III. — i9eleBee« blologlqae
Si nous continuons notre revue des sciences en allant de celles qui s'occupent des phénomènes les plus simples, à celles qui étudient les plus complexes, nous arrivons après les sciences qui se rapportent à la nature inorganique, à celles qui ont pour objet l'étude des êtres organisés. On leur donne avec raison, depuis quelque temps, le nom de sciences biolologiqués, parce que ce qui les différencie radicalement des précédentes, c'est cet élément mystérieux que l'on appelle la vie.
Intervenant dans les phénomènes que l'on veut étudier, la vie qui n'a ni la fixité, ni l'invariabilité des forces du règne inorganique, ne permet plus de trouver dans l'expérimentation les mêmes ressources. L'expérience peut encore permettre de reconnaître les causes générales des phénomènes , mais il faut y apporter cette restriction qu'il devient impossible de répéter un phénomène dans des conditions identiques, -condition qui rend l'emploi de l'expérimentation si profitable quand il s'agit des lois physiques.
En effet, sans entrer dans la question des forces vitales dont l'existence paraît indispensable à bien des physiologistes pour l'explication des phénomènes qui se passent chez les êtres vivants, tout être animé constitue un appareil physicochimique extrêmement compliqué, agissant continuellement
sur le milieu dans lequel il est placé, appareil variable d*un individu à un autre, en raison de leur organisation, de leur tempérament, et de plus variable chez le même individu, il*un instant à un autre, en raison de la nutrition, de Faction du milieu, de son développement. La vie est déûnie, en raison de ses effets, un double phénomène de mouvement moléculaire, à la fois général et continu, de composition et de décomposition.
Donc, Texpérimentation appliquée à Tétude des i^énomènes, pour découvrir Tinfluence de chacun des éléments qui coqcornant à leur production, ne pouvant jamais les reproduire dans des conditions identiques, ne disposant que d'êtres sans cesse transformés par leur vie même, ne peut plus conduire à des lois précises, mathématiques.
Gela ne veut pas dire que les sciences biologiques ne puissent établir un grand nombre de lois générales, au milieu des modifications spéciales pour chaque individu ; je me contenterai de citer celles du développement et de la vieillesse pour chaque espèce ; la permanence de la vie, la mort succédant à la production de germes d'mdividus de même nature. Mais ce qu'on ne saurait trouver, c'est la formule mathématique de l'individu, déterminant ce qu'il sera en un instant donné, non pas à peu près par une appréciation générale des éléments en jeu, mais d'une manière positive, absolue, et cela parce que la vie, que ne peut atteindre l'expérmientation, est une cause incessante , de modifications impossibles à prévoir avec une certitude absolue.
Ceci, est d'autant plus vrai qu'il s'agit d'êtres plus éloignés du règne inorganique et déjà très sensible quand on étudie le premier degré de la vie, la vie végétale des plantes, le devient bien davantage quand il s'agit des animaux et surtout de Thoname placé au degré le plus élevé de l'échelle. Non seulement les variations de la vie qui proviennent des caractères spécifiques de chaque individu , viennent souvent modifier les phénomènes d'une manière imprévue, mais encore des
réactions intérieures, n'ayant plus leur origine dans Facton du milieu qui peut être prévue, au moins approximativement, 1^ changent complètement
Tout le monde a entendu parler de ces merveilleuses expériences, dans lesquelles une action exercée sur le système nerveux, transforme la nature des liquides sécrétés par diverses glandes, mais sans entrer dans des détails physiologiques, nous prouverons aisément notre proposition en rappelant quelques faits que ctiacun a éprouvés, qui démontrent la puissante réaction du moral sur le physique ; la circulation du sang qui s'arrête par la frayeur, la congestion qui suit la colère, etc.
Nous pensons avoir démontré que l'expérimentation ne peut être utilisée aussi proiitablement dans les sciences biologiques que dans les sciences physiques, et que la précision avec laquelle les détails des phénomènes peuvent être prévus, y est infiniment moindre. Et à priori on eût pu reconnaître qu'il devait en être ainsi, que la vie étant un élément d'ordre supérieur à celui des forces du monde inorganique, l'homme ne pouvait être placé au même degré au-dessus d'elle; que la diflQculté d'observer devait croître avec celle de dominer. Il ne pourrait y parvenir sans arriver à comprendre son être, et surtout sa propre intelligence qui réagit sur cette nature, à un degré impossible à admettre.
Sans donc vouloir décourager les personnes qui se vouent à des recherches aussi importantes que difficiles, on peut^ établir que les problèmes atteignent , dans les sciences biologiques, un degré de complication qui en rend la soluti^ nécessairement incomplète pour l'isprit humain, et le force à proportionner la probabilité de ses conclusions au degré de certitude que fournit l'expérimentation; l'intuition n'est pas plus claire que pour les corps inorganiques et la déduction devient plus douteuse. Il faut renoncer à l'espoir de manier les éléments de la vie des corps organisés, avec la même certitude que ceux que l'on rencontre dans une question de mé-
canique ; c*esl là une vérité incontestable, démontrée par leg progrès mêmes des sciences physiologiques et de leurs appli* cations.
IT. — De* lois morale* et du monde «pirlliael*
Nous venons d'établir que la méthode qui a conduit à de si grandes découvertes dans les sciences physiques, rexpérimentation, ne permettait plus d'établir des lois d'une précision mathématique lorsqu'on l'applique aux sciences biologiques et que cela était d'autant plus vrai que l'organisation s'élevait des végétaux dénués de sensibilité, à l'homme doué d'intelligence. A plus forte raison son emploi ne pourra-t-il conduire qu'à des résultats fort limités, lorsqu'il s'agira des lois de cette intelligence même, qui ne saurait être dominée par ellemême. Elle ne pourra analyser que dans des proportions restreintes des intelligences qui lui seraient égales, à plus forte raison supérieures; la plante ne saurait comprendre l'animal, ni l'animal l'honune.
L'école positiviste, spécialement composée de personnes vouées à l'étude du monde physique, n'admettant pas que l'on puisse établir rien de certain en dehors de l'expérimentation suivant la méthode de Bacon, soutient que celle-ci seule peut être appliquée à l'étude du monde spirituel, que nous ne pouvons prendre pour objet de nos travaux que les phénomènes matériels qui s'y rattachent C'est vouloir rester physicien, physiologiste, et refuser de s'occuper de philosophie; ce n'est pas formuler un système.
Toutefois rétude des faits et le développement des sciences où la logique, contrôlée par l'expérience, prend une valeur supérieure à celle qui pourrait résulter de la seule spéculation, conduisent à des résultats importants, moins à cause de leur étendue que de leur certitude.
Le résultat capital, au point de vue philosophique, de l'en-
semble des sciences, étant de mettre en pleine lumière la notion de loi, on en conclut la démonstration de la loi morale qui doit régler nos déterminations, fixer ce qui constitue pour nous le devoir. Nous pouvons sans doute aller au delà par la voie expérimentale, et par Pétude de ce qu'a produit l'application ou l'oubli de la loi morale , obtenir de précieuses vérifications de sa vérité; telle est la méthode historique qui a été si heureusement appliquée aux sciences juridiques et à l'histoire, qu'elle constitue un véritable progrès de Tesprit humain, en fournissant un puissant moyen de recherches et de démonstration. Mais si un observateur intelligent peut ainsi dégager la vérité du spectacle qu'il retrace et qui constitue une profitable expérimentation ; s'il peut ainsi mettre en lumière , faire comprendre à tous les bons esprits, sinon rendre évidents pour tous, des principes de morale^ il ne peut toutefois les établir sans aucune idée préconçue ; le succès ou le profit n'est, en effet, nullement la preuve de la vérité de la ligne adoptée et par suite une vérification incontestable, absolue de nos déductions, nous fait défaut.
Nous n'avons en réalité qu'une voie pour discerner le bien, le juste, le vrai, c'est l'intuition qui reparaît ici avec une netteté parfaite; elle est assez claire, pour qu'aucun sophisme ne puisse jamais changer notre conviction intime, pour nous faire confondre le bien et le mal, le juste et l'injuste. Nous ne pouvons pas employer l'expérimentation pour établir les principes de vérités d'un ordre qui n'est pas perceptible à nos sens, mais combinée avec le sentiment inné qui est en nous, elle peut certes confirmer puissamment l'obligation morale de pratiquer le bien, la loi du devoir.
« La merveilleuse efficacité du devoir, dit excellemment M. Ernest Renan, pour édifier et pacifier les âmes, est l'explication d'un phénomène assez ordinaire dans l'histoire de la philosophie, je veux dire de l'apparente contradiction que nous offrent tant de nobles esprits qui n'ont cxuqu'à la vertu. Lorsque l' Aristote des temps modernes, Kant, porta la critique
à la racine même de l'intdligence humaine, résolu de ne s'arrêter que devant l'indubitable, il ne trouva rien de bien, clair que le devoir. En face de cette révélation souveraine, le doute ne lui fut plus possible. Sur Tunique base de la conscience morale, l'inflexible critique reconstruisit tout ce qu'il avait renversé d'abord : Dieu, la religion, la liberté, que la raison ne lui avait donnés qu'enveloppés de contradictions, lui apparurent en dehors du champ de la controvei*se , dans une douce et pure lumière, assis non sur des syllogismes, mais sur les besoins les plus invincibles de la nature humaine et à l'abri de toute discussion. La belle et hardie volte-face du penseur allemand est l'histoire de tous ceux qui ont parcouru avec quelque énergie le cercle de la pensée, »
Il importe de remarquer que cette intuition de notre propre nature ne pouvant être suivie de déductions dont nous puissions constater d'une manière absolue la vérité (la àuccession, le temps ne gouvernant pa3 ce qui est immatériel), ne saurait aucunement, comme dans le cas de phénomènes du monde physique dont les lois nous sont successivement dévoilées par une expérimentation incessante , donner aux connaissances qui se rapportent à notre nature spirituelle, le caractère progressif qui distingue si éminemment les sciences physiques.
C'est sûrement le spectacle des progrès incessants de ces sciences qui excite le plus des hommes placés à la tète de leur génération, à tenter l'édification de systèmes complets de philosophie, comme l'a fait si admirablement Descartes en partant des méthodes de la géométrie, comme le tentent aujourd'hui les physiologistes , de l'école positiviste. On ne saurait nier la valeur de ces grands travaux, comme prouvant la puissance intellectuelle de leurs auteurs ; cependant il faut bien reconnaître que pour toutes les grandes questions que l'humanité s'est toujours posées, telles que l'existence de Dieu , l'immortaUté de l'âme, l'action de Tintelligence s'arrête au seuil de l'édifice.
Si Ton veut bien apprécier comment lliomme peut, à Taide des seules lumières naturelles déposées dans son esprit, aborder les grands problèmes du monde spirituel, et combien peu de progrès le travail de Tbumanité depuis bien des siècles, a permis de faire dans cette voie, il faut lire les Entretiens de Socrate et les comparer aux meilleurs résumés écrits de nos jours, des vérités acquises de la religion naturelle. On reconnaîtra combien était vive la lumière qui illuminait le sage de la Grèce, combien le juste, le beau, le vrai lui étaient clairement manifestés ; c'est à ce point que si Ton retranche des ouvrages modernes , les pages qui sont de véritables paraphrases de l'Évangile, qui n'appartiennent pas par conséqnent à l'évolution philosophique de l'esprit humain , vingt siècles n'ont presque rien produit de plus dans cette voie. Une précision plus grande en quelques points, grâce à une étude plus complète di la nature humaine; une vue plus nette des rapports entre la cause et l'effet due aux progrès des sciences; quelques confirmations fournies par l'histoire, de la vertu des croyances spiritualistes, c'est à peu près tout ce qui. a été ajouté au pur spiritualisme de Platon. De pareils résultats dus au travail de tant de siècles , ne démontrent que trop la non progressivité de la philosophie.
Cependant des conceptions ambitieuses, des systèmes de philosophie prétendant résoudre le problème de Thumanité, et donner l'intelligence complète de l'infini au fini, occupent de temps à autre la scène du monde, mais la conscience universelle les fait successivement disparaître. Nous ne pouvons écrire ici une histoh*e de là philosophie, décrire la régularité avec laquelle le matérialisme envahit les nations en décadence devenues inaptes à ressentir de saintes inspirations, ou le scepticisme succède aux plus grands développements des spéculations philosophiques, toujours triomphant de l'impossibilité de préciser les principes que les lumières naturelles permettent d'établir.
Dans notre siècle, étonné des progrès matériels de tous
genres qui résultent des découvertes faites dans les sciences physiques, de l'admirable spectacle qu'offre la nature étudiée dans tous ses détails, la philosophie penche vers un panthéisme vague qui tend à annuler l'individu en face du monde, de l'humanité. Mais malgré les grandes facultés de leurs auteurs, tous ces systèmes qui ne peuvent jamais constituer des édifices solides, durables, démontrent que l'intelligence humaine ne peut aller au delà de la perception des idées fondamentales. Elle peut bien affirmer les lois morales, l'immortalité de l'âme, l'existence de Dieu, mais elle ne saurait comprendre l'inflni, résoudre les contradictions qui abondent dès qu'on multiplie les questions, qu'on veut les préciser. En un mot, du monde spirituel nous ne pouvons affirmer que son existence et sa permanence, car de même que pour la matière, sa destruction exigerait une puissance égale à sa création. Malgré tous les efforts de notre esprit, malgré les progrès des sciences, nous ne pouvons guère aller au delà, sans rencontrer l'incompréhensible, ce qui n'est pas, il faut bien l'observer, une négation. Car comme le dit fort bien M. J. Simon de l'impossibilité d'analyser la notion de Dieu : « Il faut se rendre clairement compte de ce qu'on entend par ces mots : l'incompréhensibilité divine. On ne veut pas dire par là qu'il y ait dans la nature de Dieu quelque chose de contraire à la raison ; on ne veut pas dire non plus qu'il n'y ait absolument rien dans la nature de Dieu que la raison ne puisse connaître. Je puis toucher une montagne, dit Descartes quoique je ne puisse pas l'embrasser.
