‹ Le Christianisme expliqué, ou, le véritable esprit de ce culte méconnu jusqu'a ce jourChapitre 5 sur 13 · L£ CHRISTIANISME EXPLIQUE · texte numérisé non relu

L£ CHRISTIANISME EXPLIQUE

« du jardin. Mais Dieu n'avait pas créé l'homme « pour qu'il fut meurtrier.^ Vous ne ntiangerez «donc point de chair , si vous voulez faire la vo- « Ion te de votre père qui est dans les cieux. »

Il est impossible de supposer une autre réponse. Le mot commencement que j'ai souligné, exprime parfaitement la pensée de saint Jérômev

Mais , dira^on , si Jésus eût regardé cette question comme si importante ^ il n'aurait pas manqué de la comprendre dans le nombre de celles sur lesquelles il s'est prononcé. Ceci demande quelques explications. Jésus n'a refusé l'instruction à personne; il n'a jamais laissé de question sans réponse; mais on sait fort bien que ce n'est qu'à propos de questions captieuses que nous sont venus presque tous ses avertissements. Or, celle-là ne lui a point été faite. Je conviens néanmoins qu'il aurait prévenu les interlocuteurs, s'il eût jugé à propos d'en parler; et nous en avons des exemples dans le discours de la montagne et dans quelq^ues paraboles dites de dessein formé. Mais pour peu que l'on voulût élever son esprit à de plus hautes considérations , on verrait que non seulement Jésus n's^ point voulu s'expliquer sur ce sujet, mais encore qu'il n'a point p^mis qu'on lui en parlât, etcelsi pour ne point uçer, pour ne point profaner en quelque sorte le grand acte qu'il méditait à cet égard.

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£ii effet, il savait bien quant à lui qu'il devait abolir les sacrifices sanglants ; mais ce qu'il y a de bien remarquable , c'est que ses disciples le savaient aussi, puisqu'ils avaient connaissance des prophéties de Daniel, et cependant ils n'en ont jamais dit im seul mot; ce fait vaut la peine d'être médité.

Je ne parle ici que de l'acte en lui-même ; car, relativement à son importance et à ses résultats, ils ne l'ont point compris lorsqu'ils l'ont vu , et ils étaient hors d'état de le comprendre. C'est ce que leur dit leur maître en propres termes : « Il « me resterait beaucoup de choses à vous dire, « mais vous n'êtes pas en état de les entendre. » Or certainement celle-là était du nombre, et peut-être même était-elle la seule. Elle méritait bien un pluriel à raison de son importance.

Je ne vois dans Jésus qu'une seule manifestation de cette pensée, et encore n'est-ce que parce qu'elle lui échappe. C'est lorsqu'il chasse à coups de fouet les marchands qui, dans le vestibule du temple, vendaient les animaux destinés aux sacrifices. On peut croire qu'il les aurait chassés avec moins d'emportement sans l'intérêt que lui inspiraient les victimes. Sans doute il ne pouvait trouver mauvaise la loi de Moïse à ce sujet, puisqu'il avait contribué à la faire ; mais il s'indignait contre la perversité des hommes qui avait rendu

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' celle loi néceissaire. Eh! qui avait plus déraison de s'indigner que lui qui, tous les soirs, pour aller goûter le sommeil dans le jardin des Oliviers, était oblig'é de traverser le torrent du Cédron , lequel roulait avec ses eaux le sang des agneaux et celui de^ colombes!

Jésus a été bien certainement sur la voie de s'expliquer s'il eût voulu le faire, et on voit par cela même qu'il ne la point voulu; On sait avec quelle sagacité il s'est appliqué ce verset du Psalmiste dans le psaume cent dixième : « Le Seigneur a dit à mon seigneur, etc. ; » à plus forte raison il a dû se faire l'application, parce qu'elle était plus relative à sa mission j du Verset 4 du même psaume : « Tu es sacrificateur éternellement à la manière deTMelchisedech; » titre que lui donne saint Paul sans en comprendre le véritable sens (i). Or, qu'a fait Melchisedech, roi et pontife de Canaan? Après avoir béni Abraham, il lui offre du pain et du vin, qu'il avait bénis aussi comme sacrificateur; et l'on peut Conjecturer de là, que dis-je , on peut avancer avec certitude que le peuple que gouvernait ce pontife-roi ne vivait que des seuls fruits de la terre. Et quel était ce

(i) Saint Paul pensait que J<5sus ne pouvait être sacrificateur dans Tordre d'Aaron , parce qu'il était de la tribu de Juda.

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peuple? C'était celui de Salem, qui fut ensuite Solime et plus tard Jérusalem. Où trouver une plus belle origine pour la ville du grand roi (^v)] Il pourrait être utile maintenant de rechercher quellçs raisons ont dû empêcher Jésus de s'expliquer nettement sur le sacrifice. D'abord il est des choses auxqUelleis le mystère sied , elles se gravent mieux alors dads l'imagination des hommes; en second lieu, il est des choses qui s'expliqueùt d'elles-mêmes (*i), et ce serait en affai-

(i) Menochius, dans ses Commentaires , t. 4, Onomastîcon, article Salém y dtt que cette ville était Sichem ; mais Voici ce qu*il ajouta : Josephiitn vero Salem esse affirmai in quâ regnavit Melchisedech > quœ po$tea dicta e^ Sçlima et ad extremum Hiero^çlirnœ nomen aceepit, C*ef t ce sentiment de Josèphe que j'adopte ici, sans irop m*enquérirsi c'est le vrai; il me sufQt de savoir que c'était une opinion reçue du temps de Jésus.

