EXAMEN DES OBJECTIONS
CONTM
( Écrit publié, eo 1819, dani le CfwittUm DhcipU. )
Nous devons à la vérité et à une Juste déférence envers nos frères en Christianisme, d'examiner les objections qu'on fait généralement contre nos idées particulières en fait de religion ; et nous aurions tort de laisser ces objections sans réponse, comme indignes de fixer l'attention, à cause de leur peu de valeur ; car ce qui n'a pas de poids pour nous en a peut-être beaucoup pour notre voisin, et la vérité peut souffrir de difficultés que quelques explications suffiraient à faire disparaître. Nous craignons que les Chrétiens qu'on appelle Unitaires aient manqué à ce devoir. Pendant qu'ils répondaient complètement et franchement aux arguments apprêtés de leurs adversaires, ils ont négligé de répondre à ces objections indéterminées, vagues, indéfinies, qui courent dans toutes les classes, et qui agissent plus puissamment sur le commun des esprits que ne le feraient des raisonnements formels. Nous allons présenter des remarques sur quelques-unes de ces objections, et nous espérons que la franchise de notre langage ne sera pas imputée à un esprit de sévérité, et qu'on n'attribuera pas au désir d'exercer des représailles nos observations sur les différents systèmes. On ne doit pas s'attendre à ce que nous
demeurions indiflférents, quand il s'agit de repousser ce qui nous semble la critique de quelques-unes des manières les plus importantes et les plus consolantes d'envisager le Christianisme, Croyant que les vérités que la providence de Dieu nous a appelés h défendre sont nécessaires pourjustifler le caractère divin, et pour faire prévaloir une piété plus éclairée et plus élevée, nous sommes tenus de les soutenir avec ardeur, et de parler librement des erreurs opposées qui défigurent aujourd'hui le Christianisme.
Quelles sont donc les principales objections qu'on adresse au Christianisme unitaire ?
1 . On nous objecte que nous nions la divinité de Jésus- Christ. Or, que signifie cette objection? Que devonsnous entendre par la divinité du Christ ? Dans le sens dans lequel beaucoup de Chrétiens, et peut-être la majorité, Tinterprètent, nous ne la nions pas, mais nous y croyons aussi fermement qu'eux. Nous croyons fermement à la divinité de la mission et de la fonction du Christ; nous croyons qu'il parla avec une autorité divine, et qu'il fut la brillante image des perfections divines. Nous croyons que Dieu résida en lui, qu'il se manifesta par son intermédiaire, que par lui il instruisit les hommes, et qu'il lui communiqua pleinement son esprit. Nous croyons que Jésus-Christ fut pour l'humanité l'expression et l'Image la phis glorieuse de Dieu ; de sorte qu'en le voyant et en le connaissant, nous voyons et nous connaissons le Père invisible; de sorte* que quand le Christ vint, Dieu visita le monde et habita parmi les hommes plus manifestement qu'à aucune époque précédente. Dans les paroles du Christ , c'est la voix de Dieu, que nous entendons; dans ses miracles r
ce sont les actions de Dieu que nous voyons; dans son caractère et dans sa vie, nous apercevons Timage sans tache de la pureté et de Tamour de Dieu. Nous croyons donc à la divinité du Christ, dans l'acception où ce motest souvent et justement employé. — On demandera peut-être alors, en quoi nous différons des autres Chrétiens. Voici le point important sur lequel nous sommes en désaccord. Tout en honorant le Christ comme le Fils, le représentant et l'image du Dieu suprême, nous ne croyons pas qu'il soit lui-même le Dieu suprême. Nous soutenons que Dieu et le Christ sont des êtra diitincu^ deux êtres et non un seul et même être. Sur ce point, quelques répétitions peuvent nous être permises, car beaucoup de bons Chrétiens, malgré des controverses qui ont duré des siècles, ne comprennent pas la différence précise qui existe entre eux et nous. Le Trinitarisme enseigne que Jésus-Christ est le Dieu suprême et infini, et que lui et son père