» Dieu n'est pas contraire à la raison^ il lui est supérieur. Il est incompréhensible à la raison ; il ne lui est pas entièrement inaccessible ; comprendre qu'une chose est contraire à la raison et cependant l'admettre, c'est renoncer à la raison et à la philosophie ; comprendre qu'une chose est au dessus de la raison, c'est seulement reconnaître qu'il y a des bornes à la philosophie. »
¥• •— Be la ré¥él»(loii.
Si la perception du monde spirituel à laquelle nous parvenons dans nos moments d'enthousiasme, d'inspiration, — car l'homme n'est pas seulement raison, il est aussi sentiment, amour et par suite peut arriver à sentir la vérité qu'il ne peut démontrer, — ne nous laisse pas de doutes sur son existence, nous ne pouvons toutefois qu'entrevoir cette lumière placée tellement au-dessus de nous que parfois elle nous échappe. Il n'est pas surprenant que l'esprit humain , que la raison avec un semblable point de départ, ait pu varier les combinaisons, les systèmes qui en développent les conséquences.
Les variations de doctrines qui à toutes les époques ont passionné les philosophes n'ont pas été connues en général de la niasse des nations , mais seulement d'un petit nombre d'adeptes. De tout temps des religions fondées bien plus sur l'inspiration que sur le raisonnement, ont offert aux hommes des solutions, nettement formulées, pour les problèmes que la philosophie essayait infructueusement de résoudre.
C'est ainsi que nous voyons le Christianisme devenu depuis dix-huit siècles la religion du monde civilisé. Parti d'une contrée obscure, enseigné par quelques pêcheurs qui avaient vu mourir sur la croix le révélateur, il foriçie seul la croyance de toutes les nations avancées, il les a pénétrées de ses principes, de telle sorte que dans nos nations chrétiennes, il n'est personne qui ne soit imbu de notions parfaitement certaines, et que cependant les anciens n'avaient pas su trouver, car on peut sentir la vérité de ce qu'on ne pourrait pas découvrir. Telle est surtout la loi de charité, de fraternité universelle sans exception de pays, ni de race, qui était tout à fait étrangère au monde ancien, et qui est l'honneur des civilisations chrétiennes et des nations modernes.
XXIU
Avec grande raison, puisque la religion esl pour chacun le plus grand des intérêts, Channing convoque tous les gens éclairés à l'étude fie la doctrine chrétienne, trop abandonnée aux prêtres, surtout chez les catholiques. Il aurait voulu que les laïques d'un esprit philosophique se réunissent pour discuter le christianisme. « Je désirerais, dit-il dans une de ses lettres, qu'un penseur, qui ne serait pas du clergé, ouvrit un cours où il traiterait du Christianisme tout comme il traiterait de la philosophie de Platon ou d'Aristote. — N'y a-t-il donc pas moyen^ répétait-il souvent, d'enlever ce monopole aux mains des ministres, de faire sentir aux esprits élevés que le Christianisme leur appartient aussi bien qu'aux prêtres, et que c'est une honte pour eux d'emprunter au dehors, à d'autres hommes, toutes leurs idées sur la religion ? Pourquoi les savants ne s'intéresseraient-ils pas à l'étude du Christianisme aussi i)ien qu'à l'étude des autres systèmes? »
Je me garderai bien de tenter de refaire ici le Traité des preuves de La religion chrétienne^ un des plus admirables écrits de Channing, un de ceux dans lesquels il a le mieux montré la parfaite lucidité de son esprit, en discutant toutes les preuves logiques, historiques et surtout morales de la révélation chrétienne. Ce sont ces dernières qui nous paraissent avoir le plus de valeur de nos jours, car personne ne conteste que l'Évangile ne renferme la morale la plus parfaite qui ait jamais été annoncée à l'humanité ; tous les problèmes relatifs à l'existence de Dieu, à la vie future y trouvent les solutions les plus sympathiques à l'esprit humain.
Pour bien des savants toutefois , la perfection de la morale chrétienne ne peut entraîner la foi en une révélation divine, et cela parce que le monde étant mû par des lois immuables, l'intervention divine leur semble illogique, inadmissible. Mais ils ne remarquent pas que leur objection, toujours fondée sur l'expérimentation, s'applique au monde physique, mais nullement au monde spirituel. Que les phénomènes du monde ma-
tériel soient réglés par des lois précises, constantes, cela est certain ; que l'intervention divine ne vienne pas les changer à chaque instant et modifier l'équilibre du monde, qui n'en est convaincu ? Mais par quel motif transporter cette certitude au monde spirituel ? Qui nous prouve que l'homme qui se recueille au moment de prendre une détermination suprême, ne trouve pas un secours moral dans Dieu qu'il implore? Quelle observation faite sur la nature physique peut prouver surtout^ que la lumière qui éclairait Jésus-Christ était nécessairement d'ordre naturel, lorsque la loi qu'il a promulguée a dépassé les limites que la sagesse humaine n'avait jamais pu franchir ?
Il est impossible de rien conclure de complètement applicable au monde spirituel, des observations faites sur le monde physique. Rien par suite qui démontre l'impossibilité de la révélation. C'est à l'élément spirituel qui est en nous, à juger ou plutôt à sentir la sublimité de celle que la tradition nous présente et à en reconnaître ainsi la divine origine.
iri. -^ g^ystème de Channtns* -— Accord de la phlloftophle et de la réTélalton
Le système de Channing ressort tout naturellement de ce qui précède. Grand admirateur de la raison qui nous permet de reconnaître la vérité, dont l'emploi à la recherche des lois du monde matériel est la gloire de l'humanité et qui dans celles du monde spirituel reconnaît la vraie direction, si elle ne peut arriver à une entière précision ; Channing ayant en môme temps la foi la plus entière dans la révélation apportée par Jésus-Christ, veut que la liberté de la pensée humaine soit respectée, et que la religion se renferme dans son domaine. Il blâme l'esprit inerte du fidèle qui attend toute lumière du prêtre et de Téglise, et souvent même leur demande une
réponse pour des questions puremeal humaines ; il fixe pour but à la vie entière de s'approcher de la vérité, de la perfection ; c'est un travail que chacun doit faire par des eCTorls incessants, personnels, à l'aide de la raison soutenue par la révélation.
Son drapeau est la restauration de l'Évangile au XIX* siècle, la proclamation de la foi, de la charité et en même temps de l'admirable dignité personnelle des premiers chrétiens ; résultat qu'il s'agit d'atteindre non par le fait d'un asservissement à une organisation dominatrice , mais, par l'accord complet de la foi et de la raison, en suivant la lumière naturelle avec un esprit droit et cultivé, et en complétant les aspirations vers l'incompréhensible , à l'aide de la révélation dont la raison permet d'apprécier la sublimité, l'origine divine. Cette œuvre lui semblait facile pour tout homme croyant au monde spirituel, principe de toute croyance.
Dans sa dernière maladie, discourant sur les moyens de faire triompher ses idées, qui lui semblaient plus vraies à mesure que le monde disparaissait à ses yeux, il disait : « Je sens toujours plus profondément combien est intime la relation qui existe entre le père céleste et ses créatures, et combien est puissant le lien de cette nature spirituelle qui nous unit tous. Mais il faut être en garde contre des idées exaltées, contre une sentimentalité vague; il faut prendre garde de mêler nos théories ou nos rêves à la vérité. Ce qu'il nous faut, c'est de sentir la réalité de la vie spirituelle : oui, la réalité répétait-il, appuyant sur ce mot. »
Si nous sommes parvenus à faire comprendre les limites nécessaires de l'esprit humain quand il s'applique à connaître la nature de Dieu , l'impossibilité où il se trouve d'acquérir celte connaissance, à moins de le concevoir semblable à l'homme, l'impossibilité de trouver l'infini dans le fini, le parfait dans l'imparfait, il faudra nécessairement reconnaître que l'homme ne pouvant se contenter de ce que lui assigne la philosophie, n'a plus que deux partis à prendre. Ou bien se soumettre
aveuglément à Taulorité du prêtre, et croire, s'il le peut à tout ce qui lui sera imposé, sans tenir aucun compte de sa propre raison; ou bien, et c'est la solution de notre grand philosophe religieux, compléter l'enseignement de la philosophie par ce que pourra lui fournir l'Évangile du Christ. C'est, en partie, l'esprit qui a dominé dans la réforme ; la croyance de tout chrétien, dès qu'il recule devant l'article de foi, le dogme que veut lui imposer un pape, un concile ou un consistoire et que sa raison ne peut accepter. C'est cet esprit , qui en laissant chacun responsable de sa destinée, a fait la grandeur des nations protestantes , parmi lesquelles se trouvent les seules capables de supporter la liberté.
Il faudrait un long travail pour démontrer complètement les diverses propositions que nous avons énoncées et qui amèneraient, je pense, le lecteur au point de vue de Channing par une suite de déductions difficiles à contester. J'ai d'autant moins pensé à le faire qu'il est facile de réunir les travaux où sont démontrées, mieux que je ne pourrais le faire, les diverses propositions successivement énoncées. Pour la certitude scientifique, la notion de loi, les écrits d'Auguste Comte et de M. Littré, les chefs de l'école positiviste ou plutôt de la méthode expérimentale , sont tout à fait probants. Pour les limites du pouvoir de la raison , je renverrai aux écrits de M. J. Simon , d'un spiritualisme si pur etsi consciencieux. Enfin pour les dernières, c'est Channing lui-même qu'il faut lire. Il n'existe pas d'écrits plus capables que les siens de communiquer le sentiment de l'existence du monde spirituel, c'est-à-dire la croyance qui fait l'homme vraiment supérieur, car en lui montrant le but au delà de cette vie, elle le rend capable de tous les dévouements et de toutes les vertus.
Dans ces pages placées en tête d'un volume des œuvres de Channing, nous n'avons pas dû citer quelques passages isolés ; la question offre assez d'intérêt pour qu'on puisse lire l'ouvrage entier d'un sage qui aura sur l'avenir de l'humanité, l'influence
que justifie Talliance de la raison la plus élevée unie au cœur le plus ardent, à la cljfirité la plus vive.
C'est autour des idées de Channing que doivent se grouper les personnes qui ont le cœur assez pur pour sentir la sublimité divine de la morale de TÉvangile, et de la loi de dévouement, celles dont la raison s'attache fortement à Taccomplissement d'une noble tâche, au travail, à la liberté ; pour qui Fhomme n'est pas un rouage d'une machine, mais un être indépendant^ dont la grandeur dépasse les limites du monde matériel II y a là des questions bien supérieures à celles qui divisent les diverses conununions chrétiennes, les sectes de tout genre.
» A mesure que je vieillis, disait Channing quelques mois avant sa mort, je souffre davantage des chaînes qui pèsent sur Tesprit humain, et de l'art par lequel des hommes subjuguent la foule. Je me méfie de plus en plus des influences de secte. Je me sens plus libre en dehors de toute communion particulière et je m'efforce de rendre plus intimes les rapports qui me lient à l'Église universelle et à tous les hommes excellents et saints.
n .. .. Je me tiens éloigné de tous, excepté de ceux qui cherchent et qui prient pour une lumière plus éclatante , pour une manifestation plus pure, plus effective de la vérité chrétienne. »
Je m'arrête devant la grandeur de cette conception. Channing provoque tous les esprits distingués à faire passer avant tout, leur croyance à l'Évangile, aux idées morales qu'ils ont au fond du cœur ; il invite par suite les cent cinquante millions de catholiques latins, les cent millions de fidèles de l'Église grecque , les cent millions de protestants^ à se considérer comme des fractions de la grande Église universelle, adorant le même Dieu, pratiquant la même morale, sous réserve pour chaque nation du respect de ses traditions, de ses croyances particulières en certains dogmes qui, auprès des premiers principes, ne sont plus que d'importance secon-
daire. Jamais la vertu la plus élevée, le cœur le plus ardent, le sens le plus droit , n'ont rien produit de plus grandiose : jamais plus beau drapeau ne mérita d'être suivi avec plus de dévouement. C'est le règne de la liberté et de la fraternité, basé sur l'obéissance de chacun aux lois morales les plus sublimes, qu'il nous fait entrevoir comme prochain pour l'univers entier, si nous savons nous en rendre dignes.
DISCOURS
POUR l'ordination du RÉT. JARED SPARKsi
Baltimore 1819.
I. TBtftiL. V. 21 1 f tprotftt tottlM diofei, attachez-TOot à ce qui est b«B.
Les circonstances particulières de cette solennité non seulement autorisent le prédicateur, mais semblent Finviter à s'écarter des usages généralement suivis quand un frère est admis aux fonctions sacrées. On a l'habitude de parler de la nature, du but, des devoirs et des avantages du ministère chrétien; et je serais heureux d'insister en ce moment sur ces sujets, si je ne me rappelais qu'on doit donner aujourd'hui un ministre à une société religieuse , sur laquelle les opinions particulières qu'elle professe ont attiré beaucoup d'observations, et nepuis-je pas ajouter — beaucoup de reproches. Un grand nombre de bons esprits, de Chrétiens sincères, je le sais, craignent que la solennité de ce jour ne donne une certaine mesure d'influence à des principes qu'ils considèrent comme faux et nuisibles. Je respecte les craintes et les inquiétudes de tels hommes ; et pensant qu'elles sont en partie fondées sur l'erreur, j'ai cru qu'il était de mon
devoir de placer sous vos yeux, aussi clairement que possible, quelques-unes des opinions qui distinguent, dans notre pays, la classe de Chrétiens dont on connaît les sympathies pour cette société religieuse (1). Je dois solliciter votre patience, car un tel sujet ne peut être traité en peu de mots. Je dois aussi vous prier de vous rappeler qu'il est impossible dans un seul discours d'exposer nos idées sur toutes les doctrines de la Révélation, et plus encore les différences d'opinions qu'on sait exister parmi nous. Je me bornerai à des sujets sur lesquels nos sentiments ont été dénaturés, ou sur lesquels nous avons des opinions qui nous distinguent des autres Chrétiens. Ne puis-je pas espérer être écouté avec bonne foi? QuaDieu nous préserve des préventions et du manque de charité, et nous remplisse de l'amour de la vérité et de la vertu.
Je diviserai l'exposé de mes pensées en deux parties : J'essaierai de développer: 1® les principes que nous adoptons dans l'interprétation des Écritures; et 2^ quelques-unes des doctrines que les Écritures, ainsi interprétées, nous paraissent clairement exprimer.
