Syllabus, lxxx
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regarder comme essentiellement réformable et qu'en dernière analyse, aucun catholique ne pouvait être considéré comme anathème et exclu de la communion des fidèles uniquement parce qu'il s'attachait à une des 70 propositions condamnées par un document qui exprimait l'idéal des Jésuites plus que celui de l'Eglise. Les catholiques libéraux, ou seulement éclairés, se sentant fort gênés par les intempestives précisions que le Syllabus apportait à leurs plus redoutables difficultés, ont naturellement accepté cette exégèse édulcorante. En fait, la curie, sans les décourager complètement, ne les a jamais suivis, et quand, voilà quelques années, un notable catholique libéral, un juriste doublé d'un historien, M. Paul Viollet, alarmé du parti que les ennemis de l'Eglise tiraient du Syllabus, a cru le moment venu de la débarrasser de ce fardeau importun, en montrant combien faible était son autorité canonique et juridique, il a pu soulever l'enthousiasme de quelques catholiques généreux, mais son livre a été mis à l'Index i. 11 ne lui est resté à lui-même que la maigre consolation de penser qu'après tout la Congrégation de Tlndex n'est ni l'Eglise ni le Pape. En pratique, la différence paraît faible et c'est, sans doute, un vague reste de prudence humaine et certaines habitudes imprescriptibles de circonspection diplomatique, qui ont jusqu'ici fait obstacle à la complète confusion entre ceci et cela.
Il semble que la grande préoccupation de la curie romaine soit, depuis longtemps, de ne pas scandaliser les simples, c'est-à-dire de ne pas leur donner d'inquiétude sur la fixité invariable de la doctrine, de les tenir, par suite, strictement attachés à une obéissance aveugle, mais réputée salutaire. Elle sait que les préoccupations d'ordre scientifique, et surtout que l'esprit scientifique, pénètrent très lentement dans les masses populaires — en particulier celles des campagnes — lesquelles vivent
1. L'Infaillibilité du pape et le Syllabut. La mise à l'Index est du 6 avril 1906.
de sentiment irraisonné et non pas de savoir exact et de critique; et, comme elle n'est guère tourmentée ellemême, à ce qu'il semble, par les inquiétudes intellectuelles, que son isolement de la vraie vie lui épargne, elle juge, en tout état de cause, plus naturel et moins hasardeux de scandaliser quelquefois les savants.
Ainsi a fait Grégoire XVI et, après lui^ Pie IX, avec l'encyclique Quauta cura et le Syllahus, et naguère encore Fie X, avecson décret Lame n t abili cl son encyc\\qne Pascendi dominici greijis, qui correspondent assez bien aux deux grandes démonstrations « traditionalistes » de l'autre Pie. On aime à répéter dans certains milieux politiques que Léon XIII pensait d'autre sorte : c'est une erreur et l'on confond les attitudes d'un homme qui répugnait aux violences du geste et du langage, avec ses convictions, dont nombre de textes témoignent qu'elles furent exactement pareilles à celles de son prédécesseur et à celles de son successeur. Il ne serait pas, en effet, difficile de tirer des nombreuses encycliques de ce pape, prétendu libéral, un Si/llabus aussi rigoureusement hostile à tous les principes de la société d'aujourd'hui, à toutes les revendications de la conscience moderne que celui de 1864 ou celui de 1907. Il y aurait grande imprudence à juger des doctrines ecclésiastiques de Léon XIII d'après la légende excessive du pape « socialiste et républicain », édifiée mal à propos sur deux de ses encycliques : Rerum novarum, sur la condition des ouvriers (1891) et Interinnumeras (1892) sur le ralliement des catholiques français à la République. Lorsqu'on prend la peine d'examiner ces documents, la légende s'effondre. L'encyclique lierum novarum porte en réalité condamnation du socialisme et s'inspire des organisations syndicales modernes tout juste assez pour tracer le plan d'une organisation catholique du travail ; et c'est toujours selon l'esprit de l'Eglise, esprit d'autorité, esprit d'ordre et de condescendance pour les forts, qu'elle prétend régler les rapports du travail et du capital. La
charité chrétienne, la recommandation de l'amour fraternel réciproque et de la mutuelle condescendance n'apportent qu'un tempérament, d'ailleurs de style, à des déclarations fort hostiles à l'action ouvrière, même pacifique, par la coalition et la grève. Quant aux instructions politiques de l'encyclique Inter innumeras, elles procédaient du désir de rendre aux catholiques autant d'influence que possible dans l'Elat et d'arriver par ce moyen à obtenir diverses réformes législatives, spécialement l'abolition des lois scolaires. Si, dans les deux cas que je viens de rappeler, Léon XIII avait vraiment pris une attitude différente, il aurait démenti sa vie entière et trahi la tradition pontificale dont il avait la garde.