ne sont pas seulement un en affection, en esprit et en volonté, mais sont un seul et même être dans le sens le plus strict et le plus littéral. Or, pour nous, cette doctrine est tout à fait déraisonnable et en opposition avec les Écritures. Nous disons que le Fils ne peut pas être le même être que son Père ; que celui qui fut envoyé dans le monde pour le sauver, ne peut pas être le Dieu vivant qui l'envoya* Le langage de Jésus est explicite, il n*a qu'un sens: c Je ne suis pas venu pour faire ma volonté. » « Je ne suis pas venu de moi-même. • « Je suis venu envoyé par Dieu. • (1). Or, nous soutenons, et c'est là notre principale héré-
(1) Jean, vi, 38-39 ; vu, 28. (Trad,)
sie, que Jésus n'était pas et ne pouvait pas être le Dieu au nom duquel il venait, mais qu il était un autre être; et nous sommes étonnés que quelqu'un puisse résister à cette vérité si simple. La doctrine que Jésus, qui naquit à Bethléem, qui mangea, but et dormit, qui souffrit et fut crucifié, qui vint au nom de Dieu, qui pria Dieu, qui fit la volonté de Dieu, et qui disait en quittant le monde: « Je monle vers mon Père et votre Père, vers mon Dieu et votre Dieu (1)» ; la doctrine que ce Jésus était précisément le Dieu Suprême, et le même être que son Père, nous semble en contradiction si flagrante avec la raison et TÉcriture, qu'il suffit de l'énoncer pour la réfuter. On nous accuse souvent de rabaisser le Christ; mais si ce reproche peut être adressé à quelques Chrétiens, c'est, nous le craignons, à ceux qui représentent le Christ comme enseignant une doctrine si contraire et si attentatoire à la suprématie de notre Père céleste. Certainement notre pieux et humble Maître n'a pas donné lieu à une pareille imputation. Il a constamment montré envers Dieu le respect d'un fils. C'était son habitude d'établir une distinction entre lui et Dieu. Il rapportait à Dieu tous ses pouvoirs. Il disait sans réserve et d'une manière absolue: « I^ Père est plus grand que moi. » « Par moi-même je ne puis rien. » (2). Si représenter le Christ comme distinct de Dieu, et comme lui étant inférieur, c'est le rabaisser, que nos adversaires i^pportent le crime à qui le mérite, non pas à nous, mais à notre Maître, dont nous empruntons le langage, des paroles duquel nous nous servons pour exprimer nos
(1) Jean, xx, 17. (Trao.)
(2) Jean, xiv, 28; vni, 28 (TRvn.)
sentiments, dont nous n'osons pas traiter légèrement les paroles ni les détourner de leur sens manifeste. Les limites qui nous sont imposées ne nous permettent pas d'en dire davantage ; mais nous demanderons aux simples Chrétiens , qui ont puisé leurs opinions dans la Bible plutôt que dans les systèmes d'invention humaine, de descendre véritablement dans leurs âmes, et de répondre franchement s'ils n'ont pas compris la divinité du Christ, et s'ils n'y ont pas cru, dans le sens que nous prétendons être le véritable, plutôt que dans celui qu'adoptent les Trinitaires.
2. Je passe à une autre objection, objection qui probablement a plus d'importance aux yeux des masses que toutes les autres. C'est celle-ci, que notre doctrine sur le Christ enlève au pécheur son seul motif d'espérance. Nos adversaires disent : « Nous et tous les hommes nous sommes pécheurs par notre nature même, et infiniment coupables devant Dieu. Le glaive de la justice divine est suspendu sur nos têtes, et l'enfer s'ouvre sous nos pieds ; et où trouverons-nous un refuge, si ce n'est dans un Sauveur infini? Nous avons besoin d'une expiation infinie; et en nous en privant, vous nous enlevez notre espérance, vous arrachez des Écritures la seule doctrine qui réponde à nos besoins. Nous pouvons brûler nos Bibles, si votre interprétation est vraie ; car il ne nous reste que le désespoir; nous sommes à jamais perdus. « C'est avec ce langage exalté, insensé, que ne justifie nullement l'Écriture, et cependant bien fait pour agir sur les esprits vulgaires et terrifiés, qu'on attaque constammentnotre doctrine.
