‹ Le Christianisme experimentalChapitre 79 sur 163 · FIN DU LIVRE TROISIÈME · texte numérisé non relu

FIN DU LIVRE TROISIÈME

1. L'homme né de femme est de courte vie et plein d'ennui. Job, XIV, .1. Le plus beau de nos jours n'est que peine et tourment. Ps. XG, 10. Le juste même a des maux en grand nombre; Ps. XXXIV, 20 ; et tous ces fidèles à la foi desquels l'Écriture rend témoignage n'ont point reçu (en ce monde) ce qui leur avait été promis, savoir, un bonheur parfait. Héb., XI, 59. Nous demeurons comme dans une tente, et tandis que nous sommes dans cette tente nous gémissons comme sous un fardeau. 2 Cor., V, 4. Nous ne sommes que d'hier et nous ne savons rien Job, VIII, 9. La sagesse d'Israël résumait toutes ces imperfections des choses de la terre dans ce mot fameux: Vanité des vanités! tout est vanité, Ecc, 1,2. Qui ne serait frappé des éloquentes et amères plaintes de FEcclésiaste : J'ai accordé à mes ijeux tout ce qui pouvait les charmer; je ne me suis refusé aucune sorte de délices; mon cœur se faisait un charme de toutes ces occupations, et j'ai trouvé que tout était vanité et tourment d 'esprit ! II, 10 — 11 ; et Jésus déclare leur insuffisance absolue en répondant à la Samaritaine : Celui qui boira de cette eau, aura encore soif. Jean, IV, 13. Dans cette situation, qui semble désespérée, le désespoir même n'est point une ressource, la tristesse selon le monde produit la mort, 2 Cor., VII, 10, non plus que la mondanité : Jésus ne donne point la paix comme le monde la donne. Jean, XIV, 27.

2. Si nous disons que nous n'avons point péché, nous tenons Dieu pour menteur. 1 Jean, I, 10. L'Écriture enseigne que le

monde entier est renfermé sous le péché. Gai., III, 22. Tous, Juifs et Grecs (ou Gentils), sont assujettis au péché, selon ce qui est écrit : Il n'y a point de juste, pas même un seul. Rom., III, 9.

5. Personne ne vient au Père que par moi, a dit Jésus. Jean, XIV, 6. C'est par lui que nous avons les uns et les autres (Juifs et Gentils) accès auprès du Père en un même esprit, Éph., II, 18; nous avançons de gloire en gloire par l'esprit du Seigneur. 2 Cor., III, 18. La vie éternelle est de connaître le seul vrai Dieu et celui qu'il a envoyé, Jésus-Christ,iem, XVII, 3, par qui nous acquérons la liberté de nous approcher de Dieu avec confiance selon la foi que nous avons en lui. Éph., III, 12.

Notre définition de la rédemption, qui explique parfaitement d'où vient qu'il est impossible d'être agréable à Dieu sans la foi, Héb., XI, 6, est confirmée, chose remarquable! parla nature et la condamnation du péché dit irrémissible : Je vous déclare, a dit Jésus, que tout péché et tout blasphème sera pardonné aux hommes ; mais le blasphème contrele Saint-Esprit ne leur sera point pardonné; celui qui aura dit quelque chose contre le Fils de l'Homme en obtiendra le pardon; mais celui qui aura parlé contre le Saint- Esprit n'obtiendra son pardon ni dans cette vie ni dans celle qui est à venir. Matt., XII, 51—52; Marc, III, 28—29. L'exégèse s'est ingéniée de diverses manières pour découvrir quel péché est atteint d'une sentence si terrible, et il est inconcevable que le moindre doule ait pu prévaloir. Il est évident que le Seigneur se reporte au péché même commis par les pharisiens, qui, témoins d'un de ses miracles, disent au peuple : Cet homme ne chasse les démons que par le prince des démons ! Matt., XII, 24; Marc, III, 22; et comme, pour qu'on ne puisse s'y tromper, saint Marc, après avoir rapporté la redoutable menace, ajoute que Jésus parla ainsi, parce qu'ils avaient dit : Il est possédé d'un esprit immonde, III, 50, le péché irrémissible consiste donc à attribuer au démon l'œuvre de Dieu. Or, prendre le Rédempteur du monde pour un émissaire et un agent du démon; voir dans la rédemption une œuvre du démon, c'est-à-dire le contraire même d'une rédemption, et par conséquent s'en aller vers le démon à l'aide de la ressource même accordée pour revenir vers Dieu, c'est bien là un péché irrémis-

sible, dans le sens de notre définition du salut, puisque c'est anéantir pour toute son existence le moyen du retour vers Dieu et employer à revêtir d'autant la ressemblance de Satan, type du mal, le moyen unique qui devait servir à revêtir la ressemblance du Créateur. On comprend alors comment s'attaquer au Fils de l'Homme, au Messie semblable à nous, et le méconnaître comme rédempteur, même après un miracle flagrant, est un péché pardonnable, une transgression qui ne laisse point l'âme sans ressource, une erreur qui ne dénature pas toute vérité et toute sainteté, une erreur dont on revient par divers chemins; et l'on comprend aussi comment substituer pour ainsi dire le démon a Dieu dans le fait d'un miracle, c'est se jeter par endurcissement de mauvaise foi dans une erreur volontaire et désespérée qui ferme la porte à tout nouvel appel de la grâce; c'est dépouiller soi-même sa rédemption pour nos deux existences ; car il n'y en a qu'une seule, à ce que nous savons, pour les deux.

A.Les disciples lui dirent : Qui peut donc être sauvé ? Jésus répondit : Quant aux hommes, cela est impossible ; mais quant à Dieu toutes choses sont possibles. Matt., XIX, 26 ; Marc, X, 27 ; Luc, XVIII, 27. Dieu n'est pas un homme comme moi pour que je puisse lui répondis et entrer en procès avec lui ; il riij a point d'arbitre qui puisse interposer so?i autorité entre nous. Job, IX, 52 — 55. Tous sont justifiés par un pur effet de la grâce de Dieu. Rom., III, 25. C'est par grâce que vous êtes sauvés ; cela ne vient pas de vous; c'est un don de Dieu. Éph., II, 8. L'Évangile que j'ai prêché, dit saint Paul, n'a rien de l'homme. Gai., I, II. Aussi, Dieu nous a sauvés et appelés par une vocation sainte, non à cause de nos œuvres, 2 Tim., I, 9 ; il nous a sauvés à cause de sa miséricorde, Tite, III, 5 ; et ce qui relève cet amour, c'est que ce n'est pas nous qui avons aimé Dieu les premiers, mais c'est lui qui nous a aimés. 1 Jean, IV, 10. Le salaire est compté, non comme une faveur, mais comme chose due, Rom., IV, 4, et la rédemption est-elle un salaire?

S. Jésus, prévoyant tout ce que sa mission gagnerait à sa mort, disait aux Juifs : Quand j'aurai été élevé de terre sur la croix, j'attirerai tous les hommes à moi. Jean, XII, 52. Un seul est mort pour tous. 2 Cor., V, 14. Dieu veut que tous les hommes soient

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sauvés et qu'ils parviennent à la connaissance de la vérité. 1 Tim.,

II, 4. Christ s'est donné soi-même en rançon pour tous. 1 Tim., IL 6. La grâce de Dieu est salutaire à tous les hommes. Tite, II, 14 f Christ a souffert la mort pour tous. Héb. II, 9. Christ est la victime qui a expié nos péchés, et non-seulement les nôtres, mais ceux de tout le monde. 1 Jean, II, 2.

6. N'en sera-t-il pas du don de Dieu comme de la chute de l'homme? Si par la chute d'un seul plusieurs sont morts, à combien plus forte raison seront abondamment répandus sur plusieurs la grâce de Dieu et le don procédant de cette grâce, laquelle vient d'un seul homme, savoir, Jésus-Christ... Si par la chute d'un seul homme la mort a régné, à plus forte raison ceux qui reçoivent l'abondance de la grâce et le don de la justice règneront-ils dans la vie par un seul, qui est Jésus- Christ. Ainsi donc que par la chute d'un seul tous les hommes sont tombés dans la condamnation, de même c'est par la justice d'un seul que tous les hommes reçoivent la justification, et comme, par la désobéissance d'un seul homme, plusieurs sont traités comme pécheurs, par l'obéissance d'un seul plusieurs seront justifiés. Rom., V, 15 — 20. La mort étant venue par un seul homme, c'est aussi par un homme qu'est venue la résurrection; et comme tous meurent par Adam, tous ressusciteront par Jésus-Christ. 1 Cor., XV, 21 — 22. En conséquence quiconque croit en Christ ne périt point et obtient la vie éternelle. Jean,

III, 15. Quiconque invoquera le nom du Seigneur sera sauvé. Act., II, 21 . Nous avons tous accès auprès du Père en un même esprit. Éph., II, 18. Christ est notre paix, qui des deux peuples (les Juifs et les Gentils) rien a fait qu'un, en abattant le mur de séparation et les réconciliant les uns et les autres avec Dieu par sa croix. II, 14 — 16.

Dès les commencements de l'Évangile, cette universalité est annoncée par Siméon, le témoin de la nativité : ce salut, dit-il, que tu as préparé pour qu'il soit offert à tous les peuples, la lumière des nations. Luc, II, 51.

Cette solidarité de chute, cette communauté de rédemption, cette affaire de famille, en un mot, a pour base le fait de l'uni lé de la race humaine. (Voir les textes du liv. Y, chap. un, note 14. )

7. Déjà Ézéchiel, sous la première alliance, disait à ses concitoyens : L'Éternel ne prend point de plaisir à la mort de celui qui meurt; convertissez-vous donc et vivez. Ézé., 18 — 32. Dieu a tant aimé le monde, qu'il a donné son Fils unique, afin que quiconque croit en lui ne périsse point et obtienne la vie éternelle. Jean III, 16. Dieu a fait éclater V amour qu'il nous porte, en ce que, lorsque nous n'étions que des pécheurs, Christ est mort pour nous. Rom., V, 8. L amour de Dieu envers nous a paru en ce que Dieu a envoyé son Fils unique dans le monde, afin que nous vivions par lui. 1 Jean, IV, 9.

8. C'est en ce sens que le Christ est nommé Valpha et Voméga, le commencement et la fin, le premier et le dernier. Apo., I. 8 — 11. (Voir les textes du chap. lxxvii, note 104.)

9. Cette universelle proclamation du salut, que saint Paul, dans les termes les plus forts, signale aux Colossiens, l'Évangile, ditil, a été prêché à toute créature sous le ciel, Col., I, 25, cette magnifique application de la solidarité humaine n'est qu'une tromperie, s'il y a un seul homme qui ne puisse être sauvé.

10. Dès l'aurore de l'Évangile, l'usage libre qui en serait fait a été annoncé : Cet enfant, disait Siméon à Marie, sera cause que plusieurs en Israël tomberont et que plusieurs se relèveront, et il sera en butte à la contradiction des hommes. Luc, II, 54. Ce ne serait point se charger la croix du Seigneur, Matt., XVI, 24 ; Luc, IX, 25, que d'être contraint de la porter. Matt,, XXVII, 32 ; Marc, XV, 21. Jésus, dans ses gémissements sur Jérusalem dont il a désiré rassembler les enfants sous ses ailes, exprime toujours ce simple et terrible reproche : Vous ne l'avezpas voulu. Matt., XXIII, 57; Luc, XIII, 54. Il dit aussi : il ne se peut faire qu'il n arrive des scandales. Matt., XVIII, 7 ; Luc, XVII, 1. Et ce libre usage du christianisme va au point que l'instrument de paix peut devenir un instrument de guerre, et que Jésus l'a prévu et déclaré. Ne pensez pas, a-t-il dit, que je sois venu apporter la paix sur la terre ; je suis venu apporter non la paix, mais le glaive ; je suis venu rnettre la division entre le fils et le père, entrela fille et la mère, entre

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la belle-fille et la belle-mère, et V homme aura pour ennemi ses propres parents. Matt. X, 54— 36. Je suis venu allumer un incendie, et quai-je à désirer s'il est déjà allumé ? Luc, XII, 49—55. Aussi nous ne sommes sauvés qu'en espérance. Rom., VIII, 24. Et c'est dans le sens d'une reconnaissance implicite de la liberté sous l'empire de la rédemption comme avant l'Évangile que l'ange dit à l'apôtre : que celui qui est injuste soit encore injuste ; que celui qui est souillé se souille encore ; que celui qui est juste exerce encore la justice et que celui qui est saint se sanctifie encore. Apo., XXII, 11. (Voir liv. I, chap. iv, note 10, et chap. xi, note 45; liv. IV, chap. xlv, note 23 et chap. xlix, note 59.)

