EN RELIGION
Cest un fait incontestable que les chefs du parti qu'on nomme « orthodoxe », ont adopté et ont l'intention d'imposer un système d'exclus^ion, à Tégard des Chrétiens libéraux. Ils n'épargnent pas leurs peines pour infecter l'esprit de leurs trop faciles disciples, de la persuasion qu'ils doivent repousser toute communion avec leurs frères Unitaires, et leur refuser le nom, le caractère et les privilèges de Chrétiens. Je vais présenter plusieurs observations sur ce système.
Je commence par un avertissement important. Je demande qu'il soit clairement compris que le zèle des Chrétiens libéraux sur ce point n'a pas d'autre but que la paix et la prospérité de l'église du Christ. Ce n'est pas notre cause que nous plaidons, mais celle de notre Maître. Nous voir contester notre caractère chrétien par des hommes faillibles et imparfaits, n'est pour nous le sujet d'aucun souci. Notre rapi ort avec Jésus-Christ ne peut être détruit par le souffle de l'homme. Nos droits de Chrétiens ne dépendent pas des passions humaines. Nous avons juste sur nos frères le même pouvoir qu'ils
ont sur nous, et nous sommes également autorisés à les séparer du corps du Christ. Bien plus ; si de posséder la vérité donne plus de poids à la dénonciation, nous sommes persuadés que nos adversaires auraient le plus à souffrir, si nous jugions à propos de tourner contre eux la sentence d'exclusion et de condamnation. Mais nous ne sommes nullement disposés à nous arroger un pouvoir sur nos frères. Nous croyons que Tesprit qu'on excite avec tant d'ardeur contre nous, a fait un mal incalculable à la cause du Christ; et nous prions Dieu de nous délivrer de l'influence de cet esprit.
Pourquoi refuserait-on aux Unitaires, le nom, le caractère, et les droits de Chrétiens ? Nient-ils que Jésus soit le Christ? Refusent-ils d'admettre sa parole comme règle de leur foi et de leur conduite? Est-ce qu'on trouve dans leur vie la preuve de leur indifférence pour son autorité et son exemple ? Non, ce ne sont pas là leurs crimes. II ne leur manque aucune des qualités qu'on exigeait des disciples dans les premiers temps. Leur crime, c'est de lire eux-mêmes les Écritures, et d'en tirer sur certains points des opinions différentes de celles que d'autres ont adoptées. Une erreur de jugement est leur prétendu crime, et ils sont accusés de ce crime par des hommes aussi sujets à se tromper qu'euxmêmes, et qui leur semblent être tombés dans quelquesunes des plus grossières erreurs. Une sentence de condamnation venant de pareils juges n'a rien de terrible. De la douleur pour ce qu'elle a de peu charitable, et du blâme pour son arrogance, voilà les principaux sentiments qu'elle inspire.
11 est vraiment étonnant que les Chrétiens ne soient pas plus frappés de l'esprit inconvenant, du style arro-
gant de ceux qui refusent le caractère de Chrétiens & des hommes qui sont les disciples déclarés et exemplaires de Jésus- Christ, parce qu'ils différent d'opinion sur quelques-uns des sujets les plus délicats et les plus difficiles de la théologie. Un étranger, entendant le langage de ces dénonciateurs, en conclurait sans doute qu'ils sont revêtus de Tinfaillibilité, et qu'ils ont reçu mission déjuger leurs frères. Mais quant à moi, je ne vois pas que nos adversaires aient Tombre d'un prétexte pour prendre ce langage de supériorité. Sontrils exempts de la faiblesse commune à notre nature ? Dieu leur a-t-il donné une intelligence supérieure ? Ont-ils été élevés dans des circonstances plus favorables au développement de leur esprit que ceux qu'ils condamnent. Ont- ils apporté à la lecture des Écritures plus de soin, une attention plus sérieuse, plus infatigable? Ou bien manifestentils dans leur manière de vivre, un respect plus profond pour Dieu et pour son Fils ? Non. Ce sont des hommes faillibles, imparfaits, ne possédant pas de moyens plus grands, n'ayant pas de motifs plus puissants pour étudier la parole de Dieu, que leurs frères Unitaires. Et cependant le langage qu'ils leur adressent est implicitement celui-ci : « Nous déclarons que vous êtes dans Terreur, et dans l'erreur la plus dangereuse. Nous savons que nous avons raison, et que vous avez tort, par rapport aux doctrines fondamentales de l'Évangile. Vous êtes indigiies du nom de Chrétiens, et vous n'êtes pas faits pour vous asseoir avec nous à la table du Christ. Nous vous présentons la vérité, et vous la repoussez au péril de vos âmes. » Tel est le langage que d'humbles Chrétiens adressent à des hommes, qui, en capacité et en piété apparente, ne leur sont pas inférieurs.