Or, à cette déclamation, car c'en est une à nos yeux, nous opposons une simple demande: qu'on nous montre,
disoDS-nous, un seul passage dans la Bible , où il soit dit que le péché de l'homme est infini, et qu'il exige une expiation infinie. Nous n'en trouvons pas un seul. Nous ne rencontrons chez les auteurs sacrés aucune trace de cette doctrine. Arrêtons-nous un instant et pesons-la, cette doctrine. Elle nous enseigne que, bien que créé par Dieu, l'homme, être faible, imparfait et sujet à l'erreur, et même créé avec un penchant irrésistible au mal, est néanmoins considéré par son Créateur comme un être infiniment coupable, méritant un châtiment infini pour les transgressions qu'il a commises même dans son enfance, et qu'il est condamné à des tortures sans fin, si un Sauveur infini ne vient pas à son secours! Comment quelqu'un, nous le demandons, peut-il accuser notre Père, bon et juste, de gouverner ainsi ses créatures? — Nous soutenons que l'homme n'a pas été créé dans une condition qui exige une expiation infinie; et nous ne croyons pas qu'une créature puisse tomber dans une condition , de laquelle Dieu ne puisse pas la tirer sans avoir recours à ce terrible moyen. Certes , si la justice a exigé une satisfaction infinie comme indispensable à notre salut, si Dieu s'est revêtu de la nature humaine dans le but d'offrir cette expiation, et si ce fait constitue la gloire particulière, la vie et l'essence de l'Évangile et son efficacité pour nous sauver, nous devons trouver cette doctrine exprimée d'une manière claire et positive, au moins dans un passage de la Bible. Mais, nous le répétons, on ne peut pas en découvrir un seul. — Nous soutenons de plus que cette doctrine, qui nous montre Dieu comme une victime se sacrifiant pour ses sujets rebelles, est aussi déraisonnable que contraire aux Écritures. Nous
avons toujours pensé qu'une expiation, si elle était nécessaire, devait être offerte au souverain qui avait été offensé, et non par ce souverain; et il nous est impossible de concevoir, de sa part, un moyen plus invraisemblable de venger son autorité, que de se soumettre lui-même au châtiment dû aux violateurs de ses lois. — Nous avons une autre objection à présenter. Si une expiation infinie est nécessaire, et si, par conséquent, Dieu seul peut Toffrir, il faut que Dieu se transforme en victime , bien plus il faut qu'il se charge lui-même de nos souffrances et de notre douleur; pensée devant laquelle une âme pieuse recule avec horreur. Pour échapper à cette difficulté, on nous, dit que le Christ a souffert comme homme et non comme Dieu ; mais si l'homme seul a souffert, si seulement une âme humaine et finie a souffert, si le Christ, comme Dieu, a joui d'un bonheur parfait sur la croix, et n'a éprouvé dans sa nature humaine qu'une souffrance courte et limitée , où se trouve, nous le demandons, Texpiation infinie? Où est l'espérance tant vantée qu'on prétend que cette doctrine donne au pécheur?
L'objection qu'il n'y a pas d'espoir pour le pécheur, à moins que le Christ ne soit le Dieu infini, est une objection qui nous étonne. Assurément, si nous avons au ciel un Père dont la tonte et la puissance sont infinies, nous n'avons pas besoin d'une autre personne infinie pour nous sauver. La doctrina ordinaire rabaisse et déshonore le seul vrai Dieu, notre Père, en faisant croire qu'il ne pouvait réhabiliter l'homme, sa frêle créature, sans le secours d'une seconde et d'une troisième divinité, égales à lui-même. Nous n'avons pas le courage de nos frères. Avec les Écritures à la main, avec les témoignages
solennels qu'elles rendent à TUnité divine et h la dépendance du Christ, nous n'osons pas donner au Dieu et au Père de Jésus un égal ou un rival dans la gloire d'avoir voulu notre rédemption , ou de l'avoir accomplie par une puissance propre et infinie. — Nous demande-t-on, comme on le fait quelquefois, quelle est notr^ espérance, si le Christ n'est pas le Dieu suprême? Nous répondons que c'est la bonté infinie et toute-puissante de son Père et du nôtre; bonté qui ne peut exiger une expiation infinie pour les fautes d'une créature dont la nature est faible et finie. La miséricorde essentielle et immuable de Dieu, et non l'infinité du Christ, voilà, d'après les Écritures, le fondement de l'espérance du pécheur. Les Écritures représentent toujours notre Père céleste comme le seul principe, la seule source et la cause première de notre salut. Que personne donc n'ait la témérité d'attribuer une partie de sa gloire à un autre. Si Jésus est venu pour nous sauver, nous le devons entièrement à ce que Dieu, dans sa bonté, lui a donné cette mission. Nous devons croire que Jésus a la puissance requise pour l'œuvre de notre salut, non parce qu'il est lui-même le Dieu suprême, mais parce que le Dieu suprême et infaillible Ta choisi et lui a donné mission et pouvoir pour accomplir cette œuvre. Sa mort est pour nous un moyen important de salut, nous le reconnaissons avec gratitude; mais nous en attribuons l'efflcacité à la disposition miséricordieuse de Dieu envers le genre humain. Fonder l'espérance de pardon sur la capacité indépendante et infinie de Jésus-Christ, c'est lui donner un fondement faux et contraire aux Écritures : car Jésus nous apprend que par lui-même il ne peut rien ; que tout pouvoir lui a été donné par son Père ; et qu'on peut avec raison
avoir eonflauce en lui, parce qu'il n'est pas venu de lui« même, ou pour faire sa propre volonté, mais parce que le Père Ta envoyé. Nous nous appuyons, il est vrai, sur le Christ, mais c'est parce qu'il est « la pierre angulaire choisie par Dieu et posée par Dieu dans Sion (1). » L'amour plein de miséricorde de Dieu, annoncé parJésua- Christ au genre humain et manifesté par sou intermé* diaire, est pour l'homme repentant le fondement de l'espérance ; nous nous y reposons avant tout, et l'univers ne saurait nous en présenter de plus solide.