11. Jésus envoya les douze et leur dit : N'allez point vers les Gentils et n'entrez dans aucune ville des Samaritains ; mais plutôt allez vers les brebis égarées de la maison d'Israël, Matt., X, 5 — 6, auxquelles seules je suis envoyé. XV, 24. Cependant le Christ avait dit aussi : J'ai encore d'autres brebis (les Gentils) qui qui ne sont point de cette bergerie, il faut aussi que je les amène, Jean X, 16, mais en leur temps; V Evangile est la puissance de Dieu pour sauver tous ceux qui croient, le Juif premièrement et ensuite le Grec. Rom., I, 16. Les apôtres ont suivi cet ordre dans leur ministère : c'est à vous qu'il fallait d'abord annoncer la parole de Dieu, disaient Paul et Barnabas aux Juifs d'Antioche. Act. XIII, 46. C'est que lèvent souffle où il veut et l'on en entend le bruit ; mais l'on ne sait d'où il vient ni où il va, Jean, III, 8 : frappantes et simples images, qui expriment combien Dieu estlibre dans la diffusion de ses grâces. Dieu est le sauveur de tous les hommes. 1 Tim. IV, 10.

12. Jésus-Christ est devenu pour nous, sagesse, justice, sanctification et rédemption. 1 Cor., I, 50. Celui-là nest pas juif qui ne l'est qu'au dehors, et la vraie circoncision n'est pas celle de la chair: le vrai juif c'est celui qui l'est au dedans, et la vraie circoncision est celle du cœur, qui se fait en esprit. Rom., II, 28—29, Celui qui croit au Fils de Dieu reçoit en lui-même le témoignage de Dieu. 1 Jean, V, 10. Quoique l'homme extérieur se détruise en nous, l'homme intérieur se renouvelle de jour en jour. 2 Cor.,

IV, 16. Je prie Dieu de vous accorder, selon les richesses de sa gloire, d'être puissamment fortifiés par son esprit dans Vhomme intérieur. Éph., III, 16. Et qu'y a-t-il de plus personnel à chacun de nous que sa lumière ou ses ténèbres. Autrefois vous étiez ténèbres; à présent vous êtes lumière en Notre-Seiyneur; conduisez-vous donc comme des enfants de lumière. V, 8. Examinez-vous vousmêmes pour voir si vous avez la foi; ne reconnaissez-vous pas vousmêmes que Jésus-Christ est en vous ? 2 Cor., XIII, 5.

15. Jésus dit : Lorsque vous aurez élevé le Fils de V Homme (sur la croix), alors vous connaîtrez qui je suis. Jean, VIII, 28.

14. Dieu s'est réconcilié le monde par Christ. 2 Cor., V, 19 ; et le Christ déclare qu'z7 ne peut rien faire de lui-même. Jean, V, 50; qu'il n'est point venu de lui-même. VII, 28; VIII, 42; que sa doctrine n'est point de lui, mais de celui qui l'a envoyé. VII, 16; que les choses qu'il a apprises de son Père, il les dit dans le monde. VIII, 26 ; qu'il dit ce que le Père lui a enseigné, VIII, 28 ; la vérité telle qu'il l'a apprise de Dieu. VIII, 40 ; qu'il ne parle point de lui-même, mais que le Père, qui Va envoyé, lui a prescrit ce qu'il a à dire et de quoi il doit parler. XII, 49 ; que les paroles qu'il prononce et les œuvres qu'il fait, le Père, qui demeure en lui. les fait lui-même. XIV, 10; et qu'*7 (st descendu du ciel, non pour faire sa volonté, mais la volonté de celui qui l'a envoyé. VI, 58. Aussi, l'Evangile de Christ est la puissance de Dieu. Rom., I, 16. Christ ne s'est point élevé de lui-même à la gloire d'être souverain sacrikateur; mais il a été élevé par celui qui lui a dit: Tu es mon fds! Héb., V, 5. Il a dit lui-même : Le Père est plus grand que ou au-dessus de moi. Jean, XIV, 28; et cependant la simulmeité d'activité et de Dieu et de Christ dans l'œuvre de la Rélemption est telle, que Christ a dit : Je suis en mon Père et mon *ère est en moi. XIV, 10; d'où cet échange de gloire dans l'œurre commune : Glorifie ton Fils, afin que ton Fils te glorifie, XVII, 1 ; et de science pour l'accomplir : De même que mon Père me connaît, je connais aussi mon Père. X, 15. Cette union de lieu et de Christ dans l'œuvre de la Rédemption est si profonde, [ue les attaques de l'iniquité et de l'impiété portent et sur Dieu

et sur Christ ; c'est en ce sens que saint Paul applique à Jésus un mot du Psalmiste, Ps. LXIX, 10, occupé à défendre la gloire de l'Éternel qui semblait attaquée par les désastres de la captivité de Babylone : Les outrages de ceux qui l'outrageaient sont tombés sur moi, Rom., XV, 3, les outrages adressés à celui dont il est dit : Le Dieu qui est ton Dieu t'a consacré comme pontife unique pour le bonheur de l'humanité. Ps. XLV, 8; Héb., I, 9.

15. La parole était au commencement; la parole était avec Dieu, et cette parole était Dieu. Jean, I, 1 . Moi et mon Père, a dit Jésus, sommes un, X, 30, et dans l'empire spirituel de Dieu, tout ce qui est à mon Père est à moi, XVI, 15; XVII, 10. En Christ habite corporellement (c'est-à-dire, en son être) toute la plénitude de la divinité, Col., II, 9, de sorte que l'Évangile le révèle au inonde, dès sa naissance, comme un Emmanuel, mot qui veut dire : Dieu avec nous, Matt, I, 23.

Il faudrait écrire un livre à part pour exposer et discuter l'étude faite pendant dix-huit siècles de christianisme du sens du mot traduit dans nos versions par : la parole. Cette traduction ne rend que très-imparfaitement la pensée de saint Jean, et sans que dans une simple note nous cherchions à défendre notre sentiment, nous nous réduirons à dire que les mots de parole, verbe, discours, emportent l'idée de pensée, d'intelligence, de science; il n'y a point de parole où il n'y a point dépensée, et la parole est la pensée manifestée. L'explication de l'exorde de l'Évangile de saint Jean doit, à notre sens, reposer tout entière sur cette base, et cette explication sera conforme alors à la valeur même du mot logos dans les langues et les écrits de l'antiquité. Appliqué à Jésus, le mot veut donc dire simplement que Jésus est Dieu manifesté, Dieu devenu objectif. Dans le sens subjectif du mot, dans le sens de pensée, intelligence, science, ce serait l'être infini ne sortant point de son infinité, inconnu, invisible, ne se communiquant point ; dans le sens objectif de verbe, c'est donc l'être infini, qui non content de se replier sur lui-même, se communique lui-même par un intermédiaire, intermédiaire nécessairement divin. (Voir, sur le sens dans lequel la création est attribuée au Christ, livre VI, chapit. Lxxvn, note 104.)

16. Celui qui me voit (un me connaît aussi bien qu'un objet se connaît par la vue attentive) voit celui qui m'a envoyé. Jean, XII, 45.

17. La parole, est-il dit, existait au commencement, Jean, I, 1; c'est rapprochant cette notion de nos mesures de durée que le Christ a dit : Personne ne monte au ciel que celui qui en est descendu, le Fils de l'Homme, qui était dans le ciel. Jean, III, 13. Vous verrez le Fils de l'Homme monter où il était auparavant. VI, 62. Avant qu'Abraham fût, fêtais. VIII, 58; et dans sa prière suprême il redemande à Dieu la gloire qu'il possédait avant que le monde fût. XVII, 5.

De ces textes, un seul, Jean, III, 13, peut être disputé; les autres déclarent l'existence céleste et extra- temporelle du Fils de Dieu de la façon la plus explicite. Nous croyons, avec les interprètes les plus dignes de confiance, que ce sont les seuls passages qui ne laissent aucun doute et ne souffrent aucun autre sens ; mais ils suffisent. Le passage, moins positif, pourrait être entendu ainsi : Monter au ciel, dans le langage des écoles juives, signifiait posséder une science extraordinaire ; les choses inconnues étaient, selon cette manière de parler, considérées comme cachées dans les cieux; le sens serait alors : personne ne peut enseigner les choses célestes que moi, et la liaison des idées semble favoriser cette interprétation : Jésus vient de dire à Nicodème : Si vous, docteurs juifs, ne me croyez pas quand je vous parle des choses terrestres, comment me croirez -vous, quand je vous parlerai des choses célestes. III, 12. Ces choses célestes, c'est le spiritualisme complet de la Rédemption, c'est ce que le Christ a désigné ailleurs comme les mystères du royaume des cieux, Matt, XIII, 11 ; et cette vue de la mission du Sauveur était, en effet, pour un docteur d'Israël la plus difficile à saisir. Mais le sens revient alors à une espèce de tautologie : personne ne connaît les choses cachées que... celui qui les connaît, et le dernier trait :... qui était dans le ciel, devrait signifier que celui qui connaît ces choses les a apprises par des communications divines antérieures; cette signification est évidemment forcée, et il est infiniment plus probable d'adopter le sens qui se présente naturellement et de compter cette déclaration au nombre de celles qui attestent l'existence divine de Jésus.

18. Dieu nous a envoyé son Fils dans une chair semblable à celle qui est assujettie au péché. Rom., VIII, 5. Il s'est anéanti luimême en prenant la forme d'un serviteur et en se rendant semblable à nous; il a paru comme un simple homme. Phil., II, 7 — 8. Il y a un seul médiateur entre Dieu et les hommes, savoir : Jésus- Christ, homme. 1 Tim., II, 5. Celui qui sanctifie (Christ) et ceux qui sont sanctifiés (les hommes) ont tous la même origine (ou la même nature) ; c'est pourquoi il n'a pas honte de les appeler ses frères; comme les enfants (de Dieu) ont tous participé à la chair, il y a participé lui-même; il a fallu qu'il fût semblable en toutes choses à ses frères : ayant souffert lui-même lorsqu'il fut éprouvé, il peut secourir ceux qui sont éprouvés. Héb., Il, 11 — '14 — 17 — 18. Nous n'avons donc pas un souverain sacrificateur qui ne puisse compatir à nos infirmités, puisqu'il a été éprouvé en toutes choses. IV, 15; et cette qualité d'homme est dans le Rédempteur tellement inhérente à la rédemption, qu'il la conserve dans l'exercice de sa plus haute prérogative, celle de constater en jugeant l'humanité les effets de la Rédemption : Dieu, dit saint Paul, a arrêté un jour où il jugera le monde par l'homme qu'il a désigné pour cet office. Act, XVII, 51.

Cette similitude parfaite du Rédempteur et des rachetés, sans laquelle une rédemption ne se conçoit pas, a été garantie par tous les signes extérieurs qui sont du lot commun de l'humanité ; la fatigue : Jésus, fatigué du chemin, s'assit près d'une fontaine. Jean, IV, 6 ; la faim : Le matin, retournant à la ville, Jésus eut faim. Matt, XXI, 18; Marc, XI, 12; la soif: sur la croix, Jésus dit: J'ai soif! Jean, XIX, 28, et après sa mort, l'insensibilité cadavérique : Un des soldats lui perça le flanc d'un coup de lance, et aussitôt il en sortit du sang, de l'eau. XIX, 54. Mais cette similitude est bien' plus digne d'attention sous le rapport moral : il connaît la joie : au récit des premiers succès de ses disciples, il est dit que Jésus tressaillit de joie en lui-même. Luc, X, 21. Il connaît les larmes : au milieu du deuil, de la mort de Lazare, il frémit en lui-même et fut profondément ému, et Jésus pleura. Jean, XI, 55 — 55. Il connaît l'amitié : Il aimait Marthe, et sa sœur, et Lazare, au point que les Juifs s'étonnaient de l'ardeur de sa tendresse et se disaient : Voyez comme il V aimait ï XI, 5 — 56. Il

éprouve quelquefois le sentiment du dédain; c'est un signe de dédain qu'on lui voit faire, quand les Pharisiens lui amènent une femme adultère et que, s' étant baissé, il écrit du doigt sur la poussière, VIII, 6, les laissant à eux-mêmes au lieu de leur répondre. Il se rend comme en secret à la fête des Tabernacles, après le départ de sa famille. VII, 10. Lorsqu'il arrive près d'Emmaiis le soir du jour de la résurrection, pour éprouver les deux disciples, il feignit, est-il dit, d'aller plus loin, Luc, XXIV, 28 ; ce qui est le sens incontestable du mot dont l'évangéliste se sert. A tous ces signes, hommes, nous reconnaissons un homme, qui vît de notre vie. (Voir liv. IV, chap. li, note 85.)

