‹ Le Christianisme expliqué, ou, le véritable esprit de ce culte méconnu jusqu'a ce jourChapitre 3 sur 13 · LE CHRISTIANISME EXPLIQUE. I I · texte numérisé non relu

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sons pour afiranchir du meurtre le cheval et le lièvre, le premier pour quelques ressemblances morales avec l'homme, et le second pour d'autres ressemblances qu'il est inutile de rappeler, on n'en aurait point manqué pour faire jouir du même privilège le bœuf laboureur, dont, à Rome même , le meurtre était puni des mêmes peines que l'homicide, la vache et la chèvre, k cause de leur lait, douce nourriture de tant de familles; et la brebis, la mettrez-vous à mort pendant que vous êtes revêtus de sa toison , ou l'agneau et le veau , alors qu'ils vous lèchent les mains? Cet esprit, qui est celui de l'Évangile, a élé , je le répète , fort bien compris par l'église catholique ( i ), tandis que l'église protestante , sa

(i) Les premiers chrétiens ne mangeaient rien qui eût pris vie, ils usaient d'une nourriture innocente, cibum innoxium^ ainsi que nous le voyons d^ns la fameuse lettre de Pline à Trajan à leur sujet Dans leurs assemblées, les riches apportaient de quoi nourrir les pauvres, les prêtres compris, et c'est de là que Ton tirait la matière du sacrifice. Après avoir fait, poiu* ainsi parler, la part de Dieu , on se partageait le reste à une table commune, dressée dans l'église même. De là le nom d'Agapes donné à ces repas fraternels, qui, d'ailleurs, étaient institués à l'imitation de ceux où les Juifs se réunissaient de la même manière pour manger la victime. (On voit toujours le même principe avec ses- conséquences.) Plus tard on restreignit cette manière àû vivre

redoutable rivale, égarée par la lettre de ce même livre, est tombée, à cet égard, dans une des erreurs les plus funestes dont on ait à déplorer J'existence. Le mal qu'elle a fait à la terre, durant l'espace de trois siècles, ne peut être calculé.

Jésus, sans cesse occupé de ses principes de morale, énonce une maxime générale à propos d'un acte relatif à la propreté, et c'est à cet incident que les protestants s'arrêtent, perdant de vue l'objet principal, par une méprise que l'on serait embarrassé de qualifier, si l'on ne savait qu'elle a eu lieu dans un temps de barba^. rie et de fanatisme , et qu'elle a continué malgré l'arrivée des lumières et les progrès de la civîli-

pure au carême, à quelques jours de là semaine, et au\ quatre grandes époques de la nature, les deux équinoxes et les deux solstices. (Ceci fut emprunté au paganisme. ), On permit ensuite l'usage du poisson le vendredi et le samedi ; . le carême seul conserva la pureté des premiers temps. Tant que durait le carême on n'allait point à la chasse, on ne portait point d'armes , on ne pouvait intenter de procès , en lin mot, on était chrétien pendant ces quarante jours. Toutes ces pratiques sont tombées maintenant en désuétude avec l'esprit qui les avait établies. Si elles ne se relèvent pas , le catholicisme ne tardera pas à les suivre dans leur chute, et ce serait bien vainement, alors, que la religion protestante se flatterait de se tenir debout sur ces ruines.

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sation^-par cela seul qu'elle avait commencé; car il est des objets que ces lumières n'éclairent point ou qu'elles n'éclairent que tard(i).

Des scribes et des pharisiens revenant de Jérusalem rencontrent Jésus sur leur cheminv^ ^t remarquant que ses disciples mangent sans ^'être lavé les mains , ils le lui font observa ..cji ajoutant qu'ils violent la tradition des anciens. Jésus 9 qui sait combien les pharisiens sont attachés aux choses extérieures, ,au détriment des autres, voulant leur donner à eux-mêmes une leçon, leur dit, conformément à ce dessein, que ce n'est pas ce qui entre dans la bouche qui souille l'homme, mais plutôt ce qui en sort.