Ce langage, qu'ont d'abord employé les chefe, est devenu celui d'une partie considérable de la communauté. Des hommes placés dans des conditions qui ne leur donnent ni loisir, ni occasion de développer leur esprit, décident sur les points les plus difficiles, et condamnent des hommes qui ont consacré leur vie à l'étude des Écritures ! Les femmes, oubliant les douces qualités de leur sexe, et l'insuffisance des moyens que leor fournit leur éducation pour une étude critique des Écritures, exhalent un emportement plein d'amertume contre les erreurs damnables d'honunes comme Newton, Locke, Clarke et Price I Les jeunes gens aussi oublient la modestie qui appartient à leur âge, et lancent l'anathème contre la tète qui a blanchi au service de Dieu et de l'humanité. Est-il nécessaire de demander si cet esprit de dénonciation contre des erreurs supposées, convient aux disciples humbles et faillibles de Jésus-Christ ?
Pour justifier ce système d'exclusion et de dénonciation, on prétend souvent que « l'honneur de la religion, » la (( piureté de l'Église :» et la « cause de la vérité, » défendent h ceux qui possèdent le vrai Évangile, de conserver des rapports avec ceux qui se font les soutiens d'opinions fausses et nuisibles. Sans m'arréter à faire remarquer la modestie de ceux qui revendiquent la connaissance exclusive du vrai Évangile, je répondrai que « l'honneur de la religion » ne pourra jamais souffrir de l'admission dans la société chrétienne d'hommes d'une vie irréprochable, tandis qu'il a terriblement souffert de cet esprit étroit et peu charitable qui a repoussé de pareils hommes à cause d'erreurs imaginaires. Je répondrai de plus que « la cause de la vérité » ne pourra jamais souffrir de l'admission dans
larsociété chrétienne, d*honimes qui font ouvertement profession de prendre les Écritures pour règle de foi et de conduite, tandis qu'elle a terriblement souffert des symboles et des formulaires humains qu'on a substitués à cette loi. Si l'excommunication pour une erreur prétendue est le moyen de purifier l'Église , il est bien surprenant que TÉglise ait été si longtemps et si déplorablement corrompue. Quels qu'aient été à d'autres égards les défauts des Chrétiens, ils n'ont certainement pas témoigné une répugnance coupable, quand il s'est agi d'employer ce moyen de purification. Si les tonnerres et les foudres de l'excommunication eussent été capables de purifier l'atmosphère de l'Église , elle n'eût jamais été chargée de la moindre vapeur pestilentielle. L'air du paradis n'eût été ni plus pur, ni plus fortifiant. Mais que nous dit l'histoire ? Elle nous dit que l'esprit d'exclusion et d'anathème a contribué plus que tout le reste à la corruption de l'Église , à la propagation de Terreur ; Texcommunicalion a rendu les annales de la société chrétienne aussi noires , aussi sanglantes, aussi révoltantes pour Thumanité, que les annales des empires fondés sur les conquêtes et le crime.
Mais dit-on : Est-ce que l'Apôtre n'a pas dénoncé ceux qui étaient dans l'erreur? estrce qu'il n'a pas maudit • les fauteurs d'un autre évangile (i) ? » Voici la citadelle des partisans de l'anathème. Mais gardons-nous d'oublier que les Apôtres étaient des hommes inspirés, capables de distinguer d'une manière infaillible ceux
(i) Calatw, I, 8 (Trai>.)
! qui substituaient « un autre évangile » au vrai. Mon-
; trcz-nous leurs successeurs, nous serons heureux de
j leur obéir.
! Il faut aussi se rappeler le caractère de ceux contre
! qui FApôtrc lançait l'anathème. C'étaient des hom-
mes qui connaissaient parfaitement ce que les Apôtres enseignaient, et qui cependant s'y opposaient, qui cherchaient à semer la discorde et à se faire des partisans dans les églises que les Apôtres avaient établies. Ces hommes, qui résistaient aux enseignements connus des précepteurs autorisés et inspirés de TÉvangile, et qui manifestaient un esprit séditieux, égoïste et mercenaire, étaient exclus avec raison comme indignes du nom de Chrétiens. Mais qu'ont de commun avec ces hommes les Chrétiens, que dénoncent habituellement les « orthodoxes ?» Se montrent-ils opposés à ce qu'ils savent être la doctrine du Christ et de ses Apôtres ? Ne révèrent-ils pas Jésus et ses messagers inspirés ? S'ils sont en désaccord avec leurs frères , n'estce point par la seule raison qu'ils croient que leurs frères sont en désaccord avec le Seigneur ? N'oublions pas qu'aujourd'hui la discussion a Heu, non pas entre les Apôtres et ceux qui s'opposent à leur enseignement, mais entre des Chrétiens qui ne sont pas inspirés, qui reconnaissent également les Apôtres comme ayant reçu mission de prêcher l'Évangile, et qui diffèrent seulement quant k la manière d'interpréter leurs écrits. Combien n'est-il donc pas injuste de la part dune classe quelconque de Chrétiens, de confondre leurs adversaires avec les sectaires séditieux et sans principes des premiers temps ? Une erreur d'opinion est maintenant l'accusation la plus grave qu'une secte
ait le droit de porter contre une autre; voyons- nou8 que les Apôtres aient jamais dénoncé l'erreur comme f une épouvantable et funeste opposition» à TÉvangile? qu'ils aient lancé des anathèmes contre celui qui désirait obéir à leurs doctrines, mais qui les interprétait mal? Les Apôtres se rappelaient bien que jamais personne ne s'était trompé plus grandement qu'eux. Hs se rappelaient aussi avec quelle douceur le Seigneur avait traité leurs erreurs; cette douceur, ils l'adoptaient et s'efforçaient de la répandre.
