LE PLUS FAVORABLE A LA PIÉTÉ
DISCOURS
rOCB LA DÉDICACE DE IJL SECONDE ÉGLISE CONGEÉGATIOMMELLE UNITAIEE.
New-Y«rlL, lt2«.
iikK% m, 29, 30 : « Et Jésus loi répondit ; Le premier de tous les comiDaBdemeDts tst: Éeoat« « è IsraCi ! Ijt Seigneur noire Dieu est le seul Seigneur ; et ta aimeras le Seigneur, ton Dieu, de tout ton connr, de toute ton âme, de toute ta pensée, et de toute ta force. C'est'là le premier commandement. •
Nous sommes réunis pour consacrer cet édifice au culte du seul Dieu vivant, du seul vrai Dieu, et à l'enseignement de la religion de son fils Jésus-Christ. Par cet acte nous ne prétendons pas donner à cet emplacement et à ces murs une sainteté particulière quelconque ou des propriétés mystérieuses. Nous ne supposons pas que, par suite des rites que nous accomplissons en ce moment, le culte rendu en ces lieux sera plus agréable à Dieu que la prière faite dans le cabinet ou s'échappant de Tâme au milieu des affaires quotidiennes; ni que les enseignements partant de cette chaire seront plus efficaces que s'ils étaient donnés dans une maison particulière ou en plein air. Par dédicace , nous entendons seulement ^expression solennelle du but pour lequel cet édifice a été élevé, jointe à une prière, adressée à Celui qui seul
peut couronner notre entreprise de succès, afin d*obtenir qu'il agrée notre dessein et assure son accomplissement. Nous ne découvrons, il est vrai, dans le Nouveau-Testament aucun précepte pour cet acte religieux; aussi quelques-uns ont -ils éprouvé des scrupules quant à sa convenance. Mais nous ne sommes pas de ceux qui considèrent la Parole écrite comme un code de lois, dont la lettre doit diriger chaque pas que nous faisons dans la vie. Nous croyons, au contraire, que Tun des plus grands mérites du Christianisme, c'est qu'il ne prétend rien régler minutieusement , mais qu'après avoir donné des idées larges sur le devoir , et nous avoir prescrit un esprit pur et désintéressé, il nous laisse appliquer ces règles et exprimer cet esprit, suivant les suggestions du divin moniteur que nous avons en nous, et suivant ce que demandent et exigent les conditions toujours changeantes où nous nous trouvons placés. Nous croyons que la révélation n*a pas pour but de remplacer les autres moyens dont Dieu se sert pour nous instruire ; qu'elle n'a pas pour but d'étouffer, mais de rendre plus éclatante la voix de la nature. Or, la nature nous enseigne la convenance d'un acte pareil à celui dont Taccomplissement nous rassemble aujourd'hui. La nature a toujours appris aux hommes, lors de l'achèvement d'un édifice important destiné pour un bien public et durable, à célébrer, par quelque solennité particulière, sa première appropriation à la fin pour laquelle il a éié élevé. Pour nous il y a quelque chose de sacré dans cet instinct moral, dans cette loi écrite dans le cœur; et, nous ne doutons pas qu'en écoutant avec respect les préceptes de Dieu, de quelque manière qu'ils nous parviennent, nous mériterons son approbation et sa bénédiction.
J'ai (ittt que nous consacrions cet édifice à la prédication de rÉvangile du Clirist. Mais dans l'état actuel de l'Église chrétienne, ces mots ne sont pas aussi déflnis qu'ils le seront un jour. Cet Évangile est interprété de diverses manières. Il est prêché sous des formes dilTérentes. La Chrétienté est partagée en sectes diverses. Quand donc nous voyons élever un nouvel édifice pour le culte, cette question se présente aussitôt : A quel genre de prédication du Christianisme sera-t-il consacré f Je n'ai pas besoin de vous dire , à vous qui m'écoutez, que cet édifice a été élevé par cette classe de Chrétiens qu'on nomme Unitaires, et que l'Évangile y sera enseigné comme l'interprète cette société de fidèles. Vous le savez tous; mais peut-être tous ceux qui sont ici prés^ts n'ont-ils pas attaché un sens très précis au mot par lequel on désigne nos idées particulières sur le Christianisme. On a fait du mot Unitarisme un terme si flétrissant, on Ta tant de fois prononcé avec le ton de l'alarme, de l'horreur, de l'indignation et du mépris, qu'il ne cause à beaucoup de gens que l'mipression vague de quelque chose de monstrueux, d'impie, d'indiciblement dangereux. A ceux-là, je dirai que cette doctrine , qui est considérée par quelques-uns comme la dernière et la plus parfaite invention de Satan , comme la ccNDSommation de ses blasphèmes, l'arme la plus perfide qui ait jamais été forgée daiB les feux de Tenfer, se résume en ceci : Qu'il y a un Seul Dieu, le Père ; et que Jésus n'est pas ce Seul Dieu, mais son Fils et son envoyé, qui tire tous ses pouvoirs et toute sa gloire du Père Universel, et qui est venu sur la terre non réclamer un hommage suprême pour lui-même, mais élever les âmes vers son Père comme vers la Smile Personne Divine, le
Seul (M)Jet Souverain du euHe religieux. A noue/ cette doctrine ne nous semble pas être sortie de l'enfer, mais être descendue du trône de Dieu, vers lequel elle nous appelle et nous attire. A nous, elle nous semble venir des Écritures , avec une voix, aussi éclatante que celle de plusieurs mers, et aussi nette et claire que si Jésus» sous une forme corporelle, Tarticulait distinctement à à nos oreilles. C'est à cette docU*ine et au Christianisme interprété conformément à cette doctrine » que nous consacrons cet édifice.
Nous désirons propager cette doctrine, nous ne le cachons pas. C'est un trésor que nous ne voulons pas garder pour nous seuls, que nous n'osons pas tenir enfermé dans nos âmes. Nous la considérons comme nous ayant été donnée pour les autres, aussi bien que pour nous-mêmes. Nous devons nous réjouir de la répandre dans cette grande cité, de l'introduire dans chaque demeure, et de la propager de tous côtés jusqu'aux établissements les plus reculés de notre pays. Me demandet-on pourquoi nous désirons cette propagation? Nous n'osons pas dire que nous ne soyons nullement influen* ces par l'esprit de secte; car nous le voyons exercer sa violence autour de nous , et nous serions plus que des hommes , si nous échappions complètement à une passion épidémique. Nous espérons, néanmoins, que notre dessein et notre but principal n'est pas de satisfaire à l'esprit de secte , mais d'exciter une piété plus noble et plus pure que celle qui existe généralement aujourd'hui. Ce n'est pas la simple conviction qu'elles sont vraies, qui nous engage à propager nos opinions; car il y a bien des vérités historiques, métaphysiques, scientifiques, littéraires, que nous ne sommes
— sapas inquiets de répandre. Nous les regardons comme les vérités les plus grandes , les plus importantes et les plus utiles, et comme exigeant par conséquent un ferme témoignage et de sérieux efforts pour les faire connaître. En nous exprimant ainsi , nous ne voulons pas dire que nous considérons nos vues particulières comme essentielles au salut. Loin de nous cet esprit d'exclusion, esprit tfantéchrist, la pire de toutes les erreurs du Papisme et du Protestantisme. Il n'y a pour nous rien d'essentiel que la simple et suprême consécration de l'esprit, du cœur et de la vie à Dieu et à sa volonté. Nous avons la ferme assurance qu'on peut arriver à ce dévouement intérieur et pratique à l'Être suprême, et le faire agréer du ciel, quelle que soit la forme que prenne le Christianisme. Nous croyons cependant que la vérité que nous soutenons y est favorable, plus que tout autre système de croyance. Nous regardons TUnitarisme comme étant particulièrement l'ami d'une religion intérieure , vivante et pratique. Nous l'apprécions pour cette raison. Pour cette raison nous voudrions le répandre ; et nous désirons que ceux-là seuls l'embrassent, qui y chercheront et y trouveront cette influence céleste. Ce caractère et cette propriété du Christianisme unitaire, le pouvoir qu'il a d'exciter une piété véritable, profonde et vivante, étant la principale raison pour laquelle nous y sommes attachés, et notre principal motif pour consacrer cet édifice à renseignement de cette doctrine, j'ai pensé qu'il était convenable d'en faire le sujet du présent discours. Je ne me propose pas de prouver la vérité de l'Unitarisme en m'appuyant sur les Écritures, car ce sujet excéderait les limites d'un sermon, mais de montrer sa tendance supérieure à former un
caractère religieux vraiment élevé. Si cette sitnple proposition peut être établie, je n*aurai pas faiblement contribué à la défense de la vérité de nos idées; car évidemment, le principal but du Christianisme est d'exciter la piété, de nous conduire vers Dieu, de rem-r plir nos âmes de ce grand Être, de nous rendre vivants en Lui ; et un système religieux ne peut pas porter de marque plus authentique de sa divine origine, que la propriété évidente , directe et particulière qu'il possède de vivifier Tâme et de l'élever vers son Créateur. — En parlant ainsi du Christianisme unitaire comme étant favorable à la piété, je dois faire remarquer que je me sers de ce dernier mot dans son acceptioA propre et la plus élevée. Je n'entends pas par là tout ce qui porte le nom de piété ; car sous ce nom, la superstition , le fanatisme et le formalisme s'étalent, et prétendent à notre respect. Je n'entends pas un état inquiet de l'esprit, une crainte abjecte et servile, la terreur de Fenfer, une répétition des mêmes formes, la fréquentation de l'église, de bruyantes professions de foi, le blâme sévère de l'irréligion des autres; mais un amour et un respect filial pour Dieu, une reconnaissance habituelle, une confiance joyeuse, une obéissance facile, et une chose enfin qui, bien que nommée la dernière, n'est pas la moins importante, l'imitation de la bienveillance infinie et toujours active du Créateur.
