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CHAPITRE XLV

La Liberté, première Limite de l'Inspiration.

Les limites nécessaires de l'inspiration, marquant le point précis où l'esprit divin s'est arrêté pour laisser l'esprit humain à lui-même, sont multiples; Dieu s'est posé, dans toutes les inspirations qu'il a accordées, trois barrières qu'elles ne devaient ni ne pouvaient franchir ; ces bornes naturelles sont indiquées par :

L'inviolabilité de la liberté ; L'exercice de la raison ; L'impuissance du langage.

LA LIBERTÉ, PREMIÈRE LIMITE DE L'INSPIRATION. 2'2o

La religiosité, nous l'avons vu, ne peut pas plus être contrainte que la conscience ; il faut, pour que la moralité soit libre, que la foi soit libre de son côté ; forcé de croire, riiomme serait forcé d'agir, et il est impossible de se représenter un être doué d'une liberté morale qui ne le soit pas aussi d'une liberté religieuse : ceci revient à dire qu'un être libre est libre dans tout son être. Si donc la révélation avait été donnée telle qu'elle dominât l'esprit humain avec une irrésistible puissance et que le doute fût impossible, la liberté aurait été violée 23.

Supposez que l'esprit humain, pour parvenir à croire, n'ait de recherches et d'efforts à faire que le regard d'Etienne, quand il lève les yeux et voit les deux ouverts et le Fils de V homme à la droite de Dieu : la liberté serait anéantie, et Ja responsabilité avec elle ; l'homme croirait trop facilement.

Supposez que l'esprit humain ait raison, quand il se laisse persuader, comme Agrippa, de n'être que presque chrétien: le doute aurait droit; l'homme ne croirait pas assez; la révélation serait insuffisante ; le tort de l'incrédulité ne serait pas à l'homme, mais à Dieu.

C'était entre ces deux extrêmes que l'inspiration avait à se tenir, et cette remarque achève de démontrer que la ligne de démarcation entre la part de Dieu et de l'homme dans la révélation échappe aux imprudentes et stériles recherches de la sagesse humaine.

L'esprit humain ne voit la vérité que placée sous trois aspects, à trois points d'éloignement, à trois degrés de clarté : douteuse, certaine, ou évidente.

Le doute se reconnaît à l'hésitation de la raison et à son refus de se prononcer 24.

La certitude se reconnaît au besoin de preuves ; elles sont exigées, et la raison adhère sur les preuves qu'elle accepte 25.

L'évidence se reconnaît à l'inutilité des preuves ;.la raison

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