I. Nous regardons les Écritures comme les annales des révélations successives que Dieu a accordées aux hommes, et surtout de la dernière et plus parfaite réveil) Par la classe de Chrétiens , Channing entend désigner
apparemment les Unitaires en général, et^ par ce^^e Société religieuse, non pas comme on serait tenté de le croire d'abord, une association par* ticulièrc d'Églises, telle qu'il en exisle aux États-Unis, mais la simple réunion des fidèles composant l'église, la paroisse ; c'est visiblement dans ce dernier sens que l'expression de Société religieuse, qui se trouve déjà à la page précédente, est employée plusieurs fois, p.158-159. (Tràd. )
kiion de sa volonté par Jésus-Cbrist. Toutes les doctrioes qui nous paraissent clairement enseignées dans les Écritures, nous les acceptons sans réserve et sans excep* tlon. Nous n'attachons pas néanmoins une égale importance à tous les livres de cette collection. Nous croyons que notre religion se trouve principalement dans le Nouveau-Testament. Nous considérons la mission de Moïse, comparée à celle de Jésus, comme appropriée à Tenfance de la race humaine, comme une préparation à un système plus noble, et comme étant surtout utile pour confirmer et expliquer tes Écritures chrétiennes. Jésus-Christ est le seul instituteur des Chrétiens; et tout ce qu'il a enseigné, soit pendant son ministère personnel, soit par ses Apôtres inspirés, nous le regardons comme d autorité divine, et nous le professons comme règle de notre vie.
Cette autorité, que nous reconnaissons aux Écritures, est une raison, suivant nous, pour les étudier avec un soin particulier, et pour examiner avec sollicitude les principes d'interprétation au moyen desquels on peut reconnaître leur sens véritable. Les principes adoptés par la classe de Chrétiens au nom desquels je parle, demandent à être expliqués, parce que souvent ils sont mal compris. On nous accuse surtout de faire un usage injustifiable de la raison dans l'interprétation des Écritures. On dit que nous la plaçons au-dessus de la révélation, et que nous préférons notre sagesse à celle de Dieu. On répand si libéralement des accusations vagues de ce genre, que nous croyons devoir à nous-mêmes, et à la cause de la vérité, d'exposer nos idées avec quelque détail.
Notre premier principe dans l'interprétation de l'Écriture, est celui-ci : que la Bible est un livre écrit pour les hommes, dans le langage des hommes, et qu'on doit
en chercher le sens de la même manière qu'on fait pour les autres livres. Nous croyons que Dieu, lorsqu'il parle à la race humaine, se conforme, si nous pouvons nous exprimer ainsi, ayx règles établies pour le langage parlé et le langage écrit. Autrement, les Écritures nous serviraient-elles plus que si elles nous étaient communiquées dans une langue inconnue?
Or, tout livre et toute conversation exigent, chez te lecteur ou chez l'auditeur, l'exercice constant de la raison ; en d'autres termes, on ne peut en saisir le vrai sens que par une comparaison et des inductions continuelles. Le langage humain, vous le savez bien, admet des interprétations différentes; et chaque mot et chaque phrase doivent être modifiés et expliqués suivant le sujet qu'on discute, suivant les intentions, les sentiments, la position et les principes de l'auteur, et suivant le génie et les idiotismes de la langue dont il se sert. Ce sont là des principes reconnus quand il s'agit de l'interprétation des écrits humains ; et Thomme Sont nous expliquerions les paroles sans tenir compte de ces principes, serait en droit de nous accuser d'un manque coupable de bonne foi, et de l'intention d'obscurcir ou de défigurer ce qu'il a voulu dire.
Si la Bible était écrite dans un langage et un style qui lui fussent propres, si elle se composait de mots qui n'admissent qu'un seul sens, et de phrases détachées complètement les unes des autres, il n'y aurait pas lieu à l'application des principes que nous venons de poser. Nous ne pourrions pas raisonner sur elle comme sur les autres écrits- Mais un pareil livre aurait peu de prix; et la Bible est peut-être, de tous les livres, celui qui ressemble le moins à un ouvrage de ce genre. La Parole
de Dieu porte le sceau de la même maiaque noug voyons dans ses œuvres. Elle a des liaisons et des rapports infinis. Chaque proposition s'enchaîne à d'autres propositions et doit être comparée avec d'autres encore, pour que sa signification pleine et exacte puisse être comprise. Il n'y a rien là d'isolé. Le Nouveau-Testament repose sur l'Ancien. I^ dispensation chrétienne est une continuation de la dispensation judaïque, h complément d'un vaste plan de la providence qui exige chez le lecteur une grande largeur de vue. De plus, la Bible traite de sujets sur lesquels d'autres sources qu'elle nous fournissent. des idées; sujets tels que la nature, les passions, les rapports et les devoirs de l'homme; et elle s attend à ce que nous restreignions et modifiions son langage, d'après les vérités connues que l'observation et l'expérience nous donnent sur ces matières.
Nous déclarons que nous ne connaissons pas de livre qui demande, plus que la Bible, l'exercice fréquent de la raison. Outre les remarques que nous venons de faire sur les rapports infinis qu'elle implique, nous pouvons ajouter que son style ne vise nulle part à la précision de la science, ni à l'exactitude de la définition. Son langage est exiraordinairement brillant, hardi et figuré; il demande qu'on s'écarte plus souvent du sens littéral que ne l'exige celui de notre époque et de notre pays, il réclame par conséquent un exercice plus continu du jugement. Nous trouvons aussi que les différentes parties de ce livre, au lieu de se borner à des vérités générales, présentent à chaque instant des allusions aux temps où elles furent écrites, à des états de la société, à des manières de penser, à des controverses religieuses, à des sentiments et à des usages, qui ont cessé d'être, et
sans la connaissance desquels nous courons constamment le risque d'étendre à tous les temps et à tous les lieux ce qui n'avait qu'une application locale et temporaire. Nous trouvons aussi que quelques-uns de ces livres sont fortement empreints du génie et du caractère de leurs auteurs respectifs; que le Saint Es^prit n'a pas tellement guidé les Apôtres qu'il ait fait disparaître ce que leurs esprits avaient de particulier ; et que la connaissance de leurs sentiments et des influences sous lesquelles ils se trouvèrent placés, est une préparation à l'intelligence de leurs écrits. Envisageant ainsi la Bible, nous pensons qu'il y a pour nous obligation perpétuelle d'exercer sur elle notre raison, de comparer, de conclure, de chercher l'esprit au delà de la lettre , de démêler dans la nature du sujet et le but de l'auteur sa véritable pensée, et en général de nous servir des vérités qui nous sont connues, pour expliquer ce qui présente des difficultés et pour arriver à la découverte de vérités nouvelles.
Est-il nécessaire de descendre jusqu'aux détails, pour prouver que les Écritures exigent Texercice de la raison? Prenez, par exemple, les termes dans lesquels elles parlent ordinairement de Dieu, et remarquez comme elles lui attribuent habituellement les passions et les formes humaines. Rappelez-vous ces déclarations du Christ, qu'il est venu non pour apporter la paix, mais le glaive; qu'à moins que nous ne mangions sa chair et que nous ne buvions son sang, nous n'aurons pas la vie en nous ; que nous devons haïr père et mère, et nous arracher l'œil droit, et bien d'autres passages également hardis et sans mesure. Rappelez-vous la manière absolue dont il est dit des Chrétiens, qu'ils possèdent toutes choses.
connaissent toutes choses, et peuvent toutes choses. Rappelez-vous la contradiction verbale qui existe entre Paul et Jacques, et Topposition apparente qui se rencontre quelquefois entre les écrits de Paul et les doctrines généralesetlebut du Christianisme. Jepourrais prolonger cette énuméralion indéfiniment . Mais qui ne voit qu'il faut restreindre le sens de tous ces passages par les attributs de Dieu, de Jésus-Christ, de la nature humaine qui nous sont connus, et par les circonstances dans lesquelles ils furent écrits, de manière à donner au langage une signification toute différente de celle qu'il exigerait, s'il eût été appliqué à des êtres différents ou employé dans des rapports différents?
Nous en avons assez dit pour montrer dans quel sens nous faisons usage de la raison dans l'interprétation des Écritures. Entre diverses interprétations possibles, nous choisissons celle qui s'accorde avec la nature du sujet et l'esprit de l'auteur, avec l'enchaînement de tel passage à d'autres, avec le ton général de l'Écriture, avec la volonté et le caractère de Dieu tels qu'ils nous sont connus, et avec les lois manifestes et constatées de la nature. En d'autres termes, nous croyons que Dieu ne contredit jamais dans une partie des Écritures ce qu'il enseigne dans une autre, et ne contredit jamais dans la révélation ce qu'il nous] enseigne par ses œuvres et par sa providence. Nous nous défions donc de toute interprétation, qui, après mûr examen, nous semble inconciliable avec une vérité démontrée. Nous raisonnons sur la Bible absolument comme les jurisconsultes raisonnent sur la constitution sous laquelle nous vivons ; vous savez qu'ils ont l'habitude de restreindre le sens d'un article de ce texte
respectable par le sens des autres articles, et de fixer la signification précise de ses différentes parties en recherchant Tesprit de Fensemble, les intentions de ses auteurs, les sentiments, les impressions, et les circonstances qui prédominaient à l'époque où il fut rédigé. Sans ces principes d'interprétation, nous reconnaissons franchement qu'il nous est impossible de défendre l'autorité divine des Écritures. Refusez-nous cette liberté, et nous sommes obligés d'abandonner ce livre à ses ennemis.
Nous n'annonçons pas ces principes comme étant nouveaux, ou comme nous étant particuliers. Tous les Chrétiens les adoptent à l'occasion, sans en excepter ceux qui les attaquent le plus vivement lorsque ces principes viennent à menacer quelqu'article favori de leur symbole. Tous les Chrétiens sont obligés de s'en servir dans leurs controverses avec les infidèles. Toutes les sectes les emploient dans les luttes qu'elles engagent entre elles. Tous se servent volontiers de la raison quand elle peut être utile à leur parti, et ils ne se plaignent d'elle que lorsque cette arme les blesse. Personne ne raisonne plus que ceux dont nous ne partageons pas les idées. On est étonné de voir quel échafaudage ils élèvent sur quelques faibles données relatives à la chute de nos premiers parents, et avec quelle habileté ils tirent de passages détachés des doctrines mystérieuses sur la nature divine. Nous ne les blâmons pas de ce qu'ils raisonnent tant, mais de ce qu'ils violent les règles fondamentales du raisonnement, de ce qu'ils sacrifient ce qui est clair h ce qui est obscur , et l'ensemble de l'Écriture à un petit nombre de textes isolés.
Nous repoussons de toutes nos forces le mépris avec lequel nos adversaires parlent de la raison humaine, parce que ce mépris, selon nous, mène au scepticisme universel. Si la raison est tellement obscurcie par la chute de l'homme, qu'on ne puisse se fier à ses jugements les plus décisifs en matière de religion, alors il faut renoncer au Christianisme et même à la théologie naturelle ; car l'existence et la véracité de Dieu, ainsi que Torigine divine du Christianisme, sont des conclusions de la raison, et subsistent ou tombent avec elle. Si la révélation est en opposition avec la raison, la révélation se renverse elle-même, car c'est au tribunal de la raison que Dieu laisse à décider la grande question de la vérité de la révélation. Il est remarquable combien le sceptique et le dévot sont près l'un de l'autre. Tous les deux veulent anéantir la confiance que nous avons dans nos facultés; et tous les deux jettent le doute et la confusion sur toute vérité. Nous honorons trop la révélation pour en faire l'antagoniste de la raison, ou pour croire qu'elle nous ordonne de renoncer à nos plus hautes facultés.
Sans doute l'usage de la raison en matière de religion est accompagné de dangers. Mais nous prions tout honnête homme de consulter l'histoire de l'église, et de dire s'il n'est pas encore plus dangereux de renoncer à son jugement. 11 est évident d'ailleurs que les hommes raisonnent de façon aussi erronée sur toute espèce de sujets que sur la religion. Qui ne connaît les théories folles et extravagantes qu'on a imaginées en physique et en politique? Mais qui a jamais supposé que nous devions cesser de raisonner sur la nature et la société , parce que, pendant dçs siècles, on s'est trompé en les
expliquant? Sans doute les passions troublent continuellement et fatalement l'esprit dans ses recherches sur la révélation. Les ambitieux font en sorte de trouver dans la Bible des doctrines qui favorisent leur amour de la domination ; les hommes timides et abattus y découvrent un système sombre; et les mystiques et fanatiques une théologie visionnaire. Les vicieux peuvent y trouver des exemples ou des assertions sur lesquels ils fondent Tespoir d'un repentir tardif, ou de se concilier à peu de frais la faveur du ciel. Il en est qui par un faux raffinement parviennent à y découvrir des doctrines que n'a point souillées le toucher du vulgaire. Mais les passions ne troublent pas la raison dans ses recherches sur la religion, plus que dans toute recherche d'un intérêt puissant etgénéral; et, par conséquent, nous ne devons par renoncer à la raison en matière de religion, à moins que nous ne soyons prêts à l'écarter en toute chose. La vraie conclusion à tirer des erreurs sans fin qui ont assombri la théologie, c'est, non pas que nous devons négliger et déprécier nos facultés, mais au contraire que nous devons les exercer avec plus de patience, de circonspection et de droiture. Après tout, les pires erreurs ont pris naissance dans l'église qui proscrit la raison, et exige de ses membres une foi aveugle. Les doctrines les plus dangereuses ont été le produit des temps les plus obscurs, quand la crédulité générale encourageait les méchants et les enthousiastes à répandre leurs rêves et leurs inventions, et à étouffer les faibles remontrances de la raison sous la menace d'une damna^ tion éternelle.