Toutes les exigences théoriques de la Papauté, que les restrictions apportées, depuis la Révolution, à son autorité l'empêchent seules de chercher à mettre en pratique, sont pour elles imprescriptibles. La suprême concession à laquelle il lui paraisse possible de consentir, c'est de les taire momentanément, quand elle le juge opportun, ou de les présenter avec modération i.
Assurément le Pape pourrait se montrer intransigeant quant à ses droits politiques sur l'Eglise et le siècle, et pourtant accepter une adaptation de la doctrine religieuse, dont il est le gardien, aux exigences d'un temps pour lequel elle n'a pas été faite. En réalité, il ne marque aucune distinction entre ceci et cela; c'est pour lui un tout indivisible. Actuellement, un catholique qui se permet de désapprouver publiquement la politique séculière du Pontife, qui par exemple, critique son attitude dans le grand conflit mondial, de 1914 à 1918, s'expose à des blâmes, voire à des censures ecclésiastiques, presque comme s'il offensait le dogme ou, à tout le moins, la discipline vénérable. Après la foi enl'inerrance de la Bible, nous touchons à la foi en l'inerrancedu Pape.
1. On \im avec grand profit sur tout cela le livre du F. Liberatore, Le droit public de rÉglis». Paris, 1888.
Laissons de côté tout ce qu'il y a de «politique» dans celle attitude du romanisme et ne considérons que sa doctrine, qu'il a cristallisée, qu'il ne veut plus et, du reste, ne peut plus moditier. Il est visible que, depuis le XVI* siècle, cette doctrine n'a fait aucun progrès, A la vérité, deux dogmes ont été formulés et fixés : celui de l'Immaculée Conception, défini d'autorité et par une audacieuse usurpation sur les droits traditionnels du Concile, par Pie IX, le 8 décembre 1854, et celui de rinfaillibililé, accepté par le concile du Vatican, le 13 juillet 1870, malgré l'opposition d'une minorité de prélats courageux, écrasée sous la masse des monsignori italiens et des évêques in partions. Mais, de ces deux acquisitions, la première vient du passé et marque la victoire de la mystique Ihéologique sur l'opinion des plus grands docteurs du Moyen Age, y compris saint Thomas; l'autre consacre tout simplement le triomphe du pontificalisme des Jésuites, sous une forme si excessive et si dangereuse pour le Pape lui-même que jamais, jusqu'ici, il n"a osé se servir explicitement du privilège qu'elle lui a conféré; encore que certains catholiques, troublés dans leur conscience, aient naguère supplié et presque sommé Pie X d'en user pour garantir les conclusions de l'encyclique Pascendi. En définitive, pour si logique que soit une conclusion qui fait du Pape la Voix de Dieu, après qu'il est devenu le Vicaire du Christ et comme le Vice-Dieu sur la terre', elle enfonce davantage encore la Papauté dans le médiévalisme et l'éloigné de Tesprit moderne.