Mais, dit-on : les Chrétiens n'ont-ils pas le droit de « porter un témoignage solennel contre des opinions subversives de l'Évangile et qui mettent en danger des intérêts éternels? • A cela, je réponds : que les opinions d'hommes qui n'ont pas moins d'intelligence et de piété que nous, méritent d'être examinées avec respect. Si , après examen , ces opinions paraissent fausses et funestes, nous avons le droit d'en exposer franchement , sérieusement , la nature et la tendance. Mais je maintiens que, comme individus ou comme association , nous n'avons pas le droit , de < porter un témoignage solennel t contre ces opinions, en menaçant de damnation les Chrétiens qui les adoptent, ou en les stigmatisant des épithètes les plus terribles , afin d'empêcher qu'on n'examine franchement la vérité. C'est la mode de « porter témoignage , » et c'est là une arme qui réussira toujours entre les mains de ces gens orgueilleux , absolus et impérieux, qui supportent le moins la contradiction et qui ont le moins d'égards pour les droits de leurs frères.
Quel que puisse être le droit des Chrétiens de s'élever
contre des opinions qu'ils jugent nuisibles, je nie qu'ils aient le droit de condamner, à cause de ces mêmes opinions, le caractère d'hommes dont la conduite est conforme à TÉvangile du Christ. L'Écriture et la raison sont d'accord pour enseigner que la meilleure et la seule mesure du caractère, c'est la conduite ; celui qui laisse de côté la preuve d'une vie chrétienne , et condamne sur des opinions, alors qu'il peut errer aussi bien que son frère, celui-là viole de la manière la plus flagrante le devoir qui lui est imposé de juger avec justice et loyauté ; il se met en opposition avec l'esprit de paix et de charité évangélique. Jésus-Christ dit : « Vous les connaîtrez à leurs fruits (1). » c Ce n'est pas tout homme qui me dit : Seigneur, Seigneur, qui entrera dans le royaume des cieux, mais celui-là seulement qui fait la volonté de mon Père qui est dans les cieux (2). » a Vous êtes mes amis si vous faites tout ce que je vous commande (3). » « Quiconque entend ces paroles et les met en pratique (les préceptes du sermon sur la Montagne) , je le compare à un homme qui bâtit sa maison sur le roc (4). » Il serait facile de multiplier ces citations. Les Écritures tout entières nous enseignent que celui-là , et celui-là seul , est Chrétien , dont la vie est conforme aux préceptes de l'Évangile , c'est d'après cette seule règle qu'on doit apprécier ceux qui prétendent professer notre religion. Nous ne contestons pas à nos frères le droit de
(1) Math. VII, 16 (Tbàd,)
(2) Ibid.,ibid,, 21 (Thad.)
(3) Jean, \v, 14Trad.) (4)Matlb. VIT, 24(Trad.)
juger notre caractère de chrétien; maïs nous soutenons que nous avons le droit d'être jugés d'après les règles les plus justes , les meilleures et les mieux établies qui paissent servir à apprécier un caractère. Lorsqu'on dédaigne de faire usage de ces règles et qu'on a recours aux signes les plus incertains], on est injuste à notre égard; une attaque contre le caractère, qui n*a pas d'autre fondement , ne mérite pas un autre nom que celui de diffamation et de persécution.