3. Nous abordons maintenant une autre objection. On nous accuse d'espérer le salut par les Œuvres, et non par la Crâce. II est facile de réduire cette accusation à néant, et il ne serait pas aisé d'en imaginer une moins fondée. Nous attachons, il est vrai, une grande importance aux œuvres chrétiennes , ou à la pratique chrétienne, croyant qu'une conduite ou une vie conforme aux préceptes et à l'exemple de Jésus est la grande fin pour laquelle il est exigé que nous ayons foi en lui, et la grande condition pour que la vie éternelle nous soit accordée. Nous sommes habitués à. faire l'éloge des vertus et des qualités du vrai Chrétien, repoussant avec horreur l'idée qu'elles ne sont pas supérieures à la vertu extérieure des Juifs, que le Prophète comparait au « linge le plus souillé (2); » et soutenant avec l'Apôtre « qu'aux yeux de Dieu elles ont un grand prix (3). » Nous croyons que la samteté ou la vertu est dans l'âme humaine l'image même de Dieu, un rayon
(1) Isaïc, xxviii, 16. (Tra».)
(2) Isafe, txiv, 6. (^Trad.)
(3) I. Pieire m, 4 (Trad.)
de sa gloire, le don le plus précieux qu'il fasse à ses créatures, le bien le plus grand que Jésus soit venu apporter, la seule distinction importante et durable qui puisse exister entre un homme et un autre. Néanmoias nous soutenons constamment et avec ardeur que nulle vertu humaine , nnlle moralité humaine ne peut donner un titre légitime, un droit positif à la vie et à Timmortalité que nous a fait connaître le Christ. Nous voyons et nous déplorons les imperfections, les résolutions fragiles et les motifs impurs des hommes les plus vertueux. Nous affirmons toujours que la grâce, la clémence, la bonté généreuse de Dieu, sont nécessaires aux meilleurs Chrétiens, et qu'à elles seules nous devons la promesse, que fait l'Évangile à celui qui se repent, d'une pleine rémission et d'un bonheur éternel. Personne rie parle de miséricorde plus constamment que nous. Une des choses qui nous distinguent, c'est que nous exaltons cet aimable attribut de la Divinité. Nous sommes tellement habitués à insister sur l'infinité de la grâce et de la miséricorde de Dieu, que nos adversaires nous accusent souvent d'oublier sa justice; et cependant on nous dit que^ renonçant à la grâce, nous en appelons à la justice, et que nous fondons notre espérance sur la grandeur de notre mérite I
4. Nous passons maintenant à une autre objection qu'on oppose souvent à nos idées , ou plutôt à ceux qui les prêchent , c'est que nous prêchons la morale. Pour répondre à cette objection , nous voudrions savoir ce qu'on entend piar morale. Devons-nous comprendre par ce mot, ce qu'il signifie véritablement, notre devoir tout entier, de quelque manière qu'il nous ait été enseigné, par la nature ou par la révélation ? Signifie-
— est-il toute l'étendue des obligations qui nous sont imposées comme êtres moraux? Signifie-t-il a celte vie sobre, juste, pieuse, » que notre Gouverneur moral nous a prescrite par la bouche de son Fils, comme étant le grand moyen de nous préparer au Ciel ? Si c'est là la morale, c'est avec bonheur que nous nous reconnaissons coupables de la prêcher, et de travailler surtout et constamment à la faire pratiquer; et croyant, comme nous le faisons, que toutes les doctrines, tous les préceptes, toutes les menaces et toutes les promesses deTÉvangile, n'ont pas été révélés à d'autre fin que pour rendre les hommes moraux dans ce sens noble et vrai , nous espérons que nous continuerons à mériter ce reproche.
