LA CAPTIVITÉ DE BABYIONE
(-j- 1523), la repoussent encore : elle aura son heure i. Or le Pape ne fit poiul la réforme et il trompa l'espoir de ceux qui la souhaitaient si ardemment. Ses apologistes modernes prétendent que c'eût été une tâche impossible ; ils sont heureux d'en être sûrs. En tout cas, il ne la tenta pas; il ne modifia même pas les plus mauvaises habitudes de la curie. Les princes séculiers n'eurent plus d'autre ressource, pour limiter l'autorité du Pape chez eux, que de passer avec lui des compromis, comme ils avaient coutume de faire pour mettre un terme aux conflits politi(iues qui s'élevaient entre eux : ce sont les Concordats. Frédéric III en conclut un en 1447 et François I" fit de même en 1516.
Non seulement le Pape ne s'appliqua point à la réforme, mais il se lança dans la grande politique, en Italie et ailleurs. Alors ses dépenses s'accrurent; ses besoins d'argent augmentèrent; du même coup ses scrupules pour s'en procurer diminuèrent encore. Il ne prit plus qu'un très vague souci des besoins religieux ; des fidèles et de leurs plaintes, et Ton vit redoubler les \ maux dont souffrait tout le corps chrétien au temps où I les grands Conciles du xv^ siècle y avaient cherché remède. Au reste, la réforme, telle que le concile de Bàle l'avait imaginée, serait demeurée fort au-dessous des nécessités véritables de l'heure, et un mouvement plus profond se préparait, qui allait prouver aux autorités de l'Eglise qu'une religion ne vit qu'en demeurant d'accord avec les sentiments et les besoins religieux de ses fidèles.
1. En l'attendant, Paul IV, parla bulle Cum ex apostolalus officio (1558), proclame que le Pape est le vicaire de Dieu et de Jésus- Christ sur la terre (qui Dei et Domini nottri J. C. vices gerit in terris), qu'il juge tous les hommes et échappe au jugement de tous. — N'oublions pas, d'autre part, que la Luile dite de la Sainte Cène, dont la première rédaction remonte à Grégoire XI (1372), et qui a été retouchée et complétée plusieurs fois aux trois siècles suivants, porte malédiction contre tous schisraatiques et héréti(|UC8 définis par le Pape. Sa tendance est nette.
De ce mouvement, les prédications de Wyclef et de Jean Huss avaient été les annonces certaines et il fallait de l'aveuglement pour s'imaginer que quelques violences l'avaient enrayé. A la fin du xv*^ siècle, plus d'un signe montre qu'il persiste et s'amplifie. Très nombreux assurément sont encore les hommes qui s'en tiennent au programme de Constance et qui ne travaillent que pour une réforme disciplinaire et administrative de l'Eglise — Savonarole lui-même ne vise pas plus loin ; — mais leurs efforts personnels, même les plus énergiques, demeurent trop dispersés et trop limités pour porter un résultat profitable. Ce ne sont pas les rêveries des Spirituels attardés qui peuvent leur donner plus d'importance pratique; ils ne font guère qu'entretenir le mécontentement chronique et signaler avec précision, un peu partout, les vices intolérables de l'Eglise romaine.
Cependant en Allemagne, dans les Pays-Bas, en Suisse, il est d'autres hommes qui, suivant la tradition hussite et annonçant déjà Luther, ne se contentent pas de penser avec Jean de Wesel, condamné à la prison perpétuelle par l'Inquisition, en 1479 : « Je méprise le Pape, l'Eglise et les Conciles, mais je loue le Christ notre Seigneur. » Ils rejettent comme lui les indulgences, la messe, les jeûnes, les pèlerinages, les vœux monastiques, toute l'armature de la piété romaine ; ils nient la transsubstantiation et l'intercession de la Vierge et celle des Saints. C'est une refonte totale de la religion et de la vie chrétienne que ces hommes-là sentent nécessaire, qu'ils désirent et qu'ils préparent, au péril de leurs jours, sous l'œil redoutable du Saint-Office. Qu'une occasion les groupe et qu'un chef énergique s'offre à les mener au combat, et ils donneront à l'Eglise établie unj assaut qu'elle ne soutiendra pas aisément, car elle ne! porte plus en elle l'expression vivante de la foi des hommes quelle régente. Le gouvernement de la religion, qu'elle prétend toujours être, ne répond plus aux besoins, religieux du temps où nous sommes parvenus.