Je sais que cette idée de persécution sera repoussée avec colère par ceux qui ont le plus largement recours à Fanathème. Mais la persécution est un mal ou une injustice qu'on fait subir pour cause d'opinions ; et certainement les attaques contre le caractère rentrent dans cette définition. Quelques personnes paraissent penser que la persécution consiste à poursuivre Terreur avec le fer et le feu, et qu'elle a par conséquent cessé d'exister, hormis dans les imaginations malades, parce que nulle classe de Chrétiens parmi nous n'est armée de ces armes terribles ; il n'en est pas ainsi. La forme est changée ; l'esprit reste. La persécution a renoncé à sa corde et à son fagot ; mais ses lèvres exhalent le venin, elle détruit secrètement ce qu'elle ne peut tuer ouvertement. Par exemple , un ministre libéral, quelque circonspect qu'il soit dans sa conduite, quelque irréprochable qu'il soit dans toutes ses relations, n'a pas plus tôt énoncé ses vraies convictions sur quelques-uns des sujets les plus difBciles, que son nom devient un sujet d'injure. On souffle mille soupçons à ses auditeurs, on leur donne à entendre que c'est un ministre de Satan sous « la forme d'un ange de lu-
mière. c Un peu plus loin , la calomnie prend un ton plus hardi. On le déclare incrédule; on demande grave* ment s'il croit en Dieu. Plus loin , on attaque ses mœurs : c'est un homme mondain , « conduisant les âmes en enfer, » pour satisfaire ses passions les plus égoïstes. Malgré tout cela, il ne faut pas quil parle de persécution, car de semblables bruits ne torturent aucun membre ; ils n'atteignent pas môme un cheveu de sa tête ; comment donc serait-il persécuté ? Pour moi, j'aimerais mieux que mon adversaire me prit ma bourse ou ma vie, plutôt que de le voir me dérober ma réputation , m'enlever l'affection de mes amis et les moyens que j'ai de faire le bien. « Celui qui m'ôte ma bonne renommée > m'ôte le bien le plus précieux dont un homme puisse me priver. Il est vrai que la réputation d'un Chrétien est comparativement chose légère ; il en est de même de sa propriété et de sa vie. Tout a peu d'importance pour celui dont l'espérance est pleine d'immortalité. Mais néanmoins, de tous les biens de ce monde , le plus précieux , est une réputation honorable; celui qui nous en dépouille est, de tous les hommes , celui qui nous cause le plus grand dommage , c'est un de nos plus cruels persécuteurs. Que les partiï^ans de l'anathème ne cherchent pas à échapper à cette accusation , en mettant en avant leur devoir et leur désir sincère de servir la vérité. Saint Dominique était sincère lorsqu'il fonda riaquisition ; et je ne doute pas que plus d'un bourreau des Chrétiens, au moment d'employer la torture ou le fer chaud, n'ait trouvé le courage qui lui manquait dans la conviction sincère que la cause de la vérité exigeait le sacrifice de ses ennemis. Je prie qu'on
n'applique pas sans distinction ces remarques au parti qu'on nomme « orthodoxe ; » dans ce parti , on rencontre un grand nombre d'hommes dont l'humilité et la charité se révolteraient à l'idée de se faire les types de la piété chrétienne et d'attaquer le caractère chrétien de leurs frères.
On peut ajouter beaucoup d'autres considérations à celles qui ont été déjà énoncées, contre le système qui tend à exclure de la société chrétienne, à cause de leurs opinions, des hommes dont la vie est honnête. Il engendre nécessairement des discordes continuelles dans l'Église. Les hommes diffèrent par leurs opinions autant que par leurs traits; il n'y a pas deux esprits qui soient parfaitement d'accord ; dans la croyance, les nuances varient à l'infini. Au milieu de cette immense variété de sentiments , chacun a raison à ses propres yeux , chacun découvre des erreurs dans la foi de son frère , chacun grandit outre mesure l'importance de ce qui lui est particulier, et voit un danger dans ce qui est particulier aux autres. C'est là l'humanité. Chaque homme a de la partialité pour ses propres opinions, parce qu'elles sont les siennes, la contradiction blesse son entêtement et son orgueil. Or, à quoi faut-il nous attendre , lorsque des êtres si sujets à Terreur, si divisés de sentiments , si peu disposés à rendre justice aux idées d'autrui , revendiquent le droit de s'exclure les uns les autres de l'Église Chrétienne , sous prétexte d'erreurs imaginaires? Comme les Écritures ne font de ce droit le monopole d'aucun individu, ni d'aucun corps de Chrétiens, il appartient également à tous; que doit-il donc arriver lorsque les Chrétiens de toutes les capacités et de tous les caractères, les ignorants, les présomptueux et ceux
qui sont remplis de préjugés, s'imaginent qu'il est de leur devoir de prescrire à la Chrétienté les opinion» qu'elle doit avoir, et d'ouvrir ou de fermer la porte de l'Église selon la décision que leurs voisins peuvent prendre sur quelques-uns des points les plus embarrassants de la théologie ? Cette question est malheureusement l'une de celles auxquelles l'hisioire ecclésiastique n'a répondu que trop souvent. Nous y voyons les Chrétiens se dénonçant et s' excommuniant les uns les autres pour de prétendues erreurs, jusqu'à ce que chaque secte ait été déclarée maudite par quelque portion du monde chrétien. Si les malédictions des hommes devaient prévaloir, personne n'entrerait au ciel. Quant à moi il me semble que revendiquer le droit d'exclure , à cause de leurs opinions , des hommes d'une vie irréprochable, c'est donner le signal d'une guerre perpétuelle et universelle. Armez les hommes de ce pouvoir, nous n'aurons « plus que tonnerre. » Quelques personnes sont assez simples pour s'imaginer, que, si cet « horrible Unitarisrae » était une fois abattu, et renfermé tranquillement dans son tombeau, l'Église serait en paix. Mais non; nos luttes actuelles ont leur origine, non dans les « énormités » de rUnitarisme , mais dans la nature humaine , dans l'amour du pouvoir, dans l'impatience avec laquelle on supporte la contradiction , dans la passion qu'ont les hommes d'imposer leurs idées aux autres , dans les mêmes causes qui leur font désirer de gagner des prosélytes à toutes leurs opinions. Si l'Unitarisme était tranquillement enterré, quelque autre affreuse erreur, et puis quelque autre encore apparaîtrait aux gai^ diens zélés de la « pureté de l'Église. » L'Arminien,
qu'on a oublié pour poursuivre son firère plus nuisible l'Unitaire, serait bientôt tiré de son rêve de sécurité par les clameurs de l'anathème ; l'Arminien immolé , les Calvinistes trouveraient le temps de s'occuper des controverses qui les divisent; et ceux de chaque nuance, la plupart du moins , découvriraient avec le coup d'œil d'aigle que possèdent leurs frères de Nevir-York, que ceux qui ne partagent pas leurs opinions , sont les fauteurs d'un « autre évangile , > et qu'on doit les com- € battre et les maudire. » Les guerres des Chrétiens seront perpétuelles ; jamais il n'y aura 'de paix, tant que les Chrétiens ne seront pas convenus de pouvoir différer d'opinions, et ne se seront pas accordés à chercher les preuves du caractère chrétien dans les dispositions de l'àme et dans la pratique de la vie.