En outre de ces deux acquisitions dogmatiques, des saints nouveaux ont enrichi le calendrier, des miracles édifiants et multiples ont trouvé crédit, plus parfois que
1. On sait que certains exaltés ont attribué le don du miracle à Pie IX et à Pie X, de leur vivant!
l'Eglise elle-même ne l'aurait souhaité, parce qu'ils l'ont d'aventure assez fâcheusement compromise; de grands centres de dévotion ont été organisés, dont les mérites, proclamés à grands fracas, attirent chaque année pèlerins et malades par milliers. Là encore, l'Eglise a subi, accepté, authentiqué des initiatives qu'elle a finalement jugées profitables, mais qu'elle n'avait point prises ellemême. On peut douter que la foi trouve un profit durable à se jeter dans cette grosse thaumaturgie et qu'elle y découvre des chemins qui rejoignent la pensée moderne. En vérité, la gloire de la Salette ou celle de Lourdes, la dévotion au Sacré-Cœur, à saint Joseph, à saint Antoine de Padoue, surtout à saint Expédit, à saint Christophe, marquent le triomphe du matérialisme religieux des simples, sur la religion «en esprit» que réclament les catholiques éclairés. Quoi qu'ils fassent eux-mêmes pour se débattre contre l'enlisement qui les attire d'en bas, ils s'y enfoncent malgré eux. Croire à Lourdes n'est pas «de foi»? Sans doute, mais qui aura suivi le pèlerinage national du mois d'août, qui aura vu la foule des clercs de tout rang qui s'y presse et les pompeuses cérémonies officielles qui s'y déroulent, ne saisira plus bien la différence. Quel est donc le catholique qui oserait aujourd'hui proclamer son incrédulité au regard de la révélation faite à Bernadette et des merveilles qui l'ont suivie? La condescendance des autorités ecclésiastiques à l'égard des plus compromettantes exploitations de la piété ou de la crédulité populaires a de quoi affliger et troubler les catholiques sensés. Les dévotions parasitaires ne sont souvent que des entreprises scandaleuses de mercantilisme, voire d'escroquerie; sans doute elles provoquent de temps en temps des protestations dans les Semaines religieuses, mais elles n'en ont cure. Elles achètent toutes les complaisances, en faisant part de leurs recettes aux grosses œuvres cléricales et elles se couvrent, an surplus, du prétexte par lequel les pires des pratiques peuvent toujours se justifier : édifier les hommes qui ne
cherchent point malice à la religion et ne s'attacheraient pas à elle si on ne la ramenait pas à leur mesure; Dieu profite toujours, au moins, de l'intention.
La lettre et la superstition dominent l'Eglise officielle; elle est devenue incapable de leur tenir tète efficacement et elle ne semble plus croire qu'il soit de son intérêt de l'essayer. En vérité, c'est là se résigner à la mort, et l'appel mystique à la parole du Christ, la confiance dans un avenir sans fin, ne semblent pas, jusqu'ici, infirmer le redoutable pronostic que le bon sens et l'expérience de l'histoire des religions portent sur l'issue du mal qui mine le catholicisme romain. En fait, la dogmatique orthodoxe ne trouve pas d'appuis sérieux chez la plupart des fidèles, qui ne s'attachent qu'aux pratiques et ne cherchent plus à comprendre les dogmes. Il suffit de jeter quelques coups de sonde dans les convictions des catholiques du commun pour s'en assurer. Combien en est-il qui confondent encore l'Immaculée Conception de la Vierge et la Naissance virginale du Christ! Il n'en peut aller autrement, puisque la plupart des catholiques vivent sur des souvenirs de catéchisme et se contentent de formules « impensables » pour eux; les uns s'effacent et les autres se faussent, avec le temps. C'est bien naturel. De nos jours, beaucoup de prêtres font porter leurs instructions uniquement sur les grandes affirmations spirituelles de la religion et sur la morale; ils négligent le dogme de propos délibéré; et ainsi ils adaptent le catholicisme aux besoins pratiques des fidèles.
