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CHAPITRE VI

L'évolution de l'Église du Xl^ au XIV* siècle : le triomphe du sacerdotalisme*.

I. Théorie nouvelle de l'Eglise, qui l'identifie à la hiérarchie cléricale. — Le clergé dans la société ; la doctrine des deux glaives. Concessions des laïques aux clercs. — Dans quel sens l'Eglise est égalitairc. — Force quelle tire de sa puissance surnaturelle.

— Gomment elle s'exprime en privilèges dans lElatel la Société.

— Abus qui en résultent. — Reproches des laïques aux clercs ; leur portée. — Position du clerc dans le siècle,

II. Pourquoi le clergé n'est pas à la hauteur de sa tâche. — Le recrutement du bas clergé. — Insuffisance de sa culture. — Le recrutement du haut clergé et la simonie. — 11 participe des mœurs féodales. — Trop grand nombre des clercs. — Eléments douteux dans leurs rangs. — Leur genre de vie. — La crise du xui» siècle. — Les ordres nouveaux : les Mendiants. — Leur activité et leurs tendances.

\\\. L effort du Pape vers la centralisation. — Il prétend être le principe de l'ordre sacerdotal. — Il s'élève au-dessus de l'épiscopat. — Complaisance de« évêques ; ses causes. — Subordinalioi) du concile. — Action personnelle de quelques Pontifes : Grégoire Vil, Innocent III, Boniface VIII. — La doctrine de la souveraineté pontificale. — La contradiction de Philippe-le-Bel.

IV. Distance entre l'idéal pontifical et la réalité. — Les vices profonds de l'Eglise : simonie et nicolaisme. — Efforts de Grégoire VII contre eux. — Succès difficiles à obtenir et longtemps contestés. — L'opinion courante sur les clercs aux xii<= et xin« siècles.

V. Constitution du gouvernement pontifical : la curie. — Les cardinaux. — L'Eglise ne devient pas une oligarchie; maïB inQuence capitale de la curie. — Les plaintes contre l'avidité de Rome. — Mauvais exemple qu'elle donne et qui gagne peu à peu tout le clergé. — Inutilité des récriminations.

1. Bibliographie dans P'icker et Ilermelink, Das Mittelaller, S§ 14 à 37.

VI. Grandeur mystique du rêve pontifical. — Impotsibilité de sa réalisation. — Comment il se confond avec un plan humain de domination et d'exploitation du monde. — Résistances qu'il rencontre. — Le besoin et le désir d'une réforme de l'Eglise ; son sens religieux.

Vers le milieu du Moyen Age, une théorie nouvelle de l'Église est en passe de se constituer, qui modifie du tout au tout celle que l'Antiquité avait connue, celle qui subsistait encore, sinon exclusivement, du moins avec quelque vigueur, dans la pensée d'Augustin; je veux dire celle qui définissait l'Église : « la communauté des fidèles », le corps total des chrétiens. Désormais se précise la tendance à considérer comme l'Église la hiérarchie cléricale visible. Je n'entends pas que cette tendance soit entièrement nouvelle, ni qu'il soit impossible de marquer son départ très haut dans la littérature patristique. Je ne prétends pas davantage soutenir qu'elle ne soit pas selon la logique de l'évolution ecclésiastique, ni que la distinction du simple laïque et du clerc privilégié, puis leur séparation dans le culte, ne doive conduire à l'absorption du premier par le second dans la vie chrétienne. Je remarque seulement que le principe de l'exaltation du clerc au-dessus du laïque reçoit, du fait même de l'espèce de déification que s'attribue et se fait reconnaître le Pape, et qui, de lui, rejaillit sur tout le clergé» un développement quasi monstrueux. La représentation antérieure de l'Eglise en perd pratiquement toute valeur et toute signification. Et c'est une protestation au nom de l'antique tradition, une protestation très fondée, qu'enferment ces mots de Philippe le Bel à Boniface VIII : « Notre sainte mère l'Eglise, l'épouse du Christ, est composée non seulement des clercs, mais aussi des laïques ». C'est-à-dire que les laïques ont dans l'Église des droits, de degré différent peut-être, mais de même ordre que ceux des clercs. Pour Tavoir trop oublié.

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VEglise catholique s'est jetée dans un abîme de maux.

Remarquons-le, la théorie des deux glaives, que nous avons déjà rencontrée, encore que de portée surtout politique et formulée par les juristes pontificaux pour justifier les prétentions du Pape, d'abord à ne point dépendre de l'Empereur, ensuite à le dominer, favorise singulièrement cette conception cléricale de l'Eglise. Pour autant que le glaive spirituel l'emporte sur le temporel, VOrdo clericalis paraît supérieur, dans le monde chrétien, à la troupe confuse des laïques. Il l'est par la dignité de sa fonction, par la puissance des privilèges, divins qui en découlent, par une espèce de rapprochement de Dieu, qui est le plus précieux d'entre eux.

Cette primauté d'honneur, les laïques ne la contestent point aux clercs, en théorie, alors même qu'ils s'opposent fort énergiquement, en pratique, à leurs intrusions dans les choses temporelles du gouvernement et de la conduite politique des hommes. De cette condescendance fondamentale découlent, pour l'Eglise, divers privilèges qui sont d'importance.

Et d'abord, c'en est un, évidemment capital, que d'être reconnue comme la première dans la société, en qualité de guide nécessaire des hommes dans la voie du salut, lequel est la grande affaire humaine. Quand saint Bernard proclamée ^ que, des deux glaives, le premier doit être porté par l'Eglise et le second pour elle, personne n'y contredit, parce que l'Eglise tient la norme de la religion et qu'il est généralement admis qu'aux exigences de la religion doit se subordonner la vie sociale tout entière, de même qu'au vicaire du Christ les rois de la terre doivent le plus humble respect; ils lui baisent 1& pied et lui tiennent l'élrier, s'il vient à se hisser sur quelque monture. On peut donc dire qu'en un sens, l'Eglise, dans cette société médiévale, où règne la plus effroyable inégalité, affirme, pour son profit certaine-

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