Un autre argument contre cet usage de dénoncer les prétendues erreurs de gens qui font avec sincérité profession du Christianisme, est celui-ci. Il donne dans l'Église la suprématie à ceux qui ont le moins droit d'exercer de l'influence. Les Chrétiens humbles , doux et aimants, sont les moins disposés à composer des credo pour leurs frères, et à dénoncer ceux dont les opinions ne sont pas les leurs ; tandis que les gens violents,' orgueilleux et fanatiques, qui ne peuvent ni ne veulent peser les arguments de leurs adversaires, sont toujours absolus et prodigues d'accusations. Ce sont ceux-là qu'on rencontre les premiers dans un système d'exclusion. Nulle fausse modestie , nulle fausse charité n'arrête leur zèle , quand il s'agit d'imposer des principes fondamentaux , et de punir ceux qui s'obstinent dans l'erreur. Il s'ensuit que l'on compose des symboles , qui excluent de l'Église du
Christ quelques-uns de ses plus fidèles disciples , qui sont un outrage à la raison aussi bien qu*à la révélalion, des symboles que les siècles suivants sont obligés de mutiler et de faire disparaître sous les explications, de peur que la religion tout entière ne soit rejetée par ceux qui réfléchissent. Telle a été l'histoire de l'Église. Chose étrange que le passé ne nous enseigne pas la sagesse. A connaître sa propre faillibilité , à voir les e> reurs où sont tombés les dogmatistes et les « orthodoxes » des anciens temps , à réfléchir sur sa complète incapacité à décider du degré de vérité que chaque esprit, suivant ses facultés, doit admettre pour être sauvé , qui donc ne tremblera en songeant à la responsabilité qu'il encourt lorsqu'il prescrit à ses frères, dans les termes qui lui plaisent, les idées qu'ils doivent avoir sur les sujets les plus difiiciles de la religion ? L'humilité laissera toujours cette tâche aux autres.
Une autre considération importante, c'est que ce système qui exclut, à cause de leurs opinions, des hommes d'une sincérité visible, détruit le libre examen des Écritures. Lorsqu'un système particulier est une fois entouré de ce boulevard, lorsque ses défenseurs ont amené la majorité à croire que rejeter leur symbole est un signe de dépravation et de perdition , que reste-t-il aux Chrétiens que le nom de liberté ? Les obstacles qui s'opposent à l'examen sont alors aussi réels, et peuvent être aussi puissants que ceux qu'on rencontre dans le voisinage de l'inquisition. La foule n'ose pas penser, ceux qui pensent n'osent point parler. Le droit de jugement personnel peut ainsi être réduit à néant , môme eu un pays protestant, II est vrai qu'on
vous renvoie aux Écritures ; mais on vous prévient , avant que vous ne les consultiez, que vous serez exclus de TÉglise sur la terre et dans le ciel , si vous ne trouvez dans les Écritures les doctrines qui sont renfermées dans le symbole populaire. On vous dit d'examiner vousmêmes ; mais on vous dit aussi à quels résultats votre examen doit vous conduire; la sentence d'exclusion pèse sur vous, s'il vous arrive de vous égarer, dans les sentiers défendus, avec quelques-uns des hommes les meilleurs et les plus sages. En vérité, cette « liberté protestante » est plus irritante que l'esclavage papiste. Elle se moque de nous, en même temps qu'elle nous asservit. Elle nous parle avec courtoisie comme à des amis et h des frères, tout en rivant nos chaînes. Elle nous invite à voir de nos propres yeux , et nous en fait même un devoir; mais au môme instant elle nous avertit de ne rien voir que les yeux orthodoxes n'aient vu avant nous. Est-ce-là une situation favorable à l'examen sérieux des vérités de l'Évangile ? Et cependant combien de temps l'Église n'a-t-elle pas gémi sous ce joug cruel I
Une autre objection que Ton peut faire à ce système qui exclut, pour cause d'opinion, de vrais disciples du Christ, c'est qu'il est incompatible avec les grands prin» cipes du Congrégationalisme. Dans les églises où le pouvoir se trouve entre les mains de quelques individus qu'on suppose les plus instruits de la communauté , la tâche de distinguer et d'exclure ceux qui sont dans l'erreur peut sembler moins difficile. Mais, chez les Congrégationalistes, le tribunal devant lequel le coupable doit être cité , c'est l'église tout entière , qui se conapose , en partie d'hommes dont les positions sont