L'objet de ce discours exige que je parle avec une grande franchise des difiérents systèmes de religion. Mais qu'on ne se méprenne pas sur la portée de mes paroles. Qu'on ne m'accuse pas à la légère de ce manque de charité que je condamne. Qu'on se rappelle que je parle seulement des systèmes, et non de ceux qui les
adoptent. En exposant avec toute la simplicité possible ce qui me semble les bonnes ou les mauvaises tendances des doctrines, je n'ai pas la pensée de présenter des types ou des mesures qui servent à apprécier la vertu ou le vice de ceux qui les professent. Rien ne serait plus ii^uste que de décider du caractère des hommes d'après les particularités de leur foi ; et la raison en est toute simple. De pareilles particularités ne sont pas les seules causes qui agissent sur l'esprit et le déterminent. Notre nature est soumise à d'autres influences sans n<Hnbre. Certainement, si un homme devait ne rien connaître que son credo , ne jamais se trouver avec d*autres êtres humains que ceux qui l'adoptent, s'il devait ne voir que des exemples et n'entendre que des conversations qui y fussent conformes; si le symbole qu'il a adopté devait se présenter partout à lui et exdure tout autre obj et de reflexion ; alors on pourrait s'attendre à voir son ciffactère y répondre avec une grande précision. Mais notre Créateur ne nous a pas renfermés dans une école si étroite. L'esprit est soumis à mille influences différentes, et elles se multiplient avec le progrès delà société. L'éducation, l'amitié, le voisinage, l'opinion publique, l'état de la société, « le génie du lieu » que nous habitons, les livres, les événements, les plaisirs et les affaires du monde, la nature extérieure, notre tempérament physique , et d'autres causes sans nombre , sont pour l'àme autant de sources de pensées, d'opinions et d'émo* tions; et ces influences sont si compliquées, combinées d'une manière si particulière pour chaque individu, et tellement modifiées pdr les aptitudes et la constitution originale de chaque esprit, qu'il n'y a pas de sujet qui présente plus d'incertitude que la formation du carac-
tère. Déterminer l'action précise d'une opinion religieuse au riiilieu de cette foule d'influences, est audessus du pouvoir de rhomme. Une grande vérité peut être complètement neutralisée par le nombre infini d'impressions et d'excitations que l'esprit reçoit d'ailleurs ; une grande erreur peut de même perdre beaucoup de son pouvoir, par la force supérieure d'autres idées plus saines, d'heureuses habitudes contractées de bonne heure et de vertueux exemples. Rien n'est plus commun que de voir une doctrine professée sans qu'elle exerce d'influence sur la volonté. Son efficacité dépend, non de Tassentiment de Fintelligence, mais dé la place qu'elle occupe dans les pensées, de la netteté et de la force avec lesquelles elle est comprise, de son association avec nos idées ordinaires, de son retour fréquent dans notre esprit, et de l'empire qu'elle exerce sur l'attention ; hors de ces conditions, elle n'a pas de vie. Aussi n'est-il pas rare de voir des hommes de la vertu la plus illustre, soutenir des opinions funestes. Mon intention, en louant ou en condamnant des systèmes, n'est donc pas de me faire le juge de ceux qui les adoptent. Je sais que l'âme a le pouvoir de choisir, pour son usage habituel,^ dans un système complexe, les traits ou les principes de ce système qui sont généreux» purs, capables de l'ennoblir, et, au moyen de ces principes, d'alimenter sa vie spirituelle, tout en professant nominalement de nombreuses erreurs. J« sais qu'une croyance est autre, écrite dans un livre, et gravée dans les esprits de ceux qui s'en font les défenseurs. Dans le livre, toutes les doctrines paraissent en caractères également gros et lisibles. Dans Tesprit, plusieurs sont faiblement tracées et l'on y a rarement recours, tandis que d'autres y
sont inscrites en caractères éclatants et sont les constantes lumières que Tâme choisit. C'est pourquoi entre les hommes de bien classés sous des dénominations contraires, il peut exister un accord réel quant aux principes vitaux de la foi; et malgré la division des langues, il peut y avoir unité d'âme et même culte intérieur de Weu. Je ne veux pas dire par ces remarques que Terreur ne soit pas un mal, ni qu'elle ne porte pas des fruits funestes. Ses tendances sont toujours mauvaises. Mais je veux dire que ces tendances agissent au milieu de tant d'influences qui les contre-balancent, et que des opinions nuisibles restent si souvent mortes, parce qu'elles ne peuvent se confondre avec les pensées ordinaires, parce que l'esprit ne se les assimile pas et ne les transforme pas en sa propre substance, que nous pouvons et que nous devons avoir le plus grand respect pour des hommes, dans la croyance desquels nous trouvons beaucoup h blâmer. Dans ce discours je parlerai franchement, quelques-uns diront peut-être avec sévérité, du Trinitarisme ; mais il est un grand nombre de ses défenseurs que j'aime et que j'honore; et en combattant ce que je regarde comme leur erreur, je ne voudrais en aucune manière diminuer leur mérite. J'espère qu'après ces remarques, on ne verra pas, dans le langage d'une discussion sérieuse et dans l'expression d'une conviction profonde, un manque de cette charité, que je considère comme la première grâce de notre religion.
Je vais maintenant montrer et prouver la supériorité du Christianisme unitaire, comme moyen d'exciter une piété noble et profonde.
1. L'Unitarisme est un système très favorable à la piété, parce qu'il présente à l'esprit une personne infinie, une seule, à laquelle doit être rendu un hommage suprême. Il n'affaiblit pas la force du sentiment religieux en le partageant entre différents objets. Il recueille et concentre Târae sur Un seul Père, dont la gloire infinie n'est ni partagée, ni égalée. Il enseigne à Tâme à s'élever vers Lui entre tous les êtres. Il rassemble autour de Lui toutes les splendeurs de l'univers. Il nous enseigne à lui attribuer tout le bien que nous recevons ou dont nous sommes témoins, la beauté et la magnificence de la nature, les dons généreux de la Providence, les facultés de l'âme, les liens de la société, et surtoutles richesses de la grâce et de la rédemption», la mission, les pouvoirs et les influences bienfaisantes de Jésus- Christ. Il fait remonter toute espèce de bonheur jusqu'au Père, comme en étant la seule source; et l'âme qui s'est pénétrée de ces idées , en s'accoutumant à rapporter à Un seul Père Infini tout ce qui dans l'univers nous excite et nous élève, peut se présenter à lui, et se présente en effet, avec l'amour le plus fort et le plus profond dont la nature humaine soit susceptible. 11 est vrai que le Trinitaire fait profession de croire à un seul Dieu , et prétend être fidèle à celte vérité. Mais trois personnes, ayant des qualités et des rapports distincts, dont l'une envoie et l'autre est envoyée, dont l'une donne et l'autre est donnée, dont l'une intercède et l'autre écoute l'intercession, dont l'une se fait chair et l'autre n'est jamais incarnée,— trois personnes, ainsi distinguées, sont aussi véritablement trois objets pour l'esprit, que si on les reconnaissait pour trois divinités séparées ; et d'après les principes de notre nature, elles ne peuvent pas agir sur
rhomme aussi profondément et fortement qu'Une seule Personne Infinie, à la seule bonté de laquelle nous attribuons tout bonheur. Multiplier pour le cœur les objets infims, c'est le distraire. Disperser l'attention sur trois personnes égales, c'est affaiblir le pouvoir de chacune. Plus l'unité de Dieu est stricte et absolue, plus les émotions et les impressions de piété suivent aisément et intimement le même cours, et viennent se condenser dans une seule pensée ardente, dans un seul amour pénétrant. Nul langage ne peut exprimer tout ce que la pensée d'Un seul Père Infini a de force absorbante. Lorsqu'elle est puissamment implantée dans l'âme» elle y grandit et s'y fortifie constamment. Elle s'enrichit de chaque nouvelle perception de la parole et des ouvrages de Dieu ; elle lève un tribut sur toutes les contrées et sur tous les siècles; et elle attire à elle tous les rayons de beauté, de gloire et de bonheur répandus dans la création matérielle et spirituelle.
Mes auditeurs, si vous voulez sentir l'action complète de Dieu sur vos àraes, conservez religieusement, gardez brillante et sans tache, cette vérité glorieuse et fondamentale, qu'il n'y a qu'un seul agent tout-puissant dans l'univers, Un seul Père Infini. Que cette vérité demeure en moi dans son incorruptible simplicité, et je possède la source et l'aliment d'une piété toujours croissante. J'ai un objet spirituel vers lequel toutes choses me portent. Je sais où me réfugier dans chaque épreuve , qui je dois bénir dans toutes mes joies, qui je dois adorer dans tout ce que je contemple. Mais que trois personnes exigent de moi un hommage suprême, et l'exigent pour des motifs différents, l'une pour avoir envoyé à mon secours et l'autre pour y être venue, et je suis partagé,
distrait, embarrassé. Mon faible entendement est écrasé. Au lieu d'un seul Père sur le bras duquel je puis m'appuyer, mon esprit est entraîné d'un objet à un autre, et devant cette pluralité de personnes qui réclament de moi un amour suprême, je tremlle de ne pas m'acquitter envers Tune ou envers l'autre de ce que je lui dois.
II. L'Unitarisme est le système le plus favorable à la piété, parce qu'il maintient et conserve intacte la spiritualité de Dieu. « Dieu est un esprit, et ceux qui l'adorent doivent l'adorer en esprit et en vérité. » Il est très important pour le progrès et l'élévation du principe religieux, que nos idées de Dieu deviennent de plus en plus pures ; que nous en éliminions toutes propriétés matérielles et tout ce qui est borné et imparfait dans notre propre nature ; que nous le considérions comme une pure intelligence, comme un pur Esprit Infini. Lorsqu'il plut à Dieu de choisir le peuple Juif, et de le placer sous des influences miraculeuses, Tun des premiers préceptes donnés à ce peuple fut de ne représenter Dieu sous aucune forme corporelle, par aucune image sculptée, ni sous les traits d'aucune créature. Le Christianisme vint ensuite, dont l'un des grands obj ets fut de rendre la religion encore plus spirituelle, en abolissant les cérémonies et le culte extérieur des temps qui avaient précédé , et en rejetant ces manières grossières de représenter Dieu, au moyen desquelles les anciens prophètes cherchaient à émouvoir un peuple ignorant.
Or, rUnitarisme est en concordance avec ce sublime but moral de la révélation. Il affirme la spiritualité de Dieu. En s'élevant vers lui, il s'adresse non à une forme corporelle, mais à un esprit pur, à l'Ame infinie et universelle. LéTrinitarisme, au contraire, tend directement
k matérialiser les idées que les hommes se font de Dieu; et en effet ce système n'est qu'un retour vers l'erreur des siècles les plus reculés et les plus ignorants, vers le culte d'un Dieu corporel. Ce qui le caractérise surtout, c'est la doctrine d'un Dieu revêtu d'un corps, et parlant et agissant par des moyens matériels , c'est la Divinité Infinie mourant sur une croix ; doctrine qui, par sa grossièreté, nous rappelle la mythologie des païens les plus ignorants, et qu'un Juif pieux, n'ayant pour se guider que la faible lueur de la religion mosaïque, eût repoussée avec horreur. Ce n'est pas à mes yeux une mince objection contre la doctrine de la Trinité, qu'elle suppose que Dieu a pris un corps à une époque du monde moins reculée et plus civilisée, lorsqu'il est évident qu'une pareille manifestation , si elle avait jamais été nécessaire, l'eût été surtout dans l'enfance de la race. Qu'un tel système a pour effet d'abaisser l'idée de Dieu, de prêter à la Divinité les passions et les infirmités humaines, c'est là une chose trop claire pour qu'il soit besoin de l'expliquer longuement. Si l'on admet que la seconde personne de la Trinité se soit incarnée, on peut dire de Dieu qu'il est un être corporel, de la même manière qu'on l'affirme de l'homme; car l'homme n'est corporel que par Tunion de l'âme et du corps ; et le sens même de l'incarnation, c'est que Dieu a pris un corps par lequel il a parlé et agi, comme Tâme humaine agit par ses organes corporels. Toutes les affections physiques peuvent dès lors être attribuées à Dieu. Aussi, entendons-nous le Trinitaire, dans son acte d'adoration le plus solennel, prononcer ces paroles effrayantes: « Seigneur plein de bonté, délivre-nous: par le mystère de ta sainte incarnation, par ta sainte nativité et ta
cireoncMon, par ton baptême, ton j6ùneei ta tentation, par ton agonie et ta sueur sanglante, par ta croix et ta passion, Seigneur plein de bonté, délivre-nous (1) ». Or , vous êtes appelés à juger , d'après les principes de la nature humaine, sî dans Fentendement de ceux qui adorent leur Dieu pour ses blessures et ses larmes, son agonie, son sang et sa sueur, les idées d'existence corporelle et de soufifrance humaine ne remporteront pas sur les idées d'une essence purement spirituelle , si l'esprit, en s'attachant à l'homme, ne perdra pas de vue le Dieu, si l'on eût pu inventer«un moyen plus sûr pour abaisser et corrompre l'idée pure de la Divinité. Je sais que le Trinitaire n'a pas conscience que tel soit l'effet de sa foi ; aussi ne lui en fais-je pas un crime. Cette influence n'en existe pas moins, et on ne saurait trop la déplorer.