(a) Jésus voyait la terre couverte d'esclaves, et il n'a pas dit un seul mot pour la suppression de Tesclavage ; pourquoi cela? parce que cette suppression découlait de la maxime relative à la charité. Il se sert quelque part de la qualité d'eunuque comme terme de comparaison; c'eût été, sans doute, une belle" occasion de s'élever contre des actes infâmes qui sont la honte de l'humanité. Il tfen a cependant rien dit, parce que, encore une fois, -ce sujet était compris dans la même maxime. Il savait qu'aucune de ses paroles ne devait périr, cl voilà pourquoi il ne les multiplie pas sans nécessité. Il n'a pas non plus défendu textuellement l'usage de la chair, parce (\y\^ cette défense se trouvait dans la substitution

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blir Teffet que de tenter de lès éclaircir, tant la faiblesse humaine a besoin de médagements! Or il faut se figurer qu'à l'époque où Jésus parut, cette grande pensée de l'abstinence de la chair remplissait le monde (ï); mais elle j flottait in-

du sacrifice, et je vais même en donner dai^ ce moment une preuve irrécusable. Dieu le père avait défendu l'usage du sang à perpétuité , /?ârrce qu'il renfermait Vamé de V animal. Or, les choses n*ayant point changé depuisT^ il est évident que Jésus aurait renouvelé cette défense si elle n'avait été comprise dans la substitution dont je parle. L'observation que je viens de faire avait dû frapper les apôtres,- puisque l'usage du sang et des bétes étouffées fut défemlu dans le premier concile, tenu à Jérusakm ; msùs ob vit ensliite que ce n'était pas textuelleyaaent dans l'Évangile , et on mangea ce sang \ on fit des esclaves et des eunuques.

(i) Clément d'Alexandrie, dans ses Stromates , reconnaît que ce sont les idées de Platon qui ont fait recevoir l'Évangile dans l'Orient. Il est certain que la philosophie de Platon était enseignée dans les écoles de la Judée avant la naissance de Jésus ; c'est dire assez qu'elle y était publique.

Mous serons encore moins étonnés de ce qu'avance Clément d'Alexandrie, si nous faisons atention qu'à cette époque il y avait en Judée beaucoup plus d'étrangers que de Juifs. La langue grecque y étah aussi fort répandue. Cest dans cette langue qu'ont écrit les quatre évangélisles , et c'est elle qui a fourni le titre sous lécpiel Jésus est adoré. Ces considé* rations donnent une raison suffisante de ce que j'ai exprimé dans une autre note; elles font voir jAurquoi l'héritage destiné aux Juifs, entêtés et rebelles, a été donné à des étrangers. Le principal était de sauver le monde.

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certaine, comme plusieurs théogonies dépeignent Tesprit flottant sur la matière. Il s'agissait de la fixer et de lui donner des lois, d'ordonner, de régulariser, en un mot, l'ouvrage de la sagesse, dont cette pensée était l'ame; et c'était pour atteindre ce grand objet que tous les peuples étaient dans l'attente d'un conducteur, d'un envoyé extraordinaire, sans le secours duquel les hommes étaient persuadés qu'ils ne pouvaient arriver à ce but. Les Indiens, comme les plus avancés, eurent dans Budda ce grand personnage qui fut annoncé aux Chinois par Confucius, aux Perses par Zoroastre, aux Grecs par Socrate (t), aux Juifs par tous les prophètes de

(i) Virgile, qui écrivait peu de temps avant la naissance de Jésus, exprime ou ne peut plus clairement ces idées , dont il fait l'application au fils de Pollion , qui n*était point epcore ne, et qui ne naquit point. Tout le monde connaît ces beaux vers de sa quatrième églogue, que Tempereur Constantin considérait comme une prédiction du Messie, et qui en avaient en effet tous les caractères :

Magnus ah ùitegro seclorum nascitur ordo ;

Jam redit et virgo , redeunt Satarnia régna ;

Jam nova progenies coelo demittitur alto.

Le reste du tableau ressemble, comme ce coaunencement, à la peinture d*Ésaïe dont il a été fait mention. Le nec tnagnos metuent armenta leot^fs, semble en être tiré mot pour mot. Il est de fait, cependant, que Virgile n'avait jamais entendu parler d'Ésaïe.

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leur nation , et qui l'avait été avant eux par Moïse lui-même. JésuPparaît. Pour accomplir un aussi grand dessein, il n'a besoin que de changer la nature du sacrifice, et il le fait avec la grandeur, la majesté, le silence, qui accompagnent les actes d'un dieu.

Il me reste à répondre en particulier à quelques objections qui pourraient m'étre faites. Première objection : on dira : C'est Jésus qui est la victime, le pain et le vin ne sont qu'une apparence, et ce ne sont point ces dernières substances que nous mangeons et que nous buvons. Ce raisonnement est très-juste, et parfaitement conforme à l'idée du sacrifice; mais il né change rien au ÉSod de la question; car, enfin, que reste-t-il sous les yeux? du pain et du vin. Voilà

Au reste, il ne faut pas que le rapprochement que je fais dans le paragraphe qui a amené cette note, des plus grands personnages de Fantiquitc avec Jésus, soit un sujet d'étonnement. Outre qu'il n'y aurait rien d'extraordinaire que les desseins de Dieu, toujours dans le plus juste à- propos, et qui, par conséquent, ne peuvent survenir d'une manière brusque (le christianisme en est lui -même un notable exemple), fussent manifestés de loin par la bouche des sages; c'est une idée fort ancienne, et qui peut-être n'est pas encore entièrement abandonnée, que la sibylle de Cumes a prophétisé dans le sens du christianisme : téÈ$e David cum sibylla; et c'est pour cette raison que l'on voyait les dix sibylles à la suite des prophètes dans tous les cloîtres de France.

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