaire chez les Hébreux dès les temps les plus reculés et que le langage de l'Ancien Testament s'y est partout conformé. Cette question compte donc parmi celles que l'inspiration réservait, si l'on peut ainsi parler, à l'Évangile. On ne sait point l'origine de cette idée, commune à la plupart des anciens peuples, noiamment à l'Egypte; le plus probable est d'y voir une des tentatives malheureuses, mais fort naturelles, de l'esprit humain, pour croire à une immortalité malgré la mort, et se rendre compte des phénomènes du passage de l'une à l'autre. Les Hébreux pensaient qu'à la mort le corps descendait au tombeau, et que l'âme (qu'ils se représentaient comme une essence matérielle plus pure) entrait dans une sorte d'abîme souterrain, le séjour des ombres, des mânes, des âmes. Notre langue n'a pas, comme les langues anciennes, de ter-
mes qui expriment cette dernière idée, et les traducteurs de la Bible ont presque toujours rendu le mot hébreu par tombeau ou sépulcre, quelquefois par fosse, et quelquefois par gouffre ou abîme. Que l'on doive distinguer entre le kever, réceptacle des corps et le schéol, prison des âmes, c'est ce que la plus simple comparaison des textes ne permet pas de révoquer en doute. L'expression si commune dans la Genèse, être recueilli vers ses peuples, autrement : être réuni à ses ancêtres, Gen., XXV, 8—17, XXXV, 29;XLIX, 29; Deut., XXXII, 50; Nomb., XX, 24, s'explique par l'autre terme : descendre dans le schéol. Gen., XXXVII, 35; XLII, 38; XLIV, 29—31. Deux simples remarques suffisent pour démontrer jusqu'à l'évidence la différence du sépulcre et du schéol : 1° Jacob meurt; l'embaumement dure quarante jours ; le deuil égyptien, soixantedix ; le corps est porté en Canaan et mis au tombeau dans la caverne de Macpela; mais Jacob, selon la Genèse, le jour même de sa mort, fut recueilli vers ses peuples. Gen., XLIX, 33; 2° et cette observation, due à un critique célèbre, est aussi frappante qu'ingénieuse ; il n'est jamais dit des animaux qu'ils descendent dans le schéol ; cette expression n'est employée que pour les hommes.
On conçoit que ce système ouvrait à la poésie le champ le plus vaste ; aussi faut-il presque toujours entendre dans un sens poétique les allusions des auteurs sacrés à ce royaume des morts. Pour ne citer que deux traits, qui montrent assez combien la poésie s'est emparée de cette matière, Job, répondant à Bildad et lui traçant un tableau de la puissance divine, dit : les ombres se retirent de terreur devant Dieu, elles qui habitent près des fleuves souterrains. Job, XXVI, 5. Ce passage est sans nul doute la plus ancienne image connue d'un Achéron. — Et dans le discours prononcé par la voix divine, il est demandé au patriarche s'il a pénétré dans les abîmes delà mer, et s'il a vu dans ces profondeurs les portes ouvertes du séjour des âmes; XXXVIII, 17.