Mais nous craignons que ce ne soit pas là ce qu'on entend par la morale qu'on dit être le refrain de nos prédications. Quelques-uns, au moins parmi ceux qui nous accusent ainsi, veulent dire que nous avons l'habitude de recommander une morale mondaine et sociale, qui consiste dans l'honnêteté ordinaire, la bienveillance ordinaire et l'absence de vices grossiers; négligeant dMnculquer la pureté intérieure, la dévotion, l'esprit des choses célestes et l'amour de Jésus-Christ. Nous espérons que les personnes qui nous accusent ainsi ne parlent que d'après des ouï-dire, et n'ont jamais entendu nos instructions par elles-mêmes ; car cette accusation est fausse ; et nul de ceux qui ont pu assister à l'exercice de notre ministère ne saurait la maintenir sans se rendre coupable de calomnie. Dans nos prédications, nous reconnaissons et nous prouvons journcllemment toute la force du premier et grand commandement , qui est d'aimer Dieu souverainement; et quant aux obligations qui nous lient envers Jésus-Christ, l'ami
qui est mort pour nous, nous espérons que ce n'est pas tout à fait froidement et sans effet que nous en parlons. Il est juste cependant de dire que beaucoup de ceux qui nous accusent de prêcher la morale, n'entendent pas que nous nous contentons d'enseigner les bienséances extérieures, mais que nous négligeons d'inculquer certaines de leurs doctrines favorites, qui pour eux sont Tessence même de TÉvangile. Lorsque ces personnes écoutent un sermon, quel qu'en soit le sujet, s'il n'est pas assaisonné de propositions sur la Trinité, sur la dépravation radicale de l'homme et sur de pareils articles de foi , elles disent que ce n'est qu'un discours moral. Dans ce sens étrange et injustifiable du mot (1), nous sommes heureux de dire que nous sommes des « prédicateurs de morale; » et nous avons la consolation d'avoir pour modèle « celui qui a parlé comme jamais homme ne parla (2), » et qui, dans son plus long discours, n'a pas dit un seul mot de la Trinité, de la corruption innée , ni de la grâce spéciale et d'élection. Et, bien plus, nous doutons sérieusement que notre prédication pût être ajuste titre appelée morale, si nous soutenions ces doctrines, surtout les deux dernières : car, bien qu'elles soient défendues chaleureusement par des hommes de bonne foi, elles nous paraissent voisines de l'immoralité; selon nous, elles insultent Dieu, elles affaiblissent le sentiment de responsabilité, elles abaissent
(1) C'est-à-dire, en admeUant, ce que ne saurait concéder Clianning, qu'eu dcliors de ces dogmes toute la religion ne soit que de la morale. (Thad.)
r2) Jean; VII, 46. (Trad.)
re&prit et relâchent les freins qui retiennent les passions coupables.
5. Une autre objection qu'on nous oppose , c'est que notre système ne produit pas une ardeur, une gravité et une piété aussi grandes, que les autres doctrines reli* gieuses. Il est difficile de répondre à cette objection, autrementque parun langagequi paraîtra présomptueux. Exprimée nettement, elle se réduit à ceci : t Nous autres Trinilaires et Calvinistes, nous sommes meilleurs et plus pieux que vous Unitaires, ce qui prouve que notre système est plus conforme aux Écritures que le vôtre. » Or des assertions de cette nature ne nous font pas l'effet d'être très humbles et très modestes ; et nous croyons que la vérité n'exige pas que nous la défendions en met" tant notre piété au-dessus de celle de nos voisins. — Nous dirons, néanmoins , que si notre zèle et notre dévotion sont faibles, la faute doit nous en être attribuée, et non à notre -doctrine. Nous sommes certains que nos idées sur l'Être Suprême sont incomparablement plus émouvantes et plus attrayantes que celles que nous combattons. Notre système a surtout cela d'excellent qu'il donne de Dieu une idée plus élevée, qu'il fait valoir ses attributs paternels , et qu'il attire puissamment vers les vrais principes d'amour, de reconnaissance et de respect; et, lorsque nous le comparons avec les doctrines qui sont répandues autour de nous, nous sentons que de tous les hommes nous sommes les moins excusables, si la piété filiale ne naît pas et ne se fortifie pas dans nos cœurs.