La même observation s'applique à la position du Christ comme membre d'une famille. (Voir liv. III, chap. xxxn, note 27.) Il remplit les devoirs que cette situation impose depuis l'adolescence ; il est soumis à ses parents, Luc, II, 41 , et jusqu'à la mort : du milieu des horreurs de la crucifixion, il donne une de ses dernières pensées à sa mère, en la recommandant à saint Jean dans une sublime parole : Jésus, aijant aperçu sa mère et près d'elle le disciple qu'il aimait, dit à sa mère : Femme, voilà ton fils! Puis il dit au disciple : Voilà ta mère! Jean, XIX, 26.

Et il est essentiel de remarquer que Jésus n'a point permis que ses liens de famille pussent être jamais considérés comme donnant le moindre privilège ; ce qui eût été contraire à l'esprit de sa rédemption. C'est dans ce sens qu'il a dit : Celui qui fait la volonté de mon Père céleste, celui-là est mon frère, et ma sœur, et ma mère, Matt., XII, 50; Marc, III, 54; Luc, VIII, 21; et qu'il répondit un jour qu'une femme de la foule éleva sa voix, et dit : Heureux les flancs qui t'ont porté et le sein qui t'a nourri!... Mais plutôt heureux ceux qui écoutent la parole de Dieu et qui la met tent en pratique. Luc, XI, 27 — 28.

19. Il est dit que le Sauveur n'est point venu secourir les anges, mais les hommes. Héb., II, 16, et que la Parole a habité ou vécu parmi nous. Jean, 1, 14.

Le premier de ces textes est souvent traduit : «il n'est point venu revêtir les anges, » c'est-à-dire prendre leur ressemblance, mais celle des hommes. Ce sens, qui s'éloigne complètement des idées

qui précèdent et qui suivent, est un contre-sens; le mot grec ne signifie jamais revêtir, pas plus que le mot les anges ne peut signifier la ressemblance ou la nature des anges. Il s'agit dans la fin de ce chapitre de délivrer de l'esclavage de la mort, et ce sont les hommes qui ont besoin de cette délivrance.

20. Car un médiateur ne l'est pas pour un seul contractant, et Dieu n'en est qu'un seid. Gai., IH, 20.

Ce verset offre dans l'original une si extrême concision, qu'il est une des croix de l'exégèse, qui en compte par centaines les interprétations différentes. A notre avis, quand les mots par euxmêmes sont à la fois si clairs et si incertains, le sens le plus simple, la construction la plus naturelle, doivent être préférés, et les plus ingénieuses interprétations sont les moins probables. On a remarqué avec justesse que ce verset forme une sorte de parenthèse, et qu'on peut l'extraire sans rien changer, rien enlever à la suite des raisonnements de l'apôtre, dont le but est de montrer aux chrétiens judaïsants de Galatie que la loi dont Moïse a été le médiateur a moins d'importance que la promesse du salut dont Abraham a été le dépositaire. Dans le cours de son argumentation, saint Paul se pose l'objection fort naturelle : A quoi sert donc la loi? Elle a été donnée, dit-il, à cause des transgressions jusqu'à ce que fût venu le Fils; ce qui signifie que la postérité d'Abraham était trop rebelle à Dieu pour conserver la promesse sans le secours de la loi; et, craignant alors d'avoir trop froissé l'orgueil national et religieux des Galates en rabaissant ainsi et la nation et la loi, il relève ce qu'il vient d'abaisser en ajoutant que cette loi a été publiée par les anges (que les Juifs croyaient être descendus sur le Sinaï) et par l'entremise d'un médiateur, et il explique alors les transgressions dont il a parlé, en disant : Mais un médiateur ne l'est pas pour un seul contractant, et Dieu n'en est qu'un seul, Dieu qui a tenu et tiendra ses promesses, tandis que vos ancêtres n'ont pas tenu les leurs. Cette interprétation est tout à fait d'accord avec l'ensemble de ce difficile passage.

21 . Sans contredit, le mystère de la piété est grand : celui qui a été manifesté en chair a été justifié par l'esprit, (c'est-à-dire, par

la révélation, les effusions et les dons de l'esprit de Dieu), vu des anges (connu dans sa majesté divine et dans sa mission miséricordieuse par les anges des cieux), prêché aux Gentils, cru dans le monde et reçu dans la gloire. 1 Tim., III, 16. Ce passage trèsremarquable, résumé de la nouvelle alliance, est un des textes les plus incertains. Les anciens manuscrits, les anciennes versions, les endroits des Pères des deux Églises grecque et latine qui Font cité, et l'omission de ce verset dans leurs écrits de controverse, où il devait naturellement prendre place selon le texte et le sens adoptés, tout semble concourir à rendre la véritable rédaction impossible à constater. Tous les monuments varient entre ces trois manières d'écrire : le mystère est grand, Dieu manifesté en chair ; ou bien, qui (au masculin) a été manifesté en chair, et le pronom qui se rapporte à Christ ; ou enfin lequel (au neutre) a été manifesté en chair, et alors lequel se rapporte au mystère. La première rédaction est rejetée aujourd'hui par le très-grand nombre des critiques ; il est certain qu'elle n'est point appuyée par la majorité des monuments, et que tel des anciens manuscrits a été défiguré, pour la faire prévaloir, par une surcharge que la différence de teinte dans l'encre a trahie. D'ailleurs, elle donne un sens inacceptable, et auquel, ce nous semble, on n'a pas prêté assez d'attention: si le mot Dieu est au commencement du verset, que peut signifier le mot qui le termine : reçu dans la gloire, qui rappelle l'ascension? comment dire de Dieu qu'il a été reçu dans la gloire? c'est une manière de parler absolument étrangère aux épîtres de saint Paul. Les deux autres rédactions se balancent pour le sens, parce le mot mystère peut très-bien désigner le Christ; ce qui ne s'éloigne point du style de l'apôtre et de l'emploi que les Pères ont fait de ce mot. Mais les plus nombreux et les plus anciens monuments favorisent la rédaction qui met le pronom grec au masculin et le rapporte à Christ ; et alors cette concise et frappante énumération des merveilles de l'Évangile justifie pleinement le point de départ de l'apôtre, la grandeur de ces mystères.

22. Personne ne m'ôte la vie, dit le Seigneur; c'est de moi-même que je la quitte; j'ai le pouvoir de la quitter et le pouvoir de la

reprendre, Jean, X, 18; et même au moment de son arrestation, il dit à Pierre : Je pourrais maintenant prier mon Père, qui me donnerait aussitôt pour défenseurs d'innombrables légions d'anges. Matt., XXVI, 53. Selon saint Paul, il s'est donné lui-même pour nous, Gai., I, 4; II, 20; 1 Tim., II, 6; Tite, II, 14; il n'a point eu de complaisance pour lui-même, Rom., XV, 5; étant riche, il s'est fait pauvre, afin que par sa charité nous fussions enrichis, 2 Cor., VIII, 9 ; et nous avons connu la charité de Jésus-Christ, qui a donné sa vie pour nous. 1 Jean, III, 16.

25. Saint Luc rapporte qu'après les épreuves dont Jésus fut assailli à l'entrée de son ministère, et qui furent celles, non d'un simple homme, mais d'un divin rédempteur, le démon, ayant achevé de tenter Jésus, s'éloigna de lui pour un temps, Luc, IV, 15; et au moment des premières prédictions de sa passion et de sa mort, les embrassements et les affectueux reproches de ses disciples furent une tentation pour lui : Pierre lui dit : A Dieu ne plaise, Seigneur, que ces choses t'arrivent ! Jésus lui répond : Arrière de moi, tentateur! Tu neutres pas dans les vues de Dieu; tu n'as que des pensées humaines. Matt., XVI, 25; Marc, VIII, 53.

24. Le Baptiste avait enseigné que Dieu ne donnerait point par mesure son esprit au Messie. Jean, III, 54. Toutes choses, dit le Christ, mont été enseignées par mon Père, Matt., XI, 27 ; Luc, X, 22 ; et la liaison montre que ces mots toutes choses désignent ici tous les enseignements de rédemption que le monde devait recevoir du Sauveur. Je sais d'où je suis venu, Jean, VIII, 14, a dit Jésus, qui savait que le Père avait remis toutes choses entre ses mains, XIII, 5 ; et que Dieu l'exauce toujours, XI, 42 ; et quant à sa mort, il a su d'avance quand l'heure était venue pour lui de passer de ce monde vers son Père, XIII, 1. De là toutes ses prédictions de sa passion, et la fermeté tranquille avec laquelle il envisageait, non sans émotion, cette issue terrible : Maintenant mon âme est troublée, et que dirai- je? Mon Père, délivre-moi de cette heure ? Mais c'est pour cette heure même que je suis venu. XII, 27. Il savait tout ce qui devait lui arriver. XVIII, 4.

25. Maître, reprends tes disciples, lui disait-on au bruit des acclamations de son entrée à Jérusalem; Jésus, sûr de sa gloire, répond : Si ceux-ci se taisent, les pierres mêmes crieront. Luc, XIX, 40.

26. Dans sa prière sacerdotale, Jésus dit à Dieu : J'ai achevé l'œuvre que tu m'avais donnée à faire, Jean, XVII, 4; et au moment d'expirer, il s'est rendu ce simple et magnifique témoignage : Tout est accompli! XIX, 50.

27. Dieu a envoyé son Fils, né de femme, Gai., IV, 4 ; né selon la chair de la race de David, Rom., I, 3; et sorti de la tribu de Juda. Héb., VII, 14. (Voir liv. III, chap. xxxi, note 18.)

28. La Parole est devenue chair (c'est-à-dire, homme), Jean, I, 14 ; et au commencement de son ministère, Jésus, est-il dit, était âgé d'environ trente ans. Luc, III, 25.

29. Alors Jésus, ayant jeté un grand cri et baissant la tête, expira. Matt., XXVII, 50; Marc, XV, 57; Luc, XXIII, 46; Jean, XIX, 30. On le descendit de la croix et on le déposa dans un tombeau. Act., XUI, 29.

50. // était impossible qu'il restât assujetti dans les liens de la mort. Act., II, 24. Il a fallu qu'il ressuscitât des morts. XVII, 5.

51. Sans les oracles annonçant le Messie, les Juifs auraient eu droit et raison de dire de Jésus : Nous savons que Dieu a parlé à Moïse; mais pour celui-ci, nous ne savons d'où il est. Jean, IX, 29.

52. Examinez avec soin les Écritures; car ce sont elles qui rendent témoignage de moi. Jean, V, 59. Moïse a écrit de moi, dit le Christ aux Juifs ; et si vous n'ajoutez pas foi aux écrits de Moïse, comment ajouterez vous foi à mes paroles? V, 46 — 47. Comment (si les anges me délivraient) s'accompliraient les Écritures, qui ont prédit que ces choses devaient arriver. Matt., XXVI,

54. Que votre cœur, dit-il aux deux disciples d'Emmaùs, est lent à croire tout ce qu'ont dit les prophètes ; et commençant par Moïse et continuant par les prophètes, Jésus leur expliquait ce qui avait été dit de lui dans les Écritures. Luc, XXIV7, 26. Dieu a accompli de la sorte ce qu'il avait annoncé par les prophètes touchant les souffrances du Christ, Act., III, 18; et la première prédication de l'Évangile consistait à prouver parles Écritures que Jésus était le Christ. XVIII, 28. (Voir, sur le nombre des oracles et leur degré de clarté, liv. IV, chap. xlix, notes 59 et 60.)

'■' 53. C'était par le désir vague de ne point rabaisser la venue du Messie au niveau des naissances et des œuvres ordinaires de ce monde que quelques esprits avaient adopté un préjugé, dont l'Évangile offre la trace : Quand le Christ viendra, personne ne saura d'où il est, disaient des Juifs de Jérusalem pour justifier leurs doutes, Jean, VII, 27, et d'autres ont été trompés par son humanité même, tant elle était en tout conforme à la nôtre : N'est-ce pas là le charpentier, disaient-ils ; le fils du charpentier, le fils de Marie, le frère de Jacques, de Jean, de Jude, de Simon? Ses sœurs ne sont-elles pas toutes parmi nous? Matt., XIII, 55; Marc, VI, 5. N'est-ce pas ici le fils de Joseph, duquel nous connaissons le père et la mère : comment donc peut-il dire : Je suis descendu du ciel? Jean, VI, 42; et ses frères ne croyaient pas en lui. VII, 5. Au même point de vue, sa fin est un scandale ou une folie, 1 Cor., I, 23; et la question posée entre les Juifs et les chrétiens n'est qu'une dispute au sujet de leurs-superstitions et de la mort d'un certain Jésus, que Paul affirmait être vivant. Act., XXV, 19.