Il règne quelque incertitude sur les idées que les juifs se faisaient de la situation des âmes dans leur demeure souterraine. Bons et méchants y étaient rassemblés, et il est certain au moins qu'être englouti vivant dans le schéol était considéré comme une punition extraordinaire et terrible; c'est celle de Coré, Dathan et Abirarn. Nomb., XVI, 30—33. Ce séjour est représenté comme un
lieu d'obscurité, de silence, de sommeil, d'inaclivité. L'Éternel dit à Moïse : voici, tu vas dormir avec tes pères. Deut, XXXI, 16; Job, II 1, 13. Je descendrai, dit Job, pour n'en plus revenir, dans la région des ténèbres et de l'ombre de la mort ; X, 21 . 0 Éternel ! on ne te célèbre point parmi les morts, et qui publierait tes louanges dans le schéol? V 's. VI, 6; LXXXVIII, 11—12, CXV, 17; Ésa., XXXVIII, 18. Dans le schéol où tu vas, il n'y a'plus ni œuvre, ni discours, ni science, ni sagesse. Ecc. IX, 10. Rois et sujets, grands et petits venaient y prendre leurs places, et l'un des passages les plus sublimes d'Ésaïe représente l'arrivée de Nébucadnetzar dans l'empire funèbre. A ton approche, dit le poëte sacré, le schéol s'est ému; il a fait lever de leurs couches tous les princes de la terre et tous les rois des nations; tous s'écrient : Tu es abattu comme nous, tu es semblable à l'un de nous ; du milieu de la magnificence lu as été précipité ici; comment es- tu tombée, étoile du matin?... Ésa., XIV, 9 — 12. Il n'est parlé nulle part, dans l'Ancien Testament, d'un jugement avant d'entrer dans le schéol, ni d'un temps marqué pour en sortir. Toutefois il importe de faire remarquer que FEcclésiaste, qui parle du séjour des morts comme d'un lieu d'oisiveté, dit, en un autre endroit, que Yesprit retourne à Dieu qui l'a donné, Ecc, XH, 9, et que Dieu demandera compte de tout ce qu'on aura fait, même de tout ce qu'il y aura de caché, soit bien, soit mal. XII, 16. Nous avons vu ailleurs que les juifs croyaient à une lin du monde. (Voir chap. xxiv, note 53.)
Il faut conclure de ces rapprochements que Dieu a laissé les juifs, durant l'ancienne alliance, se faire de la vie future les seules idées qui fussent possibles alors, qui fussent proportionnées à leur degré de développement intellectuel et religieux. Ces idées les conduisaient graduellement à celle d'une résurrection générale et d'un jugement dernier, que les juifs avaient adoptées avant même l'Évangile. Je sais, disait Marthe au Seigneur, que mon frère ressuscitera au dernier jour, au moment de la résurrection. Jean, XI, 24. On ne voit pas, en y regardant de près, quelle autre nation était plus avancée ; il n'appartenait qu'au Rédempteur de mettre en évidence la vie et l'immortalité. 2 Tim., I, 10.
Le seul trait du Nouveau Testament qui semble rappeler l'ancienne idée du schéol est ce mot de saint Paul : qu'au nom de
Jésus tout ce qui est au ciel, sur la terre et sous la terre, fléchisse le genou! Phil., II, 10. Mais le sens certainement le plus probable de ce passage, est de n'y voir qu'une rapide périphrase par laquelle l'apôtre désigne les anges, les vivants et les morts.
32. Les fidèles meurent dans la foi, Héb., XI, 13; les méchants et les infidèles, dans leur péché, Jean, VIII, 21 — 24, et leur fin est conforme à leurs œuvres, 2 Cor., XI, 15.
33. Lesauteurs sacrés de la première alliance prennent le plus souvent la doctrine de la fin du monde dans un sens poétique; tantôt la durée du monde exprime, dans leurs écrits, ridée d'une durée indéfinie : les justes te craindront tant que le soleil et la lune dureront dans tous les âges, et il y aura pour eux une abondance de paix jusqu'à ce qu'il riy ait plus de lune. Ps. LXXII, 5 — 7. Le trône de David sera affermi à jamais comme la lune, qui sera témoin fidèle, dans les deux, de cette promesse; LXXXIX, 58. Voici ce que dit l'Éternel qui a formé le soleil, flambeau du jour, et la lune et les étoiles, lumière de la nuit : si jamais [cet ordre du monde cesse, alors seulement la race d'Israël cessera d'être un peuple sous ma protection; Jér., XXXI, 35 — 56. Si vous pouvez rompre mon alliance touchant le jour et la nuit, tellement que le jour et la nuit ne soient plus en leur temps, alors mon alliance avec David sera rompue, XXXIII, 20.
