LA RÉFORMATION
(i'autres du même ordre, sur lesquelles il est souvent bien difficile de se mettre au clair quand on essaie de saisir ce que tel ou tel protestant instruit et réfléchi, et qui continue de se dire chrétien, peut bien garder encore de croyance précise au fond de sa conscience religieuse. Les réponses varient d'homme à homme du tout au tout et nous en sommes venus au moment où chacun se fait, sous l'étiquette chrétienne, une religion à sa mesure et selon ses besoins.
La leçon qui ressort pour nous de cet éparpillement des Eglises réformées et de cet elTritement de la doctrine chrétienne prolestante, c'est, à n'en pas douter, la suivante : dès le xvi'- siècle la dogmatique sur laquelle reposait le christianisme occidental ecclésiastique, le christianisme théologique officiel, était virtuellement caduque et périmée. Dans les communautés prolestantes, où elle ne trouvait pas, pour se soutenir, l'appui d'une organisation traditionnelle très forte et d'une autorité centrale très sûre de sa volonté et de ses intentions, elle a promptement périclité, La simplification, l'espèce d'ébranchage, que les Réformateurs lui ont d'abord fait subir, s'est très vite révélée insuffisante; une mise au point beaucoup plus révolutionnaire était indispensable. Les hommes d'alors ne l'ont pas compris et la suite des événements a mis leur erreur en lumière. En corollaire : si la doctrine et la pratique catholiques, qui, elles, n'ont subi aucune simplification, ont duré et durent encore, ont résisté et résistent à la dislocation, encore beaucoup mieux que leurs rivales, ce n'est pas à leur valeur propre plus haute, à leur vérité intrinsèque plus forte qu'il en faut rapporter le mérite ; c'est à l'effort de rassemblement, à la capacité de contrainte et de maintien de l'Eglise romaine. C'est par cette Eglise et en elle que le christianisme médiéval a prolongé son existence intégrale jusqu'à nous; et ce n'est pas un mince mérite que d'avoir gagné pareille gageure, ne fût-ce qu'en apparence.