34. Abraham désirait avec ardeur de voir le jour de mon avènement; il Va vu (en idée, en espoir,) et il s'en est réjoui. Jean, VIII, 56. Des prophètes, des justes, des rois ont désiré de voir les choses que vous voyez, et ne les ont point vues, et d'entendre les choses que vous entendez, et ne les ont point entendues. Malt., XIII, 17; Luc, X, 24. L'Écriture, prévoyant que Dieu devait justifier les Gentils par la foi, a évangélisé par avance à Abraham, en lui disant : Toutes les nations seront bénies en toi; ainsi ceux qui

croient sont bénis avec Abraham, qui a cru, Gai., III, 8 — 9 ; et le Seigneur a dit à Thomas : Parce que tu as vu, tu as cru [heureux sont ceux qui ri ont pas vu et qui ont cru, Jean, XX, 29, c'est-à-dire, les fidèles de l'ancienne alliance, qui ont vécu avant les temps de l'Évangile. Tous ces fidèles sont morts dans la foi, sans avoir reçu les choses qui leur avaient été promises; ils les ont vues seulement de loin et les ont embrassées, Héb., XI, 15; placés devant la rédemption dans la situation où nous sommes devant l'immortalité.

55. C'est en ce sens que Jésus dans le sermon sur la montagne disait, non pas seulement à quelques hommes d'élite, mais à la foule, au milieu de laquelle sans doute il voyait déjà ses apôtres : Vous êtes le sel cfe la terre, ou du monde, du genre humain ; mais si le sel perd sa saveur, avec quoi le salera-t-on? il n'est bon qu'à être jeté dehors et foulé aux pieds. Matt, V, 15. Cette image proverbiale, empruntée à la propriété du sel d'être un préservatif contre la corruption, a été plusieurs fois employée par le Christ, Marc, IX, 49; Luc, XIY, 54, et appliquée directement à ses apôtres. Que dans le sermon sur la montagne le mot s'applique à la foule, c'est une question qui semble dépendre de celle de savoir si ce discours est un recueil d'enseignements divers que saint Matthieu a réunis, ou si le Christ l'a prononcé tel que l'évangéliste le rapporte. Mais quand on admettrait que ce discours a été ainsi rédigé par l'historien sacré, ce que la comparaison des parallèles dans saint Marc et saint Luc rend plus que probable, est-ce immédiatement après les sept béatitudes et après avoir écrit : Jésus, voyant tout ce peuple, monta sur une montagne ; et quand il se fut assis, ses disciples s'approchèrent de lui ; alors il se mit à parler.... Matt. V, 1, que saint Matthieu aurait inséré un mot adressé seulement aux apôtres? L'image qui suit : la ville située sur une montagne, Matt. V, 14, porte à penser qu'il avait tout le peuple en vue. (Voir liv. III, ckap.xxxvi, note 66.)

56. Il est tellement dans l'essence des alliances divines de stipuler pour l'avenir, que Moïse disait aux Juifs : Ce n'est pas seulement avec voxis que je traite cette alliance, scellée de ces malédictions; avec vous, dis-je, qui êtes aujourd'hui présents ici

avec nous devant V Éternel notre Dieu ; mais encore avec ceux qui aujourd'hui ne sont point ici avec nous, c'est-à-dire, avec vos descendants. Deut., XXIX, 15. La même pensée est exprimée par saint Pierre au sujet de la nouvelle alliance dans le sens le plus général : Convertissez-vous, disait-il aux Juifs, ....pour obtenirla rémission des péchés, et vous recevrez le don du Saint-Esprit, car cette promesse regarde vous et vos enfants, et tous ceux qui sont au loin en aussi grand nombre que le Seigneur notre Dieu les appellera. Act., II, 38. Il y a deux observations graves à faire sur ces versets : on a voulu entendre la promesse dont il est question, non de la rémission des péchés, mais du don du Saint- Esprit ; dans la pensée de l'apôtre, l'un n'allait pas sans l'autre, et, comme le pardon, le salut est le but, et les grâces divines du moment, le moyen, il est impossible de restreindre ainsi la pensée de saint Pierre; en deuxième lieu, on a voulu entendre des Gentils les mots : tous ceux qui sont loin; mais saint Pierre alors ne comprenait pas encore la vocation des Gentils, ( Voir liv. IV, chap. xlvii, note 47), et le terme de l'original désigne tout aussi fréquemment Téloignement dans le temps que l'éloignement à distance ; saint Pierre promet donc aux Juifs, dans cette fin de son discours, que ce salut appartiendrait à leur postérité.

57. Les justes de l'alliance préparatoire sont tous, chacun selon son degré de lumière et de foi, des Siméon et des Joseph, qui attendaient la consolation d'Israël et le règne de Dieu, Luc, II, 25 ; Marc, XV, 43 ; et au moment de l'accomplissement des promesses divines, le nombre était grand à Jérusalem de ceux qui nourrissaient cette attente. Luc, II, 38.

58. L'Évangile, partout, est donné comme un témoignage ; les apôtres, les évangélistes sont des témoins ; ce point de vue est celui du Christ lui-même. Vous me servirez de témoins à Jérusalem, dans toute la Judée, en Samarie, et jusqu'aux extrémités de la terre Act. I, 8. Aussi les apôtres disaient : Vous avez fait mourir le prince de la vie, que Dieu a ressuscité, comme nous en sommes témoins. III, 15. C'est lui que Dieu a établi prince et sauveur, pour convertir Israël; nous l'attestons de sa part. V, 32, Si Christ

n'est pas ressuscité, dit saint Paul, il se trouverait même que nous sommes de faux témoins, par rapport à Dieu ; car nous avons rendu de lui ce témoignage, qu'il a ressuscité Jésus-Christ. 1 Cor., XV, 45. En effet, l'apostolat même de saint Paul est érigé en témoignage de la vérité des faits de la mission du Sauveur, quoiqu'il n'y fût point présent : le Dieu de nos pères, lui dit Ananias, son consécrateur, t'a destiné à voir le Juste, et tu lui serviras de témoin devant tous les hommes. Act., XXII, 45. Dans la vocation même de cet apôtre, divine jusque dans sa forme, les titres de ministre de Christ et de témoin de ses merveilles sont employés comme synonymes. XXVI, 16. Saint Pierre réclame la confiance des pasteurs comme témoin des souffrances de Christ, 4 Pierre, V, 4 . Saint Jean commence sa première épître, la lettre d'envoi de son évangile, par cette déclaration : Ce qui est arrivé dès le commencement (de la mission du Seigneur), ce que nous avons entendu, ce que nous avons vu de nos yeux, ce que nous avons contemplé et ce que nos mains ont touché concernant la parole de vie, nous vous V annonçons, 4 Jean, I, 4, langage parfaitement d'accord avec ces mots de l'apôtre, racontant sa visite au tombeau du Sauveur : L'autre disciple, qui était arrivéle premier au sépulcre, y entra aussi, et il vit, et il crut. Jean, XX, 8.

39. Au sein de sa famille, on agissait à l'égard de Jésus avec la tendresse, l'insistance, la familiarité que le lien de famille admet. Devant la foule, ses parents lui rendaient les soins, ou affectueux, ou importuns, que les circonstances, à leur jugement, semblaient exiger. Ils entrèrent (Jésus et ses disciples] dans une maison (à Capernaûm) où il s'assembla encore une si grande foule, quils ne pouvaient même prendre leur repas. Les parents de Jésus, ayant appris ce qui se passait, vinrent pour l'emmener ; car, disaient-ils, il va tomber en défaillance. Marc, III, 20 — 24 . (Voir encore livre III, chap. xxxi, note 48.)

40. Comment toi qui es Juif, me demandes-tu à boire? lui disait la Samaritaine. Jean, IV, 9. Suis- je Juif (sous-en tendez : comme toi), lui dit Pilate ; fes compatriotes font livré, qu'as- tu fait? XVIII, 35.

41. Comme le peuple en foule se faisait baptiser, Luc, III, 21, Jésus vint de Galilée auprès de Jean pour recevoir de lui le baptême. Jean résistait en disant : C'est moi qui ai besoin d'être baptisé par toi, et tu viens à moi. Jésus lui répondit : Ne t'y oppose pas; car il faut que nous accomplissions ainsi tout ce qui est convenable. Matt., 111,15—15. Cette explication est la seule plausible du baptême de Jésus. A l'époque de l'Évangile il fallait, parmi les Juifs, politiquement et religieusement, s'affilier à l'une des sectes, l'une des écoles du moment; s'isoler, garder une espèce de neutralité, s'épargner de prendre parti et de professer une opinion, était impossible. Quand les bannières du moment, dans la vie politique et religieuse d'une nation, ont rallié tout le monde, il devient indispensable d'en choisir une. Telle était alors la situation des Juifs, et Jésus, s'il s'était tenu complètement à l'écart, surtout au commencement de son ministère, se serait créé des difficultés nouvelles. L'école du Précurseur ne se bornait pas à nourrir et répandre l'attente prochaine du Messie; elle constituait une réforme des mœurs et un premier pas loin du formalisme du culte mosaïque vers le spiritualisme du culte nouveau. Jésus, en recevant le baptême de saint Jean, s'affiliait à l'école la plus morale, la plus pieuse de son temps, et prenait publiquement sa place et son rang dans le mouvement; religieux de l'époque. Tout était avantage dans cet acte et de prudence et de franchise; il ne s'y mêlait, pour la suite de l'œuvre du Christ, aucun inconvénient; à mesure que sa mission se développait, le caractère de l'adepte s'effaçait dans celui du Messie, et l'école de saint Jean, n'étant constituée que pour attendre l'accomplissement des promesses , disparaissait d'elle-même devant leur accomplissement.

42. Dieu a envoyé son Fils assujetti à la foi mosaïque. Gai. , IV, 4, dit saint Paul. Jésus a célébré les fêtes solennelles du culte lévitique, pour lesquelles il se rendait régulièrement à Jérusalem, notamment la fête de Pâques. Jean II, 13; V, 1 ; VI, 4; XIII, 1. Son assiduité à cet égard était de notoriété publique : les Juifs se disaient les uns aux autres : Que vous en semble? ne viendra -t-il point à la fête? XI, 56. Et le prix qu'il attachait aux actes du culte de sa nation respire dans cette touchante parole qu'il adresse à ses

apôtres, au moment de son dernier repas avec eux : Quand l'heure fut venue, il se mit à table avec les douze et leur dit : J'ai souhaité avec ardeur de manger cette pâque avec vous avant de souffrir. Luc, XXII, 15.

45. La quinzième année de l'empire de Tibère César, Ponce Pilate étant gouverneur de Judée; Eérode, tétr arque de Galilée; Philippe, son frère, tétrarque de l'Iturée et de la Trachonite ; Lysanias, tétrarque (TAbylène; Anne et Catphe, souverains sacrificateurs... Luc, III, 1—2.

44. Les brebis (du bon Pasteur) ne suivraient point un étranger; au contraire, elles le fuiraient, parce qu'elles ne connaissent point la voix des étrangers. Jean, X, 5.