Tantôt la vieillesse ou la destruction du monde sert à faire ressortir l'immutabilité et l'éternité de Dieu : Les deux et la terre périront, mais tu subsisteras toujours; ils vieilliront tous comme un vêtement; tu les changeras comme un manteau ; mais toi, tu es toujours le même et tes années ne finiront jamais. Ps. Cil, 27 — 28.
Cependant les anciens Hébreux croyaient à une fin du monde : Jusqu'à ce qu'il n'y ait plus de deux, les morts ne se réveillèrent point et ne sortiront point de leur sommeil; Job., XIV, 12. Les deux s'évanouiront comme une fumée et la terre vieillira comme un vêtement, et ses habitants mourront ; mais mon salut demeurera à toujours et ma justice ne sera point anéantie, Ésa., LI, 6.
34. D'après le principe d'humilité que le Christ inculquait à ses
apôtres, en leur disant : ce n'est pas à vous de connaître les temps ou les moments que le Père a fixés de sa propre autorité, Act., I, 7, qui peut s'étonner que de la fin du monde il ait dit : quant à ce jour et à l'heure, personne ne le sait, 'pas même les anges du ciel, pas même le Fils, mais seulement le Père. Matt., XXIV, 56; Marc, xm, 52.
35. Dieu lui ayant assujetti toutes choses (à l'homme), il n'a rien excepté de cet assujettissement ; cependant, malgré cette promesse, nous ne voyons pas encore que Dieu lui ait tout assujetti en effet. Héb., II, 8. L'idée du progrès possible, complètement accompli, est clairement exprimée par saint Paul : puis viendra la fin, quand Christ aura remis le roxjaume à Dieu, son père, et qu'il aura anéanti tout empire, toute domination, toute puissance contraires aux siens. 1 Cor., XV, 24.
56. V ennemi qui sera détruit le dernier, c'est la mort. 1 Cor. XV, 26.
57. Voici, je vous enseigne un mystère, dit saint Paul, nous ne mourrons pas tous, mais nous serons tous transformés ; les morts ressusciteront, et nous, nous serons tous transformés. 1 Cor., XV, 51 — 52. La même conclusion peut être déduite des passages où le Christ est nommé le juge des vivants et des morts, en les rapprochant de Tidée du jugement dernier. Act. X, 42; 2 Tim., IV, 1 ; 1 Pierre, IV, 5.
58. L'on peut légitimement conclure des divers traits qu'offrent les annonces de ces événements contenus dans les livres sacrés, que ce renouvellement ne sera accompagné d'aucune douleur : cela se fera, dit saint Paul, en un moment, en un clin d' œil. 1 Cor., XV, 52. Aussi l'apôtre promet la même couronne qu'il espère à tous ceux qui auront aimé l'avènement du Seigneur. 2 Tim., IV, 8. Mais, d'un autre côté, les dernières générations ne jouiront, dans la vie céleste, d'aucun privilège : Nous qui viwons à son avènement, nous ne précéderons pas ceux qui sont morts, 1 Thess., IV, 15 ;
c'est-à-dire notre condition ne sera pas meilleure, plus grande ou plus heureuse.
Voir sur l'époque de la fin du monde et sur les avènements du Christ, liv. VI, chap. lxxv, note 91.
59. Si vous, qui êtes mauvais (et il est évident que cette pensée est prise ici dans un sens relatif), savez donner de bonnes choses à vos enfants, combien plus votre Père céleste donnera-t-il le saint esprit à ceux qui le lui demandent'! Luc, XI, 13.
Si quelqu'un de vous manque de sagesse, qu'il la demande à Dieu, qui la donne à tous libéralement, et elle lui sera donnée. Jac, I, 5. La même certitude d'être exaucé appartenait aux apôtres pour tout ce qui concernait leur ministère : En vérité, je vous le dis, tout ce que vous demanderez à mon Père en mon nom, il vous le donnera. Jean, XVI, 25.
