LA CAPTIVITÉ DE BADYLONK
pour eux de tous ces analhèmes. Et enfin ils se demandaient ce (jue valaient les ordinations opér(5e.s sous l'autorité de Rome ou sous celle d'Avignon, et si vraiment ils avaient des prêtres divinement aptes à leur conférer les sacrements. Pendant que les deux rivaux échangeaient des horions canoniques, que les princes et les docteurs cherchaient en vain un terrain de coneiiiation, les simples chrétiens erraient à l'abandon; ils croyaient ce qu'ils voulaient et comme ils pouvaient. Plus avides que jamais de direction spirituelle, ils se désespéraient d'en manquer; et ils ne se résignaient pas à l'idée que l'unité de l'Eglise pouvait se briser, que la foi n'avait plus un seul centre et un seul gardien assuré. Loin de revendiquer leur autonomie spirituelle, qu'ils se trouvaient à même de reconquérir si facilement, ils la repoussaient comme le plus détestable des fléaux. Plus le désordre allait s'accroissant, plus ils s'attachaient à en chercher le remède dans une restauration de l'autorité et de la tradition hiérarchique. En même temps, et par une espèce de contradiction dont ils n'apercevaient point la fatale nécessité, ils aspiraient de tout l'élan de leur cœur à cette réforme qui leur apparaissait comme l'infaillible panacée, d'autant plus clairement qu'ils la sentaient plus diflicile à réaliser, que même ils en ▼oyaient avec moins de netteté les modalités possibles.
Au reste, telles étaient les prérogatives que l'épiscopat et les princes eux-mêmes, par la série de capitulations que nous connaissons, avaient abandonnées au Pontife, que toute initiative et tous moyens d'entreprendre régulièrement dans l'Eglise lui appartenaient désormais exclusivement et qu'on ne voyait pas comment sortir de la crise sans sa volonté. Comme cette volonté se trouvait double, puisqu'elle appartenait à deux papes à la fois, le monde chrétien tournait anxieusement dans un cercle vicieux.
Il est certain qu'au début du xv« siècle l'Eglise offre un spectacle lamentable. L'état moral du clergé, rongé
par la simonie et le concubinage, est un scandale permanent; les Réguliers, mis à part les Chartreux, ne valent guère mieux que les prêtres séculiers : tous profitent du relâchement de la surveillance, inévitable avec le conflit des obédiences. Il y a d'ailleurs querelle ouverte entre les Mendiants et les Séculiers, et les uns et les autres achèvent de perdre leur prestige dans les injures qu'ils échangent. Si les laïques n'en viennent pas encore généralement à contester la légitimité de l'organisation ecclésiastique, qui se montre si peu efficace dans les nécessités de l'heure, chacun prend, au regard des maux que tous déplorent, l'attitude que son tempérament lui suggère. Les uns s'abandonnent au découragement inerte ; d'autres appellent de leurs vœux le Pape angélique, que jadis Joachim de Flore annonçait, ou, au contraire, rêvent d'une Eglise sans Pape; d'autres cherchent à mériter au monde IC' miracle d'une intervention divine en se livrant en commun à la flagellation; d'autres, enfin, s'associent aux confréries pour s'édifier, pour préparer la réforme que le clergé ne fait pas, et, cela va de soi, l'hérésie les guette : Frères de la vie commune, Béghards et Béguines, à mi-chemin entre le laïque et le clerc, se répandent en bonnes œuvres, en bons exemples, en prédications pressantes. Cependant les docteurs, particulièrement ceux de l'Université de Paris, espèrent que, pour terminer le Schisme, un concile œcuménique se réunira, qui fera la réforme et l'imposera à un Pape, redevenu unique et réduit à n'être plus que l'agent suprême d'exécution des volontés de TEglise.
Cet espoir fut trompé. En donnant une forte entorse à la procédure régulière de convocation, une première expérience de concile fut tentée à Pise en 1409; loin de porter les fruits qu'on en attendait, elle n'aboutit qu'à créer un troisième pape à côté des deux autres. Pourtant l'insistance de l'Empereur Sigismond décida l'un d'eux, Jean XXIII (1410-15), dont les affaires allaient fort mal, à convoquer le concile de Constance (1414-18),