45. Le salut vient des Juifs, a dit le Seigneur, Jean, IV, 22, c'est-à-dire, a été accompli au sein de cette nation. Le salut, c'est le fond; qu'il vienne des Juifs, ce n'est que la forme ; (Voir liv. IV, en. li, et les notes) ; et partout dans l'Evangile on voit, dans les faits, même dans les moins graves comme dans les plus essentiels, la preuve que la forme, l'accomplissement, les circonstances sontle produit du temps, du lieu, du peuple au milieu desquels le Christ a paru. Le peuple était partagé à son sujet. Mais, disait-on, quelqu'un des magistrats ou des Pharisiens a-t-il cru en lui? Jean, VII, 43 — 48. Les principaux sacrificateurs et les Pharisiens assemblèrent le conseil et dirent : Que ferons-nous ? cet homme opère beaucoup de miracles : si nous le laissons faire, tout le monde croira en lui, et les Romains viendront détruirenotreville et notre nation. Mais l'un d'eux, Caiphe, souverain sacrificateur de cette année, leur dit : Vous n'y entendez rien, et vous ne considérez pas qu'il est de notre intérêt qu'un homme meure pour le peuple, et que toute la nation ne périsse pas. Depuis ce pur, les Juifs résolurent de faire mourir Jésus. XI, 47 — 55. Nul des grands de ce monde n'a connu la sagesse de Dieu ( c'est- à- dire l'intention de Dieu en envoyant le Sauveur au monde) ; car s'ils l'eussent connue, ils n'auraient pas crucifié le Seigneur de gloire. 1 Cor., II, 8. Les habitants de Jérusalem et leurs magistrats n'ont point reconnu le Christ; n'ayant pas compris les paroles des prophètes, lues chaque sabbat, ils les ont accom~

plies en condamnant Jésus, et, bien qu'ils ne trouvassent rien en lui qui fût digne de mort, ils ont demandé à Pilate de le faire mourir. Act., XIII, 27 — 28. Pilate abandonna Jésus à leur volonté, Luc, XXIII, 25; et cependant, jusqu'au dernier moment, Dieu pouvait le sauver de la mort. Héb., V, 7. Ce dernier trait mérite une grande attention ; il fait partie du commentaire que l'épître aux Hébreux renferme de la prière de Jésus pendant la nuit de l'agonie, et il en résulte que, si la mort du Sauveur était ce qu'on a appelé, en langage théologique, un décret irrévocable ou un fait de nécessité absolue, la prière suprême du Christ n'a aucun sens; car il demande ce qu'il sait ne pouvoir obtenir. Ceci est vrai, au point que, dans l'intérêt d'opinions préconçues, on a essayé d'altérer le lexte, et de l'entendre en ce sens que Christ demande, non que la mort lui soit épargnée, mais que son agitation se calme; ce qui lui est accordé par la certitude de la résurrection ! Il suffit de relire la prière de Jésus et les réflexions de l'épître aux Hébreux pour découvrir le faux de ces interprétations forcées. (Voir liv. II, chap. xxv, note 42.)

46. C'est l'esprit (le sens véritable et spirituel) qui vivifie; la chair (les formes, les images, les mots) ne sert de rien : les paroles que je vous dis sont esprit et vie. Jean, VI, 63.

47. Ce n'est pas comme à des hommes spirituels, écrivait saint Paul aux Corinthiens, cest comme à des hommes charnels, à des enfants en Christ, que j'ai dû vous parler. 1 Cor., III, 2. (Voir, sur le sens de ces épithètes, liv. VI, chap. i.xvn, note 28) ; et les Hébreux sont censurés de s'être arrêtés aux premiers éléments de la parole de Dieu, et réduits à avoir besoin de lait plutôt que d'une nourriture solide. Héb., V, 12.

48. Quand Jésus eut achevé ce discours (le sermon sur la montagne), le peuple fut rempli d'admiration pour sa doctrine; car il enseignait comme ayant de l'autorité, et non pas comme les scribes. Matt., VII, 28—29.

49. Tous lui rendaient témoignage et admiraient les paroles pleines de grâce qui sortaient de sa bouche. Luc, IV, 22. L'exprès-

sion pleines de grâce, employée dans ce passage, désigne des discours remarquables par leur douceur attrayante et qui gagnaient tous les cœurs. Ces hommes retournèrent vers les principaux sacrificateurs et les pharisiens, qui leur demandèrent pourquoi ils ne l'avaient point amené. Mais les huissiers répondirent : Jamais homme n'a parlé comme cet homme ! Les pharisiens leur répliquèrent : Vous seriez-vous laissé séduire? Jean, VII, 45 — 47.

50. Dieu, selon Daniel, changeles temps et les saisons, c'est-àdire gouverne les grands changements des destinées du monde, Dan., II, 21; et les termes expressifs et élevés qui désignent dans les écrivains sacrés l'époque de la rédemption annoncent clairement une intention précise et profonde dans le choix de l'époque de la venue du Sauveur : Le temps de la Visitation de Dieu, Luc, XIX, 44 ; l'accomplissement, la plénitude du temps ou des temps, Gai., IV, 4 ; Eph., I, 10; les derniers temps ou les derniers jours, 2 Tim., III, 1 ; 1 Pierre, I, 20 ; 1 Jean, II, 18; le temps de la ré formation de toutes choses. Héb., IX, 10. Ces vues sont facilement confirmées par l'étude des textes suivants : Il me faut faire, dit Jésus, les œuvres de celui qui m'a envoyé, tandis qu'il est jour ; la nuit vient, dans laquelle personne ne peut travailler. Jean, IX, 4. Christ est mort au temps marqué. Rom., V, 6. Voici présentement ce temps favorable, ce jour du salut, prédits autrefois. 2 Cor., VI, 2. L'espérance de la vie éternelle a été promise dès les anciens jours par le Dieu de vérité, qui a manifesté en son temps sa parole, ïite, I, 2 — 3 ; et qui peut douter que Jésus n'ait accompli le premier dans sa mission le devoir qu'il impose à ses apôtres dans la leur, d'imiter l'économe fidèle et prudent que le maître a établi sur ses serviteurs pour leur distribuer la nourriture spirituelle au moment convenable. Matt., XXIV, 45; Luc, XII, 42. Une conséquence importante qui résulte de tout ce qui précède est qu'il n'y a eu qu'un temps pour la rédemption : Le temps viendra, a dit Jésus, où vous désirerez voir un des jours du Fils de l'Homme, et vous ne le verrez pas. Luc, XVII, 22. La lumière est encore avec vous pour un peu de. temps. Jean, XII, 55. Il est extrêmement remarquable qu'avant Daniel, qui le premier prédit l'époque de l'Évangile et de la dernière ruine des Juifs, et calcule

prophétiquement les semaines d'années qui devaient s'écouler encore, Dan., IX, 25, etc. ; Matt., XXIV, 45 ; Marc, XIII, 14, il n'y a pas dans l'Écriture sainte la moindre vue anticipée du nombre des siècles encore réservés de l'attente du Messie, quelques efforts que les prophètes aient tentés pour discerner le temps et les conjonctures de la rédemption. 1 Pierre, 1, 11.

51. Une parole de Jésus dans sa prophétie de la ruine des Juifs et des afflictions, des désastres qui l'ont accompagnée, montre assez avec quel soin miséricordieux la Providence a, en quelque sorte, mesuré la durée de ce temps d'épreuve et resserré ces événements terribles qui se rattachaient aux événements mêmes de la rédemption : Si le Seigneur n'avait pas abrégé la durée de ces temps, personne n'échapperait ; mais il l'a abrégée en faveur de ses élus. Matt., XXIV, 22 ; Marc, XIII, 20.

52. Toutes ces données sont parfaitement d'accord avec l'intention divine de la rédemption, que les textes suivants présentent au point de vue particulier dont il s'agit : Dieu n'a point envoyé son Fils dans ce monde pour condamner le monde, mais afin que le monde fût sauvé par lui. Jean, III, 17. Jésus-Christ s'est donné lui-même pour nos péchés, afin de nous retirer de la corruption de ce siècle, selon la volonté de Dieu notre Père, Gai., I, 4 ; et son Précurseur le désignait comme l'Agneau de Dieu qui ôte le péché du monde. Jean, I, 29.

55. C'est dans cet esprit que l'Évangile juge l'antiquité : Dans les siècles passés, Dieu a laissé marcher toutes les nations dans leurs voies. Act., XIV, 16. Dieu a voulu que les hommes alors le cherchassent comme en tâtonnant; mais il a laissé passer ces temps d'ignorance, et il ordonne maintenant en. tous lieux à tous les hommes de se convertir. XVII, 27 — 50. Ceux qui auront péché sans avoir reçu la loi révélée périront sans être jugés par la loi. Rom., II, 12. Ces siècles sont les jours de la patience de Dieu. III, 24. Dieu avait laissé, comme captifs, tous les hommes sous la désobéissance, pour faire ensuite miséricorde à tous, XI, 52; et saint Paul lui-même condescend à pallier jusqu'à un certain point les

erreurs de l'idolâtrie, en les attribuant à la force du sens religieux : Athéniens, disait-il, je vous trouve en toutes choses dévots jusqu'à l'excès. Act, XVII, 22. Le même apôtre considère la condition des hommes avant l'Évangile comme un état à la fois de péché et de malheur : Nous étions tous autrefois de ces rebelles, lorsque nous vivions selon les inclinations de la chair, nous abandonnant à ses volontés et à ses pensées ; et ainsi nous étions naturellement des enfants de colère comme les autres hommes.... Vous donc qui étiez nés Gentils, souvenez-vous qu'alors vous étiez sans Christ, séparés de la république d'Israël, étrangers aux alliances et aux promesses, sans espérance et sans Dieu dans le monde. Eph., 11,5 — 12.

M. L'Évangile, d'accord avec toute l'histoire profane, accuse partout les accroissements graduels de l'iniquité, l'empire du péché, l'éloignement et l'oubli de Dieu : Le monde me hait, disait Jésus, parce que je fais voir ouvertement que ses œuvres sont mauvaises. Jean, VII, 7. Le terrible tableau des mœurs païennes qui ouvre l'épitre aux Romains témoigne assez de la corruption universelle et depuis longtemps croissante ; deux traits surtout sont à noter : Ces hommes ont reçu en eux-mêmes la récompense que méritait leur égarement, Rom., I, 27; et la liaison des idées montre que la punition de ces redoublements d'iniquité a été, selon saint Paul, les excès mêmes de l'idolâtrie qui en avait ouvert la voie. De plus, il dépeint la corruption de l'époque comme réfléchie et raisonnée : Non-seulement ils font eux-mêmes ces choses, mais ils applaudissent à ceux qui les commettent. I, 52. Cette punition, exemple frappant du mal enfantant le mal, s'explique en ce que, comme ils ne se sont point souciés de connaître Dieu, Dieu les a livrés à un esprit dépravé. I, 28. Les Gentils, à cause de Vignorance où les retenait V endurcissement de leur cœur, s"" étaient éloignés de la vie selon Dieu, Eph., IV, 18, s'étaient éloignés de Dieu, devenus ses ennemis en pensée et en action, Col., I, 21 ; de sorte que le monde entier était soumis au malin. 1 Jean, V, 19.

L'idée de l'envahissement progressif du mal avant l'Évangile est surtout développée par saint Paul dans la discussion difficile et profonde à laquelle il se livre pour montrer que la première

alliance, l'économie mosaïque, établie comme une barrière contre l'iniquité et l'erreur, loin d'atteindre son but, tant elle avait été violée et défigurée, n'avait servi qu'à rendre l'homme plus inexcusable, plus méchant et plus criminel. Se mettant lui-même en scène, comme descendant d'Abraham et disciple de Moïse, il dit : Le commandement qui devait me faire vivre d'une vie sainte et bienheureuse m'a fait mourir ; car le péché, ayant pris occasion du commandement, m'a séduit d'autant plus criminellement, et m'a fait mourir par le commandement même ; le péché m'a donc donné la mort par une chose bonne en elle-même, en sorte que, par l effet du commandement qui m'aurait dû rendre meilleur, le péché a pris une excessive et nouvelle gravité. Rom., VIF, 40—15.

L'ancienne alliance avait devancé la nouvelle dans le tableau de ces pervertissements du sens moral et de la sécurité triomphante du méchant. Que personne, après avoir entendu les malédictions, ne se bénisse en son cœur et ne dise : J'aurai la paix, quand même [ajouterais péché sur péché! Deut., XXIX, 19; voilà l'iniquité croyant d'avance à son triomphe ; Malheur à ceux qui appellent le mal bien et le bien mal, les ténèbres lumière et la lumière ténèbres, F amer doux et le doux amer! Ésa., V, 20; voilà le pervertissement du sens moral. L'homme, alors, n'a plus que ce que saint Paul appelle une conscience cautérisée, 1 Tim., IV, 2, et par conséquent insensible.