N'est-ce pas du cœur, ajoute-t-il, que sortent les mauvaises pensées, les meurtres, les adultères? Or, ce sont ces choses-là qui souillent l'homme, et non point de manger sans s'être lat^é les mains. Ce dernières paroles de Jésus font voir bien clairement sur quoi portait sa

(i) J'ai appris il y a quelques années qu'une secte protestante, à Manchester, dans le comté de Lancastre, avait banni de son sein le meurtre des animaux. A-telle eu connaissance de mes documents que j'avais exposés , quoique brièvement , dans un extrait d'un autre ouvrage que je publiai en 1821 ? Si elle n'en a pas eu connaissance, son témoignage doit avoir encore plus de poids.

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pensée; car les pharisiens ^avaient raison au ïbnd, et on ne peut supposer que Jésus ne fit point cas de la propreté (i) , mais il préférait de beaucoup la netteté du cœur à celle des mains, et c'est là tout ce qu il voulait dire. L'esprit des peuples de l'Occident pouvait seul s'y tromper; les docteurs de la loi s'eTidonnèrent de garde ; il leur eût été trop facile de répondre.

En effet, une seule remarque va^suffire pour montrer dans tout son jour f erreur des pro-

(i) Je parle de la propreté, parce qu'il parlât que c'est sous ce rapport que Jésus considérait le reproche fait par les docteurs de la loi k ses disciples , quoique ce ne fût point précisément leur pensée, ainsi que je vais l'expliquer. C'était du pain que mangeaient les disciples de Jésus, sans s'être lavé les mains, lorsque les pharisiens passèrent. Or, les Juifs avaient un si grand respect pour cette substance que, ménfe lorsqu'elle n'était point offerte , ils ne l'auraient point touchée sans s'être lavé les mains. Ce respect des Juifs pour le pain s'est continué parmi les chrétiens. Dans toute la France, chez les hommes du peuple , l'on n'entame jamais un pain sans y avoir tracé la figure d'une croix, et l'on penserait avoir commis une profanation si l'on en jetait à terre la moindre parcelle.

H est remarquable que chez plusieurs peuples de l'Asie le serment le plus redoutable est celui que Ton prononce sur un bouquet d'épis de blé et sur une coupe d'eau pure , comme si Dieu lui-même se manifestait dans ces biens de première Nécessité.

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te&t;»nts k cet égard. C'est qu'à Tépoque où Jésus prêchait, la division des animaux en purs et immondes existait dans tovitq sa vigueur, et que^ par conséquent, la bouche pouvait être souillée. L'on sait avec quel soin Daniel évita, ce malheur, et Judith même, quoique résolue à commettre un meurtre. Sans dpute l'accomplissement dç son projet eût été plus aswré si elle avait pu se résoudre à souiller sa bouche en mapgeaat des viandes que l'on servait sur la t^ble du général des Assyriens. Cette loi de Moïse continua à régir les chrétiens pendant toute la vie dç Jésus, et même après sa mort, jusqu'à la vision de saint Pierre (j), vision &taie qui, précisément, donna au christianisme sa fausse direction, tout en &vorisant sa propagation parmi les Gentils.

Je vaispasser à d'autres preuves communes aux deux religions. Jésusaditpositivementqu'il n'était point venu pour détruire les Écritures, mais pour les accomplir ; or, ne serait-ce point les détruire que de supprimer cette division des animaux dans ce sens qu'ils seraient tous livrés au couteau? Ne serait-ce point faire descendre le peuple choisi

(i) Dans cette vision même, saiut Pierre répond à la voix qui l'incite à se nourrir de tout ce qui est devant ses yeiuc, qu'il n'a jamais Hien mangé de souillé ou d'immonde:

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de Dieu, et tous les autres à son exemple, dsi i*état le plus abject? Mais, répliquera-t-on, cependant détruit plusieurs lois de Moïse? Non certainemeut il ne les a pas détruites; il les ï perfectionnées, et c'est ce qui s'appelle àccbiïi plir (i) ; mais dans celle dont il est ici question;^

il y aurait eu infériorité patente, et raccomj sèment eût été fait en sens inverse, ce qui - népou vait être, et qui a eu lieu Cependant par lej manque d'intelligence des chrétiens indignes de ce nom. Aussi en est-il résulté que le christi&r; nisme a été banni de son berceau, et que, tant que les mêmes erreurs dureront, il y sera une-^ production étrangère. Les anciens avaient ok^^v^ serve que les Grecs ou les Romains qui habi-:^^ talent l'Egypte, et n'y suivaient point le régime -"' ordonné par les prêtres, étaient tous sujets à la lèpre. Nous en avons fait l'expérience, et les :v| dix-neuf mille léproseries qui furent établies èn^:^^ Europe, au retour des croisades, déposent en0] faveur de ce jugement : or, le régime de Moïse était le même que celui des prêtres d'Egypte,

(i) Voyez ce caractère de perfectionnement bien clairement exprimé dans le discours de la montage. Moïse ^ par exemple, défend l'adultère ; Jésus dit qu'il est commis dès qu'on en a conçu seulement la pensëe. Il en est ainsi de tout le reste.

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f él Ton sait qu'il est loin d'avoir toujours suffi. Gê n'est qu'en l'adoptant, en grande partie, que |;..les Turcs ont pu vivre dans le même pays, et ^^ik ont même perfectionné ce régime, sans s'en 'jouter, en y joignant l'abstinence du vin, liqueur ^si bien&isante dans d'autres climats (i). Enfin, jçe n'est qu'à la faveur de carêmes multipliés et lAe nombreuses privations que les Cophtes, les Grecs, les Arméniens ont pu se soutenir dans rrOrienl. Rien n'empêche, dira-t-on, que Ton se j; prive de viande quand on la juge nuisible; le ^^ichristianisme n'ordonne point d'en manger, il r Jais^ là-dessus une liberté entière : ce qui veut dire que les maximes du christianisme sont si

(t) Voici encore une raison convaincante : les médecins ont observé qu'au a4' degré du. thermomètre de Réaumur, il s'établissait dans les humeurs une fermentation d'un genre pernicieux. Cette observation a été constatée par deux" célèbres écrivains, dePaw^ dans ses Recherches sui- les Égyp- ^! tiens, et Volney, dans son Voyage aux États-Unis. Or, le vin ne fait qu'ajouter des forces à cette ferihentation pernicieuse, Si!.^ dont les substances animales fournissent la base : il détermine K;' alors la formation de ces terribles maladies de la peau , que les anciens désignaient par les noms de Fulpina, de Serpcntitta, A'Elephantiasis , selon leur ressemblance avec les animaux que ces noms rappellent. Jésus, qui devait tout savoir, n*aurait donc point permis l'usage du vin , s'il n'avait défendu en même temps celui de la viande.

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be^ks, qu'elles doivent donner à l'homme une intelligence supérieure pour se conduire en tout temps et en tout lieu; mais comme nous voyons précisément que c'est tout le contraire qui arrive, nous sommes obligés d'en conclure, ou que l'enseignement n'est pas complet, ou qu'il a été mal entendu.

Voici une autre observation qui donne un nouveau poids à celles que je viens d'émettre. IjSl circoncision (je la dépouille des autres idées qu'on y peut attacher) est absolument indispensable dans tous les pays chauds où l'on n'est point rigoureusement assujetti au régime des herbes; elle est encore pratiquée, pour cette raison, dans toute l'Afrique par des nègres qui n'ont jamais entendu parler de Moïse. Ainsi donc Jésus, en remplaçant la circoncision par le baptême, qui ne pouvait la suppléer sous le rapport en question, devait sous-enteudre que 'es chrétiens ne vivraient d'autre chose que des seuls fruits de la terre. S'il en était autrement, Jésus aurait fait une faute que le législateur le plus ignorant eût évitée; c'est assez dire qu'il ne Ta point faite.

Passons maintenant aux preuves morales : on parle de la religion chrétienne comme d'une religion de douceur par opposition à celle de Moïse; or il est évident que ce serait préci-

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