Peut-être trouvera-t-on facilement des motifs à l'appui de cette accusation que nos idées ne sont pas favorables à la gravité et la ferveur. L'une de ces raisons sera probablement que nous interprétons avec trop dé rigueur les
préceptcs du Christ, qui défendent l'ostentation, et recommandent dans la dévotion la modestie et la retraite. Nous redoutons une religion qui attire les regards. Les prétentions à une sainteté supérieure, ce moyen vulgaire et rebattu de fonder une secte, ne nous inspirent que du dégoût Nous croyons que la vraie religion en dit plus par ses actions que par ses paroles, et qu'elle se manifeste principalement dans le caractère et la vie de tous les jours , dans la soumission des passions à l'autorité de Dieu , dans une droiture et une véracité inflexibles , dans une charité active et modeste, dans la sincérité du jugement, et dans la patience avec laquelle on supporte les épreuves et les injures. Nous ne pensons pas qu'il appartienne à la piété d'afllcher sa ferveur, nous préférons au contraire une certaine délicatesse quand il s'agit de ces secrets de l'âme; et de là vient que pour les personnes qui pensent qu'on doit faire parade de la religion et qu'on doit en parler avec passion, nous pouvons paraître froids et morts, lorsque peut-être verrait-on, si les cœurs étaient mis à nu, que le nôtre « vit pour Dieu, » aussi véritablement que le leur.
De plus c'est un de nos principes, principe qui découle nécessairement de notre manière de considérer Dieu, que la religion est gaie , que là où une fausse théologie ou un tempérament mélancolique ne combat pas sa tendance naturelle, elle ouvre le cœur à tout plaisir pur et innocent. Nous ne croyons pas que la piété prenne une figure d'emprunt, ou s'enveloppe d'un drap mortuaire comme d'un vêtement qui lui soit propre. Or, il est trop de personnes qui conçoivent la religion comme quelque chose de sombre, et qu'on ne peut jamais nommer qu'en changeant de ton et de visage ; et là où ce^
signes imaginaires de piété manquent, elles ont peine à croire que le sentiment de Dieu existe dans le cœur.
Une autre cause de l'erreur dont il s'agit, est, nous le croyons, celle-ci. Notre système religieux exclut, ou du moins ne favorise pas ces terreurs accablantes ni ces extases, que beaucoup regardent comme essentielles à la piété. Nous ne croyons pas que Tébranlement et le dérangement des esprits par une crainte excessive, soit une préparation à la grâce surnaturelleetàune conversion immédiate. Pour nous c'est là une altération et une dégradation horrible de la religion. Nous croyons que la religion est une œuvre rationnelle et graduelle , qui commence quelquefois par des impressions soudaines, mais confirmées par la réflexion, qui se développe par un usage régulier des moyens que fournit le Christianisme, et qui progresse silencieusement vers la perfection. Or, parce que nous ne précisons pas les moments où nous nous sommes sentis accablés, puis régénérés par une impulsion irrésistible ; parce que nous ne racontons pas les angoisses et le désespoir auxquels ont succédé une lumière et une joie miraculeuses, quelques personnes pensent que nous sommes étrangers à la piété. — Nous laissons aux gens sensés de décider entre elles et nous.
De plus, on croit que nous manquons de zèle, parce que nos principes nous défendent d'employer, pour les répandre, bien des moyens dont les autres Chrétiens font ordinairement usage. Tout en attachant un grand prix à nos idées particulières, et en attendant d'elles les meilleurs fruits de piété, nous nous considérons toujours comme obligés de penser charitablement de ceux qui les mettent en doute ou qui les repoussent ; et, ayant cette conviction, nous ne pouvons pas exposer nos vues
avec cette véhémence, cette assurance et ce ton de memace, qui constituent en grande partie le zèle de certaines sectes. Et nous avouons franchement que nous ne voudrions à aucun prix échanger notre charité pour leur zèle; nous sommes même persuadés que le moment approche où celui qui soutient avec douceur et patience ce qu'il croit être la vérité, sera regardé comme plus pieux que celui qui parcourt mers et terres pour gagner des prosélytes à sa secte, et qui « ferme les portes de la miséricorde » à tous ceux qui ne veulent pas courber leur intelligence devant son symbole. — Nous craignons d'avoir été dans ces remarques amenés à notre insu à parler trop favorablement de nous. Nous ne les aurions jamais présentées, si nous n'avions éprouvé que l'un des moyens le plus ordinairement employés pour combattre nos idées, est de décrier la piété de ceux qui les adoptent. Après tout, notre intention n'est pas de nier nos grandes imperfections. Nous n'avons rien dont nous puissions nous glorifier devant Dieu, bien que l'intérêt de la vérité nous défende de nous soumettre à la critique de nos frères.