Qu'on dise ce qu'on voudra. Dieu vous a donné une nature raisonnable et nous en demandera compte. Nous
pouvons laisser dormir la raison, mais c'est à nos risques et périls. La révélation nous est adressée comme à des êtres raisonnables. Nous pouvons désirer, dans notre paresse, que Dieu nous eût donné une religion qui ne demandât pas la peine de comparer, de juger, de conclure. Mais une telle religion eût été en opposition avec notre condition présente, et c'est une part de la sagesse d'accepter la révélation comme elle nous a été donnée, et de Tinlerpréter en nous aidant des facultés qu'elle suppose toujours et sur lesquelles elle est fondée. On oppose ordinairement aux idées que nous venons d'énoncer une objection tirée du caractère de Dieu. On prétend que Dieu étant infiniment plus sage que les hommes, ses manifestations seront supérieures à la raison humaine. Dans une révélation nous venant d un tel instituteur, nous devons nous attendre à trouver des propositions que nous ne pouvons concilier, et qui peuvent sembler en opposition avec des vérités démontrées ; et il est de notre devoir de ne pas les mettre en question et de ne pas les expliquer de manière à les faire disparaître, mais de croire, d'adorer, et de soumettre notre raison faible et charnelle à la parole divine. A cette objection nous pouvons répondre brièvement et de deux manières. Nous dirons d'abord qu'il est impossible qu'un instituteur d'une sagesse infinie expose à une erreur infinie œux qu'il veut instruire. Mais si nous admettons une fois que des propositions qui dans leur sens littéral semblent clairement contraires les unes aux autres, ou à toute vérité reconnue, doivent être prises à la lettre, où pourrons -nous nous arrêter dans la croyance à toutes les contradictions? Qu'est-ce qui nous protégera contre le fanatisme le plus grossier, qui peut toujours
citer des passages dont le sens littéral et apparent vient appuyer ses extravagances? Comment les Protestants échapperont-ils à la transsubstantiation, doctrine qui nous est enseignée de la manière la plus claire, si cette soumission de la raison, que nous contestons, est un devoir? Comment pourrons-nous môme maintenir la vérité de la révélation ? car si une contradiction apparente peut être vraie, il peut en être de même d'une autre ; et la proposition que le Christianisme est une fausseté, quoique renfermant une contradiction, pourra n'en pas moins être une vérité.
Nous répondrons de plus, que, si Dieu est infiniment sage, il ne peut se jouer de l'intelligence 'de ses créatures. Un sage instituteur fait preuve de sa sagesse en se mettant à la portée des capacités de ses élèves, non en les embarrassant par ce qui est inintelligible, non en les tourmentant par des contradictions apparentes, non en leur inspirant une méfiance sceptique de leurs propres facultés. Un instituteur infiniment sage, qui connaît rétendue précise de nos esprits et le meilleur moyen de les éclairer, surpassera tous les autres maîtres par la manière dont il mettra la vérité au niveau de notre intelligence, et dont il nous en montrera la beauté et l'harmonie,. Certes, nous devons nous attendre à ce qu'il y ait parfois des choses obscures dans un livre comme la Bible, qui fut écrit pour les temps passés et à venir, aussi bien que pour le présent. Mais la sagesse de Dieu nous est un garant que tout ce qui est nécessaire pour nouSf et nécessaire pour le salut, est révélé trop clairement pour qu'on puisse s'y tromper, et d'une manière trop conforme à la raison pour qu'un esprit sain et droit y trouve le sujet d'un doute. Ce n'est point une marque de sagesse, de se servir d'une phraséologie inin-
telligible, de communiquer aux hommes ce qui est audessus de leurs capacités, de jeter le trouble et la confusion dans rintelligence par des contradictions apparentes. Nous honorons trop notre Céleste Instituteur pour lui attribuer une pareille révélation. Une révélation est un don de lumière. Elle ne peut épaissir nos ténèbres, et multiplier nos incertitudes.
IL Après avoir ainsi établi les principes d'après lesquels nous interprétons l'Écriture, je vais aborder le second point important de ce discours, c'est-à-dire faire connaître quelques-unes des idées que nous puisons dans ce livre sacrée surtout celles qui nous distinguent des autres Chrétiens.
1. D'abord, nous croyons à la doctrine de Tunité de Dieu , ou qu'il n'y a qu'un Dieu et un seul. Nous attachons une immense importance à cette vérité, et nous nous sentons obligés de veiller à ce qu'aucun homme ne vienne nous en priver par une vaine philosophie. La proposition qu'il n'y a qu'un seul Dieu nous semble excessivement claire. Par elle, nous entendons qu'il y a un être, un esprit, une personne, un agent intelligent, et un seul, à qui appartiennent une perfection et une puissance infinies qui ont leur principe en lui-même. Nous pensons que ces mots n'auraient pas pu présenter d'autre sens aux hommes simples et ignorants qui furent choisis pour être les dépositaires de cette grande vérité, et qui étaient complètement incapables de comprendre ces distinctions subtiles entre l'être et la personne, que la sagacité des siècles suivants a découvertes. Rien ne nous fait penser que ce lapgage dût être pris dans un sens extraordinaire, ou que l'unité de Dieu fût
une chose tout à fait différente de l'unité ies autres êtres Intelligents.
Nous objectons à la doctrine de la Trinité, que, tout en reconnaissant en paroles Tunité de Dieu, elle la détruit de fait. Suivant cette doctrine, il y a trois personnes infinies et égales, possédant une divinité suprême, et appelées le Père, le Fils, et le Saint-Esprit. Chacune de ces personnes, telles que nous les décrivent les théologiens, a sa conscience, sa volonté, ses perceptions à part. Elles s'aiment entre elles, conversent entre elles, et se plaisent dans leur société mutuelle. Elles jouent des rôles différents dans la rédemption de Fhomme, chacune ayant sa fonction particulière, et n'accomplissant pas la tâche de lautre. C'est le Fils qui est le Médiateur, et non le Père. Le Père envoie le Fils, et n'est pas lui-même envoyé; et il n'a pas conscience, comme le Fils, de se faire chair. Nous avons donc ici trois agents intelligents, possédant des consciences différentes, des volontés différentes, et des perceptions différentes, accomplissant des actes différents, et ayant des rapports différents ; et si cela n'implique pas et ne constitue pas trois esprits ou êtres, il nous est entièrement impossible de savoir ce qui doit constituer trois esprits ou êtres. C'est la différence de qualités, d'actes, et de conscience, qui nous conduit h reconnaître des êtres intelligents différents, et si ce signe nous manque, toute notre science s'écroule ; nous n'avons plus de preuve que tous les agents et toutes les personnes de l'univers ne sont pas un seul et même esprit. Lorsque nous essayons de nous former l'idée de trois Dieux, nous ne pouvons rien faire de plus que de nous représenter trois agents, distingués l'un de l'autre par des marques et
— Iodes particularités semblables à celles qui sépareot les personnes de la Trinité; et lorsque les chrétiens ordinaires entendent parler de ces personnes comme conversant Tune avec l'autre, s'aimant Tune Tautre, et accomplissant des actes différents, comment peuvent-ils s'empêcher de les regarder comme des êtres différents» des esprits différents ?
Nous protestons donc de toute notre force, quoique sans adresser de reproches à nos frères , contre la doctrine de la Trinité , comme étant en opposition avec la raison et les Écritures, t Nous n'avons — comme TApôtre et les premiers Chrétiens — qu'un seul Dieu, qui est le Père (1). > Avec Jésus , nous adorons le Père, comme le seul vrai Dieu, le Dieu vivant. Nous nous étonnons qu'aucun homme puisse lire le Nouveau- Testament, sans être convaincu que le Père seul est Dieu. Nous voyons notre Sauveur continuellement appliquer ce caractère au Père. Nous voyons que le Père est continuellement distingué de Jésus par ces mots : a Dieu a envoyé son Fils (2). » « Dieu a oint Jésus. • Or, combien est étrange et inexplicable cette phraséologie qui remplit le Nouveau-Testament, si ce titre de Dieu appartient également à Jésus, et si l'un des principaux objets de ce livre est de le révéler comme Dieu, comme partageant également avec le Père une divinité suprême ! Nous défions nos adversaires de citer un seul passage dans le Nouveau-Testament, où le mot Dieu signifie trois personnes, où il ne soit pas appliqué à une
(0 Corintli. vin, 6. (Trad.)
(2) Gaiat. IV, 4, et passim. (Trid.)
seule personne, et où, à moins qu'il ne soit détourné par extension (1) de son sens ordinaire, il ne signifie pas le Père. Peut-on donner une preuve plus forte, que la doctrine de trois personnes dans la Divinité n'est pas une doctrine fondamentale du Christianisme?
En raison des difficultés qu'elle présente, et de sa singularité aussi bien que de son importance, cette doctrine, si elle était vraie, aurait été exposée avec une grande clarté, entourée de grandes précautions, et établie avec toute la précision possible. Mais où trouvet-on cette exposition ? Entre les nombreux passages qui traitent de Dieu, nous en demandons un, un seul, où Ton nous dise qu'il est un être triple, ou qu'il est trois personnes, ou qu'il est le Père, le Fils et le Saint-Esprit. Au contraire, dans le Nouveau-Testament, où nous pourrions au moins nous attendre à trouver des assertions précises de cette nature, on déclare que Dieu est un, sans essayer le moins du monde de donner à ces mots un autre sens que leur sens ordinaire. Quand on parle de Dieu, quand on s'adresse à Dieu, c'est toujours au singulier, c'est-à-dire en employant une forme de langage qui était regardée universellement comme ayant pour objet une seule personne, et à laquelle on ne pouvait, sans un avertissement exprès, attacher aucune autre idée. Les Écritures s'abstiennent si complètement d'établir la Trinité, que lorsque nos adversaires veulent la faire entrer dans leurs symboles et leurs doxologies.
(1) Tiirned from its usual sensé hy the conneonon : une expression si vague, et déjà imparfaite en anglais, est impossible à traduire en français autrement que par un équivalent. ( Trad. )
ils sont obligés de quitter la Bible, et d'inventer des formules et des mots que le style des Écritures ne sanctionne nullement. Qu'une doctrine si étrange, prêtant si fort aux malentendus y et en même temps aussi fondamentale qu'on le prétend» et demandant une exposition si minutieuse, soit restée indéflnie, livrée aux ha* sards des interprétations, et ne puisse être expliquée que par induction, et découverte que dans des passages éloignés et isolés de rÉcriture, c'est là une difficulté dont nous croyons qu'aucun génie ne peut rendre compte.
11 se présente une autre difficulté. Le Christianisme, on doit se le rappeler, ftit fondé et grandit au milieu d'ennemis à la vue perçante, qui ne manquèrent pas de relever tout ce qui pouvait prêter à des objections dans cette religion, et qui durent s'emparer avidement d'une doctrine présentant des contradictions aussi apparentes que celle de la Trinité. Nous ne pouvons nous imaginer une opinion contre laquelle les Juifs, qui se faisaient gloire de leur croyance dans l'unité de Dieu, se fussent autant récriés. Or, comment se fait-il, que dans les écrits apostoliques, où il est tant question des objections contre le Christianisme et des controverses auxquelles cette religion donna lieu, on ne trouve pas un seul mot qui implique que des objections aient été faites contre l'Évangile à propos de la doctrine de la Trinité ; que pas un seul mot ne soit dit pour défendre ou expliquer cette doctrine, pas un seul mot pour la mettre à l'abri du reproche ou pour empêcher qu'elle ne fût mal comprise? Cet argument a presque la force d'une démonstration. Nous sommes persuadés que, si les premiers prédicateurs du Christianisme avaient annoncé trois
personnes divines, toutes égales et toutes infinies, dont Tune était ce môme Jésus qui était mort récemment sur une croix, ce caractère particulier du Christianisme eût presque effacé tous les autres, et que la grande tâche des Apôtres eût été de repousser les attaques continuelles auxquelles il eût donné naissance. Mais le fait est que nous ne voyons pas, qu'au temps des Apôtres, on ait présenté contre le Christianisme Tombre d'une objection à ce sujet. Dans les Épîtres nous ne trouvons pas trace de controverse soulevée par la Trinité.
Nous avons encore à faire contre cette doctrine d'autres objections, tirées de son influence pratique. Nous la considérons comme contraire à la dévotion, parce qu'elle partage et distrait l'âme dans sa communion avec Dieu. C'est l'un des grands avantages de la doctrine de Tunité de Dieu, qu'elle nous présente un seul OBJET d'hommage, d'adoration et d'amour suprêmes : Un seul Père Infini, un seul Être des êtres, une seule cause et une seule source, à qui nous pouvons rapporter tout bien, en qui nous pouvons concentrer toutes nos facultés et nos affections, et dont la nature aimable et vénérable remplit toute notre pensée. La vraie piété, lorsqu'elle est dirigée vers une seule divinité, a une pureté, une unité des plus favorables à la crainte et à l'amour religieux. Or, la Trinité place devant nous trois objets distincts d'adoration suprême -, trois personnes infinies ayant des droits égaux sur nos cœurs; trois agents divins, remplissant des fonctions différentes, et qui doivent être reconnus et adorés dans des rapports différents. Est-il possible, je le demande, que l'esprit faible et borné de l'homme s'attache à ces trois objets avec la môme force et le môme bonheur, qu'à Un seul Père
lofiûi , la seule Gaase Première à laquelle se rapportent tous les bîeos de la nature et de la rédemptfon comme à leur centre et k leur source? La dévotion ne doit-elle pas être distraite par les droits pareils et rivaux de trois personnes égales ; et le culte du Chrétien consciencieux et conséquent ne doit-il pas être troublé par la crainte de ne pas accorder à l'une ou à l'autre de ces personnes la part d'hommage qui lui est due?
