CHAPITRE XL
Choix du Peuple Hébreu, Témoin de la Rédemption et Gardien de la Révélation.
Le peuple chez qui la rédemption doit s'accomplir, le peuple pour qui la rédemption sera, non-seulement le salut, mais un événement de son histoire, prend rang parmi les peuples polygames 77 et stationn aires 7S.
La qualité de peuple stationnaire convenait mieux à ce long et paisible mandat de patience, que celle de peuple mobile. L'héréditaire tranquillité d'une race faisant halte dans la polygamie s'accordait plus aisément avec le devoir d'espérer que l'impétueuse activité des peuples monogames.
Il a été reconnu que la rédemption devait être annoncée pour être possible ; le peuple à qui Dieu réservait de compter le Rédempteur parmi ses concitoyens et de le voir à l'œuvre, a dû être, sinon le premier, du moins le plus clairement averti de sa venue. Son mandat était de l'attendre 79.
Cette attente a fait la vie religieuse et sociale et la responsabilité de ce peuple.
Ce mandat divin était nécessairement unique, puisqu'il ne pouvait y avoir qu'une seule rédemption et un seul Rédempteur 80.
Le choix du peuple juif, pour le remplir, était nécessairement indépendant de toute considération de politique et de sagesse humaine 81.
Et comme la rédemption même est gratuite, le mandat préparatoire était gratuit, et constituait une charge, une tâche, une vocation, et non une récompense, une gloire acquise par des services rendus à la vérité ou des sacrifices faits à la vertu 82.
Ce choix du peuple juif entraînait néanmoins pour lui une immense responsabilité 83.
Enfin, ce choix, de la part de Dieu, était indépendant au point que toute autre race, toute autre nation aurait pu en être T objet 84.
Et de tout ce qui précède résulte cette curieuse et féconde remarque, que la Providence s'imposait en quelque sorte l'obligation de ne rien négliger des secours nécessaires pour que la race d'Abraham pût s'acquitter de sa tâche 85.
La révélation, témoignage et condition indispensable d'une rédemption, n'a pu se trouver qu'entre les mains du peuple à qui était divinement destiné l'avantage périlleux (périlleux par la responsabilité qu'il entraînait) d'assister comme acteur et témoin aux faits de la rédemption et d'en profiter avant tous 86.
Cette nation, comme toutes les nations, a ses historiens, ses poètes, ses moralistes, ses philosophes, ses théologiens, et sa littérature sera l'expression de la révélation, d'après le >rincipe constant que la littérature est l'expression de la société, ou pour mieux dire de ce que la société pense et îroit.
En conséquence, dans sa forme et dans son langage, il îst de toute nécessité que la révélation soit juive.
Nous retrouvons ici l'idée que la révélation, comme la 'édemption, aura un double aspect ; annonce et histoire de ;elui qui est l'Emmanuel et notre frère et qui n'est notre
Rédempteur qu'à ces deux titres, la révélation sera divine et humaine. Comment enseignerait-elle au monde ce qu'il doit savoir de l'Emmanuel, sans que l'enseignement soit divin, et comment échapperait-elle à la nécessité d'être humaine en partie, puisqu'elle constitue nécessairement une littérature?