55. Tout ceci est exprimé dans ce simple mot de Jésus : J'ai vaincu le monde. Jean, XVI, 53. Déjà il avait dit : C'est maintenant que le Prince de ce monde va être chassé. XII, 31, le Prince de ce monde, le Démon, image bien connue qui représentait pour les Juifs toutes les iniquités, et toutes les impiétés, et toutes les erreurs. Au commencement de son ministère, il en révélait les saintetés à Nathanaël par cette promesse : Vous verrez désormais le ciel ouvert et les anges de Dieu monter et descendre vers le Fils de V homme, I, 51; image empruntée aux souvenirs de l'ancienne alliance, et qui annonçait une reprise de libres et continuelles communications entre notre monde et le ciel, entre l'humanité et Dieu ; les progrès des enfants de Dieu

depuis l'Évangile sont clairement exprimés dans cette déclaration: La sagesse a été justifiée par tous ses enfants, Matt., XI, 19 ; Luc, VII, 55 ; la victoire par laquelle le monde est vaincu, c'est notre foi, c'est-à-dire, la religion chrétienne, 1 Jean, V, 4 ; et des Gentils, il est dit que Dieu a purifié leurs cœurs par la foi. Act., XV, 9.

Certes, à un changement si grand, il est juste d'appliquer les magnifiques paroles du prophète : Le peuple qui marchait dans les ténèbres a vu une grande lumière, et la lumière a éclairé ceux qui habitaient dans la région de F ombre de la mort. Ésa , IX, 1. Tous les fidèles sont enfants de la lumière et du jour. 1 Thess , V, 5. La nuit est passée, le jour est venu. Rom., XIII, 12.

56. Dans les siècles les plus corrompus, Dieu, qui connaît ceux qui sont siens, 2 Tim., II, 19, a pu dire à ses prophètes : Je me suis réservé sept mille hommes (c'est-à-dire, un nombre considérable) qui n'ont point fléchi les genoux devant Baal et ne l'ont point adoré, 1 Rois, XIX, 18; et aux époques où la vérité, la sainteté, la chanté, régnent avec le plus d'empire, le royaume des cieux ressemble aux semailles qui tombent çà et là, et sont fécondes ou stériles, Matt., XIII, 5; au champ où Y ennemi a semé l'ivraie parmi le bon grain, XIII, 25 ; au filet qu'on jette dans la mer, et où se prennent toutes sortes de poissons. XIII, 47.

57. Quelquefois les vertus, les progrès des fidèles ne sont pas même compris, par les esprits irréligieux et corrompus : Si le monde ne nous connaît pas, nous, enfants de Dieu, c'est parce qu'il ne connaît pas Dieu, dit saint Jean. 1 Jean, III, 1. Mais, si pendant que nous cherchons à être justifiés par Christ, il se trouve que nous sommes encore des pécheurs, Christ doit-il être regardé comme ministre du péché? A Dieu ne plaise! Gai., II, 17.

58. C'est une disposition d'esprit contre laquelle le vrai croyant et le vrai philosophe ne sauraient trop se tenir en garde que celle de louangeur du passé. Il s'en est montré de tous temps, même aux époques les plus brillantes : Ne dis point : D'où vient que les

temps passés ont été meilleurs que ceux-ci? Cette demande n'est point selon la sagesse. Ecc, VII, 10.

59. Désignés dans l'Évangile sons le nom à' hommes justes et pieux ou craignant Dieu. Act., X, 2 — 7. Un grand nombre de Grecs craignant Dieu se joignirent à Paul et à Silas. XVII, 4. Ces esprits d'élite ont été parmi les Gentils ce que les disciples de Baptiste ont été parmi les Juifs : ils ont préparé le chemin du Seigneur et aplani ses sentiers. Matt., III, 5.

60. Le jour est à toi, dit le Psalmiste; la nuit t'appartient: c'est toi qui as créé la lune et le soleil ; c'est toi qui as fixé retendue de la terre et réglé la durée de l'été et de V hiver. Ps. LXXIV, 16-17.

61» L'Éternel confondit le langage des hommes et les dispersa sur la face de la terre, Gen., XI, 8; ce qui veut dire simplement que, malgré les efforts que les hommes ont tentés en construisant une ville, une capitale et une sorte de tour ou de phare pour servir de ralliement et de rendez-vous au milieu des immenses plaines de l'Asie, la différence des langues amena une dispersion nécessaire, dont les commencements sont rapportés par les généalogies bibliques à une époque très vaguement fixée : Vers la naissance de Phaleg (dont le nom veut dire partage, division), la terre fut partagée, X, 25 ; 1 Chron., I, 19. Le Très-Haut assigna à chaque nation sa portion du monde. Deut., XXXII, 8. Dieu veut que les hommes habitent sur toute la surface de la terre,' déterminant la durée précise de leurs jours et marquant les bornes de leur habitation. Act., XVII, 26.

62. V homme quittera son père et sa mère pour s'attacher à sa femme, Gen., II, 24; Matt., XIX, 5; Marc, X, 7; Éph., V, 51. Voilà bien, dans ces simples mots de l'Écriture, l'origine de la société, que l'on a cherchée ailleurs, en prenant pour la cause les effets, tels que la différence des langues, la propriété, le commerce, l'industrie, la défense commune, la nécessité d'un ordre public et d'un gouvernement.

65. Adam n'avait point trouvé d'aide qui fût propre à vivre avec lui. U Eternel-Dieu dit : Il n'est pas bon que l'homme soit seul; je donnerai à l'homme une aide semblable à lui (ou propre à vivre avec lui), et l'homme reconnut sa compagne, et dit : Voici enfin celle qui est os de mes os et chair de ma chair. Gen., II, 20 — 23. Noé entra dans Yarche avec sa femme, ses fils, Sem, Cam et Japhet, et les trois femmes de ses fils. VII, 13. N'avez-vous pas lu que le Créateur, au commencement du monde, ne fit qu'un homme et qu'une femme? et ils ne sont plus deux, ils sont une seule chair. Matt., XIX, 4 — 5; Marc, X, 6. Celui qui aime sa femme s'aime luimême. Eph., V, 28.

64. Le premier exemple connu de polygamie est celui de Lamech, descendant de Caïn, Gen., IV, 23, le même, que l'invention de l'art de forger mit en possession d'armes plus dangereuses que celles de ses contemporains, et dont les mœurs paraissent avoir été féroces. Il est difficile de ne pas croire que la polygamie est née de l'abus de la force sur un seœe plus faible. \ , Pierre, III, 7. Les calamités et les servitudes nationales, les désastres de la guerre, ont pu aussi contribuer à la favoriser : Tes hommes, 6 Sion! tomberont par l'épée, et tes vaillants guerriers périront dans les combats; et en ce temps plusieurs femmes (pour éviter l'opprobre oriental du célibat) s'adresseront à un même homme et lui diront : Nous pourvoirons nous-mêmes à notre nourriture et à notre habillement (eans nous prévaloir des droits que la loi nous donne, Ex., XXI, 10). Seulement, que nous portions ton nom et que nous soijons sauvées de l'opprobre. Esa., III, 25; IV, 1.

65. C'est contre les femmes avilies et corrompues par la polygamie et par la vie des harems que l'Écclésiaste porte ce sévère jugement : Ce que fai encore cherché avec soin, mais ce que je n'ai point trouvé, c'est qu'après avoir découvert un homme (de bien) entre mille, je n'ai pas trouvé une femme entre toutes. Ecc, VII, 28 ; tandis qu'au sein de la famille légitime, l'influence de la femme chrétienne, dans sa liberté et sa pureté, peut aller, selon saint Pierre, au point que cet apôtre leur adresse cette exhortation : Que les femmes soient soumises à leurs maris, afin que s'iljj

en a qui ne croient point à la parole (c'est-à-dire, qui soient païens), ilssoient gagnés même sans le secours de cette parole (c'est-à-dire, sans les exhortations et les instances d'un prosélytisme domestique), par la conduite de leurs femmes, lorsqu'ils verront que cette conduite est également pure et respectueuse. 1, Pierre, III, 1.

66. Cette distinction entre les nations, dont les unes sont des peuples modèles pour le bien et le mal et que les autres imitent, entre tellement dans les vues de la Providence, qu'elle constituait un des privilèges et un des devoirs d'Israël : Tous les peuples de la terre, voyant que tu es appelé le peuple de l'Éternel, te craindront, et l'Éternel te mettra à la tête des peuples, et jamais à leur suite. Deut., XXVJII, 10—13. La même idée est exprimée dans le sermon sur la montagne avec une clarté et une force admirables : Vous êtes la lumière du monde ; une ville située sur une montagne ne peut être cachée. Matt., V, 14. Vous brillez, dit saint Paul à son église chérie de Philippes, comme des flambeaux dans le monde. Phil., II, 15. (Voir liv. III, chap. xxxn, note 55.)

La captivité de Babylone, indépendamment de la justice de ce grand châtiment des idolâtries et des iniquités d'Israël, s'explique par le même principe historique : Ceux qui auront échappé se souviendront de moi dans les lieux de leur captivité. El., VI, 8. J'en préserverai quelques-uns de Vépée, de la famine et de la peste, afin qu'ils racontent chez les nations où ils iront toutes les mauvaises actions qu'ils ont faites, et que ces nations sachent que je suis l'Éternel. XII, 16. (Voir liv. III, chap. xl, note 79.)

67. Que dans l'intention de la Providence le peuple juif, devenant le premier peuple chrétien, dût prendre le rang de peuplemodèle pour là religion, c'est ce que tout l'ensemble du particularisme démontre en grand, et ce que le Christ a démontré en détail par la sagesse avec laquelle, en maintenant son assertion qu'il n'est envoyé qu'aux brebis égarées de la maison d'Israël, Matt., XV, 24, en ayant soin que le premier christianisme pour ainsi dire ne sorte point de la Judée : N'allez pas vers un païen et n'entrez point dans les villes des Samaritains, dit-il à ses apôtres, X, 5, il donne à entendre qu'il a d' autres brebis {les Gentils), qui ne sont

point de cette bergerie (f sraël) , Jean, X, 16, et par quelques rares exemples fait voir que la rédemption et ses avantages de toute sorte pouvaient sortir du cercle de la postérité d'Abraham. La femme samaritaine et les habitants de Sichar, IV, 4 ; le centenier de Capernaûm, prosélyte sans nul doute, qu'il admire et dont il assure que même en Israël il n'a pas trouvé une si grande foi, Matt., VIII, 10; Luc, VII, 9; la femme cananéenne dont il guérit la fille, qui évidemment n'était ni Juive d'origine ni prosélyte, Matt., XV, 26; Marc, VII, 27; le Samaritain lépreux qu'il guérit et dont il loue la reconnaissance, Luc, XVII, 15, sont les seuls exemples qui aient préparé de loin la vocation des races étrangères. Ce n'est qu'à la fin de sa mission que Jésus en annonce plus positivement l'universalisme (voir liv. VI, chap. lxiii, note 25), et alors la position, en Israël, était prise.

68. Cette seule considération rend compte du ministère de saint Paul, prédicateur, apôtre et docteur des Gentils, 2 Tim., I, 11, comme saint Pierre l'était des Juifs, Gai., II, S ; à qui la voix divine a dit : Je t'enverrai au loin parmi les païens, Act., XXII, 21 ; dont les courses et les travaux ont été constamment dirigés vers l'Occident : J'ai répandu l'Évangile de Jésus- Christ depuis Jérusalem et les pays voisins, jusqu'en lllyrie. Rom., XV, 19, et qui se proposait de le porter même en Espagne. XV, 24.

69. Vœil est la lumière du corps. Si ton œil est sain, tout ton corps sera éclairé. Si ton œil est mauvais, tout ton corps sera ténébreux. Si la lumière qui est en toi n'est que ténèbres, combien seront grandes ces ténèbres. Matt., VI, 25. Prenez donc garde que la lumière qui est en vous ne soit que ténèbres. Luc, XI, 55.

On a beaucoup recherché ce que signifie l'expression, l'œil, lumière du corps; il suffisait, pour le découvrir, de prendre dans sa simplicité l'image dont Jésus se sert: l'œil conduit le corps, en dirige les mouvements et la marche ; et, par cela même que Jésus emploie une expression si générale, il entend donc par cet emblème, non quelque chose de particulier et de restreint, mais le principe quelconque, le principe de vie morale, intellectuelle, religieuse, que chacun à part adopte pour se diriger. Quoique la liai-

son soit différente dans les deux évangélistes, le sens est le même ; selon saint Matthieu, Jésus vient de censurer l'animosité, l'hypocrisie, la mondanité ; selon saint Luc, il a condamné cette foi tout extérieure qui exige des miracles, et il a pressé auprès de ses disciples le devoir de ne point accaparer la vérité, mais de la répandre. Ces deux ordres d'idées amenaient d'une manière également naturelle ce grave enseignement : le principe, quel qu'il soit, qui règle notre vie, en décide; si le principe est bon, vrai, saint, toute votre carrière en est sanctifiée ; s'il est mauvais... votre prétendue lumière n'étant que ténèbres, tout est ténèbres.