6. Uneautre objection qu'on fait contrenosidées, c'est qu'elles conduisent à rejeter la révélation. L'Unitarisme a été nommé c l'hôtellerie placée à mi-chemin sur la route de l'incrédulité. » Or, nous n'avons pas besoin de combattre cette objection par des raisonnements généraux. Nous établirons un simple fait, c'est celui-ci : Un nombre considérable des plus habiles et des plus illustres défenseurs de la véri(é du Christianisme ont été Unitaires ; et notre religion a reçu d'eux , dans ses luttes avec l'incrédulité, des services aussi importants, pour ne pas dire plus, que d'aucune autre classe de Chrétiens.
Dans la longue liste des défenseurs du Christianisme qu'ont fournis les Unitaires, nous ne pouvons choisir que quelques noms ; mais ces quelques noms sont une armée. — Le nom de John Locke est familier à tout homme qui a fait ses études. 11 a rendu des services distingués à la philosophie de l'esprit humain ; mais ce n'est pas là sa plus grande gloire. Ses ouvrages sur le gouvernement et sur la tolérance ont contribué, plus que ceux d'aucun autre écrivain, à répandre 'en Europe et en Amérique des sentiments libéraux et généreux ; et peut-être l'évêque Watson ne sera-t-il pas accusé de beaucoup d'exagération pour avoir dit : « Ce grand homme a plus fait pour rétablissement d'un Christianisme pur que tout autre auteur que je connaisse. » Il étudia les Écritures avec zèle et avec succès. Ses écrits sur « les Épîtres de Paul, » et sur « la conformité du Christianisme avec la raison, » ont fait époque dans la littérature sacrée ; et il a la gloire d'avoir répandu une nouvelle et brillante lumière sur les partie» les plus obscures du Nouveau-Testament , et sur le système chrétien en général. Or, Locke, on doit se le rappeler , était Unitaire. — Passons h un autre prodige d'intelligence, à Newton, dont tout homme instruit prononce le nom avec respect ; car ce nom nous rappelle des facultés tellement au-dessus de celles des hommes ordinaires, qu'elles semblent destinées à nous aider à concevoir des êtres d'un ordre supérieur. Ce gçand homme , qui trouva par intuition ce que les autres n'apprennent que par de laborieuses études, après avoir pénétré les lois de l'univers, chercha la lumière et l'espérance dans la Bible : et bien que ses œuvres théologiques ne puissent pas être comparées à celles de Locke,
cependant, dans ses explications des prophéties et de la chronologie de l'Écriture, et dans sa critique de deux passages ambigus (1) sur lesquels s'appuie surtout la doctine de la Trinité, on le regarde comme ayant rendu un immense service à la cause du Christianisme. Newton aussi fut un Unitaire.— Nous n*avons pas coutume de nous glorifier des hommes , ni d'étayer notre foi sur de grands noms ; car le Christ, et lui seul, est notre maître ; mais c'est avec plaisir que nous comptons dans nos rangs les esprits les mieux doués, les plus pobles et les plus sagaces ; et nous ne pouvons nous empêcher de sourire , lorsque nous entendons quelquefois des hommes et des femmes d'une instruction très bornée, faire des remarques injurieuses et dédaigneuses sur une doctrine que les vastes intelli* gences de Locke et de Newton, après une longue étude des Écritures , et en opposition avec une époque de préjugés et d'intolérance, ont admise comme une vérité venant de Dieu. Nous devons dire qu'on a depuis peu soulevé des doutes sur les opinions religieuses de Locke et de Newton, et cela pour une raison toute simple. Dans ces temps où la lumière se fait de plus en plus, on a trouvé que leurs noms étaient trop utiles à la cause unitaire. Mais la croyance ancienne et générale que ces hommes illustres étaient Unitaires ne peut guère s'expliquer qu'en admettant le fait lui-même,, et l'on n'a pas sérieusement essayé, que nous sachions, de détruire les preuves sur lesquelles cette croyance est fondée.
Nous passons à un autre écrivain, qui fut une des gloires les plus illustres de l'Église d'Angleterre et de
(1) I. Jean y, 7; lTim,nr, 16,
répoque où il vécut, le docteur Samuel Clarke. Dans la littérature classique et dans la science métaphysique, le docteur Clarke a une réputation qui peut se passer du tribut de nos hommages. Ses sermons sont un précieux dépôt d'études critiques des Écritures; et son ouvrage sur les preuves de la religion naturelle et de la religion révélée, a toujours été considéré comme Tune des justifications les plus habiles de notre foi commune. Ce grand homme était Unitaire. Il croyait fermement que Jésus était un être distinct de son Père, un être procédant et dépendant de lui; et il voulait mettre la liturgie de son église d'accord avec ces doctrines.