Ce n'est pourtant pas d'aujourd'hui que ces besoins-là ne réclament plus habituellement le réconfort de la doctrine orthodoxe. H a fallu beaucoup de naïveté pour confondre le romantisme par exemple, qui a parfois remué quantité de mots chrétiens et pris de belles attitudes catholiques, avec un mouvement de retour véritable et proprement interne à la foi traditionnelle. Il en a fallu autant pour confondre avec une victoire spirituelle l'abandon, par une grande partie de la bourgeoisie
française, de ses traditions voltairiennes, dans la seconde moitié du xix*' siècle, et sa conversion au cléricalisme. De nos jours, les passions politiques et les intérêts de classe ont amené ou ramené bien des gens à l'Eglise, qui ne sont dans son troupeau que de très fâcheuses ouailles, à tous points de vue. Enfin, si quelques clercs optimistes ont fondé de grandes espérances sur les conséquences « chrétiennes » de la guerre dernière et sur le triomphant « revival » catholique qui la suivrait, j'imagine qu'ils sont présentement fort déçus. Du moins les écrivains d'Eglise les plus autorisés ont-ils le bon goût de ne pas chercher à dissimuler leur désillusion. Elle était inévitable et on ne risquait point de se compromettre en la prédisant.
Au premier abord, il semble bien que la vie circule encore dans le grand corps catholique; il recrute des clercs zélés, des missionnaires capables du plus ardent héroïsme; ses fidèles peuplent encore les églises; il fait même des fanatiques. C'est vrai ; mais tout cela, qui est en effet la vie, se développe en dehors de la doctrine théologique ou, inversement, en dehors de la vie intellectuelle ambiante. D'abord, le nombre des fidèles assidus aux offices diminue plus ou moins vite partout, et l'indifférence est encore plus à redouter pour l'Eglise que l'hostilité ouverte. En second lieu, l'éducation, toutes fenêtres fermées, de quelques jeunes hommes, d'ailleurs de plus en plus difficiles à trouver dans les milieux éclairés, ne fait pas qu'ils plieront la réalité extérieure à leur esprit; d'ordinaire, c'est elle qui les plie à ses nécessités dès qu'ils les connaissent. Des mystiques insensibles aux objections et aux difficultés critiques peuvent encore s'enfermer, du moins en apparence, dans les cadres de l'orthodoxie et y développer les plus magnifiques vertus ; mais leur nombre se fait plus petit chaque jour et leur exemple n'a guère d'importance, car, je le répète, ne les imite pas qui veut. La liturgie n'est pas le dogme et un instant d'attention prouve
que, mis à part l'espoir du paradis et la crainte de l'enfer, formes traditionnelles où s'enferme avec quelque hésitation le d<^sir de la survivance, l'immense majorité des fidèles ne tient qu'à la liturgie. Enfin l'entêtement irréfléchi dans une opinion et la limitation de l'intelligence qu'il produit fatalement, n'ont jamais porté à personne aucune espèce de profit, ni fondé en faveur d'aucune vérité un témoignage recevable.
Quelque effort qu'elle y fasse, l'Eglise romaine n'a pas le pouvoir d'établir une cloison étanche entre les catholiques et la science séculière. S'ils veulent, c'està-dire s'ils trouvent en eux-mêmes l'énergie qu'il faut pour échapper à l'hypnose de leur éducation et regarder autour d'eux sans un parti-pris aveuglant, ils peuvent apprendre, savoir et penser; et c'est pourquoi nous avons vu se produire, de nos jours, parmi les plus instruits et les plus clairvoyants d'entre eux, un mouvement, à la fois diffus dans ses manifestations et cohérent dans ses tendances générales, celui-là même que Pie X a condamné et qu'on a nommé le modernisme.
(7est un mot très expressif et très juste. Il s'agissait, en effet, de moderniser le catholicisme, opération que l'évolution de la pensée séculière rendait encore une fois nécessaire. Je dis encore une fois, car on a bien compris que l'Eglise, au cours de sa longue existence, avait plusieurs fois rencontré semblable nécessité et s'y était, avec plus ou moins de bonne grâce, pliée. Modeiv nistes déjà les évangélistes d'Antioche et saint Paul, quand ils adaptaient la catéchèse apostolique aux postulats essentiels des religions du salut et prêchaient le «mystère» du Seigneur Jésus: moderniste Origène, quand il organisait la grande conciliation de la pensée grecque et de la foi chrétienne; moderniste saint Augustin, quand il faisait le bilan des profits et pertes de la
pensée chrétienne des quatre premiers siècles et instituait, pour tout le haut Moyen Age, sa doclriDe composite, où circulent tant de courants de sens différents; moderniste encore saint Thomas, quand il repensait toute la dogmatique de son temps en fonction de la philosophie d'Aristote, qui venait de s'imposer aux Ecoles. L'Eglise, en vérité, semble n'avoir vécu que grâce à ces mises au point successives, à ces périodiques rajeunissements de sa théologie, qui la replaçaient dan le courant de la pensée vivante du siècle.