40. Quand vous priez, n'employez pas des redites inutiles comme les païens, qui s'imaginent qu'à force de paroles ils seront exaucés. Malt., VI, 7. A de tels actes de culte, à de telles habitudes de prière s'appliquent les paroles des prophètes : le Seigneur a dit : ce peuple s'apprcche de moi de la bouche, il m'honore de ses lèvres, mais son cœur est éloigné de moi. Ésa., XXIX, 45. Tu es près de leur bouche, mais loin de leurs cœurs. Jér., XII, 2.
41. La longueur des prières est indiquée par le Christ lui-même, comme un des signes caractéristiques de l'hypocrisie. Malheur à vous, scribes et pharisiens hypocrites... qui affectez de faire de longues prières. Matt., XXIII, 14; Marc, XII, 40; Luc, XX, 47. (Voir, sur l'oraison dominicale, liv. VI, chap. lxvi, note 56.
42. La prière de Jésus pendant la nuit de Gethsémané, citée dans le texte, est en quelque sorte une garantie divine de cette définition : elle est admirablement commentée dans l'Épître aux Hébreux : Jésus, pendant les jours de sa vie terrestre, ayant offert des prières et des supplications, accompagnées de grands cris et de larmes, à celui qui pouvait le sauver de la mort, fut exaucé et délivré de son angoisse. Héb., V, 7. La prière fut exaucée, non
par l'obtention de la demande, mais par l'adhésion de la volonté ; non, s'il est permis de parler ainsi, par l'acquiescement de Dieu à Christ, mais au contraire par l'acquiescement de Christ à Dieu. La confiance que nous avons en Dieu, dit saint Jean, est que si nous demandons quelque chose selon sa volonté, il nous exaice. 1 Jean, V, 14. Je demande sans cesse à Dieu dans mes prières que si c'est sa volonté il ni1 ouvre une voie favorable pour me rendre près de vous. Rom., I, 10. Tout ceci explique en quel sens et comment l'on doitjproer sans cesse, 1 Thess.,V, 17; c'est-à-dire, à tout moment, en toute occasion, Phil., IV, 6 ; comme le veut saint Paul, non des lèvres, mais du cœur; est-il un moment où notre volonté ne doive point faire effort pour s'accorder avec la volonté de Dieu? Saint Paul confirme cette théorie de la prière, quand il montre comment l'esprit de Dieu vient dans la prière en aide à notre esprit : Ce qu'il faut demander pour bien prier, dit-il, nous ne le savons pas; mais l'esprit de Dieu intercède pour nous comme avec des soupirs inexprimables, c'est-à-dire, forme en nous des prières ferventes, et celui qui pénètre le fond des cœurs connaît bien les pensées de l'esprit chrétien qui ne demande pour les saints que des choses conformes à la volonté de Dieu. Rom., VIII, 26—27.
Cette définition explique aussi comment devant Dieu les prières sont assimilées aux bonnes œuvres, parce qu'elles sont de même nature et de même valeur ; il est dit à Corneille : Tes prières et tes aumônes sont montées en mémoire devant Dieu. Act., X, 4.
Enfin, le principe de l'accord des volontés divine et humaine dans la prière est explicitement contenu dans la demande de l'Oraison Dominicale sur le pardon des offenses : Si vous pardonnez aux hommes leurs fautes, votre Père céleste vous pardonnera aussi les vôtres; mais si vous ne pardonnez pas aux hommes leurs fautes, votre Père céleste ne vous pardonnera pas non plus les vôtres. Matt., VI, 14 — 15. L'accord, ici, est enjoint comme condition du succès de la prière.
La puissance, la sainteté des prières de Jésus-Christ lui même provient de l'accord parfait de sa volonté et de celle de son Père céleste, qui donne à chaque fidèle la confiance de lui dire, comme Marthe : Je sais que tout ce que tu demanderas à Dieu, Dieu te le
donnera, Jean, XI, 22; et l'imperfection de noire volonté comparée à la volonté parfaite de Dieu explique comment le Seigneur peut faire infiniment plus que tout ce que nous demandons et pensons. Éph., III, 20.