Les Catholiques romains, fidèles à la nature humaine et à leur croyance, ont cherché, par la peinture et la sculpture, à se représenter visiblement le Dieu de leur imagination ; et ils sont ainsi parvenus à se le graver aussi fortement dans l'esprit que s'ils avaient vécu avec lui sur la terre. Le Protestant les blâme de se servir dans leur culte de ces ressemblances et de ces images; mais s'il est Trinitaire, en les blâmant il se condamne luimôme. Car si, comme il le croit, ce fut autrefois un devoir dé s'incliner en adoration devant le corps vivant de son Dieu incarné, quel crime peut-il y avoir à adorer devant un tableau ou une sculpture qui consacre le souvenir du même être ? Le corps du Christ peut être aussi
(1) Litanie de l'Église anglicane, conservée par l'Église épiscopale des États-Unis, et probablement par d'autres communions protestantes. (Trad.)
véritablement représenté par Tartiste, qu'aucune autre figure humaine ; et on peut se servir de son image aussi utilement et aussi convenablement que de celle d'un ancien sage ou d'un héros, pour le rappeler fortement à l'esprit. — Dira-t-on que Dieu a expressément défendu que nous nous servissions d'images dans notre culte? Mms pourquoi cette défense fut-elle faite aux Juifs ? pour la raison expresse que Dieu ne s'était offert à eux sous aucune forme qui pût être représentée. Écoutez le langage de Moïse : « Prenez donc bien garde de peur que vous ne vous fassiez quelque image taillée; car vous n'avez vu aucune ressemblance, au jour que le Seigneur vous parla en Horeb, du milieu du feu (1). » Si depuis cette époque, Dieu a pris un corps, le motif de la défense a donc cessé d'exister; et s'il a pris un corps, entre autres fins, pour venir en aide k la faiblesse de l'entendement qui a besoin d'une forme matérielle, alors une statue , qui aide si bien à rappeler un ami absent, est Bon seulement justifiée, mais semble nécessaire.
Cette matérialisation, cette corporification de l'Être suprême , qui est l'essence du Trinitarisme , ne peut qu'être contraire au progrès et h l'élévation de la piété. ^ propriétés divines et humaines, confondues dans ou seul être, perdent ce qu'elles ont de distinct. Les splendeurs de la Divinité sont obscurcies. Les adorateurs d'un Dieu incarné, par suite de la faiblesse de leur nature, sont très portés à s'attacher surtout à ses attributs humains; et leur dévotion, au lieu de s'élever au Dieu
(0 Drut. IV. 16, 16. — On a fait subtr quelque changemeat à Tarrangeraent du texle, afin que le lecteur pût Immédiatement en comprendre le sens.
Infini, et de prendre le caractère particulier qui a sa source dans Tinfiniié, devient plutôt une affection humaine, qui emprunte une grande partie de sa ferveur aux idées de souffrance, de sang et de mort. 11 est possible, en vérité, que ce Dieu-Homme (pour me servir de rétrange phraséologie des Trinitaires), ait le pouvoir d'exciter l'âme plus facilement qu'une divinité purement spirituelle ; de la même manière qu'une tragédie qui s'adresse aux yeux et aux oreilles, intv5ressera plus la multitude, que la contemplation du plus noble caractère. Mais les émotions qui sont excitées le plus facilement ne sont pas les plus profondes ni les plus durables. -Cet amour humain qu'inspire un Dieu humain, quoique plus fervent d'abord, ne peut pas grandir et se développer dans l'âme, comme l'attachement respectueux que fait naître un Père spirituel et infini. Des idées de Dieu plus pures, bien qu'on y arrive plus lentement, ont un pouvoir plus vivifiant et qui pénètre toutes dioses, et elles sont susceptibles d'un continuel accroissement de clarté, de vie et de force.
A la vérité, on nous dira que le Trinitarisme n'a converti qu'une seule de ces trois personnes en une IMvinité humaine, et que les deux autres restent des êtres purement spirituels. Mais qui ne sait que l'homme s'attachera plus fortement au Dieu devenu homme ? N'est-ce. pas même un devoir, si la divinité a pris un corps pour se mettre à la portée de Tintelligence et de la sympathie humaines? Il est clair que les idées du Trinitaire sur la Divinité emprunteront plus leur couleur de son Dieu visible, tangible, corporel, que des personnes de la Trinité qui demeurent comparativement cachées dans leur
essence invisible et spirituelle ; et c'est là une chose tellement d'accord avec les principes de notre nature, qu'elle n'a pas besoin d'être prouvée tonguement.
Mes amis, attachez-vous à la doctrine d'une Divinité purement spirituelle. Elle est un des plus solides appuis^ un des instruments les plus efficaces de la vraie piété. Elle rapproche Dieu de nous, comme ne le fait aucune autre doctrine. L'une des choses que se propose principalement le Christianisme, c'est de nous donner le sentiment toujours croissant de la présence immédiate de Dieu, la conscience qu'il est dans nos âmes. Or, autant il entre d'attributs limités et corporels dans les idées que nous nous faisons de lui, autant nous Téloignons de nous. Il devient un être étranger, éloigné, au lieu d'être compris et senti comme demeurant dans l'âme elle-même. C'est un inexprimable bienfait de la doctrine d'un Dieu purement spirituel , que nous pouvons le regarder comme habitant et remplissant notre nature spirituelle, et que, par cette union avec nos âmes, il peut devenir, et devient en effet, l'objet d'une intimité et d une affection , telles que ne saurait en inspirer nul être revêtu d'un corps.
III. L'Unitarisme est le système le plus favorable à la piété, parce qu'il présente un objet de culte distinct et intelligible , un être dont la nature, en même temps qu'elle est inexprimablement sublinae, est cependant simple et en rapport avec l'entendement humain. Un Père infini est la plus élevée de toutes les conceptions, et cependant la moins embarrassante. Il n'y a rien de contradictoire dans les idées qu'elle embrasse. Elle s'explique par des analogies prises dans notre nature. Elle est conforme à cette loi fondamentale de la raison , qui
demande une cause proportionnée aux eifets. Elle est en outre aussi séduisante que rationnelle; de sorte qu'elle est particulièrement faite pour un esprit cultivé. La sublime simplicité de Dieu, tel que le montre PUnitarisme, en délivrant Tintelligence de difficultés embarrassantes, et en le mettant lui-môme à la portée de notre pensée et de notre affection, lui donne une puissance particulière sur Tâme. Le Trînitarisme, au contraire, est une énigme. On l'appelle un mystère : mais M est mystérieux, non comme les grandes vérités de la religion, par son immensité et sa grandeur, mais par ridée inconciliable qu'il renferme. Un seul Dieu , composé de trois personnes ou agents, est un être si étrange, si différent de nos propres esprits et de tous les autres avec lesquels nous sommes en rapport ; il est si obscur, si absurde, si contradictoire, qu'il ne peut être compris avec cette clarté et ce sentiment de réalité qui appartiennent au système contraire. Un tel être hétérogène, qui est tout à la fois un et plusieurs ; qui comprend dans sa nature les rapports de Père et de Fils, ou , en d'autres termes, qui est son Père et son Fils à lui-môme ; qui, dans une de ses personnes, est tout à la fois le Dieu suprême et un homme mortel, pourvu de Tomniscience et ignorant, tout-puissant et faible, — un tel être est certainement l'objet le plus embarrassant et le plus troublant qui ait été jamais présenté à la pensée humaine. Le Trînitarisme, au lieu d'enseigner un Dieu intelligible, offre à l'esprit un étrange composé d'attributs contraires, portant des marques évidentes de ces siècles de ténèbres, où le Christianisme ne jetait qu'un faible rayon, et où l'imagination malade était féconde en prodiges et en créations contre nature. En contemplant un
être gui se présente sous des aspects st différents et si incompatibles, l'esprit ne sait où se reposer; au lieu de recevoir des impressions claires et concordantes, il est troublé par des images vagues et inconsistantes. Communiquer avec un tel être doit être aussi difficile , que de converser avec un homme ayant trois visages différents et parlant trois langues différentes. Celui qui croit à ce système doit Toublier quand il prie, ou il ne saurait trouver de repos dans la dévotion. Qui pourrait le comparer sous le rapport de la clarté, de la réalité et de la puissance, avec la doctrine simple d'Un seul Père Infini ?
IV. L'Unitarisme excite une piété fervente et éclairée, en maintenant la perfection absolue et infinie du caractère de Dieu. C'est là le plus grand service qui puisse être rendu à l'humanité. Des idées justes et élevées sur la Divinité sont la véritable richesse de l'âme. Les répandre, c'est contribuer plus efficacement que par aucun autre moyen, au progrès et au bonheur de la création intelligente. Obscurcir la gloire de Dieu, c'est faire un mal plus grand que de ternir le soleil. La valeur et l'influence d'une religion doivent répondre aux idées qu'elle donne de la Divinité; et le système qui manifeste les perfections divines de la manière la plus éclatante, tend évidemment à exciter la piété la plus élevée et la plus sainte.
Or, le Trinitarisrae a une funeste tendance à abaisser le caractère de l'Être suprême, bien que ses défenseurs, j'en suis certain, n'aient pas une intention si coupable. En multipliant les personnes divines, il dépouille chacune de la gloire d'une perfection indépendante, absolue, qui suffit à tout. C'est ce que Ton peut prouver de différentes manières. Et d'abord, l'idée même que trois
personnes dans la Divinité sont nécessaires à un degré quelconque, implique et suppose Timperfection de chacune d'elles; car il est évident que, si une personne divine possède toute la puissance, toute la sagesse, tout Famour et toute la félicité possibles , elle ne gagnera rien pour elle-même ni pour la création à s'adjoindre deux ou deux cents autres personnes. Dire qu'elle a besoin d'autres personnes pour un but quelconque ou à un degré quelconque, c'est la dépouiller d'une majesté indépendante et pouvant suffire h tout. Si notre Père qui est aux deux, le Dieu et le Père de notre Seigneur Jésus- Christ, ne peut pas lui-môme suffire à tous les besoins de sa création; si, par son union avec d'autres personnes, il peut faire un bien quelconque que seul il ne pourrait faire; ou s'il acquiert ainsi un titre au moindre degré de confiance et d'espérance, auquel il n'a pas de lui-même droit par ses propres attributs indépendants ; il est alors évident que ce n'est pas un être d'une perfection infinie et absolue. Or, le Trinitarisme enseigne que le plus grand bien pour la race humaine lui vient de l'existence de trois personnes divines, ayant à l'égard du monde des fonctions et des rapports différents ; et considère TUnitaire comme détruisant la base de l'espérance humaine, quand il maintient que le Dieu et le Père de notre Seigneur Jésus est seul et uniquement Dieu. Il altère ainsi la gloire infinie.