70. Si quelqu'un dit : J'aime Dieu, et quil haïsse son frère, c'est un menteur ; car celui qui n'aime pas son frère qu'il voit, comment peut-il aimer Dieu qu'il ne voit pas? 1 Jean, IV, 20. Celui qui dit qu'il le connaît et ne garde point ses commandements est un menteur, et la vérité n'est point en lui. II, 4. C'est en vertu de cette action des tendances les unes sur les autres que la vérité, c'est-à-dire la doctrine, qui semble ne s'adresser qu'à l'esprit, sanctifie les cœurs. Jean, XVII, 17.

71 . Ceux qui les font (les faux dieux) et s'y confient, leur ressemblent. Ps. GXV, 8; CXXXV, 18.

72. Ils ont adoré et servi la créature plutôt que le Créateur. Rom., I, 25. Fais-nous des Dieux, disaient les Hébreux à Aaron, qui marchent devant nous. Ex., XXXII, 1.

73. Moïse avait prévu les excès et les périls de la polygamie, lorsqu'il interdisait aux rois futurs d'Israël les excès ordinaires des sérails de l'Asie : Le roi ne prendra point plusieurs femmes, afin que son cœur ne se détourne point après les idoles, Deut, XVJI, 17 ; et l'exemple fameux de Salomon n'a que trop prouvé la triste sagesse de ces prévisions. 1 Rois, XI, 1.

Cette puissance de l'idolâtrie est si incontestable, que diverses idolâtries de l'antiquité, adoptées et imitées par les Juifs, consacraient la prostitution des deux sexes, et les Juifs, sous les rois, ont porté jusque-là l'oubli des lois de Moïse. Lév., XIX, 29; XXI,

9; Deut., XXIII, 18, et l'imitation fatale du culte des faux dieux, 1 Rois, XIV, 24; XV, 12.

L'Écriture d'ailleurs abonde en peintures d'une énergie extrême où l'absurdité et l'immoralité de l'idolâtrie sont dénoncées, où le pervertissement du sens intellectuel et du sens moral est présenté comme son inévitable conséquence. On peut considérer tous ces tableaux comme résumés par saint Paul, qui, en décrivant l'état des mœurs et des esprits au temps de l'Évangile, montre d'abord les hommes, égarés dans la vanité de leurs pensées, d'une intelligence remplie de ténèbres, se vantant d'être sages et devenus fous, Rom., T, 22; puis comme ayant changé la gloire du Dieu immortel en des images représentant l'homme mortel, des oiseaux, des quadrupèdes, des reptiles, 1, 25, et décrit ensuite, comme le résultat de cet égarement, les vices affreux répandus de toutes parts.

74. Y a-t-il aucune nation qui ait changé ses dieux, ses dieux qui ne sont pas même des dieux? Et mon peuple a changé son Dieu, qui est sa gloire, contre des idoles qui ne sont utiles à rien. Jér., II, 11.

75. Ainsi les Athéniens, dans leur ville entièrement remplie d'idoles, étaient en toutes choses dévots jusqu'à l'excès, et avaient consacré un autel au Dieu inconnu. Act., XVII, 16—25. Chose singulière! il est encore plus certain qu'ils avaient ou consacré plusieurs autels de ce genre, ou conservé, par un principe de peur superstitieuse, de très-anciens autels sans inscriptions aucunes. Les auteurs profanes parlent d'autels aux Dieux inconnus, et ne parlent point d'un autel consacré à un Dieu inconnu ou au Dieu inconnu. On a remarqué avec raison que de leur silence on ne peut rien conclure contre l'assertion de l'apôtre, qui, devant l'aréopage surtout, ne pouvait se hasarder à parler inexactement de ces dévotions athéniennes.

76. C'est moi, dit l'Éternel, qui ai créé la terre, et je la donne à qui il me plaît. Jér., XXVII, 5. Lorsque le Très-Haut séparait les enfants d'Adam les uns des autres et qu'il posait les limites des

peuples, il avait en vue la place que devait occuper la postérité d'Israël; car ce peuple lui appartient; Jacob est comme sa famille. Deut., XXXII, 8 — 9. La terre promise était considérée comme la demeure de l'Éternel : Tu conduiras ton peuple à la montagne, dont tu lui donnes la possession ; tu l'établiras dans ce lieu que tu as préparé pour ta demeure , dans ce sanctuaire qui est l'ouvrage de tes mains! Ex., XV, 17.

La conquête de Josué, qui servit à accomplir les desseins de la Providence, a été, en outre, la juste punition de la corruption profonde des peuples de la Syrie. Ne dis point dans ton cœur, quand l'Éternel aura chassé ces peuples de devant toi : C'est à cause de ma justice que l'Eternel m'a fait entrer dans ce pays pour le posséder ; cest à cause de l'iniquité de ces peuples que V Éternel les a chassés devant toi. Deut., IX, 4.

77. La polygamie juive, modérée par les lois de Moïse, est une sorte de milieu entre la monogamie occidentale et la polygamie de FOrient. Elle règne depuis le siècle d'Abraham jusqu'à celui de David et de Salomon, s'affaiblit graduellement et disparaît quelque temps après le règne de ces princes. Dans les livres et les institutions du législateur, l'intention est manifeste de discréditer et de restreindre des usages qu'il ne pouvait abolir : il indique l'institution divine du mariage légitime et le premier exemple connu de la polygamie (voir les textes du chap. xxxvi, note 64) ; il saisit toutes les occasions d'exposer les inconvénients de celle-ci, Gen., XVI, XXX ; il interdit aux rois le luxe des harems, Deut., XVII, 17; il rend les sérails impossibles, en interdisant les eunuques, XXIII, 1 ; il impose aux relations conjugales des règles et des précautions dont la polygamie devait fort peu s'accommoder, et il fixe, d'une manière rigoureuse et précise, les droits divers des épouses. Toutes ces lois devaient, avec le temps, produire, et ont amené en effet l'extinction de cet abus; et il est très-digne de remarque qu'il avait disparu complètement avant l'époque où les Juifs, par la captivité de Babylone, voient s'affaiblir de jour en jour le caractère de peuple stationnaire et revêtent de plus en plus celui de peuple mobile, nécessaire plus tard à la diffusion de l'Évangile.

78. La situation si longtemps stationnaire du peuple juif a été la suite non-seulement de la polygamie, mais aussi de sa séquestration religieuse et en conséquence politique au milieu des nations. Moi) l'Éternel, je vous ai séparés des autres peuples pour mètre consacrés. Lév., XX, 26. Tu les as séparés de tous les peuples de la terre pour en faire ton héritage. 1 Rois., VIII, 53. Il convient cependant de ne point s'exagérer cet isolement ; l'interdiction des relations était absolue avec les Cananéens proprement dits, y compris les Philistins; avec les Amalécites ou Cananéens de l'Arabie Pétrée; avec Moab, Hammon, Madian et les Amorites, à l'orient du Jourdain. ;Entre ces peuples et Israël, les exemples d'idolâtrie auraient été trop contagieux pour autoriser la moindre intimité de rapports. Avec les autres nations, un état de paix et rechange des traités n'avaient rien de contraire à la loi: David et Salomon soutiennent des relations pacifiques et honorables avec les rois d'Egypte, de Tyr, de Hamath, et la reine de Saba. Plus tard, les prophètes Ésaïe, Osée, Jérémie, ne condamnent les alliances étrangères des Juifs que comme contraires aux vrais intérêts de la nation et aux vues de la Providence, et le petit-fils d'un Égyptien était admis dans la nationalité israélite. Deut., XXIII, 8. Les devoirs de bonté et de justice envers les étrangers étaient prescrits de la manière la plus positive : L'étranger qui habitera au milieu de vous sera traité comme un homme du pays; vous l'aimerez comme vousmêmes. Ex., XXII, 21; XXIII, 9; Lév., XIX, 54; Deut., XXIV, 17; XXVH, 19. Et Israël pouvait d'autant moins abuser de son privilège divin, qu'il savait par sa loi même que Dieu ne fait point exception des personnes et qu'il aime l'étranger. X, 18.

La seconde cause du caractère stationnaire, jusqu'à la captivité surtout, du peuple juif, a été l'absence de commerce extérieur. Moïse se borne à prescrire la bonne foi et la loyauté dans les échanges, à condamner les fausses mesures, Lév., XIX, 55 — 56; Deut., XV; et rien dans sa législation ne ressemble à un code de com-

Imerce. Les efforts de Salomon et de Josaphat pour créer un commerce de transit et maritime par l'Egypte, la Méditerranée et la mer Rouge, n'ont point eu de tuite. Ce n'est que vers les temps de la captivité de Babylone que Jérusalem, à qui Joppé servait de port, commence à exciter la jalousie des Tyriens. Jérusalem,

disaient-ils, où se rendaient tant de peuples, est détruite. Ézéch., XXVI, 2.

79. Les textes abondent dans les livres saints des deux alliances, pour donner l'idée du mandat ou du privilège du peuple juif et de son titre de peuple de Dieu ; ce mandat se résume en ces quatre traits distincts, mais étroitement unis : la connaissance du vrai Dieu; la promesse du Sauveur; la rédaction et la garde de Fancienne révélation ; enfin, l'accomplissement de la rédemption au sein de. sa nationalité.

Abraham est appelé, Gen., XII, 1, et par la foi il obéit à l'ordre de s'en aller dans le pays qu'il devait recevoir pour héritage, et il partit sans savoir où il allait. Héb., XI, 8. Dans toutes les grandes occasions de sa vie, il lui est dit que toutes les nations seront bénies en un de ses descendants, Gen., XII, 5; XVIII, 18; XXII, 18; XXVI, k. Abraham crut à Dieu, et cela lui fut imputé à justice; c'est-à-dire qu'il accepta avec confiance cette grande destinée et s'éleva à la hauteur de cette sainte tâche, XV, 6 : il devint ainsi le père des croyants, Rom., IV, Il ; c'est-à-dire le premier chef du particularisme, le premier gardien spécial de la vérité religieuse. Je sais, dit VÊternel, qu'Abraham ordonnera à sa maison, après lui, de suivre la volonté de l'Éternel et de s'attacher à la justice et à la vertu, afin que VÊternel accomplisse en sa faveur tout ce qu'il a promis. Gen., XVIII, 19. Si vous gardezmonalliance, est-il dit aux contemporains de Moïse, vous serez, entre tous les peuples, mon plus précieux joyau. Ex., XIX, 6. Vous serez un peuple consacré à l'Eternel, votre Dieu, ainsi qu'il vous Va promis. Deut., XXVI, 19. VEternel n'abandonnera point son peuple, à cause de la gloire de son nom ; car l'Eternel a voulu faire de vous scn peuple. 1 Sam*, XII, 22. Il n'a point traité ainsi toutes les nations; aussi ne connaissent-elles point ses révélations. Ps. CXLV1I, 20. Souviens-toi de ces choses, Israël ! car tu es mon serviteur, que j'ai formé. Esa., XLIV, 21. Pendant que tous les peuples marchent sous les ordres de leurs dieux, nous marcherons toujours et à perpétuité sous les ordres de Jéhova notre Dieu. Mie, IV, 5. Voici ce que dit l'Eternel des armées : Dans ce temps-là, dix hommes (nombre indéterminé) de diverses langues d'entre les

nations prendront un Juif par le bord de sa robe, pour le suivre, et en disant : Nous irons avec vous, car nous avons appris que Dieu est avec vous! Zach., VIII, 23.

C'est pour vous premièrement, dit saint Pierre aux Juifs, que Dieu a suscité son Fils. Act., III, 26... Les Israélites à qui appartiennent V adoption (comme enfants de Dieu), la gloire de la présence de Dieu au milieu d'eux, Ex., XL, 54 — 55; 1 Sam. IV, 2—22; 2 Chron., VII, 1 — 2, les alliances, la loi, le culte, les promesses ; qui descendent des patriarches, et de qui est sorti, selon la chair, le Christ. Rom., IX, 4 — 5. Jésus- Christ a exercé son ministère parmi les Juifs, pour montrer la fidélité de Dieu et pour confirmer les promesses faites à leurs pères. XV, 8.

Ce mandat divin, remis à Israël, constituait le particularisme et faisait de la religion juive une religion nationale.