Dès que l'esprit du xix^ siècle a commencé de déterminer ses caractéristiques essentielles : le sens du doute, le désir de la recherche, la passion de la découverte, l'instinct de la méthode et de la logique scientifiques, il est devenu visible, aux yeux catholiques ouverts sur la vie, qu'une nouvelle adaptation de la vieille religion aux nécessités intellectuelles du dehors s'imposerait bientôt. La conquête des libertés publiques, les agitations politiques diverses, les efforts des nationalités pour se dégager des contraintes où les traités de Vienne les avaient encloses, et aussi une hésitation bien naturelle chez des isolés, en face du bloc romain réfractaire et menaçant, ont retardé la crise, c'est-à-dire la manifestation du malaise de la pensée chez les catholiques instruits. Les plus hardis d'entre eux se sont attachés d'abord, en France par exemple, à conquérir ce qu'ils appelaient «la liberté de l'Eglise», dans un Etat qui s'était bien gardé, tout réactionnaire qu'il fût, d'abandonner la domination sur elle, qu'il tenait de la Révolution.
Il est toujours assez imprudent de jouer avec ce dangereux concept de liberté; qui veut être libre sur un point, qui le veut, du moins, au nom d'un principe, ne tarde guère à mal endurer les contraintes d'où qu'elles viennent. L'exemple de Lamennais illustre celte vérité et, dans une mesure moindre, celui de Montalembert et celui de Lacordaire. Tous trois cherchaient le bien de l'Eglise en luttant de libéralisme politique et social avec
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ses adversaires; ils ne touchaient pas à la doctrine et s'attachaient à ruUramontanisme comme k l'appui le plus soliJe contre le pouvoir civil. Pourtant, leurs idées déplurent à Rome, qui leur en demanda rudement l'abandon. Les deux derniers se soumirent, mais Lamennais ne le put pas cl il se sépara, sinon de la foi, au moins de la soci<Hé catholique (1834). Il avait douloureusement éprouvé l'incompatibilité du romanisme et de la liberté, non pas seulemont de la liberté d'essayer de penser, dans les cadres mêmes de l'orthodoxie, mais aussi de la liberté d'agir contre la tradition politique de la curie. Il était, dès lors, facile de prévoir ce qui arriverait lorsqu'il serait question d'initiatives intellectuelles dans le domaine propre de la dogmatique.
Que ce moment dût venir, personne, certes, n'en pouvait douter, qui, dès la première moitié du xix* siècle, prenait la peine de comparer le romanisme à la culture dont l'essor des «ciences déterminait évidemment les caractères propres. Les libres-penseurs, les premiers, marquèrent l'inconciliable opposition : dès 1829, Jouffroy posait le thème si souvent développé depuis : ^Comment les dogmes finissent» ; Michelet considérait l'Eglise catholique comme un uasfre pâli^^, dont les jours étaient comptés. La fin imminente du catholicisme semblait aux «philosophes» d'alors ne plus faire question'. Dans le même temps, des catholiques convaincus et demeurés capables de réfléchir s'arrêtaient devant le même problème, non point en France, mais en Allemagne, où la coexistence des centres protestants et catholiques de vie universitaire a toujours imposé plus d'activité que chez nous à la science et à la pensée catholiques. Et ils songeaient à des conciliations qui ne diffèrent guère de celles que proposaient naguère les hommes généreux accablés par l'encyclique Pasrcndi.
De 1815 à ISiO, environ, un groupe de prêtres wurtembergeois, dont le plus connu est Moekler, partit de