45. La prière du juste faite avec ferveur est d'une grande efficace; Jac, V, 16, surtout dans les afflictions; quelqu'un est-il dans la souffrance, qu'il prie! V, 13.
44. Si la prière a pour but et pour effet de mettre notre volonté en harmonie avec celle de Dieu, il suit que la prière faite à mauvaise intention est nécessairement illusoire et stérile : Vous demandez et ne recevez pas, parce que vous demandez mal et dans la vue de fournira vos voluptés. Jac, IV, 5.
45. Jésus, dans sa prière même la plus générale, disait : Je ne prie point pour le monde. Jean, XVII, 9.
46. Je vous déclare que si deux d'entre vous s'accordent sur la terre à demander une chose quelconque, ils V obtiendront démon Père qui est au ciel ; car lorsque deux ou trois personnes s'assemblent en mon nom, je suis au milieu d'elles. Matt, XVIII, 19 — 20. Je vous conjure de combattre avec moi par vos prières à Dieu. Rom., XV, 50. Vous nous assisterez par vos prières, de sorte que commeplusieurs personnes auront contribué à nous obtenir cette faveur, plusieurs aussi en rendront grâce pour nous. 2 Cor., I, 11 .
47. Je suis sorti nu du sein de ma mère, et nu je retournerai là. Job, I, 21. Nous n'avons rien apporté dans le monde, et il est évident aussi que nous n'en pourrons rien emporter. 1 Tim., VI, 7. Qu'as-tu que tu n'aies reçu? 1 Cor., IV, 7. Qui est-ce qui a donné le premier à Dieu et il lui sera rendu? Rom., XI, 55. L'homme procure-t-il quelque avantage au Dieu fort? Job, XXII, 2. Toute grâce excellente, tout don parfait descend du Père des lumières. Jac, I, 17.
48. On a élevé le doute de savoir si le mot d'Héli, le pontife :
C'est V Éternel, qu'il fasse ce qui lui semblera bon ! 1 Sam., III, 18, était une prière de résignation, ou l'accent du désespoir, qui plie sous un pouvoir irrésistible.
49. Dieu dit à Salomon : Demande-moi ce que tu veux que je te donne. 1 Rois, III, 5 ; 2 Chr. I, 7. Qui expliquera comment Dieu, qui est toujours l'Être infini, arrange sa providence de manière à l'accorder avec le vœu, quel qu'il soit, de Salomon, qui est toujours un agent libre? (Voir liv. V, chap. lui et note 13.)
50. // en sera comme d'un songe, comme d'une vision de la nuit, de toute cette multitude des nations, qui combattent contre Ariel (Jérusalem, Esa., XXIX, 1); ainsi qu'un homme qui a faim, rêve qu'il mange; il se réveille, et se trouve aussi affamé qu'auparavant; ainsi qu'un homme qui a soif, rêve qu'il boit; il se réveille, et se trouve altéré et épuisé.... XXIX, 8. Cette image, qui se retrouve dans les épopées grecque et latine, est un des passages d'Esaïe les plus admirés par les orientalistes; il compare le désappointement de Sanchérib et de son armée, qui se croyaient certains de prendre et de détruire Jérusalem, à la déception d'un homme affamé et altéré qui dans ses songes croit apaiser sa faim et sa soif, et éprouve, en se réveillant, les mêmes ardeurs qu'avant son sommeil. (Voir liv. IV, chap. xliv, note 20.)
51 . Comme les songes naissent de la presse des inquiétudes, on connaît la voix de l'insensé à la multitude des paroles, ou des vœux religieux. Ecc, V, 3. Le sens du mot est ici non de simples paroles, mais des promesses religieuses, et la comparaison, familière d'ailleurs aux poètes de l'Orient, entre les songes et les vœux imprudents et multipliés, portent sur ce que ces vœux s'évanouissent comme les rêves d'une nuit agitée.