En second lieu, le Trinitarisme rabaisse le caractère de l'Être suprême, en obligeant ses disciples de faire entre les trois personnes une distribution telle de rapports et de fonctions, qu'elle puisse servir à les désigner et à les distinguer ; car de cette manière il intervient dans les sublimes conceptions d'Une seule Personne
Infinie, en qui toutes les gloires sont concentrées. S'il faut que nous adorions trois personnes, il faut aussi que nous les considérions sous des points de vue différents^ ou elles ne seront plus que des répétitions les unes des aUftes f simplement des noms et des sons , ne représentant rien y n'offrant aucun sens à Fesprît. Il faut qu'un caractère propre, des actes, des sentiments et des rapports particuliers soient attribués à chacune. En d'autres termes, il faut retrancher quelque chose à la gloire de toutes, afin de donner à chacune un éclat spécial qui la distingue. Aussi, associe-t-on la création plus particulièrement à l'idée du Père ; la satisfaction pour le crime des hommes h celle du Fils ; tandis que la sanctification, l'opération la plus noble de toutes, est attribuée au Saint-Esprit et devient plus particulièrement son œuvre. Par une distribution encore plus funeste, l'œuvre de justice, la fonction de venger les droits de la Divinité, échoit particulièrement au Père, tandis que la personne du Fils se trouve revêtue du doux éclat que donne la miséricorde qui s'interpose. Par cette funeste influence du Trinitarisme, à laquelle ne peuvent échapper surtout les esprits ordinaires, les splendeurs de la Divinité, étant disséminées entre trois objets au lieu d'être unies dans Un seul Père Infini, se trouvent obscurcies; et celui dont l'esprit est entièrement et pratiquement imbu de ce système, peut à peine se faire une idée de l'éclat de gloire avec lequel le Seul Dieu se présente à l'homme pieux qui croit à la stricte unité.
Mais je n'ai pas dit ce qu'il y a de pire. Je ferai donc remarquer en troisième lieu, que, si l'on croit à trois personnes divines, on doit leur attribuer une direction ou un gouvernement tel du^monde, que chacune ait une
sphère d'action. Nul homme n'admettra trois personnes dans sa croyance, sans leur trouver un emploi. Or, il est clair qu'un système de Tunivers qui comprend et exige plus d'un agent infini , doit être irrégulier, extravagant et indigne du Dieu parfait, attendu qu'il n* a pas de bien possible ou imaginable, auquel ne suffise un seul agent infini. Aussi voyons-nous le Trinitarisme s'attacher k un plan de gouvernement, qui porte une immense atteinte au caractère divin. Il enseigne que le Père infini a jugé à propos de remettre entre les mains de nos premiers parents le caractère moral et le sort de tous leurs descendants; et que, par un seul acte de désobéissance, la race entière apporte en naissant une nature corrompue, ou naît dépravée. 11 enseigne que les fautes d'une courte vie, d'une vie qui a commencé et qui s'est passée sous cette funeste influence, méritent un châtiment éternel, et que la loi de Dieu contient la menace de cette pénalité infinie; qu'enfin l'homme est ainsi chargé d'un crime, qu'aucune souffrance de l'univers créé ne peut expier, et que les souffrances d'un Être Infini peuvent seules effacer. Dans cette condition de la nature humaine, le Trinitarisme trouve une sphère d'action pour ses différentes personnes. Je sais que quelques Trinitaires, en entendant cet exposé de leur système , pourront m'accuser de leur attribuer les erreurs du Calvinisme, système dont ils ont autant d'horreur que nousmêmes. Mais il n'entre dans ce tableau rien de ce qui distingue particulièrement le Calvinisme. J'ai indiqué ce que je comprends être les principaux traits du Trinitarisme dans le monde entier; et, parmi ceux qui professent cette croyance, les gens de bonne volonté qui reculent devant l'exposé qu'on vient de lire, doivent
blâmer, non le prédicateur» mais les symboles et les institutians qui servent à répandre ces doctrines. Quant à nous, c'est de Tborreur et de la douleur que nous inspirent les idées sur le gouvernement de Dieu, qui se rattachent naturellement et intimement au Trinitarisme. Elles nous enlèvent le Père que nous avons au ciel, et le remplacent par un maître sévère et injuste. Notre amour et notre respect filial se révoltent contre elles. Nous disons aux Trinitaires : Touchez à tout, mais ne touchez pas aux perfections de Dieu. Ne souil« lez pas cette beauté et cette pureté sans tache. Nous pouvons supporter toutes les erreurs, excepté celles qui détruisent ou ébranlent une ferme croyance dans la bonté paternelle de Dieu. Ne nous imposez pas un système qui fait de l'existence une malédiction, et couvre l'univers de ténèbres. Laissez-nous la douce lumière, l'atmosphère libre et saine d'une foi élevée et raisonnable, les influences ennoblissantes et consolantes de cette doctrine que nous enseignent dans un heureux accord la révélation et la nature : Un seul Père dont l'amour est infini et inépuisable.
V. L'Unitarisme est particulièrement favorable à la piété, parce qu'il s'accorde avec la nature, avec le monde extérieur et le monde intérieur ; et que, par cet accord, il vient en aide à la nature et reçoit son aide à son tour, pour imprimer dans Tâme l'idée de Dieu. Nous vivons au milieu d'un admirable univers, qui fut destiné à attester et à proclamer la Divinité; et l'on peut s'attendre à ce qu'une révélation venant de Dieu soit en harmonie avec ce système, et agisse de concert avec lui pour élever l'Ame vers Dieu. Or, l'Unitarisme est d'accord avec la nature. Il enseigne un seul Père ; et c'est ce que fait la
création, plus on l'examine. La philosophie, à mesure que ses idées sur l'univers s'étendent, y voit de plus en plus une admirable et^sublime unité, et fournit de nouvelles preuves que tout vient d'une seule intelligence, d'une seule puissance, d'un seul amour. La création extérieure tout entière annonce à l'Unitaire la vérité à laquelle il est heureux do croire. Et son toe la lui annonce également. Mais ni dans la nature ni dans l'âme ne se rencontre une seule trace de trois personnes divines. La nature n'est pas trinitaire. Elle ne donne pas la moindre idée d'un auteur tri-personnel. Le Trinitarisme est un système borné, enfermé dans un petit nombre de textes, dans quelques lignes écrites, où beaucoup d'entre les esprits les plus habiles n'ont pu le découvrir. 11 n'est écrit ni dans les cieux ni sur la terre, il n'est pas porté sur tous les vents, il ne retentit pas et n'est pas répété dans l'univers entier. Le soleil et les astres ne parlent pas d'un Dieu en trois personnes. Ils parlent tous d'Un seul Père que nous adorons. A nos oreilles la parole et les œuvres de Dieu font entendre une seule et même voix, un chant plein et sonore, qui devient plus clair, plus éclatant, plus pénétrant à mesure que nous écoutons, et qui, par une seule influence bénie, élève nos âmes vers le Père tout^uissant.
Cet accord entre la nature et la révélation augmente la puissance de l'une et de l'autre sur l'âme. Concourant toutes deux, comme elles le font, à produire une même impression, elles rendent celte impression plus profonde. Pour des hommes réfléchis, la vérité de la religion reçoit un accroissement de force extrême, de l'harmonie qu'ils peuvent constater entre les idées reU-
gieuses qu'ils tir^t de diiïérentes sources. La révélation n'est jamais reçue avec une foi aussi profonde dans sa vérité, que lorsqu'elle conspire vers les mêmes fins, et tend à produire les mêmes impressions pour lesquelles toutes les autres dioses ont été créées. Ce n'est pas une faible objection contre le Trinitarisroe, qu'il est une doctrine isolée, qu'il nous révèle un Dieu que nous ne rencontrons nulle part dans l'univers. Je le répète, on ne trouve trois Personnes divines que dans un petit nombre de textes, et encore sont-ils si obscurs» que les génies de Milton, de Newton et de Locke n'ont pu les y découvrir. La nature est muette quand il s'agit de leur rendre témoignage. Et peuvent-elles avoir pour l'esprit la même réalité et la même puissance, que ce Père unique, que ]e sens général et la voix habituelle des Écritures et la voix universelle de la nature nous invitent à adorer?
VI. L'Unitarisme favorise la piété en ouvrant l'esprit à des idées nouvelles et de plus en plus grandes sur Dieu. En nous enseignant le même Dieu que nous enseigne la nature, il nous porte à le chercher dans la nature. Il ne nous emprisonne pas dans la parole écrite, quelque précieuse que soit cette manifestation de la Divinité. 11 considère la révélation» non comme un moyen indépendant de ses autres moyens d'instruction , non comme un mobile séparé , mais comme faisant partie du grand système de Dieu pour éclairer Fâme humaine, comme intimement liée à la création et à la Providence et destinée à concourir avec elles, comme nous étant donnée enfin pour nous aider à lire dans le livre de l'univers. L'Unitarisme tend donc , là où son action vraie se fait sentir, à enrichir et à féconder l'esprit; il l'ouvre à de
nouvelles lumières, partout où elles brillent; et en cornbinant les moyens d'instruction religieuse , il les rend plus eilBcaces. Le Trinitarisme , au contraire, tend à restreindre l'esprit, à renfermer dans ce qui est écrit, à diminuer pour lui Tintérèt que présente l'univers, à le détourner d'envisager d'une manière large et lumineuse les ouvrages de Dieu. — Nous nous rendrons compte aisément de cet effet, si nous considérons que les doctrines particulières du Trinitarisme diffèrent tellement des enseignements de l'univers, que celui qui s^attacbeà l'un sera exposé à trouver l'autre sans intérêt. Les idées de trois Personnes divines, de Dieu s'incamant, du Créar teur infini sauvant les coupables en faisant subir le cbâtiment qui leur est dû à un être innocent, sont des idées qu'il n'est pas facile de faire accorder dans l'esprit, avec celle que la nature donne d'un seul Père tout-puissant et d'un esprit infini, que nuls mondes ne peuvent contenir, et dont le représentant dans le cœur bumain déclare que c'est un crime, de faire subir à celui qui est pur et innocent les cbàtiments réservés au vice.