humbles et les esprits sans culture , en partie d'hommes engagés dans des affaires qui demandent toute leur activité , et en partie d'hommes instruits dont les études ont pour objet le droit et la médecine. Est-ce là un tribunal devant lequel puissent se discuter les points les plus obscurs de la théologie, et auquel des hommes qui se sont livrés à des études sérieuses, doivent rendre compte d'opinions qu'ils ont peut-être examinées avec plus d'assiduité et de sincérité que n'ont fait leurs juges? Est-ce qu'une église composée d'hommes humbles, ayant le sentiment de leur insuffisance , consentirait à juger pour ces prétendus crimes , de vrais Chrétiens , aussi intelligents , aussi honnêtes et aussi exemplaires qu'eux-mêmes? Lorsqu'il s'agit d'exclure les gens pour leurs opinions , il est évident qu'une église n'est guère que l'instrument du ministre ou de quelques membres influens ; et nos églises sont en général trop indépendantes et trop justes pour accepter ce rôle dans une affaire aussi grave. Pour suppléer à ce qui leur manque et exciter leur zèle sur ce point, on nous menace maintenant de nouveaux tribunaux ou Comités (co^isociations)^ dont la mission sera de juger les ministres pour leurs erreurs, d'inspecter les églises, de leur donner conseil et assistance pour l'extirpation de <c l'hérésie ». Tandis que les laïques dorment , Tancienne et libre constitution de nos églises est silencieusement minée , elle croule déjà. Comme le raisonnement seul ne peut produire l'uniformité d'opinion , on a recours à de plus puissants instruments de conviction, je veux dire à des Cours Eccliésiastiques.' Sommes-nous disposés à nous soumettre à cette seryitudedégra^dr^nte, à une servitude
qui atteint Tesprit , le paralyse , et lui impose, au lieu de la vérité éternelle de Dieu, les rêves et les fictions des hommes ?
Ces remarques m'amènent à la dernière considération que je ferai valoir contre le système d'exclusion et de séparation qu'on propose. Ce système ébranlera jusque dans leur»^fondements nos institutions religieuses, il détruira des habitudes et des relations qui ont exercé Tinfluence la plus heureuse sur le caractère religieux de notre peuple. Tout d'abord, si la communion chrétienne et tout ce qui constitue le caractère chrétien doivent être refusés pour cause de différence d'opinions, il faut que « la convention annuelle des Ministres Congrégationels de Massachusetts, » cet ancien lien d'union, soit dissous ; et^ par sa dissolution, nous perdrons l'exemple édifiant, honorable et rare de ministres s'assemblant à époque fixe,' non pour exercer le pO(yvoir et enchaîner les consciences, mais pour se donner réciproquement des marques d'une tendre affection, et pour s'unir dans les secours qu'ils envoient aux familles de leurs frères morts. Cet événement peut réjouir le cœur du sectaire; il ne causera de joie ni à la veuve ni à l'orphelin.
En second lieu, il faut qu'un bon nombre des « Associations de Ministres » établies dans nos différents comtés, cessent d'exister, et fassent place à de nouvelles associations fondées sur la conformité d'opinion. Ainsi, les rapports qui existent aujourdliui entre des ministres d'opinions différentes, rapports qui tendent à élargir l'esprit et à donner de la libéralité aux sentiments, seront affaiblis sinon détruits ; et les ministres, ayant alors des idées plus étroites et devenant plus exclusifs, communiqueront davantage à leurs Églises ce malheureux esprit.
En troisième lieu, les églises voisines, qui depuis leur fondation, ont maintenu entre elles la communion chrétienne, et qui se sont réciproquement conseillées et consolées, deviendront étrangères les unes aux autres ; en adoptant le caractère de leurs guides religieux, elles substitueront les accusations à leurs relations fraternelles ; au lieu de se complaire dans leur mutuelle prospérité, elles chercheront h s'entre-détruire.
