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comme étant d'une obligation indispensaljie pour tous les hommes.
Je me propose d'établir dans cet ouvrage :
i^ que la suppression du meurtre des animaux a été le but de la venue du Christ, et que l'on ne peut être à-la-fois chrétien et se nourrir de leur chair; 2® que si le christianisme permettait le meurtre des animaux, il n'aurait aucun squs, et qu'alors il faudrait remettre en question ces paroles de saint Jean : « Es - tu celui qui devait «venir, ou faut -il que nous en attendions un ic autre?» Mais la première propositioçi sera établie ave.ç une telle évidence, qu'il sera superflu de recourir à la seconde.
Remontons au commencement : que l'on ne s'effraie point ; je serai court.
Le premier homme, ya^ï à l'image de Dieu^ est placé, avec sa compagne, dans un jardin de délices pour y vivre des fruits qu'il produit, k l'exception d'un seul auquel il lui est défendu de toucher. Voilà thomme tel que Dieu Va voulu. Il désobéit; i^ est chassé du jardin. Il ne sera plus nourri par les arbres d'Éden; néanmoins c'est de la terre seule qu'il doit tirer encore sî^ subsistance. « Tu mangeras l'he^rbe des ff champs , lui dit l'Éternel ; tu mangeras Iç pain a à la sueur de ton front.» Quoiqu'il ne soit pas dit expressément qu'il ait enfreint ce nouveau
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commandement, lui ou sa race, on juge bien, par la violence qui ne tarde pas à s'introduire parmi les hommes, qu'ils ont mis les animaux à mort et qu'ils se sont repus de leur chair (r). En effet, où pourrait-on trouver ailleurs que dans cette chair la semence de tous ces crimes^ dont la face de la terre est couverte? Ils sont si grands qu'ils inspirent à l'Eternel la résolution de détruire entièrement ce monde à peine sorti de ses mains. Cependant au moment d'accomplir ce dessein, il a regret à son ouvrage; et, après mûres délibérations, il se résout à conserver un seul homme, le moins injuste de tous^ pour repeupler la terre lorsqu'il en aura exterminé les habitants, qui périssent dans un déluge;
Après cette grande catastrophe, TÉterne! des- ^ cend vers l'homme qu'il a sauvé des eaux, et il ^/ lui donne de nouvelles lois conformes à son état de déchéance. Tout est triste à cette seconde époque , quoiqu'elle soit calquée exactement sur \
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(i) Je passe sous silence les sacrifices d'Abel que plusieurs commentateurs supposent n'avoir été que des oblations dé lait , et que rien d'ailleurs ne justifie, parce que rien ne les explique. Ils ne sont liés ni à ce qui précède ni à oe qui suit. L'époqae même en est incertaine^ pnisque, d'après queU ques paroles de Caïn, la terre aurait été peuplée au Mmp$ de ces sacrifices. Voyez dans tous les cas les remarques qui terminent le volume^
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la première. Voici ces lois, chap. xi, v. 3 de la Genèse,
ce Tout ce qui se meut et qui a vie vous sera « donné pour viande. Je vous donne toutes ces <c choses comme je vous avais donné l'herbe .te verte. » (Voyez le verset 29 du chap. i®*".)
« Toutefois vous ne mangerez point de chair ce avec son ame qui est son sang. »
La permission de manger la chair de tous les animaux est ici clairement exprimée moyennant une réserve dont le choix est remarquable.
C'est le sang ou l'ame de l'animal; et les Juifs semblaient entrer dans la pensée de l'Éternel, et la comprendre parfaitement, lorsque après avoir répandu ce sajog ils le recouvraient de poussière , comme l'on recouvre une semence que l'on veut perpétuer.
Il est à propos de remarquer que l'Éternel , en donnant à l'homme ces nouvelles lois, lui -annonce en même temps que sa vie sera extrêmement raccourcie.