Mais le Trinitarisme a une influence encore plus posir tive pour fermer l'esprit aux idées salutaires qu'éveille l'univers. Il tend à obscurcir les ouvrages de Dieu. S'imaginant qu'il élève le Christ, en lui attribuant une action exclusive sur l'instruction et la régénération du genre bumain, il est porté à déprécier les autres lumières et les autres influences; et dans le but de grandir l'œuvre de salut de Jésus, il tend à exagérer tout ce que la condition présente del'bomme a de sombre et de désespérant L'esprit ainsi impressionné est naturellement enclin à envi* sagër la nature et la société sous des aspects qui ne peuvent que fortifier les idées de désolation et de culpabilité.
Il est porté à amplifier les malheurs delà vie, et à n'y voir que les marques de la colère divine et d'une justice qui punit; et il n'aperçoit pas qu'ils sont évidemment propres et destinés à éveiller nos facultés , à exercer nos vertus, et à fortifier nos liens sociaux. Il exagère pareillement les fautes des hommes , pour pouvoir maintenir la nécessité d'une expiation infinie. Cette somhre théologie obscurcit quelques-unes des marques les plus touchantes de l'amour de Dieu, qui sont en nous et autour de nous. Les admirahles facultés de Tâme, ses nobles aspirations, son aptitude à apprécier ce qu'il y a de grand et de bon dans la nature humaine, sa sympathie pour la vertu désintéressée et souffrante, ses instincts charitables et religieux, sa soif d'un bonheur qu'on ne trouve pas sur la terre, toutes ces choses sont dédaignées ou laissées dans l'ombre, de peur qu'elles ne troublent la croyance dans la corruption naturelle de l'homme. On s'ingénie à déprécier ce qu'il y a d'intéressant dans le caractère humain. Pendant qu'on cite sérieusement les mouvements de colère de l'enfant nouveau-né, comme étant autant d'indices d'une corruption naturelle et enracinée, on ne tient pas compte de ses mouvements d'affection, de son doux sourire , de sa joie innocente, si vive qu'on ne peut la réprimer, de son amabilité et de sa beauté, quoique toutes ces choses soient des preuves encore plus éloquentes de son alliance avec des natures plus élevées. Les saintes et tendres affections de la famille, la vigilance infatigable des parents et les sacrifices où ils se complaisent; l'assiduité respectueuse et reconnaissante des enfants , aplanissant pour leur vieux père ou leur vieille mère le chemin du tombeau ; l'amour de la femme, plus fort que la mort ; l'attache-
ment des fi-ëres et des sœurs ; TaffectioD inquiète qui entoure de ses soins le lit du malade ; la voix pénétrée qui porte la consolation dans le cœur affligé; tous les devoirs affectueux qui répandent une douc« lumière dans nos demeures ; tout cela est expliqué par les habiles avocats de ce système , comme ne renfermant aucune vertu vraie, comme s'accordant avec une aversion naturelle pour le bien. Même les plus nobles efforts d'une bienveillance désintéressée, et l'expression la plus sincère de la piété, s'ils ne se rattachent pas à ce qu'on nomme « la vraie foi, » ne sont aux yeux des disciples les plus rigides de la doctrine que je combats, qu'un effet de la passion de se distinguer, ou de quelque autre sentiment de (S nature profane. » Le Trinitarisme et les doctrines qui s'y rapportent ont donc une tendance à voiler la bonté de Dieu, à souiller les plus beaux de ses ouvrages, à ternir l'éclat de ces affections pures et innocentes qu'un souffle divin fait naître dans nos âmes, à flétrir la beauté et la fraîcheur de la création, et à détruire ainsi tout ce qui peut alimenter la piété. Nous savons, et c'est pour nous un sujet de joie, que, chez beaucoup de personnes, cette tendance est contre-balancée par la disposition du caractère à la gaité , par une nature bienveillante, et par une force de reconnaissance qui secoue les fers d'un système plein de tristesse. Mais en vertu de l'essence même de cette doctrine, la tendance existe et elle est forte; et l'observateur impartial la verra souvent se produire sous la forme d'idées sombres et décourageantes sur la vie et sur l'univers.
Le Trinitarisme, en tendant ainsi à exclure toutes les grandes et brillantes idées que peut faire naître la création, me semble non seulement refroidir le cœur, mais
nuireà rinlelllgencc, en ce qui touche à la vérité morale et religieuse. Il n'envoie pas Tesprit de tous côtés à la recherche de nouveaux objets capables de relever, et ici nous avons Texplication de la stérilité et de la faiblesse qui caractérisent si généralement les écrits théologiques. Il n'est pas étonnant que la théologie généra*lement adoptée manque de vitalité et de grandeur , car elle ne s'accorde pas avec les perfections de Dieu et l'esprit de l'univers. Elle n'a pas sa base dans Téternelle vérité; mais c'est un système étroit, technique, artlQciel, le produit des siècles grossiers, un système qui, conséquemment, ne peut se fondre avec les nouvelles lumières qui nous sont données sur les sujets les plus inf éfessants, ni se mêler aux résultats qu'obtiennent et aux espérances que conçoivent les esprits progressifs et originaux. 11 reste isolé dans l'esprit, au lieu de s'emparer de vérités nouvelles, et d'en faire son propre aliment. A peu d'exceptions près , la théologie trinitaire d'aujourd'hui est très pauvre d'idées neuves, et sans puissance pour exciter l'intérêt et répondre aux besoins intellectuels et spirituels des hommes qui pensent Je vois certainement des esprits supérieurs, et même de grands esprits, parmi les partisans du système généralement adopté; mais ils me semblent se mouvoir sous des chaînes, et s'acquitter bien pauvrement de la haute mission îu'ils ont reçue d'ajouter à la richesse de l'entendement humain. Dans les discussions théologiques, ils me rappellent plutôt Samson travaillant dans l'étroit moulin des Philistins, que ce héros intrépide remportant des victoires pour le peuple de Dieu, et élargissant les bornes de l'héritage d'Israël. Or, un système qui tend à emprisonner l'esprit, à le rendre moins sensible aux mani-
festalîons de Dieu dans Tunivers , est par là même contraire h la piété, à un amour éclatant, heureux, plein d'espérances et toujours grandissant pour le Créateur. Il tend à produire et à entretenir une religion de nature mélancolique, comme est celle, je le crains, qui maintenant domine dans le monde chrétien.
VU. L'Unitarisme excite la piété par la place élevée qu'il assigne à la piété dans le caractère et Tœuvre de Jésus-Christ. Qu'est-ce que l'Unitaire considère comme étant la principale gloire du caractère du Christ ? Je réponds : son dévouement filial , Tabandon entier avec lequel il se sacrifie à la volonté et aux desseins pleins de bonté de Dieu. La piété de Jésus, qui, dans l'hypothèse de sa divinité suprême, est un attribut subordonné et contradictoire, est pour nous, de tous ses attributs, le plus grand et le plus saillant. Nous plaçons son c unité avec Dieu, » non pas dans une inintelligible unité d'essence, mais dans l'unité d'esprit et de cœur, dans la force de son amour, qui l'a fait renoncer à tout intérêt séparé, et s'identifier avec les desseins de son Père. En d'autres termes, la piété filiale, la consécration de tout son être à la sainte volonté de son Père, c'est là la douce gloire avec laquelle il se présente toujours à nos esprits ; et par conséquent, toutes nos sympathies pour lui, tout l'amour, toute la vénération qu'il nous inspire, sont autant de formes de la jouissance que nous fait éprouver un caractère pieux ; et tout ce que nous connaissons de lui nous excite à consacrer pareillement à Dieu toute notre nature et toute notre existence.
De plus, rUnitarisme enseigne que l'œuvre ou la fonction la plus haute du Christ, est d'exciter et de fortifier la piété dans l'âme humaine ; et il nous montre ainsi
celte vertu comme la principale acquisition et la principale fin de notre être. Pour nous, la grande gloire de la mission du Christ consiète dans la puissance avec laquelle il ft révèle le Père, » et établit «le royaume ou le règne de Dieu » dans l'âme. Par sa couronne royale, nous entendons la prééminence dont il jouit dans l'œuvre la plus bienfaisante qui puisse s'accomplir dans Tunîvers, celle de ramener l'âme perdue à la connais* sance, à l'amour et à la ressemblance de son Créateur. Envisageant ainsi la fonction du Christ, rien ne peut nous paraître aussi important qu'une piété profonde et éclairée, et nous sommes encouragés à la chercher, à la poursuivre, comme la perfection et le bonheur auxquels la nature et la rédemption nous appellent de concert.
Or, nous maintenons que le Trinitarisme obscurcit et affaiblit cette manière d'envisager le caractère et l'œuvre du Christ ; et cela il le fait, en insistant continuellement sur d'autres vues inconciliables avec cellelà. 11 diminue la puissance de sa piété. En faisant de Jésus l'Être suprême, et en le plaçant comme un égal sur le trône de son Père, il empêche l'esprit de voir en lui le plus humble des adorateurs de Dieu, met dans l'ombre, comme étant de valeur très inférieure, son obéissance pleine d'abnégation, et nous le fait révérer pour d'autres raisons que pour son hommage complet, sa dévotion fervente et son joyeux sacrifice de lui-même au Père universel. Il y a une incomptatibilité évidente entre la croyance dans sa divinité suprême et l'idée de piété filiale et de dévouement exemplaire. L'esprit auquel on a appris à le considérer comme ayant une majesté et une autorité égales à celles du Père, ne peut pas facilement sentir la vertu de son caractère comme
jOls plein d'affection, qui se nourrissait de Taccomplissement des volontés de son Père. L'esprit, habitué à faire de Jésus l'objet souverain de son culte, ne peut pas aisément reconnaître en lui le modèle de ce culte, le guide vers le Très-Haut. Les caractères sont incompatibles, et leur union est embarrassante, de sorte que ni l'un ni l'autre n'exerce complètement son action sur Tâme.
Le Trinitarisme présente l'œuvre du Christ aussi bien que son caractère, sous un point de vue moins favorable à la piété. Exciter la piété n'est pas sa principale fin. 11 enseigne que le but le plus élevé de la mission de Jésus, fut de réconcilier Dieu avec l'homme, et non de ramener l'homme à Dieu. Il enseigne, que de tous les obstacles qui s'opposent au bonheur de l'humanité, le plus formidable ce sont les droits et les menaces de la justice divine. Aussi fait-il que les hommes apprécient bien plus le Christ pour avoir satisfait à ces droits et détourné ces menaces, que pour avoir excité dans l'âme humaine des sentiments d'amour pour le Père qu'elle a au ciel. De là vient également qu'une foule d'hommes semblent estimer plus haut le pardon que la piété, et penser que c'est une grâce plus grande d'échapper, par les souffrances du Christ, au feu de l'enfer, que de recevoir, par son influence, l'esprit du ciel, l'esprit do dévouement. Un pareil système est-il favorable à une piété noble et toujours croissante ?
