CHAPITRE XLYÏ1Ï
Nature des Preuves de l'Inspiration.
Les limites nécessaires que l'inspiration divine accepte doivent rendre l'esprit humain d'autant plus difficile et plus prudent à en apprécier les preuves.
Les preuves de l' inspiration ne peuvent être qu'objectives, extérieures, visibles.
Subjectives, les preuves se réduiraient à la simple assertion de Fauteur d'un discours ou d'un livre, que ce discours ou ce livre contient une révélation, ou que l'auteur attribue cette valeur à ses enseignements et se déclare inspiré.
Personne, à cet égard, n'en doit être cru sur parole ; parce que celui qui, sans droits, se croit et se dit inspiré, peut être de la meilleure foi du monde et le croire comme il le dit; personne, pas plus le simple fidèle quand il lit une révélation, que l'auteur sacré quand il en rédige une. Ses rêveries de jour et ses visions de nuit, ses habitudes d'enthousiasme, l'état d'extase, la perte même de la raison, peuvent l'avoir trompé le premier, et innocemment il trompera les autres. Son assertion, sa garantie personnelle est donc sans valeur ; la preuve subjective n'en est pas une.
L'inspiré dit : L'esprit de Dieu m'a parlé ! Comment sait-il qu'il ne s'est point parlé à lui-même, et dès lors, vous, comment le croirez-vous sur sa simple déclaration 48?
Cette preuve est tellement sans valeur, qu'elle n'est susceptible d'aucun contrôle, ni sujette à aucun examen. Quelle discussion est possible avec un homme se disant inspiré? Vous ne trouverez pas plus le moyen de le détromper qu'il ne trouvera celui de vous convaincre. L'entretien se réduira de force à un échange d'affirmations et de démentis, sans que le moindre argument sérieux puisse se glisser entre deux.
L'intégrité du caractère, l'élévation du génie, la beauté morale ou littéraire de l'œuvre, la rapidité de la propagation d'une loi ou d'une religion, le nombre de ses adhérents, la disproportion des moyens de prosélytisme employés et des succès obtenus, l'absence de tout emploi de la violence, la constance des martyrs, sont des présomptions réelles en
faveur de la vérité, mais non en faveur de Y origine céleste de cette vérité.
Ni la vertu, ni le génie, ni la gloire, ne sont des préservatifs contre les illusions ou de la folie ou de l'extase ; et en conséquence, si Ton s'en rapporte à ces prétendues preuves, on oublie que rien ne garantit contre le grave danger de confondre un aliéné, un enthousiaste, avec un inspiré 49, ou d'accuser de folie une véritable inspiration 50.
Ce danger est d'autant plus menaçant, que, s'il n'y a aucun moyen de préserver à coup sûr l'esprit humain de la folie, qui prend fréquemment une nuance religieuse, il y a des moyens certains de se plonger dans un état de rêverie et d'extase, dont ensuite on est dupe le premier. Ignace de Loyola, entre autres, enseignait cette recette à ses disciples.
L'impossibilité d'une preuve subjective de l'inspiration naît de ce qu'elle est elle-même complètement subjective ; en d'autres termes, elle n'agit que sur l'esprit de celui qui la reçoit : dès lors, si seul il en témoigne, il est juge dans sa cause et perd son impartialité ; il est témoin pour luimême et cesse d'être croyable 51.
L'histoire entière de l'esprit humain, celle de toutes les religions et celle de quelques philosophies, démontre l'impuissance des preuves subjectives d'une inspiration. Combien de rêveurs et d'enthousiastes se sont produits comme des envoyés du ciel, et, sincères avec eux-mêmes et avec autrui, croyaient l'être, sur la foi de leurs visions! Aveugles conduisant d'autres aveugles, ils ne se sont pas toujours mutuellement détrompés au fond du précipice où leur étrange confiance a fini par les entraîner 52.
Une révélation est toujours extra-rationnelle; les preuves d'une révélation ne peuvent être purement rationnelles , ce serait le moins prouvant le plus. Une révélation ^st d'origine céleste; il faut que ses preuves soient de même ori-
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gine, pour être de même valeur. Qui peut garantir que Dieu a parlé, si ce n'est Dieu lui-même 53 ?
Il est donc impossible qu'une inspiration véritable n'ait été appuyée que sur des preuves ou subjectives ou rationnelles. En envoyant des inspirés sans leur donner d'autres lettres de créance, Dieu nous aurait exposés comme à plaisir au doute affreux, si nous entendions sa voix ou celle d'un enthousiaste, d'un imposteur, d'un insensé. Ce doute eût été diamétralement contraire au but de l'inspiration, qui ne peut être que d'instruire et de certifier. En conséquence, toute inspiration a été accompagnée de preuves objectives, de preuves puisées en dehors de la volonté et de la raison de l'inspiré.
Ces preuves, l'esprit humain n'en conçoit que de deux sortes, les prophéties 54 et les miracles 55.
On peut mettre l'esprit humain au défi d'imaginer d'autres garanties d'une inspiration.
C'est parce que ces garanties sont les seules que l'intelligence et la religiosité puissent accepter à l'appui d'une inspiration, qu'elles se retrouvent partout où se déclare la prétention, fondée ou non, à l'inspiration divine.
Loin qu'une intelligence ou une religiosité impartiale conçoivent la moindre prévention contre ce genre de preuves, parce que l'enthousiasme a voulu s'en saisir, l'imposture les exploiter ou la folie les contrefaire, c'est un argument à l'appui de leur valeur : ces preuves sont les seules données, parce que ce sont les seules admissibles 56.