Nous pensons aussi que la doctrine de la Trinité nuit à la dévotion, non seulement en joignant au Père d'autrès objets de culte, mais en enlevant au Père Faffection suprême qui lui est due, et en la transférant au Fils. C'est là un point des plus importants. Que Jésus-Christ, élevé à la Divinité infinie, doive exciter en nous un sentiment plus vif, c'est précisément ce que nous apprennent rhistoire et les principes de la nature humaine. Les hommes ont besoin pour leur culte d'un objet qui leur ressemble, et tout le secret de l'idolâtrie est dans ce penchant. Un Dieu revêtu de nos formes, et assujetti à nos besoins et à nos douleurs, parle plus fortement à notre faible nature, qu'un Père dans le Ciel, un esprit pur, invisible — et inaccessible, si ce n'est à l'intelligence réfléchie et purifiée. Nous pensons aussi que les fonctions particulières attribuées par la théologie populaire à Jésus, font de lui la personne vers laquelle on se sent le plus attiré dans la Divinité. Le Père est le dépositaire de la justice, le vengeur des droits et des lois de Dieu. . D'un autre côté, le Fils, splendeur de la miséricorde divine, se place entre la Divinité irritée et l'humanité coupable; expose sa douce tête à la colère, et son cœur compatissant au glaive de la justice divine; supporte tout le poids de notre châtiment, et paie de son
sang tous les biens qui descendent du ciel. Est-il nécessaire de dire l'effet que produisent ces images, surtout sur les esprits ordinaires, auxquels le Christianisme a été principalement destiné, et qu'il cherche à rattacher au Père comme à l'être le plus digne d'amour? Nous croyons que le culte d'un Dieu souffrant et saignant tend fortement à absorber l'esprit, et à le détourner d'autres objets, précisément comme la tendresse humaine de la Vierge Marie lui a valu une place si remarquable dans les dévotions de l'Église de Rome. Nous croyons aussi que ce culte, tout attrayant qu'il soit, n'est pas le plus propre à spiritualiser l'âme, et qu'il excite un transport humain, plutôt que cette profonde vénération pour les perfections morales de Dieu, qui fait l'essence de la piété.
2. Après avoir ainsi fait connaître nos idées sur Pimité de Dieu, je remarque secondement que nous croyons à l'unité de Jésus-Christ. Nous croyons que Jésus est un seul esprit, une seule âme, un seul être, aussi véritablement un que nous le sommes, et également distinct du Dieu unique. Nous reprochons à la doctrine de la Trinité, que, non contente de faire de Dieu trois êtres, elle fait de Jésus-Christ deux êtres, et introduit ainsi une confusion infinie dans les idées que nous nousformons^de son caractère. Cette altération du Christianisme, également contraire au sens commun et à l'ensemble de l'Écriture, est une preuve remarquable du pouvoir que possède une fausse philosophie de défigurer la simple vérité de Jésus.
Suivant cette doctrine, Jésus-Christ, au lieu d'être un seul esprit, un seul principe intelligent et conscient, que nous pouvons comprendre, se compose de deux âmes.
de deux intelligences ; Tune divine , Tautre humaine ; Tune faible, l'autre toute-puissante; Tune ignorante, l'autre douée d'omniscience. Or , nous soutenons que c'est là faire du Christ deux êtres. L'appeler une seule personne, un seul être, et cependant le supposer formé de deux esprits , infiniment différents l'un de l'autre , c'est faire un abus et une confusion de langage, et obscurcir toutes nos idées sur les natures intelligentes. Suivant la doctrine commune, chacun de ces deux esprits chez le Christ a sa conscience particulière, sa volonté particulière, ses perceptions particulières. Ils n'ont en effet rien de commun. L'esprit divin n'éprouve aucun des besoins, aucune des douleurs de l'esprit humain ; et l'esprit humain est infiniment éloigné des perfections et du bonheur de l'esprit divin. Pouvez-vous imaginer dans l'univers deux êtres plus distincts? Nous avons toujours pensé qu'une seule conscience était ce qui constituait et distinguait une seule personne. La doctrine qui établit qu'une seule et même personne peut avoir deux consciences, deux volontés, deux âmes, infiniment différentes l'une de l'autre, nous semble exiger^èeaucoup de la crédulité humaine.
Nous disons que, si une doctrine, si extraordinaire, si difficile à comprendre, si éloignée de toutes les conceptions antérieures de notre esprit, fait réellement partie, et partie essentielle, de la révélation, elle doit être enseignée avec une grande clarté ; et nous demandons à nos frères de nous indiquer quelque passage, clair et formel, où Ton dise que le Christ est composé de deux esprits infiniment différents, mais constituant néanmoins une seule personne. Nous n'en trouvons pas un seul. D'autres Chrétiens nous disent, il est vrai, que cette
doctrine est nécessaire à Tharmonie des Écritures, que quelques textes attribuent à Jésus -Gtirist ce qui est propre à Thomme , et d'autres ce qui est propre à Dieu, et que, pour concilier ces textes, il faut sup[K)ser deux esprits auxquels on puisse rapporter ces propriétés diverses. En d'autres termes, dans le but de mettre d'accord certains passages difficiles , qu'une juste critique peut jusqu'à un certain point, sinon entièrement, expliquer, il faut que nous invenlions une hypothèse beaucoup plus embarrassante, et contenant une immense absurdité. Nous devons sortir d un labyrinthe par une voie qui nous conduit dans des labyrinthes beaucoup plus inextricables. Assurément, si Jésus-Christ avait pensé qu'il fût un composé de deux esprits, et que c'était là un des principaux traits de sa religion, ses expressions, quand il parle de lui-même, eussent été empreintes de cette particularité. Le langage universel des hommes repose sur l'idée qu'une seule personne eet une seule personne, qu'elle est un seul esprit et une seule àme ; et lorsque le peuple entendait ce langage dans la bouche de Jésus, il devait le prendre dans son sens ordinaire, et rapporter à une seule âme tout ce qu'il disait, à moins qu'on lui eût enseigné formellement de l'interpréter* d'une autre manière. Mais oii trouvons-nous cet enseignement ? Où rencontrezvous dans le Nouveau-Testament la phraséologie dont les livres trinitaires sont remplis, et qui dérive nécessairement de la doctrine de deux natures dans Jésus? Où ce divin instituteur dit-il : « Je dis ceci comme Dieu, et cela comme homme; ceci est seulement vrai de mon esprit humain, et cela seulement de mon esprit divin? » Où trouvons-nous dans les Épitres une trace de cette phraséologie étrange? Nulle part. Elle n'était pas
nëcessaii-e à cette époque. Elle ftit la conséquence des erreurs des temps qui suivirent.
Nous croyons donc que le Christ est un seul esprit, un seul être, et de plus un être distinct du seul Dieu. Que le Christ n'est pas le seul Dieu, n*est pas le même être que le Père, c'est là une conclusion nécessaire du premier point de cette discussion, où nous avons vu que la doctrine de trois personnes en Dieu est une fiction. Mais je veux ajouter quelques remarques sur un sujet si important. Nous désirons que ceux dont nous ne partageons pas les opinions considèrent un fait frappant. Jésus, dans son enseignement, parlait continuel* lement de Dieu. U a toujours ce mot à la bouche. Nous le demandons, en se servant de ce mot, veut-il jamais parler de lui-même? Nous répondons, jamais. Au contraire, il distingue de la manière la plus claire entre Dieu et lui, et c'est ce que font aussi ses disciples. C'est à nos adversaires de décider comment cela peut se concilier avec l'idée, que la manifestation du Christ comme Dieu fut l'un des premiers objets du Christianisme.
Si nous exammons les passages dans lesquels Jésus est distingué de Dieu, nous verrons que non seulement ils parlent de lui comme d'un autre être, mais qu'ils semblent chercher à exprimer son infériorité. Us en parlent continuellement comme du Fils de Dieu, envoyé de Dieu, tenant tous ses pouvoirs de Dieu, faisant des miracles parce que Dieu était avec lui, jugeant avec justice parce que Dieu l'instruisait, ayant des droits h être cru de nous parce qu'il avait été oint et marqué par Dieu, et ils le présentent comme ne pouvant rien par lui-même. I^ Nouveau-Testament est plein de ce langage. Or, nous le demandons, quelle impression ce
langage était-il propre et destiné à produire? Est-ce qu'aucun de ceux qui l'entendaient eût pu s'imaginer que Jésus était précisément le Dieu auquel on le déclarait avec tant de soin inférieur ; Tôtre même par lequel il était envoyé , et duquel il attestait avoir reçu sa mission et sa puissance ? Qu'on se rappelle ici que la naissance humaine, la forme corporelle de Jésus, Thumble condition dans laquelle il se trouva, et ses souffrances mortelles , sont autant de circonstances qui doivent avoir préparé les hommes à interpréter de la manière là plus absolue le langage qui établissait son infériorité par rapport à Dieu. Pourquoi donc ce langage a-t-il été si continuellement employé, et sans restrictions, si Jésus était la Divinité suprême, et si cette vérité faisait partie essentielle de sa religion? Je le répète, la condition et les souffrances humaines du Christ tendaient fortement à exclure de l'esprit des hommes l'idée de sa propre divinité ; et nous devrions par conséquent nous attendre à trouver dans le Nouveau -Testament un soin et un effort continuels pour contre-balancer cette tendance, pour le présenter comme étant le même être que son Père, si cette doctrine était, comme on le prétend, l'âme et le centre de sa religion. Nous devrions nous attendre à trouver la phraséologie de l'Écriture moulée sur cette doctrine, à y entendre parler à chaque instant de Dieu le Fils, de Notre-Seigneur Dieu Jésus, et à ce qu'on nous dît que pour nous il n'y a qu'un seul Dieu et que c'est Jésus. Mais au lieu de cela le Nouveau-Testament est tout pénétré de l'infériorité du Christ. Non seulement elle est implicitement attestée dans la phraséologie générale, mais elle est exprimée à plusieurs reprises en termes formels, sans aucun avertissement pour empêcher
qu'on en fasse TappUcation à toute la nature du Christ. Le principal but des auteurs sacrés a-t-il donc pu être de montrer Jésus comme étant le Dieu suprême ?
Je sais qu'on opposera à ces remarques deux ou trois textes dans lesquels le Christ est appelé Dieu, et certains passages peu nombreux où l'on prétend que les attributs divins lui sont donnés. A cela nous avons une simple réponse à faire. Nous disons que c'est un des principes les plus évidents et les mieux démontrés de la critique, que le langage doit être expliqué suivant les propriétés connues du sujet auquel il s'applique. Tout ie monde sait que les mêmes mots présentent des idées différentes, suivant qu'ils se rapportent à des êtres différents. Ainsi Salomon bâtit le temple d'une autre manière que l'architecte dont il se servit ; et Dieu se repent autrement que l'homme. Or, nous soutenons que ce qui fut propre au Christ, sa condition, sa naissance, ses souffrances, sa mort, son habitude constante de parler de Dieu comme d'un être autre que lui, ses prières à Dieu, l'attribution qu'il fait à Dieu de sa puissance et de sa mission, nous disons que toutes ces choses particulières au Christ, nous obligent à interpréter les passages, comparativement peu nombreux, à l'aide desquels on prétend en faire le Dieu suprême, d'une manière qui s'accorde avec sa nature distincte et inférieure. Il est de notre devoir d'expliquer de pareils textes d'après la règle que nous appliquons aux autres textes où l'on ap^ pelle dieux des êtres humains, où on les fait participer de la nature divine, connaître et posséder toutes choses, et dans lesquels on leur accorde tous les attributs de Dieu. Nous n'hésitons pas à modifier, à restreindre ces derniers passages, et à nous écarter, dans le urinterpréta-
tioD, du sens le plus ordinaire, parce que ce sens est en opposition avec ce qui est propre aux êtres auxquels ils se rapportent; et nous maintenons que nous suivons le même principe, et que nous n'usons pas d'une latitude plus grande, quand nous expliquons, comme nous le faisons, les passages qu'on regarde comme venant à l'appui de la divinité du Christ.
Les Trinitaires prétendent retirer d'importants avantages de leur manière d'envisager le Christ. Elle leur fournit, disent-ils, une expiation inflnie, car elle leur montre un être infini souffrant pour leurs péchés. L'assurance avec laquelle on répète cette erreur nous étonne. Quand on les presse, en leur demandant s'ils croient réellement que le Dieu infini, immuable, ait souffert et soit mort sur la croix, ils reconnaissent que cela n'est pas vrai, et que l'esprit humain du Christ a seul éprouvé les souffrances de la mort. Où trouvonsnous donc une victime infinie? Ce langage nous semble une fraude à l'adresse du vulgaire et une grave atteinte àlajustice de Dieu, comme si cette justice pouvait être satisfaite par un sophisme et une fiction.
On nous dit aussi que le Christ est un objet plus attachant, que son amour et sa miséricorde sont mieux sen-* lis, quand il est considéré comme le Dieu suprême quittant sa gloire pour se revêtir de Thumanité et souffrir pour les hommes. Que cette conception agisse fortement sur les Trinitaires , nous n'avons pas l'intention de le nier; mais nous croyons que leurs émotions sont entièrement fondées sur la fausse intelligence de leurs propres doctrines. Ils parlent de la s^onde personne de la Trinité qui quitte sa gloire et le sein de son père pour visiter et sauver le monde. Mais celte seconde personne,
étant le Dieu infini et immuable, ne pouTait évidemment Be dépouiller de la plus faible partie de sa perfection et de sa félicité. Au moment où elle se faisait chair, elle était aussi intimement présente avec son Père qu'auparavant, et remplissait également avec son Père le ciel , la terre et Timmensité. Voilà ce que les Trinitaires reconnaissent; et cependant ils prétendent être touchés et accablés de l'humiliation étonnante de cet être immuable! Mais leur doctrine, lorsqu'on l'explique complètement, réduit non seulement l'humiliation du Christ à une fiction, mais elle détruit presque entièrement l'impression que sa croix devrait produire. Suivant leur doctrine, le Christ, comparativement parlant, ne souffrit pas du tout. Il est vrai que son âme humaine souffrit; mais cette âme , nous disent-ils, était une partie infiniment petite de Jésus, n'ayant pas plus de proportion avec l'ensemble de sa nature qu'un seul cheveu de notre tête avec tout notre corps , ou qu'une goutte d'eau avec l'océan. L'âme divine du Christ, celle qui était le plus véritablement lui-même, était infiniment heureuse au moment même où son humanité souffrait. Pendant qu'il était attaché à la croix, il était l'être le plus heureux de l'univers, aussi heureux que le Père iqfini ; de sorte que ses souffrances comparées à sa félicité n'étaient rien. Les Trinitaires reconnaissent cela et doivent le reconnaître. C'est une conséquence nécessaire de l'immutabilité de la nature divine qu'ils attribuent au Christ; de manière que leur système, considéré comme il doit l'être, dépouille sa mort d'intérêt, affaiblit notre sympathie pour ses souffrances, et, de tous les systèmes, est le plus contraire à Pamour du Christ, fondé sur le sentiment des sacrifices auxquels il s'est condamné pour le
genre humain. Noas pensons que dans nos idées il y a quelque chose qui touche plus le cœur. Nous croyons que l'humiliation du Christ fut réelle et entière , que le Sauveur tout entier souffrit, et non une partie du Sauveur , que son crucifiement fut une scène^ d'angoisses profondes et sans mélange. Quand nous entourons sa croix, nos esprits ne sont pas distraits, notre sensibilité n*est pas diminuée, parce que nous ne le contemplons pas comme un composé d*âmes incompatibles et infiniment différentes, et comme ayant une compensation de félicité infinie. Nous ne reconnaissons dans Jésus mourant qu'une seule âme. Nous pensons que cette manière de l'envisager rend ses souffrances, et l'amour et la patience avec lesquelles il les supporta, incomparablement plus frappants et plus touchants que le système que nous combattons.