A ceux qui connaissent la mémorable controverse soutenue contre les incrédules au commencement du siècle dernier, controverse qu'avaient soulevée les écrits de Bolingbroke, de Tindal, de Morgan, de Collins et de Qiubb, il est inutile de parler du zèle et de la force avec lesquels de savants Unitaires défendirent la cause du Christianisme. Nous devons passer outre, pour citer un homme dont la mémoire est chère aux fidèles éclairés: nous voulons parler de Lardner, ce défenseur si patient et si heureux du Christianisme, — qui a écrit, nous croyons, plus qu'aucun autre auteur sur les preuves de l'Évangile, dans les ouvrages duquel les auteurs qui sont venus après lui ont puisé comme dans un trésor, et dont la vertu et la douceur ont désarmé la sévérité et gagné le respect d'hommes qui avaient des opinions très difl'érentes des siennes. Lardner fut Unitaire. — Après Lardner, celui qui a montré de notre temps le plus d'ardeur à défendre le Christianisme contre les attaques des incrédules, c'est Prieslley; et de quelque manière que nous puissions juger quelques-unes de ses
opinions, nous croyons qu'il n'est pas un de ses adversaires qui ait jamais révoqué en doute l'impor.tance des raisons qu'il a apportées à la défense de notre foi commune. — Assurément, nous ne disons rien de trop, lorsque nous soutenons qu'aucune secte n'a surpassé les Unitaires en services zélés et importants rendus à la cause chrétienne. Et cependant on prétend que l'Unitarisme conduit à l'incrédulité î Qn nous reproche d'abandonner la religion autour de laquelle nous nous sommes rassemblés dans ses jours de péril , et de laquelle, nous en avons la ferme confiance, ni la persécution ni la mort ne pourraient nous détacher.
On dit, il est vrai, qu'il s'est produit des exemples de personnes qui, ayant abandonné la doctrine trinitaire, ne se sont pas arrêtées là, mais ont rejeté les différentes parties du Christianisme l'une après l'autre, et ont fini par devenir de véritables incrédules. A cela nous répondrons que nous n'avons jamais vu de pareils exemples ; mais qu'ils puissent se présenter n'est pas chose improbable, et noU^ devons môme nous y attendre ; car il est naturel que l'esprit qui a découvert dans son symbole une erreur, ne croie plus à aucun de ses articles, et change sa foi héréditaire et aveugle pour un scepticisme complet. Nous^avons en ce moment des preuves de eette vérité tant en France qu'en Espagne, où des masses de gens, après avoir commencé par rejeter le Papisme, ont passé à, un Athéisme absolu. Or, quel est celui de nous qui conclura que la croyance catholique est vraie, parce que les multitudes qui l'ont abandonnée ont renoncé aussi à tout principe religieux et à tout frein? Et si l'argument n'est pas vrai pour le Papisme, comment pourraiton s'en servir en faveur de
la doctrine 4rînîtaire? Le fait est que les doctrines fausses et absurdes, une fois qu'elles ont été mises à nu, ont une tendance naturelle à engendrer le scepticisme chez ceux qui les avaient acceptées sans réflexion. Nul n'est plus disposé à croire trop peu que celui qui a commencé par croire trop; aussi accusonsniious la doctrine trinitaire de toute tendance qui peut exister, chez ceux qui Tabandonnent , à tomber par degrés dans Fincrédulité.
L'Unitarisme ne conduit pas à* Tincrédulité, Au contraire, ce qui le distingue par excellence, c'est qu'il fortifie la foi. L'Unitarisme, c'est le Christianisme dépouillé de toutes les additions qui en corrompent la pureté, et qui choquent notre raison et nos sentiments moraux. C'est un système aimable et raisonnable contre lequel ne se révoltent le jugement, la conscience, la charité ni la piété d'aucun homme. Peut-on en dire alitant du système qyi érige en dogmes l'existence de trois personnes égales dans un seiil Dieu, la dépravation naturelle et totale de l'homnle, l'expiation infinie, la grûce spéciale et d'élection, et le malheur étemel pour la portion non élue du genre humain? Nous croyons que si le Christianisme n'est pas purifié de toutes ces doctrines qui en altèrent la pureté, il ne pourra pas supporter l'examen inexorable auquel le progrès de la société l'expose aujourd'hui. Nous croyons qu'il a besoin d'une réformo, sans quoi les hommes intelligents y renonceront. Comme amis du Christianisme et ennemis de l'incrédulité, nous désirons donc vivement répandre ce qui nous semble être des idées plus nobles et plus justes sur cette reh'gion divine.