CHAPITRE IX La Reformations
I. Action de l'humanisme sur la pensée religieuse. — Comment il
conduit à la Réforination. — Sens do ce mouvement.
II. Conditions du succès qu'il rencontre au début du XVI' siècle.
— Mœurs et habitudes du clergé. — Sa responsabilité dans la crise. — Son exploitation de la crédulité. — Son dérèglement ne le conduit pas au scepticisme. — Les initiatives individuelles qui tendent à l'amélioration de l'Eglise. Leur insuffisance. — Réformes d'ordres monastiques ; leur insuccès. — Comment le terrain se prépare pour un mouvement profond.
III. Comment Luther est entraîné à une attaque de fond contre le Pape. — Conséquences sociales de la Réformation. — Révoltes de paysans. — Leur échec et leurs résultats.
IV. Sur le terrain religieux, la Réformation demeure incomplète.
— Pourquoi il en est ainsi. — Succès inégal de la Réformation selon les pays. — Insuffisances de l'émancipation des Réformateurs. — Ils laissent intacts des problèmes capitaux. — Fécondité de leur principe du libre examen de l'Ecriture.— La rupture de l'unité catholique. — Tentatives inutiles pour y remédier.
V. L'évolution des Eglises réformées. — Comment elle aboutit à l'adogmaiisme et à la religion personnelle. — Le<;on à tirer de ce résultat.
C'est de l'action de l'humanisme sur la pensée religieuse et le sentiment religieux qu'est née la Réforme protestante, qu'il est commode de nommer la Réformation pour la distinguer de l'effort de réaction catholique dont le concile de Trente a synthétisé les résultats. Elle s'est manifestée d'abord dans les pays où naguère
1. n. Ilermclink, Re formation und Gegenreformation (3"= volume du Handb. d. Kirchengeschichte, de G. Kruger). Tiibingen, 1911, donne un bon exposé et une bibliographie très complète.
s'étaient marqués avec le plus de force les désirs d'un redressement des abus de l'Eglise; mais elle y a pris très vite une tout autre ampleur que les revendications trop extérieures des conciles de Constance et de Bàle, parce qu'elle s'est placée dans le courant de la tradition des John Wiclef, des Jean Huss et des Jérôme de Prague. Si les Réformateurs n'avaient proposé au peuple des fidèles sincères que l'abolition des abus romains, leur œuvre n'aurait ni pris l'allure, ni atteint la portée que nous lui voyons. Pour eux, et sans même qu'ils s'en doutassent, protester contre les indulgences, contre la simonie, contre les superstitions qui encombraient la foi, c'était faire le premier pas indispensable, ce n'était pas atteindre le but qui était dans leur dessein, bien qu'ils affichassent très sincèrement l'intention de revenir au christianisme évangélique, de provoquer Véclosion d'une religion qui répondit aux désirs et aux besoins nouveaux. Luther, Zwingle, Calvin étaient des humanistes et, en même temps^ des âmes ardentes et pieuses; dès qu'ils raisonnèrent sur leur foi avec leur culture, ils se trouvèrent fatalement entraînés à se séparer de Rome, en rejetant la conception de la religion qu'elle représentait. Tous les humanistes restés chrétiens ne tournèrent pas à la Réforme protestante : leur orientation finale fut affaire de tempérament, de circonstances et surtout de milieu : la besogne de Luther, par exemple, était depuis longtemps préparée en Allemagne et aux Pays-Bas. Tous cependant cherchent une adaptation de la foi chrétienne à leurs besoins religieux, que ne satisfait plus l'enseignement officiel des Ecoles, à la mentalité que leur a faite leur culture ; tous veulent se débarraser des formes religieuses du Moyen Age; et tous s'accordent au moins en ce qu'ils se méfient de la formule desséchante, qu'ils aspirent à une religion qui se confonde avec leur vie intérieure, une religion qui se justifie par leurs expériences personnelles. Dieu même est, pour Calvin, un fait d'expérience.