3. Après avoir ainsi fait connaître notre croyance sur ces deux grands points, à savoir qu'il y a un seul Dieu, et que Jésus-Christ est un être distinct de Dieu et inférieur à Dieu, je passe à un autre , auquel nous attachons une importance encore plus grande. Nous croyons à la perfection morale de Dieu. Nulle partie de la théologie ne nous paraît aussi importante que celle qui traite du caractère moral de Dieu ; et c'est principalement en raison de ce qu'elles affirment ses attributs aimables et vénérables, que nous attachons du prix à nos idées sur le Christianisme.
On pourra dire que tous les Chrétiens s'accordent sur ce sujet, que tous attribuent à l'Être Suprême une justice, une bonté et une sainteté infinies. Nous répondrons qu'il est très possible de parler de Dieu d'une manière magnifique, et de se faire de lui une idée étroite; d'appli-
qH6r à sa personne des épithètes pompeuses , et à son gouvernement des principes qui le rendent odieux. Les payens appelaient Jupiter le très grand et le très bon ; mais son histoire était souillée de cruautés et de débauches. Nous ne pouvons pas juger, d'après le langage général des hommes, de leurs véritables idées sur Dieu; cardans tous les temps ils ont espéré apaiser la Divinité par Fadulation. Il faut que nous étudiions les idées particulières qu'ils se forment de ses desseins, des principes de son administration , et de ses dispositions envers les créatures.
Nous croyons que les Chrétiens ont généralement été portés à se former de l'Être Suprême une idée très injurieuse pour lui. Ils ont trop souvent pensé qu'il était pour ainsi dire élevé, par sa grandeur et sa sou\eraineté, au-dessus des principes de la morale, au-dessus de ces lois étemelles d'équité et de droiture auxquelles tous les autres êtres sont soumis. Nous croyons que chez aucun être lé sentiment du juste n'est aussi fort, ni aussi omnipotent que chez Dieu. Nous croyons que sa toutepuissance est entièrement soumise à ses idées de justice; et c'est là le fondement de notre piété. Si nous lui rendons hommage , ce n'est pas seulement parce qu'il est notre Créateur, mais parce qu'il nous a créés pour des fins bonnes et saintes ; ce n'est pas parce que sa volonté est irrésistible, mais parce sa volonté est la perfection de la vertu. Nous ne pouvons pas nous incliner devant un être qui gouverne tyranniquement, quelque grand et puissant qu'il soit. Dans le ciel comme sur la terre la seule excellence attire notre respect. Ce n'est pas à la grandeur du trône de Dieu que s'adressent nos
hommages ) mais à Téquité et à la bonté sur lesquelles il repose.
Nous croyons que Dieu est infiniment bon, bienfaisant, bienveillant, dans Tacception propre de ces mots. Bon dans ses dispositions aussi bien que dans ses actes ; bon , non pour un petit nombre , mais pour tous ; bon pour chaque individu aussi bien que pour tout 1 ensemble.
Nous croyons aussi que Dieu est juste; mais nous n'oublions jamais que sa justice est celle d'un être bon, cl que cette justice et cette bonté habitent inséparablement le môme esprit pour agir ensemble dans une harmonie parfaite. Par cet attribut, la justice, nous entendons Pestime infinie que Dieu fait de la vertu ou de la valeur morale, et qu'il exprime par un gouvernement moral, c'est-à-dire en donnant des lois excellentes et équitables, et en appliquant les récompenses et les châtiments qui sont les plus propres à en assurer l'observation. La justice de Dieu a pour but la plus grande vertu de la création; pour ce seul but elle punit; et elle se trouve ainsi d'accord avec la bonté; caria vertu et le bonheur, quoique n'étant pas la même cbose, sont inséparablement unis.
La justice de Dieu, ainsi envisagée, nous paraît parfaitement d'accord avec sa miséricorde. Suivant les systèmes de théologie les plus répandus, ces attributs sont si opposés et discordants, que les concilier est la tâche la plus difficile et l'œuvre la plus merveilleuse de la sagesse infinie. Ils nous paraissent à nous comme deux amis intimes, toujours d'accord, manifestant le même esprit et cherchant la même fin. Par la miséricorde de Dieu, nous n'entendons pas une compassion aveugle, instinctive»
qui pardonne sans réflexion et sans tenir compte des intérêts de la vertu. Ceci, nous le reconnaissons, serait incompatible avec la justice, et aussi avec une bonté éclairée. La miséricorde de Dieu, comme nous la comprenons, désire vivement le bonheur des coupables, mais seulement par leur repentir. Aussi bien que sa justice, elle tient compte du caractère de chacun. Elle diffère la punition et patiente longtemps, pour que le pécheur puisse rentrer dans le devoir; mais elle abandonne Fimpénitent et Pendurci au terrible châtiment dont la menace est contenue dans la Parole de Dieu.
Pour énoncer en un seul mot l'idée que nous nous fiaisoDs de Dieu, nous dirons que nous croyons à son caractère Paternel. Nous lui attribuons non seulement le nom, mais les l3entiments et les principes d'un. père. Nous croyons qu'il a la sollicitude d'un père pour ses créatures, qu'il éprouve le désir d'un père pour leur amélioration, qu'il proportionne avee l'équité d'un père ses ordres à leurs forces, qu'il se réjouit comme un père de leurs progrès, qu'il met l'empressement d'un père à accueillir ceux qui se repentent, et qu'il a la justice d'un père pour les incorrigibles. Nous considérons ce monde comme un lieu d'éducation où il prépare les hommes à l'union avec lui-même et à une vertu sublime et toujours croissante dans le ciel, employant à cette fin la prospérité et l'adversité, les secours et les obstacles, les luttes de la raison et des passions, les mobiles du devoir et les tentations du péché, en un mot une discipline variée et appropriée à des êtres libres et moraux.
Or, nous reprochons aux systèmes de religion qui prédominent autour de nous , d'être plus ou moins contraires à ces idées purifiantes, consolantes et dignes, que
nous nous faisons de Dieu ; de nous enlever notre Père qui est aux cieux, et de mettre à sa place un être que nous ne pourrions aimer quand nous le voudrions, et que nous ne devrions pas aimer quand nous le pourrions. Ce reproche, nous Tadressons principalement au système qui s'arroge le nom d'orthodoxe, et qu'on propage maintenant avec ardeur dans notre pays. Ce système, il est vrai, prend des formes diverses, mais sous toutes les formes il déshonore le Créateur. Dans la forme ancienne et véritable, il enseigne que Dieu nous fait naître complètement dépravés, de manière que, sous les traits innocents de notre enfence, se trouve cachée une nature ennemie de tout bien et portée à tout mal , une nature qui nous expose au mécontentement et à la colère de Dieu, avant même que nous ayons acquis la faculté de comprendre nos devoirs ou de réfléchir sur nos actions. Selon une explication moderne, il enseigne que nous sommes sortis des mains de notre Créateur avec une constitution telle, et, que nous sommes placés sous des influences et dans des circonstances telles, qu'elles rendent certaine et infaillible la dépravation totale de tout être humain, à compter du premier moment de son action morale; et il enseigne également, que la faute de Tenfant, qui naît avec cette tendance continuelle et exclusive au crime, l'expose à la damnation étemelle. Or, suivant les principes les plus simples de la morale, nous soutenons qu'une constitution naturelle de Tesprit, le disposant d'une manière infaillible au mal et au mal seul, l'absoudrait de toute culpabilité; que l'existence donnée à cette condition semblerait déceler une cruauté qui dépasse toute expression, et que punir de peines éternelles la faute de cet enfant si mal doué serait
— saune injustice dont le despotisme le plus impitoyable n'offrirait pas d'exemple.
Ce système enseigne aussi que Dieu choisit dans cette masse corrompue un certain nombre d'individus qui doivent être sauvés, et par une influence spéciale les arrache à la ruine commune; qu'il est ordonné au reste des hommes, quoique privés de cette grâce spéciale qu'exige leur conversion, de se repentir, sous peine de voir s'aggraver leur châtiment ; et que le pardon leur est promis à des conditions que leur nature môme les dispose infailliblement à rejeter, et qu'ils ne peuvent rejeter c^endant sans augmenter d'une manière terrible leurs souffrances dans Tenfer. Ces offres de pardon et ces exhortations à se corriger, faites à des êtres nés sous le poids d'une malédiction à laquelle ils ne peuvent échapper, remplissent nos esprits d'une horreur que nous manquons de termes pour exprimer.
Que ce système religieux ne produise pas sur l'homme tous les effets qu'on pourrait en attendre, c'est ce que nous reconnaissons avec joie. Il est souvent, très souvent contre-balancé parla nature, la conscience, le bon sens, par l'esprit général des Écritures, par les doux exemples et les préceptes du Christ, et par les nombreuses déclarations positives de la bonté universelle et de la justice parfaite de Dieu. Mais néanmoins nous croyons apercevoir la funeste influence de cette doctrine. Elle tend à décourager les timides, à fournir des excuses aux méchants, à entretenir la vanité des fanatiques, et à abriter les sentiments coupables de ceux dont les intentions sont mauvaises. En heurtant comme elle le fait les principes fondamentaux de la morale, et en montrant un Dieu sévère et partial, elle tend fartement à pervertir la
faculté morale I à former une religion sombre, repoussante et servile, et à amener les hommes à substituer la sévérité, Tamertume et la persécution à une charité tendre et impartiale. Nous croyons aussi qu'on peut s'attendre à ce que ce système , qui commence par l'abaissement de la nature humaine, finisse par l'orgueil ; car l'orgueil provient du sentiment des distinctions élevées, de quelque manière qu'elles aient été obtenues, et il n'y a pas de distinction aussi grande que celle qui est établie entre les élus de Dieu et ceux qu'il abandonne.
Nous nous croyons obligés de résister sans relâche aux idées fausses et offensantes qu'on se forme de Dieu et que nous venons d'exposer. Il est d'autres erreurs que nous pouvons laisser passer comme comparativement indifférentes. Mais nous demandons à nos adversaires de nous laisser un Dieu qui soit digne de notre amour et de notre confiance , dans lequel notre sentiment moral puisse se complaire, auprès duquel nos faiblesses et nos douleurs puissent trouver un refuge. Nous nous attachons aux perfections divines. Nous les trouvons partout dans la création, nous les lisons dans les Écritures, nous en voyons la douce image dans Jésus-Christ ; et la reconnaissance, l'amour, le respect nous appellent à en porter témoignage. En butte aux reproches, comme nous le sommes souvent, c'est notre consolation et notre bonheur de penser que l'un de nos plus grands crimes est le zèle avec lequel nous défendons la bonté et la justice de Dieu, auxquelles on porte atteinte.
4. Après avoir ainsi parlé de l'unité de Dieu, de l'unité de Jésus, de son infériorité par rapport à Dieu , et des perfections de la nature divine, — je vais mainte-
Dant dire camment nous comprenons la médiation du Christ, et le but de sa mission. Sur le grand objet que Jésus est venu accomplir, Terreur ne semble pas possible. Nous croyons qu'il fut envoyé par le Père pour opérer la délivrance morale ou spirituelle du genre hu* main; c'est-à-dire pour sauver le^ hommes du péché et de ses conséquences, et les amener à un état de pureté et de bonheur éternels. Nous croyons aussi qu'il accomplit cette fin sublime par différents moyens : par ses enseignements sur l'unité, le caractère paternel et le gouvernement moral de Dieu, enseignements admirablement faits pour rappeler le monde de l'idolâtrie et de l'impiété à la connaissance du Créateur, à l'amour et à l'obéissance qu'il lui doit ; par ses promesses de pardon à celui qui se repent, et d'assistance divine à ceux qui s'efforcent d'arriver à la perfection morale ; par la lumière dont il a éclairé le sentier du devoir ; par son exemple sans tache, où la vertu brille dans toute sa beauté et sa sublimité pour nous exciter et nous encourager, aussi bien que pour nous guider vers la perfection ; par les menaces qu'il adresse au crime incorrigible; par les glorieuses vues qu'il ouvre sur l'immortalité ; pai* ses souffrances et sa mort; par sa résurrection, cet événement mémorable qui venait attester sa mission divine d'une manière éclatante, et rendre sensible pour les hommes une vie future; par son intercession continuelle qui nous obtient les secours et les biens spirituels ; et par le pouvoir qui lui a été donné de ressusciter les morts, de juger le monde, et d'accorder les récompenses éternelles promises aux fidèles.
Nous ne voulons nullement cacher qu'il existe parmi nous une dififérence d'opinion sur un point intéressant
de la médiation du Christ, c'est-à-dire au sujet de l'influence précise de sa mort sur le pardon de nos fautes. Il en est beaucoup qui supposent que cet événement contribue à notre pardon, simplement parce qu'il fut un des principaux moyens de confirmer sa religion et de lui assurer un empire sur les esprits; en d'autres termes, qu'il nous obtient notre pardon en nous portant au repentir et à la vertu , qui sont la grande et seule condition à laquelle ce pardon nous est accordé. Plusieurs d'entre nous, peu contents de cette explication, pensent que les Écritures attribuent la rémission des péchés à la mort du Christ, avec une force d'expression telle, que nous devons considérer cet événement comme écartant le châtiment par une influence spéciale, bien que les Écritures ne nous disent pas de quelle manière ce but est atteint.