Cependant la Providence a préparé de loin le retour à Tuniversalisme, non-seulement au moment de la captivité et par la dispersion des Juifs en Asie à une époque où la Grèce et l'Italie étaient encore comparativement barbares ; mais on voit poindre, en quelque sorte, les premières lueurs de Tuniversalisme, même au siècle où Salomon élève le temple d'un culte unique et local ; dans la prière de la dédicace, ce^rince dit à Dieu : Quand l" étranger (c'està-dire tout prosélyte) qui ne sera pas de ton peuple d'Israël, mais qui sera venu d'un pays éloigné pour l'amour de ton nom, te priera dans cette maison, exauce-le des deux, ton domicile, et accorde-lui ce qu'il te demandera, afin que tous les peuples de la terre connaissent ton nom pour le craindre. 1 Rois, VIII, 41 — 45; 2 Chron., VI, 52. Ésaïe proclame les droits et rassure les inquiétudes des prosélytes, et même des eunuques (qui, de quelque manière qu'ils le fussent devenus, n'étaient pas considérés comme citoyens israélites. Dent., XXIII, 1) : Que le fils de l'étranger qui se sera attaché au culte du vrai. Dieu ne dise point : L'Eternel me séparera d'avec son peuple. Et que l'eunuque ne dise point : Je serai retranché comme un arbre stérile ; car voici ce qu'a dit l'Eternel : Ceux qui demeureront fermes dans mon alliance recevront une place dans ma maison. Ésa., LVI, 5 — 4. Ézéchiel, quand il promet aux Juifs un nouveau partage de la Terre-Sainte, et veut, par cette image, leur donner l'assurance d'une restauration après la cap-

tivité, n'oublie pas les étrangers ou les prosélytes qui devaient être bientôt plus nombreux que jamais. Vous partagerez ce pays au sort entre vous et les étrangers établis au milieu de vous; vous regarderez leurs enfants comme naturalisés avec vous, et ce sera dans la tribu même où un étranger s'établira que vous lui donnerez son partage. Ézéch., XLVII, 22—25.

Un curieux passage d'Ésaïe, dont l'explication complète demanderait une dissertation à part, ouvrait au mosaïsme une vaste perspective d'extension. En ce temps, dit le prophète, il y aura cinq villes (cinq, plusieurs, le nombre déterminé pour l'indéterminé) en Egypte qui parleront la langue de Canaan (figure : c'est-à-dire la langue du culte du vrai Dieu) et jureront par F Eternel. L'Eternel sera connu en Egypte et il y aura une grande voie de communication entre V Egypte, et l'Assyrie (c'est-à-dire de nombreuses et intimes relations), et les uns et les autres serviront l'Eternel. Israël sera joint, lui troisième, à l'Egypte et à V Assyrie... Ésa., XIX, 18 — 24. Tout ce passage, en style extrêmement poétique, est une prophétie des progrès que devait faire la religion juive sous les Ptolémées, où l'on comptait en Egypte un million de Juifs établis, dont l'enseignement et l'exemple ont dû répandre la connaissance du vrai Dieu et de la révélation, et dont les peuples mêmes de l'Asie intérieure ont profilé. Il était impossible de miner plus fortement le particularisme qu'en mettant Israël en troisième avec deux nations étrangères pour le service du vrai Dieu.

L'intention de la Providence de préparer de loin l'universalisme en semant parmi les nations étrangères quelques espérances de la venue d'un Messie, et la sagesse des moyens employés dans ce but, trouvent une curieuse confirmation dans le récit de l'arrivée des mages à Jérusalem. De ces mages, la tradition a fait des rois ; les premiers interprètes de l'Écriture ont ouvert la voie à ces erreurs en prenant à la lettre quelques expressions des prophètes et des psaumes et en s'appuyant sur les idées des Juifs, qui attendaient un Messie temporel, roi des rois, devant lequel tous devaient s'incliner; le Psalmiste, en décrivant la gloire de Salomon, dit : Les rois de Tarsis et des îles lui offriront des présents, et les princes de Seba lui présenteront des tributs. Ps. LXXII, 10.

Ésaïe, dans une de ses prophéties messianiques, a dit d'une manière plus explicite : Les rois et les princes.... se prosterneront devant toi! Ésa., XLIX, 7. Ces passages cachent probablement l'origine de ces rêves de la tradition, qui a voulu aussi fixer le nombre de trois rois, uniquement parce que trois sortes de présents, de Vor, de Vencens et de la myrrhe, Matt., II, 11, sont mentionnées dans l'Évangile. Toutes ces fables n'ont pas le plus léger fondement historique et ne méritent aucune attention, quelque soin que Ton ait pris de les consacrer en érigeant à ces princes imaginaires, dans une cathédrale, un cénotaphe chargé de pierreries. Le mot mage est un mot persan, fort ancien, qui désignait les prêtres, les savants, les philosophes ; il paraît que dès les premiers temps historiques de l'Asie, ils formaient des espèces de collèges ou d'instituts qui correspondaient entre eux, qui obéissaient à un chef suprême, et qui s'occupaient surtout de rédiger les calendriers, par conséquent d'astronomie et d'astrologie, de médecine, de physique, et conservaient les anciennes traditions. Depuis Alexandre, leur crédit, leur science, leur nombre, étaient fort diminués ; la philosophie avait reflué vers l'Europe par suite de l'ascendant grec et romain, et la fondation d'Alexandrie avait beaucoup favorisé ce mouvement. Cependant il est certain, par le témoignage d'auteurs contemporains ou voisins de l'époque de l'Évangile, que des hommes adonnés à ces études, et connus sous ce nom, étaient encore répandus en Asie, notamment en Perse et en Arabie. Dans l'intervalle de la ruine des Juifs sous Nebucadnetsar et de leur restauration sous Cyrus, Daniel avait été leur chef, Daniel, l'auteur de la célèbre prophétie des 70 semaines d'années qui devaient s'écouler entre Cyrus et l'Évangile. Le souvenir de ce remarquable oracle a dû naturellement se conserver parmi les mages, et se réveiller avec force au moment où, selon le témoignage impartial de trois historiens romains, le bruit se répandait partout qu'un maître du monde allait se montrer en Orient. L'apparition d'un météore, peut-être une comète, a frappé ces mages, toujours occupés d'astrologie. Ils ont cru que le phénomène, coïncidant avec le terme de la prophétie de Daniel, en annonçait l'accomplissement; le personnage prédit par Daniel devait être selon leurs idées un roi, et selon l'usage universel des anciens d'entre-

prendre des voyages pour vérifier des faits de science, quelquesuns d'entre eux se sont rendus en Judée, non dans un village comme Bethléem, mais dans la capitale, et ont demandé : Où est le roi des Juifs qui vient de naître ? nous avons vu son étoile en Orient, Matt., II, 2 ; c'est-à-dire, selon les erreurs de l'astrologie, l'astre annonçant sa naissance. Cette circonstance de la nativité, ainsi expliquée, loin d'offrir la moindre difficulté, est une confirmation et du fait que l'attente d'un Messie était générale, et du sens de la prophétie des semaines. Les présents offerts par les mages sont un exemple de plus de l'antique et universel usage des Orientaux, encore suivi de nos jours, de n'aborder jamais les princes et les grands que des dons à la main, parmi lesquels figurent toujours des pièces d'or, et il convient de remarquer que dans toute la conduite des mages il n'y arien de religieux.

80. Quelle est la nation, quelque grande quelle soit, qui ait ses dieux près d'elle, comme nous avons Jéhova, notre Dieu, toutes les fois que nous l'invoquons? Et quelle est la nation, quelque grande qu'elle soil, qui ait des lois et des ordonnances de justice, telles que celles que je vous donne aujourd'hui? Deut., IV, 7 — 8. L'Eternel n'a eu d'affection que pour vos pères; il n'a aimé qu'eux. X, 15; et il vous distinguera de tous les autres peuples qu'il a créés. XXVI, 19.

81 . Ce nest point parce que vous surpassez en nombre les autres peuples que V Eternel vous a aimés et vous a choisis, vous êtes entre tous le plus petit ; mais c'est parce que V Eternel veut tenir la promesse qu'il a faite avec serment à vos pères. Deut., VII, 7.

82. L'Eternel n'est-il pas ton père, qui fa formé, à qui lu appartiens et qui a fixé ton établissement? Deut., XXXII, 6. Les enfants de Jacob sont l'ouvrage de mes mains. Esa., XXIX, 25. L'Etemel est notre Dieu ; c'est lui qui nous a formés ; ce n'est pas nous qui nous sommes faits nous-mêmes son peuple. Ps. G, 5.

85. La responsabilité immense de la génération contemporaine de l'Evangile est exprimée dans les termes les plus forts :

La lumière est venue chez les siens, et les siens ne Vont -point reçue. Jean, I, 11. Ils ont Moïse et les prophètes : qu'ils les écoutent! Luc , XVI, 29. Je suis venu au nom de mon Père, et vous ne me recevez point ; si un autre venait en son propre nom, vous le recevriez. Ne pensez pas que ce soit moi qui doive vous accuser devant mon Père; Moïse, en qui vous espérez, sera votre accusateur; car, si vous croyiez Moïse, vous me entriez aussi, puisqu'il a parlé de moi dans ses écrits. Jean, V, 45—45. Jérusalem! Jérusalem, qui tues les prophètes et qui lapides ceux qui te sont envoyés, combien de fois ai- je voulu rassembler tes enfants comme la poule rassemble ses poussins sous ses ailes! et vous ne l'avez point voulu. Matt. , XXIII, 57 ; Luc, XIII, 54. Aussi, dans ses reproches à ses adversaires, le Christ dit : Malheur à vous, scribes et pharisiens hypocrites, qui fermez aux hommes le royaume du ciel, et à vous, docteurs de la loi, qui vous êtes saisis de la clef de la science; vous n'y entrez point vous-mêmes, et vous arrêtez ceux qui voudraient y entrer. Matt., XXIII, 45; Luc, XI, 52. Et quand les esprits bien disposés disaient aux apôtres: Hommes-frères, que ferons- nous? il fallait leur répondre : Sauvez-vous de cette race perverse. Aet., II, 40. La vocation des Gentils était annoncée comme une sorte de punition et d'humiliation du peuple de Dieu, ainsi dépossédé : Je vous déclare, dit le maître du festin, qu'aucun de ceux qui avaient été conviés ne goûtera de mon souper. Luc, XIV, 24. Le royaume des deux vous sera été, et il sera donné à d'autres nations qui en rendront les fruits. Matt., XXI, 45.

84. L'Éternel dit à Moïse : Ma colère les consumera ; mais je te rendrai père d'un grand peuple. Ex., XXXII, 10. Je te ferai devenir la tige d'an peuple plus grand et plus puissant que celui-ci. Nomb., XIV, 12. Dieu peut faire naître de ces pierres mêmes (du rivage du Jourdain) des enfants à Abraham, Matt., III, 9; et pendant le pèlerinage du désert, il y eut un moment où la Providence fut sur le point de prononcer la déchéance religieuse d'Israël du rang de peuple de Dieu et de le disperser parmi les nations : Je levai encore la main contre eux dans ce désert, dit l'Éternel, et je jurai de les disperser parmi les nations et de les répandre en divers pays. Ézech., XX, 25. Ce souvenir du prophète

est d'accord avec ces paroles du cantique de Moïse : Je Vai dit, je les disperserai, et j'aurais effacé leur mémoire de la terre, si je n'avais craint que leurs ennemis ne disent : C'est notre force qui a triomphé.Veut, XXXII, 26.

85. Celui que j'aime avait une vigne sur un coteau fertile; il l'environna d'une haie ; il en ôta les pierres ; il la planta de ceps exquis ; il bâtit une tour au milieu d'elle (pour la protéger contre les dévastations des nomades) , et y tailla un pressoir ; il s'attendait qu'elle produirait des raisins excellents ; mais elle a donné des grappes sauvages.... Maintenant donc, habitants de Jérusalem et vous, hommes de Juda, soyez juges entre moi et ma vigne : qu'y avait-il à faire à ma vigne que je n'aie fait? Ésa., V, 1—4. Mon peuple, que t'ai- je fait et en quoi t'ai- je causé de la peine? Mich., VI, 3. L'Éternel dit : Quel tort ai-je fait à vos pères, qu'ils se soient éloignés de moi? Jér., II, 5.

86. Le privilège, les avantages des Juifs sont grands en toute manière, et surtout en ce que les oracles (c'est-à-dire, les révélations) deDieuleur ont été confiés. Rom., III, 1 — 2. Ésaïe leur avait dit : La loi sortira de Sion, et la parole de V Éternel, de Jérusalem, pour se répandre parmi les nations. Ésa., II, 3.

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