De plus , dans la même église , où des Chrétiens ne partageant pas les mêmes idées , se sont longtemps reconnus comme disciples du môme Maître , et se sont assis à la même table de charité, il éclatera des divisions furieuses ; les partis se rangeront sous des chefs différents, la sentence d'excommunication sera lancée par la majorité (si la majorité est « orthodoxe »), contre des frères innocents ; la colère, les récriminations, Tamertume, la haine, se répandront ainsi dans nos villes et nos églises. Beaucoup de nos sociétés religieuses se sépareront et congédieront leurs ministres , les institutions religieuses cesseront d'exister. On sait parfaitement que beaucoup de nos paroisses de campagne ne peuvent entretenir qu*un seul ministre. Elles sont cependant divisées de sentiments; Tesprit seul de charité et d'indulgence a amené cette union qui maintient le culte public. Que la guerre soit une fois déclarée , que l'étendard des partis soit levé, il faudra que le ministre cherche son soutien uniquement auprès du parti auquel il est attaché. Un ministre « orthodoxe » devra rougir de rien demander à des hommes dont il maudit les opinions, et auxquels il dénie tous les bienfaits de TÉvangile. On ne peut pas s'attendre à ce que des Chrétiens
libéraux contribuent de leur bien à soutenir un système d'exclusion et d'intolérance qui est dirigé contre eux-mêmes. Quel sera donc le sort de plusieurs de nos églises? Dès aujourd'hui , leurs ministres ne lutp tent qu'avec peine contre les autres sectes. Lorsqu'ils seront abandonnés de leurs amis les plus utiles , ne faudra-t-il pas qu'ils succombent? Beaucoup d'églises comme la brebis sans pasteur, deviendront la proie de ceux que nous appelons sectaires, mais qui n'auront plus un droit exclusif à ce nom , si l'on adopte le système de division qu'on propose. Beaucoup de ministres seront forcés d'abandonner le champ de leurs travaux et de renoncer aux espérances qu'ils avaient de se rendre utiles; et je crains que le ministère ne perde ce qui lui donne des titres à l'aifection et à la vénération des hommes, lorsqu'il aura engendré tant de désunion et tant de querelles.
Mais ce n'est pas tout. Le système qui refuse le nom de Chrétiens à ceux qui interprètent les Écritures autrement que nous ne faisons , mettra la discorde , non seulement dans les églises, mais dans les familles. En combien de circonstances le père et la mère de famille ne diffèrent-ils pas d'opinion sur les sujets actuels de controverse ? Jusqu'ici ils se sont aimés comme ayant les mêmes espérances de gloire ; dans leurs joies et leurs douleurs domestiques, ils ont eu recours, (ils le croyaient du moins), au même Dieu, par l'entremise du môme médiateur. On leur apprend maintenant qu'ils ont un Dieu différent et un Évangile différent, on leur enseigne que les amis de la vérité ne doivent avoir rien de commun avec ceux qui la repoussent. Que cette doctrine soit admise, et l'un des plus tendres liens
qui unissent les cœurs des époux se trouvera brisé. Il faudra que Tautel de la famille tombe. Dans plus d'un asile domestique, la religion ne sera plus connue comme un lien d'uDîon, mais comme un sujet de discussion, une source de discorde ou de chagrins.
Maintenant, je le demande : Pour quel bien doit-on foire tous ces sacrifices? Le grand but est que certaines opinions, que beaucoup de Chrétiens sérieux ont adoptées après examen, comme étant la vérité de Dieu, soient mises hors de l'Église et redoutées par le peuple comme un des plus grands crimes. L'uniformité d'opinions, — ce bien imaginaire, que les empereurs, les papes, les conciles , les synodes , les évoques et les ministres ont poursuivi pendant des siècles , au moyen d'édits , de symboles , de menaces , d'excommunications , d'inquisitions et de flammes , — voilà le grand objet du système d'exclusion , de séparation et d'ana thème qu'on veut introduire. C'est à cela qu'il faut sacrifier nos habitudes et notre union; cette fin doit être poursuivie par des moyens qui, suivant l'avis d'un grand nombre d'hommes sensés, menacent nos libertés et nos droits les plus chers.
On espère que les laïques qui réfléchissent finiront par ouvrir les yeux sur ce sujet. C'est un fait affligeant que notre forme congrégalionnelle de gouvernement religieux , depuis longtemps établie, soit menacée, et qu'on veuille établir des tribunaux inconnus à nos églises, et inconnus, nous le pensons, aux Écritures, afin que les erreurs et les méprises des ministres et des simples Chrétiens soient jugées et punies coname des hérésies , c'est-à-dire comme des crimes. Dans ces tribunaux,
comme dans tous les corps ecclésiastiques le clergé, qui fait profession de théologie, aura nécessairement une influence prépondérante, de sorte que la question que le public est maintenant appelée à décider n'est , de fait, qu'une nouvelle forme de l'ancienne controverse qui a agité tous les siècles, savoir : si le clergé pensera pour les laïques et leur prescrira leur religion? Si cette question était franchement posée au public, il n'y aurait qu'une réponse ; lirais elle est enveloppée d'une phraséologie obscure sur la pureté et l'ordre de l'Église, phraséologie qui, je le crois, trompe un grand nombre de ministres aussi bien que de laïques, et les fait acquiescer à des mesures dont ils détesteraient la véritable portée. Ce n'est, je l'espère, par aucun sentiment de parti, mais par un attachement sincère à la religion du Christ, que je voudrais réveiller les esprits endormis en leur signalant les dangers qui menacent nos institutions religieuses. Il n'est pas de pouvoir qui grandisse plus vite ou dont on ait fait un plus épouvantable abus , que le pouvoir ecclésiastique. 11 attaque les hommes par la menace d'un malheur éternel s'ils ne se soumettent pas, et graduellement, par la terreur, il amène, les esprits les plus forts et les plus fermes à la soumission. Je n'attribue h personnne parmi nous l'intention d'introduire la tyrannie ecclésiastique ; mais je crois que, dans la ferveur d'un zèle qui peut être essentiellement vertueux , il y en a beaucoup qui sont sur le point de toucher, avec des mains profanes, à l'Arche de Dieu, et qui veulent défendre le Christianisme par des moyens que repousse son esprit' de douceur et de charité. Je crois que beaucoup de personnes , oubliant les principes de la nature humaine et l'histoire de
l'Église, sont sur le point de faire agir un ressort dont elles ne connaissent pas la force et dont elles ne sauraient calculer les effets. Je crois que la semence de la tyrannie spirituelle est jetée ; et , bien que pour un observateur négligent elle puisse paraître « la plus faible de toutes les semences, » elle renferme cependant un funeste principe de développement ; son ombrage mortel peut encore assombrir notre pays.