Cependant, tout en expliquant différemment le rapport qui existe entre la mort du Christ et le pardon accordé aux hommes, rapport que tous nous admettons avec reconnaissance, nous nous accordons pour rejeter un grand nombre d'idées assez généralement répandues quant à sa médiation. Nous repoussons avec force l'idée vulgaire, que la mort du Christ a le pouvoir d'apaiser Dieu ou de le rendre miséricordieux, en réveillant sa bonté pour les hommes. Nous sommes heureux de reconnaître que cette idée offensante pour la Divinité trouve des adversaires dans les Chrétiens intelligents de la classe dont nous ne partageons pas les opinions. Nous nous rappelons cependant qu'il était ordinaire, il n'y a pas longtemps, d'entendre parler du Christ comme étant mort pour apaiser la colère de Dieu, pour payer à sa justice inflexible la dette des pécheurs; et nous sommes
fortement convaincus que le langage des livres de relî- ^on les plus répandus, et la manière habituelle d'établir la doctrine de la médiation du Christ, donnent des idées vraiment dégradantes du caractère de Dieu. Ils inspirent aux masses la conviction que la mort de Jésus a produit un changement dans l'esprit de Dieu par rapport aux hommes, et que c'est en cela que consiste sa principale efficacité. Nulle erreur ne nous paraît plus funeste. Nous ne pouvons pas souffrir que rien vienne obscurcir la bonté pure de Dieu. Nous soutenons de toutes nos forces que Jésus, au lieu de faire naître, de quelque manière ou à quelque degré que ce soit, la miséricorde du Père, a été envoyé par cette miséricorde pour être notre Sauveur ; qu'il n'est pour la race humaine que ce que Dieu a voulu qu'il fût ; qu'il ne communique rien que ce que Dieu lui a conféré le pouvoir d'accorder ; que notre Père qui est au ciel a été originellement, essentiellement, et éternellement facile à apaiser et disposé au pardon ; et que son amour, original, propre, immuable, est la seule source de ce qui nous arrive par l'interaiédiaire de son Fils. Nous croyons que c'est rabaisser Jésus, et non le glorifier, que de lui attribuer une action qui obscurcit l'éclat de la bonté divine.
Déplus, nous sommes d'accord, quand nous rejetons, comme contraire aux Écritures et comme absurde, l'explication donnée par le système populaire de la manière dont la mort du Christ procure aux hommes leur pardon. Ce système avait coutume d'enseigner comme son principe fondamental, que l'homme, ayant péché contre un être infini, s'est rendu coupable d'un crime infini, et par conséquent est exposé à un châti-
ment infini. Nous croyons, cependant, que ce raisonnement est maintenant abandonné, si Ton peut toutefois appeler raisonnement la négation de cette maxime si claire, que la culpabilité d'un être doit être proportionnée à sa nature et à ses facultés. Néanmoins, le système enseigne encore que le péché, quel que soit son degré, expose à un châtiment éternel, et que toute la race humaine^ étant infailliblement entrainée par sa nature au péché, doit cette terrible expiation à la justice de son créateur. Il enseigne que Thonneur de la loi divine ne permet pas que ce châtiment soit remis, à moins qu'on ne trouve un remplaçant pour le subir ou souffrir quelque chose d'équivalent. 11 enseigne également que, dans un cas semblable, il n'est aucun remplaçant qui puisse accomplir cette œuvre, si ce n'est le Dieu inflni lui-même; que Dieu, dans sa seconde personne, s'est donc revêtu de la nature humaine, afln de pouvoir payer à sa propre justice la dette de châtiment contractée envers elle par les hommes, et concilier ainsi le pardon avec les exigences et les menaces de saloi. Tel est le système le plus répandu. Or, cette doctrine nous paraît porter au front des marques frappantes d'absurdité, et nous soutenons que le Christianisme n*en doit pas être embarrassé, à moins qu'on la trouve tout entière et en termes exprès dans le Nouveau- Testament. Nous prions donc nos adversaires de nous indiquer quelque passage où elle soit clairement enseignée. Nous demandons un seul texte où Ton nous dise que Dieu se revêtit de la nature humaine, afin de donner une satisfaction infinie à sa propre justice; un seul texte qui nous dise que le crime des hommes exige une victime expiatoire infinie; que les soufirances du
Christ doivent leur efficacité à ce qu'elles sont supportées par un être infini ; ou que sa nature divine donne un prix infini aux souflrances de sa nature humaine. Il nous est impossible de trouver dans les Écritures un seul mot semblable , un seul texte qui puisse fournir la moindre idée de ces étranges doctrines. Nous croyons qu'elles ne sont que des fictions des théologiens. Le Christianisme n*en est nullement responsable. Nous sommes surpris qu'elles soient si généralement acceptées. Quoi de plus clair, que Dieu ne peut en aucun sens être victime, ou subir le châtiment h la place de ses créatures? Quoi de plus offensant pour lui, que de supposer que sa justice est tantôt assez sévère pour exiger que les fautes d'hommes frêles et faibles soient punies d'une manière infinie, et tantôt assez facile et accommodante pour se contenter des souffrances limitées de l'âme humaine du Christ, comme étant le juste équivalent des douleurs éternelles que le monde a méritées? Combien n'est-il pas clair aussi, d'après cette doctrine, que Dieu, au lieu d'être riche en pardon, ne pardonne jamais I car il nous semble absurde de parler des hommes comme ayant obtenu leur pardon, lorsqu'un remplaçant supporte leur châtiment tout entier ou un équivalent de ce châtiment. Nous pensons qu'il n'était pas facile de construire un système mieux fait pour obscurcir la splendeur du Christianisme et la miséricorde de Dieu, ou moins propre à consoler une âme coupable et troublée.
Nous croyons aussi que ce système a une mauvaise influence morale. Il tend naturellement à faire croire aux hommes que le Christ est venu pour changer l'esprit de Dieu, plutôt que le leur; que le principal objot de sa
mission a été de détourner le chAtiment, plutôt que de communiquer la sainteté, et qu'une grande partie de la religion consiste à rabaisser les bonnes œuvres et la vertu humaine , dans le but d'exalter le prix des souffrances que le Christ a supportées par délégation. On affaiblit de cette manière le sentiment de l'importance infinie et de la nécessité indispensable du progrès personne] ; et souvent des louanges pompeuses adressées à la croix du Christ semblent prendre la place de l'obéissance à ses préceptes. Quant à nous , ce n'est pas ainsi que nous avons compris Jésus. Tout en admettant avec reconnaissance qu'il est venu pour nous sauver du châtiment , nous croyons que sa mission fut encore plus noble, et qu'il fut envoyé pour nous délivrer du péché lui-môme , et nous former à une vertu céleste et sublima. Nous le regardons comme un Sauveur, surtout parce qu'il est la lumière, le médecin, et le guide de l'esprit ignorant , malade et égaré. Nulle influence au monde ne nous parait aussi glorieuse que celle qui agit sur le caractère, et nulle rédemption aussi digne de reconnaissance que celle qui rend à l'âme sa pureté. Sans cela, le pardon, quand il serait possible, aurait peu de prix. Pourquoi arracher le pécheur de Tenfer, si on laisse brûler un enfer dans son cœur? Pourquoi l'élever jusqu'au ciel, s'il reste étranger à la sainteté et à l'amour célestes? Nos idées étant telles, nous sommes habitués à apprécier l'Évangile, surtout parce qu'il abonde en moyens efficaces de nous exciter à une vertu généreuse et divine. Nous voyons que toutes ses doctrines, tous ses préceptes, toutes ses promesses viennent aboutir à cette vertu, comme à un centre commun; et nous croyons que dans cette religion la foi n'a
de valeur et ne contribue au sahit, qu'autant qu'elle se sert de ces doctrines, de ces préceptes, de ces promesses, de toute la vie, du caractère, des souffrances et des triomphes de Jésus , comme moyens de purifier Tespril et de l'amener à la ressemblance de sa perfection céleste.
6. Après avoir ainsi exposé nos idées sur l'objet le plus élevé de la mission du Christ, qui est de rendre les hommes à la vertu ou à la sainteté, je vais, en dernier lieu, exposer celles que nous nous faisons de la nature de la vertu chrétienne, ou de la véritable sainteté. Nous croyons que toute vertu a son fondement dans la nature morale de l'homme, c'est-à-dire dans la conscience ou dans le sentiment du devoir, et dans le pouvoir qui est donné à chacun de former son caractère et sa vie d'après sa conscience. Nous croyons que sur ces facultés morales reposent la responsabilité et les plus nobles attributs de la nature humaine, et que nul acte n'est louable qu'autant qu'il procède de leur exercice. Nous croyons que toute disposition qui nous est inspirée sans fe concours de notre propre action morale, n'a pas le caractère de la vertu; et nous rejetons par conséquent la doctrine d'une influence divine, irrésistible, agissant sur l'esprit, le façonnant au bien, comme on taille une statue dans le marbre. Un tel bien, si l'on peut lui donner ce nom, ne saurait être l'objet de l'approbation morale, pas plus que les affections instinctives des animaux inférieurs, ou les qualités natives des êtres humains.
Nous n'avons pas l'intention de nier par ces remarques l'importance de l'aide de Dieu, ou de l'Esprit ; mais par l'Esprit divin nous entendons une influence morale, persuasive, qui nous éclaire , et non
une influeacô physique, qui 8'impose à nous et qui nous fait une nécessité de la vertu. Nous repoussoirs avec force les idées que se font un grand nombre de Chrétiens sur Timpuissance de Thomme et sur l'action irrésistible de Dieu sur le cœur; car nous croyons qu'ils détruisent par là notre responsabilité et les lois de notre nature morale, qu'ils convertissent les hommes en machines, qu'ils font retomber sur Dieu le blâme de toutes les mauvaises actions , qu'ils découragent les esprits vertueux , et infatuent les fanatiques de la folle croyance à une inspiration immédiate et sensible.
Entre les vertus, nous plaçons en premier lieu l'amour de Dieu. Nous croyons que ce principe est la véritable fin et le véritable bonheur de notre être, que nous avons été faits pour être unis à notre Créateur, que sa perfection infinie est le seul objet qui puisse satisfaire et véritablement reposer les désifs et les capacités sans bornes de l'esprit humain, et que, sans lui, nos plus nobles sentiments, l'admiration, le respect, l'espérance et l'amour, se flétriraient et s'éteindraient. Nous croyons aussi que l'amour de Dieu est essentiel, non seulement au bonheur, mais à la force et à la perfection de toutes les vertus ; que la conscience, sans la sanction de l'autorité de Dieu et de sa justice dislributive, serait un faible guide; que la bienfaisance, à moins d'être nourrie par une communion avec la bonté de Dieu et encouragée par ses regards favorables , ne pourrait exister au milieu de l'égoïsme et de l'ingratitude du monde; et que l'empire de soi , sans un sentiment de la surveillance divine, s'étendrait à peine au delà d'une pureté extérieure et pa^ tielle. De même que Dieu est essentiellement la bonté.
la sainteté , la justice et la vertu , de même il est aussi la vie, le mobile, le soutien de la vertu dans r&me humaine.
Mais, tout en prêchant avec ardeur l'amour de Dieu, nous croyons qu'une attention sérieuse est nécessaire pour distinguer ce sentiment de ce qui n'en est que la contrefaçon. Nous pensons que beaucoup de choses qu'on nomme piété sont sans valeur. Un grand nombre de personnes ont commis l'erreur de croire qu'il ne peut pas y avoir d'excès dans des sentiments qui ont Dieu pour objet; et se défiant, sous prétexte de froideur, de cette possession de soi-même sans laquelle la vertu et la dévotion perdent toute leur dignité, elles se sont livrées à des extravagances qui ont fait mépriser la piété. Assurément, si l'amour de Dieu est ce qu'on nomme souvent de ce nom , moins nous en aurons mieux ce sera. Si la religion est Técueil contre lequel la raison doit faire naufrage, nous ne pouvons pas trop nous en tenir éloignés. Nous parlons toujours franchement sur ce sujet. Nous ne pouvons pas sacrifier notre raison à une réputation de zèle. Nous devons à la vérité et à la religion de soutenir que le fanatisme, une démence partielle, des impressions soudaines et des transports déréglés, ne sont rien moins que de la piété.
Nous pensons que le véritable amour de Dieu est un sentiment moral fondé sur une idée nette de ses perfections morales, et consistant dans une estime et un respect profonds de ces perfections. Il coïncide ainsi parfaitement avec l'amour de la vertu, de la droiture et du bien , et il est en réalité la môme chose. H vous sera donc facile de comprendre ce que nous croyons être les signes les plus sûrs et les seuls décisifs
de la piété. Nous n*attachons aucune importance aux fortes excitations. Nous regardons comme un homme pieux celui-là , et celui-là seul , qui dans la pratique se conforme aux perfections morales et au gouvernement moral de Dieu; qui prouve qu'il se complaît dans la bonté de Dieu, en aimant et servant son prochain; qui montre qu'il se complaît dans la justice de Dieu par une ferme droiture; qui témoigne de son sentiment de la pureté de Dieu en réglant ses pensées, son imagination et ses désii^s; et dont la conversation, les occupations et la vie domestique sont régies par la pensée de la présence et de Fautorité divines. Dans tout ce qui «'çst pas cela les hommes peuvent se tromper. Des nerfs malades peuvent leur faire voir d'étranges visions, leur faire entendre des sons étranges, et éprouver des impressions étranges. Des textes sacrés peuvent leur arriver comme venant du ciel. Leurs âmes tout entières peuvent être émues, et leur confiance dans la faveur divine peut être inébranlable. Mais tout cela n'est pas delà religion. La question est celle-ci : aiment-ils les commandements de Dieu, qui sont l'expression complète de son caractère, et sacrifient-ils à l'observation de ces commandements leurs habitudes et leurs passions? Sans cela l'extase n'est qu'une moquerie. Le sacrifice d'un seul désir à la volonté de Dieu vaut mille ravissements. Nous ne jugeons pas de la tendance des esprits des hommes par leurs transports, pas plus que nous ne jugeons de la direction naturelle d'un arbre pendant la tempête. Nous sommes plutôt disposés à suspecter les professions bruyantes, car nous avons remarqué que le sentiment profond est généralement contenu , et le moins porté à faire parade de lui-môme.