Livrons - nous maintenant à quelques réflexious qui naissent du sujet ; on dira : Si c'est un mal de mettre les animaux à mort , pourquoi Dieu l'a -t -il permis? Réponse : Il l'a permis parce qu'il ne pouvait l'empêcher, et qu'alors cette permission rendait l'homme moins coupable. Nous avons vu qu'il voulait le détruire
entièrement, ce qui prouve qu'il le jugeait hors d'état de se relever; mais au moment d'accomplir sa résolution, il a voulu essayer ce dernier
•■ moyen comme le seul capable de ramener l'homme à la hauteur dont il était descendu. On ne peut l'entendre autrement. En effet , ce que Dieu a voulu une fois, il le veut toujours. Ceux qui se le représenteraient versatile, méconnaîtraient entièrement sa nature, dont l'immutabilité est le caractère distinctif.
Les chrétiens doivent admettre en outre qu'il y a eu un conseil, à cette époque, aux parvis célestes, et que le bras de l'Éternel fut arrêté par celui de son fils upiquç. Le père alors ouvrit la voie que le fils devait fermer; c'est ce qui est parfaitement expliqué par la suite des événements.
Ce qui a été prévu arrive. Grâces à l'abstinence du sang, les hommes deviennent meilleurs. Ils remontent, quoique à pas lents, vers leur ancienne origine. Dieu les soutient. Il fait sentir sa présence, de loin à loin, dans les déserts de la Syrie, à des pasteurs fidèles à son culte. Enfin, quand tout est disposé pour un autre ordre, il s'adresse de nouveau aux hommes par la voix de Moïse, et leur donne des lois plus douces , des lois conformes à leur état de perfection croissante. Il joint l'abstinence de
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1q graisse à celle du sang (i). Il ne se contente potiit de cette défense , il fait un choix entre les animaux ; il ne permet d'en sacrifier qu'un petit qop)bre (2) ; il excepte les autres , préludant ainsi à la venue du christianisme, qui doit les excep^ ter tous. Une telle gradation est frappante; ceux qui ne l'apercevraient point seraient dans un état complet d'aveuglement.
(i) «Ost une ordormaince perpétuelie daus vos âges, el « dam toutes vos demeures , que vous ne mangerez point d^ graisse ni de sang. »
(2) On fera, sans doute, la remarque que les animaux réservés ici pour la nourriture de Thomme, sont précisément ceux dont les qualités morales se rapprochent le plus des siennes. Je répondrai qu'entre deux maux on a dû choisir le moindre. Il fallait éviter ce qui donne la lèpre. En Europe on pourrait arriver à Thorame physique par l'homme moral, msA$ c'est tout le contraire en Asie. Or il s'agissait, dans ce pays, de mettre l'homme en état de recevoir le christianisme , et l'on voit que, malgré de telles précautions, il n'a été entendu que d*un très-petit nombre de Juifs. Ce sont des étrangers, formés à la vérité à, l'école de Platon, qui l'ont accueilli , et ont fait ce présent à la terre. Observera- t-on qu'à ce compte l'influence de Platon aurait été plus forte que celle de Moïse ? Je n'ai besoin d'entrer dans aucune discussion à cet égard , puisqu'il est de fait que l'héritage promis aux Juifs a été donné aux étrangers; mais ce que je ne puis omettre, c'est la raison pour laquelle il a été donné, qui est, qu'ils étaient pltis près du règne de douceur.
£n efifet, aussitôt que l'action des lois promulguées par Moïse s'est fait suffisamment sentir , le Messie régénérateur ou sauveur est annoncé, et, à mesure que les temps approchent, cette nouvelle acquiert phis d'importance, s'étend au loin, et devient enfin l'espérance du monde.
Ecoutons la peinture qu'Ésaïe fait de la terre à l'époque heureuse où le Messie viendra la visiter.
« Le loup demeurera avec l'agneau , et le léo- «pard gîtera avec le chevreau; le veau et le «lionceau, et le bétail qu'on engraisse seront ^< ensemble,- et un petit enfant les conduira.
«La jeune vache paîtra avec l'ourse, leurs « petits gîteront ensemble , et le Uori mangera « du fourrage comme le bœuf.
«Et l'enfant qui tette s'ébattra sur le trou de «l'aspic, et fenfant qu'on sèvre mettra sa main « au trou du basilic.