Le moment est venu où les amis de la liberté et de la charité chrétienne doivent se réveiller et se souvenir des devoirs qu'ils ont à remplir envers eux-mêmes, envers la postérité , envers l'Église du Christ. Le moment est venu où les droits de la conscience, où l'indépendance de nos églises doivent être défendues avec ardeur ; le moment est venu où il faut répondre à la menace et à l'anathème, en montrant que nous ne craignons pas les regards irrités , et que nous ne cherchons pas notre appui dans la faveur des hommes ; le moment est venu où toute assertion de supériorité de la part de nos frères doit être repoussée comme une usurpation coupable. Mais, en agissant ainsi, que les amis d'un Christianisme pur et libéral se souviennent de l'esprit de leur religion. Qu'aucune passion , qu'aucune haine ne déshonore leur sainte cause. En combattant pour l'Évangile , qu'ils ne renoncent pas à ses vertus ni à ses promesses. Nous sommes appelés à traverser l'une des épreuves les plus terribles pour la vertu humaine , l'épreuve de la controverse. Nous devons avoir en nous le sentiment du danger. Quand elle devient un sujet de discussion , la religion paraît souvent perdre son empire sur le cœur et sur la vie. L'esprit de douceur et d'a-
mour fait place h des récriminations pleines de colère et à de cruels soupçons. A la franchise , à la droiture , à la vérité , se substituent les artifices du sophisme ; les sentiments religieux perdent de leur chaleur et de leur tendresse. Veillons donc et prions. Ayons soin que les armes dont nous nous servirons dans cette guerre ne soient pas des armes charnelles. Tout en repoussant l'usurpation , sachons reconnaître Thonnôleté de ceux qui attaquent nos droits de Chrétiens ; tout en repoussant des censures peu charitables, n'oublions pas cette humilité profonde et ce sentiment de notre indignité, avec lesquels nous devons toujours paraître devant Dieu. Dans notre ardeur à soutenir cette grande vérité : que Notre PÈRE QUI EST AUX GiEUX est scul le Dicu suprême, ne néjçligeons pas ces rapports avec lui, sans quoi les idées les plus pures ne serviront de rien pour l'introniser dans nos cœurs. Dans noire zèle à conserver la c parole du Christ, » malgré les symboles et les formulaires humains, n'oublions pas que Notre Seigneur demande que nous le confessions d'une manière moins suspecte, c'est-à-dire que notre vie soit une manifestation de son esprit et de sa religion.
La controverse où nous nous trouvons engagés est pénible ; mais nous ne l'avons pas cherchée : elle nous a été imposée , et nous devons la considérer comme une épreuve à laquelle une Providence pleine de sagesse a jugé à propos de nous soumettre. Comme toutes les autres épreuves, elle doit servir à notre perfection morale. Je suis persuadé qu'elle doit aussi servir la cause de la vérité. Tout en parlant avec défiance de Tavenir, j'espère néanmoins que pour l'Église
chrétienne se lève un jour plus éclatant que tous ceux qu'elle a vus jusqu'ici. L'Évangile doit briller de toute sa gloire. La violence avec laquelle on soutient quelques-unes des altérations de ce divin système, ne peut pas durer ; le manque de charité ave« lequel on veut les imposer, réagira, en faveur de la vérité, comme l'ont fait les pereécutions de l'Église de Rome. Déjà nous avons la consolation de voir un grand nombre de personnes disposées à examiner , sans cette terreur qui a retenu tant d'esprits sous le charme. De cet examen, nous n'en doutons pas, résultera la convi^ tion profonde que le Christianisme est encore défiguré par des erreurs que nous ont transmises des siècles d'ignorance. En découvrant aux hommes les difficultés et les obscurités que présentent les sujels actuels de controverse, cet examen , nous en sommes sûrs , aboutira à ce qui est infiniment plus désirable que la conformité de doctrines, c'est-à-dire à la diffusion de l'esprit de douceur, de bienveillance et de charité. Je demande à Dieu que cet heureux résultat ne rencontre aucun obstacle dans les sentiments peu chrétiens qui , malgré mes sincères efforts, m'auraient échappé dans la présente controverse»