Nous ne voudrions pas qu'on pensât , d'après ces remarques, que nous désirons exclure de la religion l'enthousiasme ni même l'extase. Nous respectons et nous apprécions grandement une véritable sensibilité , religieuse. Nous croyons que le Christianisme est destiné à agir puissamment sur toute notrj nature, sur le cœur aussi bien que sur le jugement et sur la conscience. Nous concevons le ciel comme un séjour où l'amour de Dieu doit s'élever à un état de ferveur et de joie sans bornes ; et, dans notre pèlerinage ici-bas, nous désirons nous pénétrer de l'esprit de ce monde meilleur. Mais, sjuivant nous, l'ardeur religieuse n'a de prix qu'autant qu'elle n sa source naturelle dans un caractère qui s'est amélioré, qu'elle vient sans effort, qu'elle est la rétom* pense de la soumission, qu'elle enflamme un esprit qui comprend Dieu en se rendant semblable à lui, qu'autant qu'elle élève le jugement au lieu de le troubler, fortifie la conscience , doùne un charme aux devoirs ordinaires, et qu'elle n'exclut pas la gaieté, le bon sens et un état raisonnable de l'esprit. Lorsque nous remarquons une ferveur dite religieuse chez des hommes dont le caractère général indique peu de distinction et d'élévation, et dont la piété semble en guerre avec la raison, cette ferveur nous inspire peu de respect. Nous honorons trop la religion pour donner son saint nom à un zèle fiévreux , forcé , changeant , qui a peu d'influence sur la vie.
Nous eroyons qu'une autre branche importante de la vertu, c'est l'amour du Christ. La grandeur de l'œuvre de Jésus , l'esprit dans lequel il la réalisa, et les souffrances qu'il supporta pour notre salut , nous pensons que ce sont là des titres bien établis à notre reconnais-
saoce et à notre vénération. Nous ne voyons dans la na^ ture aucune beauté qui puisse être comparée à celle de son caractère, et nous ne trouvons pas sur la terre de bienfaiteur envers lequel nous ayons contracté une dette aussi grande. Nous nous plaisons à lire son histoire» et nous y apprenons la perfection de notre nature. Nous sommes touchés surtout de la mort qu'il supporta pour notre rédemption, de cette puissance de charité qui triompha de ses souffrances. Sa résurrection est le fondement de notre espérance d'immortalité. Son intercession nous enhardit à nous approcher du trône de grâce ; et nos regards se portent vers le ciel avec un nouveau désir, quand nous pensons que si nousTy suivons, nous y verrons ses traits pleins de bonté, et jouirons à jamais de son amitié.
Je n'ai pas besoin de vous dire quelles sont nos idées au sujet des vertus de charité. Nous les considérons comme si importantes que parfois on nous accuse de es placer au-dessus de la piété. Nous regardons l'esprit d'amour, de charité, de douceur, de pardon, de générosité et de bienfaisance , comme la marque , le signe distînctîf des Chrétiens, comme la ressemblance la plus brillante avec Dieu à laquelle nous puissions parvenir, comme la preuve la plus certaine de la piété. Je ne puis m'étendre sur ce sujet, et il n'en est pas besom. Mais il est pourtant une sorte de charité que je ne dois point passer sous silence, parce que nous croyons nous en faire une idée plus élevée et plus juste qu'un grand nombre de nos frères. Je veux parler du devoir qui nous est imposé d'être loyaux et charitables dans nos jugements, surtout quand il s'agit de ceux dont nous ne partageons pas les opinions religieuses. Nous croyons
qu'il n'est aucun point sur lequel les Chrétiens se soient tant écartés de leur religion que sur celui-là. C'est avec étonnement et horreur que nous lisons l'histoire de l'Église; et, parfois, lorsque nous reportons nos regards sur les feux de la persécution, lorsque nous songeons à l'ardeur que les Chrétiens ont mise à élever entre eux des murs de séparation, à se condamner mutuellement. à la perdition » il nous [semble plutôt lire les annales d'un royaume infernal que celles d'un royaume céleste. Si l'on demandait â un ennemi de toutes les religions de définir ce que c'est qu'un Chrétien, il le représenterait, avec quelque apparence de raison, comme idolâtre des opinions particulières qui le distinguent, portant les insignes d'un parti, fermant ses yeux aux vertus et ses oreilles aux arguments de ses adversaires, revendiquant toute perfection pour sa secte, et tous les moyens de salut pour sa croyance, couvrant du nom d'un pieux zèle l'amour de la domination, l'idée d'infaillibilité et l'esprit d'intolérance , et foulant aux piedsî les droits des hommes sous prétexte de sauver leurs âmes.
Pour des êtres d'une nature frôle et faillible comme la nôtre, et auxquels la sincérité dans les jugements a été enseignée comme un devoir, il nous serait diCBcile de concevoir une obligation plus évidente que de s'abstenir de condamner des hommes qui paraissent consciencieux et sincères, et auxquels on ne peut reprocher d'autre crime que celui de n'être pas d'accord avec nous dans l'interprétation des Écritures, et cela sur des points dont l'obscurité est grande et reconnue. Nous sommes étonnés de la hardiesse de ceux qui, entendant les avertissements du Christ, assument la responsabilité
de faire des credo pour son église, et condamnent ceux dont la vie est vertueuse, pour des erreurs imaginaires et pour le crime d'avoir osé penser par eux-mêmes. Nous savons que c'est sous prétexte de zèle pour la vérité, qu'on usurpe ainsi la prérogative du Christ; mais nous pensons que le zèle pour la vérité, comme on le nomme, est très suspect, ailleurs que chez les hommes qui, par leurs capacités et leurs avantages personnels, leur réflexion patiente, et leur progrès dans l'humilité, la douceur et la sincérité, ont acquis le droit d'espérer que leurs idées sont plus justes que celles de leur prochain. Beaucoup de choses qu'on décore du nom de zèle pour la Mérité nous inspirent peu de respect, car ce zèle semble souvent prendre un développement extrême Jà où les autres vertus sont faibles et rares; et nous n^éprouvous aucune reconnaissance pour ces réformateurs qui veulent nous imposer une doctrine qui n'a point adouci leur propre caractère , ou qui ne les a pas rendus meilleurs que leurs voisins.
Nous sommes habitués à réfléchir beaucoup sur les diflicultés que présentent les recherches en matière de religion ; difficultés provenant du lent développement de nos esprits, de la force des premières impressions, de l'état de la société, de l'autorité humaine, de la faculté du raisonnement trop généralement négligée, du inanque de justes principes de critique et de connaissances indispensables pour interpréter les Écritures, et de bien d'autres causes encore. Nous croyons qu'il n'est pas de sujet qui ait été pour les hommes, et même pour les hommes de bien, la source de tant d'idées étranges, de théories extraordinaires et de Actions fantastiques , que la religion ; et nous rappelant que
nous avous nous-mêmes notre part de la faiblesse commune, nous n'osons pas prétendre à Tinfaillibilité quand nous parlons des Chrétiens nos frères, ni encourager chez les Chrétiens ordinaires, qui ont peu de temps pour se livrer à des recherches sur la religion, Thabltude de dénoncer et de mépriser d'autres sectes qui sont peut-être plus éclairées et plus vertueuses que la leur. La charité, Tindulgence, la joie des vertus qu'on trouve dans les différentes sectes, une répugnance à censurer et à condamner, voilà des vertus que nous admirons et que nous recommandons, quelque feiiblement que nous puissions les pratiquer nous-mêmes ; et nous serions plus disposés à nous joindre à l'église où elles seraient abondamment pratiquées, qu'à toute autre communion, quelque fière qu'elle fût de sa croyance dans sa propre orthodoxie , quelque sévère qu'elle se montrât dans la conservation de son symbole , quelqu'ardent que fût son zèle contre des erreurs imaginaires.
Je viens d'exposer les idées qui distinguent ceux des Chrétiens au nom desquels j'ai parlé. Nous avons adopté ce système, non avec précipitation ou à la légère, mais après de longues réflexions ; et nous lui sommes fidèles, non seulement parce que nous le croyons vrai, mais parce que nous le considérons comme une vérité purifiante, comme une doctrine selon la piété, comme capable « d'agir puissamment et de produire des fruits » chez ceux qui croient. Nous ne cacherons pas que notre désir est de le répandre; mais nous croyons que, si nous en désirons la propagation, c'est parce que nous le regardons comme plus favorable à la piété pratique et à la pureté des mœurs que les doctrines contraires, parce qu'il donne du de^'oir des idées plus claires et plus
nobles et qu'il fournit des mobiles plus puissants pour le remplir, parce qu'il recommande la religion tout à la fois au jugement et au cœur, parce qu'il est Taffirmation des attributs aimables et respectables de Dieu, parce qu'il tend à rendre l'esprit bienveillant de Jésus à son ^lise divisée et affligée, et parce qu'il détruit toute espérance dans la grâce de Dieu, si ce n'est celle qui a sa source dans une conformité pratique à la vie et aux préceptes du Cbrist. Nous ne voyons rien dans nos idées qui puisse choquer, excepté leur pureté; etc^estleur pureté, qui fait que nous essayons, et que nous nourrissons l'espoir de les propager dans le monde entier.
Mon ami et mon frère, vous allez aujourd'hui vous charger de devoirs importants ; être revêtu d'une fonction que le Fils de Dieu n'a pas dédaignée ; vous consacrer à cette religion, que les lèvres les plus saintes ont prôchée, et qui a été scellée du sang le plus précieux. Nous sommes persuadés que vous apporterez à l'accomplissement de cette tâche un esprit plein de bonne volonté, une résolution ferme, l'ardeur d'un martyr, la disposition de travailler et de souffrir pour la vérité, et que vous consacrerez vos plus nobles facultés aux intérêts de la piété et de la vertu. J'ai parlé des doctrines que probablement vous prêcherez; mais ma pensée n'est cependant pas que vous vous livriez à la controverse. Vous vous rappellerez que le but de la prédication c'est la pratique du bien, et vous travaillerez à faire de votre peuple des hommes qui vivent saintement plutôt que des hommes qui argumentent habilement. Prenez garde que le désir de défendre ce que vous croyez être la vérité, et de repousser les reproches ou les imputations
malvçillaptes, ne vous détourne de votre grande tàdie, qui est de fixer dans les esprits une conviction vivante de robligalion, de la sublimité de la vertu chrétienne, et du bonheur qu'elle procure. La meilleure manière de défendre vos sentiments, c'est de montrer, par votre eu^ seignement et votre vie, qu'ils sont en rapport inlime avec la morale chrétienne, avec un sens élevé et délicat du devoir, avec la loyauté à l'égard de vos adversaires, avec une inflexible intégrité, et avec le constant respect de Dieu. Si quelque lumière peut percer et dissiper les nuages du préjugé, c'est celle que répandent les exemples de vertu. Mon frère, puisse votre vie prêcher plus haut que vos lèvres ! Soyez pour ce peuple un modèle de toutes les bonnes œuvres; et que vos instructions puisent de l'autorité dans cette croyance, bien fondée chez vos auditeurs, que c'est votre cœur qui parle, que ce que vous prêchez est le résultat de votre expérience, que la vérité que vous répandez a agi puissamment sur votre âme, que Dieu, Jésus, le Ciel, ne sont pas de simples mots dans votre bouche, mais des réalités qui touchent fortement votre esprit, et des sources d'espérance, de consolation et de force dans toutes vos épreuves! Puissiez-vous, en travaillant ainsi, recueillir une moisson abondante, et trouver un témoignage de votre fidélité à vos devoirs , non seulement dans votre conscience, mais dans l'estime, l'amour, les vertus, et le progrès de votre peuple.
A tous ceux qui m'écoutent, je dirai avec l'Apôtre : t Éprouvez toutes choses, attachez-vous à ce qui est bon. » Ne reculez pas, mes frères, par crainte de la censure et de la dénonciation des hommes, devant le devoir d'examiner vous-mêmes la parole de J)ieu. N'allez pas croire
que vous puissiez innocemment adq)ter sans examen les opinions généralement admises autour de vous, [ar le motif que le Christianisme est maintenant tellement puriflé d'erreurs, qu'il n'exige plus de pénibles recherches. Il y a bien des raisons pour croire que le Christianisme est dans ce moment déshonoré par dos altérations grossières et auxquelles on est fortement attaché. Si vous vous rappelez les ténèbres dont l'Évangile a été enveloppé pendant des siècles ; si vous considérez l'union impure qui existe encore dans presque tous les pays chrétiens entre l'Église et l'État, et qui enrôle sous la bannière de Terreur établie l'ambition et l'égoïsme humains; si vous vous rappelez à quel degré Tesprit d'intolérance a réprimé le libre examen, non seulement avant mais depuis la Reforme, vous verrez que le Christianisme ne peut pas s'être débarrassé de toutes les inventions humaines qui le défiguraient sous la tyrannie des Papes. Non. Il reste encore beaucoup de chaume à brûler ; beaucoup d'impuretés à enlever; beaucoup de brillantes décorations, dont un faux goût a couvert le Christianisme, à faire disparaître; il faut dissiper les brouillards de la terre qui l'ont si longtemps enveloppé comme d^un linceul, pour que ce divin édifice puisse s'élever devant nous dans sa majesté véritable ef imposante, avec ses proportions pleines d'harmonie, sa splendeur douce et céleste. Cette glorieuse réforme dans l'Église, nous l'attendons, avec l'aide de Dieu, du progrès de l'esprit humain, du progrès moral de la société, de la diminution des préjugés et du bigotisme, qui en sera la conséquence, et enfin, ce qui n'est pas le moins important, du renversement de l'autorité humaine en matière de religion , de la chute de ces hiérarchies ,
et autres lusUtutions humaines, qui oppriment sous le poids des nombres les esprits des individus, et perpétuent une domination papale dans Téglise protestante. L'une de nos ferventes prières à Dieu, c'est qu'il renverse, et renverse encore et toujours, les citadelles de l'usurpation spirituelle, jusqu'à ce que vienne Celui dont le droit est de gouverner les esprits des hommes ; qu'un terme soit mis à la conspiration des siècles contre la liberté des Chrétiens; que Tassentiment servile, si longtemps accordé aux symboles humains, fasse place à un examen sincère et religieux des Écritures; et que le Christianisme, ainsi purifié d'erreur, développe sa puis* santé énergie, et montre par sa noble action sur l'esprit, qu'il est vérilablement « la puissance de Dieu pour le salut. »