Si une courte digression m'est permise, je termine* rai cette partie de mon discours, par une observation générale; c'est que nous croyons que notre manière de comprendre Jésus-Christ est plus attachante que celle du Trinitarisme. Nous sentons que nous perdrions beaucoup^ si nous échangions le caractère distinct et le doux
éclat avec lesquels il se présente à nos esprits, pour les gjoires confuses et inconciliables dont ce système s'efforce de Tentourer. Suivant l'Unitarisme, c'est un être qui peut être compris, car il est un seul esprit, une seule nature qui a conscience d'elle-même. Suivant la croyance contraire, c'est un inconcevable composé de deux esprits très différents, comprenant dans une même personne une nature finie et une nature infinie, une àme faible et ignorante et une âme toute puissante et connaissant toutes choses. Un tel être est -il un objet en rapport avec la pensée et Faffection humaines? — J'ajouterai, comme autre considération importante, que pour nous, Jésus, au lieu d'être la seconde de trois personnes obscures et inintelligibles, est la première, celle qui domine toutes les autres dans la sphère où il agit, et qu'il est ainsi l'objet d'un attachement distinct qu'il Départage avec aucun égal, aucun rival. Pour nous, il est le premier des Fils de Dieu, le Fils par une affinité et une ressemblance particulières avec le Père. Il est le premier de tous les ministres de la miséricorde et de la bonté de Dieu, et c'est par lui que la libéralité divine se répand le plus largement sur la création. Il occupe la première place dans la faveur et l'amour de Dieu; il est le plus agréable des adorateurs, le plus puissant des intercesseurs. Dans cet immense univers fait pour être le miroir de son créateur, nous nous tournons vers Ksus comme vers la plus brillante image de Dieu, et nous lui donnons avec reconnaissance une place dans nos âmes, immédiatement après le Père Infini, vers lequel il dirige lui-même notre affection suprême.
VIII. J'aborde maintenant un grand sujet. L'Unitarisme est favorable à la piété, en ce qu'il répond aux
besoins de Thorame comme pécheur. Les besoins da pécheur peuvent presque s'exprimer d'un seul mot. Il lui faut des assurances de miséricorde dans son Créateur. Il lui faut des preuves que Dieu est l'Amour sous sa forme la plus pure, c'est-à-dire, qu'il a une bonté si désintéressée, si généreuse, si complète, si forte et si immuable, que l'ingratitude et la désobéissance de ses créatures ne peuvent la vaincre. Cet amour invincible, que l'Écriture nomme grâce, et qui n'attend pas que le mérite, le fasse naître, embrasse les plus coupables, est la seule espérance du pécheur, et il est fait pour exciter la reconnaissance la plus dévouée. Or, cette grâce ou cette miséricorde de Dieu, qui va à la recherche de celui qui est perdu, qui accueille et bénit l'enfant qui revient, est proclamée par la foi dont nous sommes les défenseurs, avec une clarté et une énergie que rien ne peut surpasser. L'Unitarisme ne s'arrête pas un instant aux erreui'S communes qui viennent obscurcir l'éclat de ce brillant attribut. Il ne veut pas entendre parler de la colère vengeresse de Dieu, que le sang seul peut apaiser, ou d'une justice qui retient sa miséricorde avec une chaîne de fer, jusqu'à ce qu'il ait été complètement satisfait à ce qu'elle exige. Il ne veut pas entendre dire que Dieu ait besoin d'une influence étrangère pour éveiller sa miséricorde ; mais il enseigne que les douleurs du père humain le plus tendre au sujet d'un enfant perdu, ne sont qu'une faible image de la compassion profonde, immense, que Dieu ressent pour Fhomme qui erre. Ce penchant essentiel, immuable, de l'Esprit Divin au pardon, l'Unitaire le voit briller dans toutes les Écritures, et surtout dans la mission et la révélation de Jésus-Christ, qui vécut et mourut pour manifester l'iné
puîsable plénitude de la grâce divine; et, aidé parla révélation, il retrouve partout cet attribut de Dieu, tant en lui qu'autour de lui. 11 le voit dans le soleil qui brille et dans la pluie qui tombe sur le méchant et l'ingrat; dans le calme qui revient à l'esprit à mesure qu'il revient à Dieu et au devoir; dans le sentiment de compassion qui naît spontanément dans l'ôme humaine pour ceux qui sont tombés et perdus; et dans l'instinct moral qui nous apprend à entretenir en nous cette compassion comme un principe sacré, comme une émanation de l'amour infini de Dieu. En effet, l'Unitarisme affirme si fortement la miséricorde de Dieu, qu'on lui reproche d'ôter au pécheur la crainte du châtiment, — reproche qui n'est nullement fondé : car notre système enseigne que la miséricorde de Dieu n'est point une tendresse instinctive qui ne peut pas infliger de peine ; mais un amour infiniment sage, qui désire le bien véritable et permanent de son objet, qui par conséquent désire d'abord pour le pécheur ce retour à la pureté, sans lequel la honte, la souffrance, et l'exil loin de Dieu et du ciel, sont nécessairement et irréparablement son partage. — L'Unitarisme prêche donc la grâce de Dieu et sa bonté miséricordieuse de la manière la plus éclatante ; et en présentant ainsi la Divinité, il tend à exciter une piété tendre et pleine de confiance, un amour sincère qui gémit d'avoir offensé, une haine sincère du péché, non parce que le péché attire le châtiment, mais parce qu'il sépare l'âme de ce Père miséricordieux.
Or, nous reprochons au Trinitarisme d'obscurcir la miséricorde de Dieu. Il le fait de différentes manières. Nous avons déjà vu qu'il donne du gouvernement de
Dieu des idées telles, que nous avons peine à concevoir que cet attribut fasse partie de son caractère. La miséricorde envers le pécbeur est le principe d'amour ou de bonté sous la forme la plus élevée ; et certainement on ne peut Fattendre d'un être qui nous fait naître chargés d'un crime béréditaire, et qui menace d'un châtiment et d'un malheur éternel les héritiers d'une nature si faible et si périssable. L'idée de miséricorde est incompatible avec un pareil Créateur; et je dirai déplus que sous un pareil gouvernement l'homme n'aurait pas besoin de miséricorde: car il ne devrait aucune obéissance à un tel Créateur, et ne pourrait par conséquent se rendre coupable en y manquant ; et pour qui est sans crime, la grâce ou le pardon ne saurait être nécessaire. La cruauté d'un pareil système ferait de l'homme un être outrage. Les torts seraient du côté du Créateur.
De plus, le Trinitarisme obscurcit la miséricorde de Dieu, par la manière dont il suppose que le pardon est accordé. Il enseigne que Dieu remet le châtiment au coupable, parce qu'il en reçoit l'équivalent d'un innocent ; que le pécheur est libéré de ses souffrances par la substitution des souffrances d'un autre, dans lesquelles la justice divine trouve une satisfaction complète. Et est-ce là « le caractère de la miséricorde ? » Que signifie le pardon, si ce n'est l'accueil fait à Fenfant qui revient par l'amour paternel dans toute sa force ? — Cette doctrine investit le Sauveur d'un mérite spécial, d'un droit à la rémission des péchés de ses sectateurs; et elle représente l'accueil que Dieu fait h l'homme repentant, comme une récompense due au mérite de son fils. Est-ce donc que la miséricorde, qui signifie un amour généreux et non mérité, est ren-
due plus manifeste, plus éclatante, quand on introduit le mérite et le droit comme fondements de notre salut? Élait-il possible d'inventer un moyen plus sûr pour obscurcir la libéralité du pardon, et pour détourner la reconnaissance du pécheur, du souverain qui exige une satisfaction entière pour son crime, sur la victime qui offre cette expiation ?
Je sais qa'on dit que le Trinitarisme grandit la miséricorde de Dieu, parce qu'il enseigne que Dieu lui-même fournit celui qui doit remplacer le coupable. Mais je répondrai que Faction qu'on attribue ainsi à la miséricorde n'est pas la plus propre à la manifester et à en graver profondément l'idée dans le cœur. C'est ce qu'il est facile de montrer par des exemples familiers. Supposez qu'un créancier, par un sentiment de compassion pour certains débiteurs, persuade à un homme charitable et riche de payer à leur place. Les débiteurs ne verraient-ils pas une plus grande miséricorde, et ne se sentiraient-ils pas sous le poids d'une obligation plus grande, s'il leur était fait une remise généreuse et gratuite de leur dette? Et leur principale reconnaissance ne laisserait-elle pas le créancier de côté, pour ne songer qu'à celui dont la charité les aurait remplacés ? Supposez encore qu'un père, ne voulant pas infliger une punition à un enfant désobéissant, mais faible, persuade à un enfant plus fort de la subir. Le coupable ne verraitil pas une clémence plus touchante dans un pardon généreux, dans l'élan immédiat du cœur d'un père, que dans ce pardon détourné ; et ne serait-il pas porté à donner presque tout son amour à la victime charitable ? Par ce procédé de substitution, dont le Trinitarisme fait tant de bruit, la miséricorde de Dieu vient se compli-
qucr avec les mérites et les droits du remplaçant, et se trouve être une cause plus éloignée de notre salut. Ces droits et ces mérites sont plus rapprochés, plus visibles, et ils partagent, et au-delà, avec la grâce et la miséricorde du père, la gloire de notre délivrance. Ils empêchent Tâme de considérer la bonté divine, comme étant la seule source de son bonheur, et le seul roc qui puisse servir de fondement à son espérance. Or, c*est priver la piété de Tun de ses principaux moyens de progrès et de jouissance. Rien ne doit se placer entre Tâme et la miséricorde de Dieu. Rien ne doit partager avec la miséricorde Fœuvre de notre salut. L'intercession du Christ doit être constamment considérée comme s'adressant à la clémence et à l'amour, non comme une exigence de la justice, non comme un droit fondé sur le mérite. Je suis désolé de dire que le Christ, envisagé comme il Test maintenant par une foule de personnes, cache Téclat de l'attribut même qu'il a pour principal but de montrer dans toute sa splendeur. Je crains que pour beaucoup Jésus n'ait la gloire d'une miséricorde plus séduisante et plus tendre que celle de son père, et qu'il ne soit regardé comme la principale ressource du pécheur. Est-là le moyen de fortifier la piété ?
