‹ Le Christianisme, médiéval et moderneChapitre 17 sur 45 · I.A CAI'TIVrrii DE UABYLO\E · texte numérisé non relu

I.A CAI'TIVrrii DE UABYLO\E

avec lequel, du reste, il ne tarda guère à se brouiller.

Les réformateurs purent se croire alors maîtres de la situation et ils posèrent les principes nécessaires de leur action, dans la célèbre di'claration du 29 Mars 1415 : Le Concile œcuménique représente l'Eglise militante et tous les fidèles, // compris k Pape, lui doivent obéissance sur la foi, l'extinction du schisme et la réforme de l'Eglise; et le Pape n'a pouvoir ni de le dissoudre, ni seulement de l'ajourner et de le transporter ailleurs contre son gré. Les théologiens romains d'aujourd'hui gémissent encore sur la « triste page dans les annales de l'Eglise >» que constitue pour eux cette initiative du concile de Constance et ils ergotent à l'infini pour établir qu'elle était contraire à la tradition, et illégale et hérétique ; historiquement, c'est tout le contraire qui est vrai. Par malheur, les Pères de Constance ne disposaient point des moyens qu'il aurait fallu pour user utilement de la souveraineté qu'ils venaient de se rendre, et la tâche de réformer l'Eglise dépassait leurs forces. Peutêtre, du moins, auraient-ils pu, avant que de restaurer le Pape unique, prendre à son égard quelques précautions plus pratiques que n'était celle de la déclaration de principe. Malheureusement, si lourd paraissait le schisme à tous les fidèles et tel était le désir d'unité ecclésiastique qui montait de partout vers les Pères, qu'ils furent promplement débordés par la volonté populaire. Ils étirent donc un pape sans tarder davantage ; ce fut Martin V (11 novembre 1417). Aussitôt la joie fit oublier dans la chrétienté, sur le moment, les résolutions les plus sages touchant la réforme.

Fort mal à propos, d'ailleurs, Jean Huss et Jérôme de Prague — l'un et l'autre brûlés vifs à Constance en 1415 — venaient d'agiter devant les Pères du concile la crainte redoutable de l'hérésie et de leur rappeler la nécessité dans l'Eglise d'une autorité prompte et forte. Martin V profita de ces circonstances pour restaurer rapidement la puissance pontificale dans sa totalité. Il

Î68 LE CliniSTIANIS-ME MÉDIÉVAL ET MODERNE

ne tarda guère à laisser tomber les quelques velléités réformatrices qu'il avait d'abord montrées et il employa désormais tous ses efforts à relever Rome de ses ruines, à raffermir l'Etat pontifical, à remettre les cardinaux, trop portés à se croire considérables, en sa dépendance ■étroite, à rétablir le jeu de la curie et aussi à faire la fortune de sa propre famille. Des principes du concile de Constance il ne prit souci que pour préparer leur ruine. II consentit à convoquer un autre concile à Pavie en 1423, mais, dès qu'il y sentit poindre l'esprit de Constance, il prononça sa dissolution.

Ce fut la pression des princes séculiers et des Universités qui, seule, put décider Martin V à convoquer à Bâle le concile général dont les bases avaient été posées à Constance et qui s'ouvrit le 23 Juillet 1431, Alors s'engagea la partie décisive entre l'épiscopat et le Pape et elle dura douze ans. Ce fut Eugène IV qui soutint la bataille, qui fut rude. Le concile alla aussi loin que possible : il se proclama supérieur au Pape, rédigea des canons réformateurs très énergiques, résista ouvertement aux ordres d'Eugène, n'obéit pas même à ses plus menaçantes bulles de dissolution, le déposa comme coupable d'hérésie, vu l'obstination de sa mauvaise volonté à l'égard de l'assemblée, et nomma un antipape (Félix V). Mais les grands docteurs de Constance, d'Ailly, «Gerson, Nicolas de Clémenge, étaient morts successivement ; d'autres, comme Nicolas de Cusa et .ïneas Sylvius, avaient passé à l'ennemi; le concile se trouvait réduit en qualité et même en quantité; surtout la chrétienté gardait l'épouvante du schisme; et la ténacité est plus facile à un homme qu'à une assemblée. Après <]uelque temps d'apparent triomphe, le concile fut vaincu et sa fin (1443) marque véritablement le triomphe

Page 1