52. Dans les curieuses visions par lesquelles le prophèteÉzéchiel fut chargé d'expliquer à ses compagnons de captivité les jugements divins de la ruine de Juda et de la prise de Jérusalem, il est fait abstraction évidente de la distance et de la durée, Ézé., IV, 4 — 8; VIII, 11; XI, 3 et passim, quelque sens que l'on
veuille attacher à ces 'deux sommeils symboliques, que toutes les recherches et les études de la critique sacrée n'ont pas réussi à éclaircir et à faire concorder avec les faits.
53. Je connais, dit saint Paul, parlant, ainsi de lui-même par humilité, un serviteur de Christ qui fut enlevé au troisième ciel (c'est-à-dire, au ciel le plus élevé, selon les idées juives) ; si ce fut avec son corps ou sans son corps, je ne sais, Dieu le sait ; et je sais que cet homme {si ce fut avec son corps ou sans son corps, je ne sais, Dieu le sait ) fut enlevé dans le paradis et y entendit des paroles ineffables. 2 Cor., XII, 2. De cette absence du corps, si l'on peut ainsi parler, de cette suspension momentanée des fonctions des sens, ou de leur surexcitation, il résulte que les impressions qui semblent encore provenir de leur action pendant l'extase, si elle est complète, ou qui en proviennent effectivement, si les sens y aident, varient et se succèdent avec une rapidité prodigieuse, tantôt indistinctes, tantôt précises ; ainsi dans la célèbre vision d'Éliphaz : Le tremblement me saisit ; tous mes os en furent ébranlés ; un vent impétueux passa devant moi; mes cheveux se hérissèrent ; quelqu'un s'offrit à ma vue ; mais je n'en distinguai point les traits, et j'entendis une voix comme un souffle léger, qui me dit : etc. Job, IV, 14.
La puissance que l'âme exerce sur le corps et les sens dans les moments d'extase et d'enthousiasme est connue par une foule d'exemples et s'est manifestée en tout temps. L'Écriture en offre un frappant exemple dans la vie d'Élie. Après son admirable prière, après le sacrifice sur le Carmel allumé par le feu du ciel, après la fin de la sécheresse qu'il a prédite, Élie espère qu'Achab se prononcera contre l'idolâtrie et que la vraie religion va refleurir; il était d'une importance extrême de ne point laisser à lui-même le faible monarque, que l'adroite et impie Jésabel attendait; Élie part du Carmel avec Achab, et celui dont la voix venait d'ouvrir les cieux, courut comme un serviteur devant le char du roi; la distance était d'environ dix lieues : La main de l'Éternel fut sur Élie ; il ceignit ses reins de sa robe, et il courut devant Achab jusqu'à Ventrée de Jizréhel. 1 Rois, XVIII, 46. (Voir liv. IV, chap. xuv, note 21.)
54. Jésus, expliquant à ses apôtres la gloire de Jean Baptiste, leur dit que, depuis sa prédication, le royaume des deux est forcé, et ce sont les violents qui l'emportent, Matl., XI, 12 ; c'est-à-dire, que le zèle, l'enthousiasme religieux, sont réveillés. C'est à l'effet d'un saint enthousiasme que les apôtres attribuent l'expulsion des marchands du temple, que Jésus armé, en signe de mépris, de quelques cordelettes attachées, chasse devant lui : Ils se souvinrent alors de ce qui est écrit : le zèle de ta maison m'a dévoré. Jean, II, 17; Ps. LXIX, 10. C'est aussi un ravissement, un transport d'enthousiasme, que la vive apostrophe par laquelle Etienne interrompt son discours et le calme que répand ensuite dans son âme la vue de la gloire de Dieu et de Jésus à sa droite. Act., VII, 51 — 55. Etienne y puisa la constance de son martyre.