« On ne liuira, et on ne fera aucun dommage o à nul être vwant dans toute la montagne de A ma sainteté , parce que toute la terre aura été « remplie de la connaissance de l'Éternel , comme « le fond de la mer des eaux qui le couvrent. »
Cette fin de la prophétie d'Ésaïe est admirable. En effet, c'est parce qu'on ne connaît point le créateur qu'on arrache la vie à la créa-
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tiire. Ces mots que j'ai soulignés : le liom mangéra du fourrage comme le bœuf, sont d^autant plus remarquables qu'ils se rapportent parfailement à ceux du verset 3o du chapitre i*'^ de . la Genèse, par lesquels on Toit que les animaux n'avaient point de proie au comm^encement du monde.
Ce rapprochement est d'une grande importance; car il est une preuve de plus que le Messie devait remettre la terre dans l'état où elle était au commencement. Il faudrait en tirer ta même conséquence, lors même que les paroles d'Esaïe ne seraient qu'une figure.
Je reprendrai maintenant la discussion au point où je l'avais laissée, et avec d'autant plus d'assurance que ma .cause peut être dép. considérée comme gagnée.
Je répète donc, i* que le christianisme ne serait qu'un vain mot sans l'abstinence de la chair.
2** J'ajoute que cette abstinence découle nécessairement de la substitution faite par Jésus du pain et du vin au sacrifice sanglant, et que par cela même que les chrétiens n'immolent point de bêtes dans leurs temples , ils ne peuvent les mettre à mort dans leurs maisons; en un mot , que la table de Dieu et celle de l'homme doit être la même, à moins que l'homme ne
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voulût ^ie séparer de son Dieu , ce qui est inadmissible.
11 faudrait être en etfet bien peu versé dans l'étude de l'antiquité pour ignorer que tous les repas chez les «incien^ étaient des sacrifices, c'est-à-^dire que l'on n'aurait goûté d'aucune bête qu'on ne l'eût offerte aux dieux, ou à Dieu, et que par cela même qu'on ne l'aurait point offerte , on n'en aurait point mangé. Aussi lorsque Antiochus voulut faire manger du cochon aux Juifs, il ne put trouver de meilleur moyen que de le leur faire sacrifier. Les Esséniens , qiii ne vivaient que des fruits de la terre , n'allaient point au temple pour y sacrifier; ils consacraient chez eux le pain et le vin. J'insiste sur ces exemples , parce qu'on ne peut nier, d'abord le sacrifice , ensuite qu'il n'ait eu lieu conformément aux idées reçues.
J'ai souvent entendu faire cette question :
Jésus a-t-il mangé de la viande ? On petit affirmer hardiment que non. Il l'aurait pu toutefois avant la substitution du sacrifice , s'il fût entré dans ses desseins de se conformer aux pratiques établies; mais il ne le pouvait plus après cette substitution.
Les Grecs, qui ont la viande en horreur, ne peuvent se persuader que Jésus ait mangé même de l'agneau pascal. Ils prétendent que cet agneau .
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n'était autre chose qu'un poisson ; ifiais le^ Gl*ecs se trompent. Quoique Jésus ne mangeât point de viande , il devait manger de celle de Tagneau sacrifié; il y avait obligation d'en goûter, ne fût-ce que de la grosseur d'nue olive^ Ainsi l'observaient jadis les pythagoriciens dans la Grèce, et l'observent encore les brames dans l'Inde. Si cette pratique ne découle point de la raison naturelle, elle découle de celle du sacrifice.
On ne peut douter que l'église catholique n'ait eu l'intelligence de toutes ces choses. Ce n'est point par ignorance qu'elle a cédé sur des points si essentiels; elle l'a fait, selon toutes les apparences, pour ranger sous les lois du chris-< tianisme des hommes barbares qui n'auraient pu l'adopter sans ces concessions, se réservant de le rétablir dans toute sa pureté dès que les temps le permettraient. Ainsi l'on voit le pape Grégoire III, fidèle à cet esprit, envoyer un missionnaire chez les Germains pour leur déclarer que l'usage où ils sont de se notirrir de che • vaux est exécrable, et leur interdire cet acte barbare soiKS les peines les plus sévères. Zacharie, son successeur, défend l'usage du lièvre; d'exceptions en exceptions, on en Serait venu aux seules nourritures végétales. Il est aisé de voir, eu effet, que dès qu'on avait trouvé de» rai-