Les Trinitaires s'imaginent qu'il est un côté de leur système, particulièrement propre à donner au pécheur le calme et l'espérance, et conséquemment à exciter la reconnaissance et l'amour. C'est celui-ci. Ils disent qu'il offre au pécheur un être Infini pour le remplacer, et qu'il n'est rien qui puisse davantage soulager une conscience chargée de fautes. Jésus, étant la seconde personne de la Trinité, pouvait offrir une satisfaction infinie pour le péché; et ilsdemandentcequerUnitarlsme
peut comparer à cela. Je n'ai que le temps de présenter en peu de mots deux réponses. Et d'abord, cette doctrine de satisfaction infinie, ou, comme on la nomme improprement, d'expiation infinie, détruit Tespérance au Meu de la faire naître; parce qu'elle montre une sévérité infinie dans le gouvernement qui l'exige. Si je croyais, ce que le Trînitarisme enseigne, que la moindre transgression, que chez l'enfant lui-même le premier péché de l'esprit naissant, ne pût être effacé que par une expiation infinie, je croirais vivre sous une législation plus terrible qu'on ne peut l'exprimer, sous des lois écrites, comme celles de Dracon, avec du sang; et au lieu de remercier le Souverain de fournir un représentant infini, je frémirais à l'idée des attributs qui rendraient cet expédient nécessaire. On dit ordinairement qu'il faut une réparation infinie pour faire sentir d'une manière juste et profonde le mal du péché. Mais on ne doit pas penser que Celui qui créa toutes les âmes, et leur donna leurs aptitudes, ait manqué de bonté et de sagesse, au point d'avoir constitué un univers, qui exige un moyen d'obtenir l'obéissance, aussi terrible et aussi dégradant que le châtiment supporté par un Dieu. Cette doctrine d'un remplaçant Infini subissant la punition due au péché, pour prouver la colère de Dieu contre le péché et soutenir ainsi son gouvernement, nous est, je le crains, tellement familière h tous, que son caractère de cruauté nous échappe. Qu'il me soit donc permis de vous la mettre sous les yeux, en me servant d'un langage et d'un exemple nouveaux; et si en agissant ainsi, je blesse les sentiments de quelques-uns de mes auditeurs, je les prie de croire que je le fais avec peine, et que je n'ai pas d'autre motif que le désir de servir la
cause de la vérité. Supposez donc qu'un prédicateur vienne au milieu de vous, et vous dise que le Créateur pour pardonner à ses enfants, a élevé un gibet au milieu de Tunivers, et qu'il y a exécuté, au lieu des coupables, un Être Inflni, celui qui partage avec lui sa Divinité Suprême; supposez qu'il déclare que cette exécution a été choisie comme la manifestation la plus visible et la plus terrible de la justice de Dieu, et du malheur inflni dont la menace est contenue dans sa loi; et supposez qu'il ajoute que tous les êtres au ciel et 8ur la terre sont soumis à l'obligation d'avoir les yeux fixés sur cet épouvantable spectacle, comme étant le moyen le plus puissant de les contraindre à Fobéissance et à la vertu. Ne lui diriez-vous pas qu'il calomnie son Créateur? Ne lui diriez-vous pas que ce gibet central répand une sombre tristesse sur Funivers; que l'esprit d'un gouvernement dont les actes de pardon sont écrits avec un pareil sang, est la terreur et non l'amour paternel ; et que l'obéissance qui a besoin de cet horrible spectacle pour être maintenue, n'a aucun prix? Ne lui diriez-vous pas, que même vous, dans cet état d'enfance et d'imperfection de votre être, vous êtes capables d'être animés par des motife plus élevés et de détester le péché dans un esprit plus noble, et qu'à plus forte raison les anges, ces pures flammes d'amour, n'ont pas besoin d'un gibet ni d'un Dieu exécuté, pour les maintenir dans leur fldélité I Tels seraient vos sentiments à tous en entendant l'enseignement que je viens de supposer; et cependant en quoi diffère-t-il de la doctrine populaire de l'expiation? Suivant cette doctrine, un Être Infini est condamné à subir, à la place d'un autre, le supplice de la croix, peine plus ignominieuse et plus cruelle que le
gibet, peine réservée aux esclaves et aux plus vils criminels; et il subit cette peine pour montrer tout ce que la loi de Dieu a de terrible, et inspirer à l'univers entier la crainte du péché. — Je sais, il est vrai, qu'une foule de ceux qui professent cette doctrine, ne sont pas habitués à l'envisager distinctement sous ce point de vue; qu'ils ne considèrent pas ordinairement la mort du Christ, comme une exécution criminelle, comme une application infiniment terrible de la justice, comme destinée à montrer que, sans une satisfaction infinie, ils ne doivent rien espérer de Dieu. Leurs esprits, par un généreux instinct, repoussent ces épouvantables idées, pour ne penser qu'à l'amour, au désintéressement, à la grandeur et à la beauté morales de la victime ; et par ces pensées ils font de la croix une source de paix, de reconnaissance, d'amour et d'espérance; fournissant ainsi une admirable preuve du pouvoir qu'a l'esprit humain de s'attacher à ce qui est pur et bon dans le système le plus déraisonnable. L'explication que je viens de présenter pourra ftiire frissonner d'horreur un grand nombre de personnes ; mais je ne puis voir en quoi elle diflfère de la doctrine populaire de Texpiation. Je suis chagrin de choquer des Chrétiens sincères, quelque nom qu'ils portent ; mais je m'attriste encore plus de voir corrompre notre foi commune, et cette corruption, je me suis cru obligé de la signaler.
J'ai une seconde objection à faire contrfî cette doctrine d'expiation infinie. Lorsqu'on l'examine avec soin, et qu'on la dégage d'un langage ambigu, elle n'existe plus. Elle n'est qu'une illusion. Le Trinitaire me dit , que d'après son système, nous avons un remplaçant infini ; que le Dieu Infini a bien voulu supporter notre châti-
ment, et que par conséquent le pardon est assuré. Mais je lui répondrai : est-ce que je vous comprends ? Voulez-vous dire que le grand Dieu, qui ne change jamais, dont le bonheur était hier ce qu'il est aujourd'hui et ce qu'il sera toujours, que cet être Éternel a véritablement subi la peine due à mes péchés, qu'il a soufifert et qu'il est mort réellement? Tout homme pieux, quandilest pressé par cette question, répond négativement. Que signifie donc la doctrine d'expiation infinie î Elle signifie ceci: Que Dieu s'est uni à lui-même notre nature, c'est-àdire, un corps humain et une âme humaine ; . et que ce corps et cette âme ont souffert pour nos péchés; et que par cette union on peut dire que c'est Dieu lui-même qui a souffert. Ce système tant vanté s'en va donc — en paroles. La victime Infinie se transforme en un homme avec toute sa faiblesse, et la part de Dieu dans le sacrifice n'est qu'une pure fiction. Je le demanderai solennellement, cette doctrine peut-elle calmer un instant la conscience d'un homme réfléchi et sans préjugés? Ne détruit-elle pas toute espérance, en faisant de la religion entière une chose suspecte et incertaine ? Je suis forcé de dire que je n'y découvre aucune idée de majesté, de sagesse ou d'amour, rien qui soit digne d'un Dieu ; et lorsque je la compare à cette croyance plus noble, qui dirige nos yeux et nos cœurs vers la miséricorde essentielle de Dieu comme vers notre seule espérance, je suis surpris que personne puisse lui attribuer une efficacité supérieure, comme religion pour les pécheurs, comme moyen de remplir l'âme d'une pieuse confiance et d'un pieux amour. Je sais bien que quelques-uns diront, qu'en renonçant à une expiation infinie, je me prive de toute espérance dans la faveur divine. A ceux-
là je répondrai: Vous offensez la miséricorde de Dieu. Je me repose sans craînle sur cette miséricorde. Je prie certainement le Christ d'intercéder pour moi ; je considère ses rapports avec moi comme le plus grand bien dont je sois redevable à Dieu ; c'est par lui que du Ciel me « viennent la grâce et la vérité, » et je regarde mon progrès dans son amitié comme Tun des plus sublimes bienfaits de toute ma vie à venir. Mais je ne puis pas et je n'ose pas lui demander d'offrir une satisfaction infinie pour mes fautes, d'apaiser la colère de Dieu, de réconcilier le Père universel avec son enfant, de m'ouvrir ces bras de la miséricorde divine qui m'ont entouré et porté depuis le premier moment de mon existence. La miséricorde essentielle et infinie de mon Créateur est le fondement de mon espérance, et l'univers ne peut m'en présenter de plus large ni de plus sûr.
IX. Je passe maintenant à la dernière considération que les limites de ce discours peuvent me permettre de faire valoir. Elle a été plus d'une fois indiquée, mais elle mérite d'être clairement établie. Je remarquerai donc que l'Unitarisme excite la piété, parce que c'est une religion raisonnable. Je ne veux pas dire par là que ses vérités puissent être pleinement comprises ; car il n'y a pas un objet dans la nature ou dans la religion, qui n'ait des liaisons et des rapports innombrables qui dépassent la portée de notre pensée. Je veux dire que ses doctrines s'accordent entre elles, et avec toute vérité connue. L'Unitarisme est en harmonie avec les grands et clairs principes de la révélation , avec les lois et les facultés de la nature humaine, avec les règles du sens moral , avec les plus nobles instincts et les aspirations les plus élevées de Fàme, et avec l'idée que l'univers nous
donne du caractère de son auteur. Nous pouvons adop« ter cette doctrine sans nous trouver en contradiction avec nous-mêmes, sans nous révolter contre nos facultés morales et raisonnables, sans imposer silence au divin moniteur que nous avons en nous. Et c'est là un inexprimable bienfait; car une religion qui est ainsi en harmonie avec la raison, la conscience, avec notre être spirituel tout entier, est faite pour exercer un empire universel dans les âmes ; et le cœur ne trouvant pas de résistance dans Tintelligence, s'abandonne complètement, avec bonheur, sans doute, sans crainte> à l'amour de son Créateur.
Nous reprochons au Trinitarisme ce qu'on lui a toujours reproché, d'être en contracdition avecla raison qu'il dégrade, et d'exposer ainsi l'esprit aux pires erreurs. Quelques-uns de ses défenseurs, plus courageux que prudents, ont même recommandé « l'abdication de l'intelligence » comme préparation à son adoption. Sa principale doctrine est un outrage à notre nature raisonnable. Ses trois personnes qui constituent son Dieu, doivent se trouver réduites peu à peu en trois distinctions qui n'ont aucun sens, en mots ne signifiant rien; ou elles sont trois agents ayant chacun sa conscience^ trois agents qu'aucun art humain, aucune invention métaphysique ne saurait rapprocher de manière à ne former qu'un seul être, et qui ne peuvent être véritablement considérés comme un même esprit, ayant une seule conscience et une seule volonté. Or, un système religieux, dont le principe cardinal est en opposition avec le jugement, se conforme naturellement dans tout son ensemble à ce trait dominant, et devient éminemment déraisonnable. Celui qui est obligé pour défendre sa croyance
sur un point quelconque, de prétendre que la raison humaine a été tellement dépravée par la chute de l'homme^ qu'elle est incapable de prononcer en matière de religion, et que c'est rendre hommage à Dieu que d'admettre ce qui choque notre jugement, celui-là nous semble demeurer sans défense possible contre les absurdités entassées les unes sur les autres. D'après ces principes, le fanatique qui s'écriait: • Je crois, parce que c'est impossible, (1) > avait évidemment droit à la canonisation. La raison est une faculté trop divine, pour qu'on l'insulte impunément. Aussi le Trinitarisme se trouve-til lié, comme nous l'avons vu, h plusieurs erreurs dégradantes; et son alliance la plus naturelle est avec le Calvinisme, cette croyance cruelle, qui, dépouillant Dieu de sa miséricorde et l'homme de son pouvoir, a fait du Christianisme un instrument de torture pour les timides, et un objet de doute ou de mépris pour les esprits plus hardis. Je le répète, une doctrine qui viole les lois de la raison, comme le fait la doctrine de la Trinité, dispose ses défenseurs, à mesure que l'esprit se l'assimile mieux, à des erreurs de plus en plus funestes. Elle fait disparaître les distinctions et les barrières qui séparent la vérité du mensonge. Elle engendre un penchant maladif pour les prodiges, les fictions et les exagérations, pour les mystères effrayants, et les-réves extravagants de l'enthousiasme. Elle détruit le goût des beautés simples, calmes et pures delà vérité. Lorsqu'on enseigne surtout
(1) Credo quia absurdum : Ce mot» cité souvent comme de saint Augustin, est-il autlientique, et quei en est le véritable auteur? Je ne sais. Mais TertuUien a dit : credihile quia ineptum; et Pascal n*est certainement pas le seul qui ait répété l'équivalent. (Tràd. )
le sacrifice de T usage de la raison comme un acte de piété, nous ne pouvons pas être surpris qu'on adopte avec ardeur les superstitions les plus grossières, et que la crédulité de la multitude marche de pair avec les inventions de l'imposture et du fanatisme. L'histoire de rÉglise est le meilleur commentaire sur les effets du divorce de la raison et delà religion; et si Fépoque actuelle est délivrée d'un grand nombre des superstitions sous le poids desquelles le Christianisme et l'humanité ont gémi pendant des siècles, elle doit en grande partie sa délivrance au rétablissement de la raison dans ses droits longtemps méconnus.
Le mal fait à la religion par des doctrines déraisonnables, lorsqu'elles sont entièrement acxîeptées, est immense. L'àme humaine a une unité. Ses diverses facultés sont en rapport les unes avec les autres. Une même vie l'anime ; et sa beauté, sa force et son progrès, ne dépendent de rien tant que dé l'harmonie et de l'action commune de tous ses principes. La blesser et la dégrader dans l'une de ses facultés, et surtout dans cette noble faculté de la raison qui la distingue, c'est lui faire un mal qui l'atteint tout entière. Rien n'est plus faux que de dire que le cœur grandit en proportion du rapetissement de l'intelligence; que les doctrines embarrassantes sont le meilleur aliment pour la piété; que c'est dans les brouillards et les ténèbres , que la religion prospère et brille le mieux. La raison a été donnée, pour que Dieu en fût le grand objet ; et pour lui on doit la maintenir sacrée, fortifiée, purifiée, préservée de toute usurpation humaine, et pénétrée d'un paisible respect d'elle-même.
Jamais l'àme n'agit d'une manière si efficace et siheu-
reuse, que lorsque toutes ses facultés et toutes ses affections sont d'accord, que lorsque la pensée et le sentiment, la raison et la sensibilité, sont excitées en même temps par un seul objet grand et vivifiant. Elle ne se consacrera jamais à Dieu avec toute son énergie, tant que sa principale faculté verra en lui un être qui la choque et l'embarrasse. Nous avons besoin d'harmonie dans notre nature intérieure. Nous avons besoin d'une piété qui soit tout à la fois éclairée et fervente, et qui puisse obtenir l'approbation derintelligence. Nous avons besoin que la religion soit présentée de telle sorte, que, dans les moments où l'intelligence est le plus claire, les preuves de sa vérité deviennent d'autant plus éclatantes ; et qu'au lieu d'être ébranlée par le progrès de l'esprit humain, elle en soit fortifiée et consolidée. Ces besoins, nous croyons que le Christianisme Unitaire y répond, et c'est pourquoi nous le regardons comme le meilleur ami de la piété.
J'ai établi ainsi les principales raisons sur lesquelles je fais reposer le droit de l'Unitarisme à l'honneur d'exciter une piété éclairée, profonde et heureuse.
Me demandera-t-on maintenant pourquoi nous attachons un grand prix à notre système, et pourquoi nous élevons des églises où il doit être enseigné ? S'il m'est permis de m'exprimer au nom des Unitaires sincères, qui font de leur doctrine la règle de leur cœur et de leur vie, je répondrai : Que nous attachons un grand prix à nos idées et que nous voudrions Tés répandre, parce que nous croyons qu'elles nous révèlent Dieu avec une gloire plus éclatante, et nous rapprochent plus de lui que toutes les autres. Nous avons le sentiment d'un besoin
profond, auquel la création ne peut satisfaire, le besoin d'un Être Parfait, dans lequel puisse se concentrer toute la force de notre amour, et d'un Père tout-puissant auprès duquel notre faiblesse, nos imperfections et nos douleurs puissent trouver un refuge; et cet Être et ce Père, le Christianisme Unitaire nous le manifeste. C'est pour cela qu'il a pour nous une valeur inappréciable. Nous pouvons faire le sacrifice de tous nos autres biens. Nouspouvons voirs'assombrir les plus belles perspectives de la vie. Mais cette doctrine, brillante, consolante, d'un Seul Dieu, qui est le Père, nous est plus précieuse que la vie, et nous ne pouvons y renoncer. — Grâce à cette croyance, tout devient plus brillant à nos yeux. Nés d*un tel Père, nous regardons notre existence comme un présent inappréciable. Partout nous rencontrons notre Père, et sa présence est un soleil qui éclaire notre route. Nous le voyons dans ses œuvres; et nous entendons sa louange s'élever de chaque place que foulent nos pas. Dans nos solitudes, nous le sentons près de nous, et parfois nous jouissons d'une communion avec lui plus douce que Tamitié humaine. Nous le voyons dans nos devoirs, et nous les remplissons avec plus de bonheur, parce qu'ils sont le tribut le plus précieux que nous puissions offrir à notre Bienfaiteur Céleste. Le sentiment du péché lui-même, tout pénible qu'il est, ne détruit pas notre repos; car dans la miséricorde de Dieu, telle qu'elle s'est manifestée en Jésus -Christ, nous voyons une inépuisable source de force, de pureté et de pardon pour tous ceux qui, pleins d'une confiance filiale, recherchent ses dons célestes. — Grâce à cette croyance, nous sentons naître pour nos semblables une bienveillance nouvelle, plus pure et plus étendue que
Taffectiou naturelle. Nous voyons le Père commun ré* pandre un abondant et généreux amour sur Thumanité ; et touchés de cet amour, nous devenons les amis de tous les hommes. Nous avons compassion des plus coupables, et nous voudrions les ramener à Dieu. — Grâce à cette croyance, nous trouvons le bonheur d'une espérance qui grandit sans cesse. Il n'est pas de bien, quelque immense qu'il soit, que nous ne puissions attendre, pour l'univers ou pour nous-mêmes, d'un Père comme celui dans lequel nous croyons. Nous espérons de lui ce que nous regardons comme son don le plus grand, à savoir le don de son Esprit, et le bonheur de faire à jamais des progrès dans la vérité et la vertu, la puissance et l'amour, dans l'union d'esprit avec le Père et le Fils. — On nous dit, il est vrai, que notre croyance ne sera pas une ancre à la dernière heure. Mais nous en avons connu dont la mort fut rendue brillante par elle ; et l'expérience que nous avons faite de sa force, dans les épreuves et les dangers, nous a prouvé qu'elle répondait à tous les besoins de la nature humaine. Nous n'avons aucun doute, que, pour ceux qui l'adoptent sincèrement, la mort sera un passage qui les conduira aux demeures calmes, pures et joyeuses que le Christ a préparées pour ses disciples. Nous espérons retrouver là ce Libérateur grand et bon. Nous le voyons déjà, avec les yeux de la foi, jeter autour de lui les regards de son céleste amour sur tous ceux qui se sont pénétrés de son esprit, quel que soit le nom qu'ils portent. La possesion de son esprit, de son fidèle et entier dévouement à la volonté de son Père céleste, de cette bonté universelle et invincible, qui lui fit verser généreusement le sang de 6on flanc percé, et donner sa vie pour le salut du
monde; cet amour divin, — et non les symboles, les noms, les formes, — voilà ce qui attirera alors son approbation suprême. Nous sommes persuadés que cet esprit apparaîtra chez des multitudes de toute secte et de tout nom ; et nous sommes persuadés aussi que ceux qui nous blâment aujourd'hui reconnaîtront ce jour-là, dans le terrible Unitaire, ce seul signe du Christ, et lui feront ton accueil dans la joie de notre Seigneur commun. — Je viens d'exposer les idées qui nous ont fait élever cet édifice. Nous désirons glorifier Dieu, exciter une piété plus pure, plus noble, plus heureuse. Lors môme que nous nous tromperions en matière de doctrine, nous pensons que ces motifs devraient nous mettre à l'abri du reproche, qu'ils devraient désarmer cette intolérance, qui veut nous exclure de l'église sur la terre, et delà maison de notre Père au ciel.
Nous finissons comme nous avons commencé, en offrant cet édifice au Seul Dieu Vivant et Véritable. Nous l'avons élevé au milieu de nos habitations privées, pour qu'il nous rappelle notre Créateur. Nous l'avons élevé dans cette ville si active, pour servir de retraite à la méditation pieuse et à la prière. Nous le consacrons au Roi et au Père éternel, au Roi dés rois et au Seigneur des seigneurs. Nous le consacrons à son unité, à sa majesté sans égale et sans partage. Nous le consacrons à la louange de sa grâce gratuite qui n*a été ni achetée ni méritée. Nous le consacrons à Jésu&Christ, à la mémoire de son amour, à la célébration de sa vertu divine, à la prédication de cette vérité qu'il scella de son sang. Nous le consacrons au Saint-Esprit, à l'influence sanctifiante de Dieu, à ces émanations célestes de lumière et de force qui visitent et raniment l'âme dévote. Nous
le consacrons à des prières et à des louanges, qui, nous en sommes convaincus, continueront et s'achèveront dans le ciel. Nous le consacrons au culte social, à la fraternité chrétienne, à la communion des saints. Nous le consacrons à la cause de la pureté des mœurs, de Tordre public, de la tempérance, de la justice, et de la bienveillance générale. Nous le consacrons à Tadmonition chrétienne, à ces avertissements, ces remontrances et ces conseils pleins de chaleur et de tendresse, qui peuvent arrêter le pécheur et le ramener à Dieu. Nous le consacrons à la consolation chrétienne, à ces vérités qui calment la douleur, excitent le repentir, et diminuent le poids de l'anxiété et de la crainte humaines. Nous le consacrons à la doctrine de l'Immortalité, aux sublimes et joyeuses espérances qui s'étendent au delà du tombeau. En un mot, nous le consacrons à la grande œuvre du perfectionnement de l'âme humaine, et de sa préparation pour approcher davantage de son Créateur. Puisse ici le cœur rencontrer le cœur. Puisse ici l'homme rencontrer Dieu. Puissent, de ce lieu, le chant de louange, le sentiment de la reconnaissance, le soupir de la pénitence, la prière qui demande la grâce, et la sainte résolution de bien faire, s'élever vers le Ciel comme l'encens odoriférant; et, pendant de nombreuses générations, puissent les pères léguer cette maison à leurs enfants, comme un endroit sacré, où Dieu avait i tourné vers eux sa face, » et leur avait donné des marques de son éternel amour I