Epist. 55, 9; cf. Epist
3. De cathol. eccles. uniiate, 4. C'est ce texte qui fut interpolé à Rome, au temps de Pelage II (vi^ sic;clei, par l'addition de la phrase célèbre : Celui qui abandonne la chaire de Pierre sur laquelle PEglise a été fondée et lui résiste, pense-t-il être encore dans l'Eglise f Cf. Turmel, Hist. du dogme de la papauté, p. 109.
d'une autre espèce. La Gaule, la Bretagne et V Afrique, et la Perse, et V Orient, et l'Inde, et toutes les régions barbares adorent le même Christ, observant la même règle de vérité. Si Von cherche où. gît l'autorité, le monde est plus grand que la Ville {orbis major est Urbe). Partout où, il y aura un évêque, à Rome, à Engubium, à Constantinople... c'est la même dignité, le même sacerdoce. Ce ne sont pas la puissance de la richesse, 7ii riiumilité de la pauvreté qui placent un évêque plus haut ou plus bas. Au reste tous sont les successeurs des Apôtres. »
Tel est bien la manière de voir de toute l'Antiquité et des premiers siècles du Moyen Age au sujet de la primauté de l'évêque de Rome. Ce n'est pas le pape qui règle, en ce temps-là, les affaires de la chrétienté et qui prononce dans les débats dogmatiques; ce sont les conciles ou les synodes, qu'il ne convoque pas, — hormis, bien entendu, ceux d'Italie péninsulaire où il est métropolitain — qu'il ne préside pas, sauf par délégation de l'Empereur, et dont il n'a pas à examiner et à confirmer les décisions.
Les théologiens romains modernes ont pris de la peine pour établir que les sept premiers conciles œcuméniques^ ceux dont les canons sont, aujourd'hui encore, considérés par l'Eglise grecque comme la base de sa foi et de sa discipline, ont été, d'une manière ou de l'autre, par leur convocation, leur direction ou leur confirmation, subordonnés au pape. Ils ont même parfois, pour nous convaincre, usé de beaucoup de sophismes et n'en ont pas moins échoué dans leur entreprise.
Ces conciles œcuméniques, ce n'est pas le Pape qui les a convoqués, mais bien l'Empereur-, tous sans
1 . Ce sont les conciles de Nicée I (323), de Constantinople I (381), d'Ephèse (431), de Ghalcédoine (451), de Constantinople II (553), de Constantinople III (680) et de Nicée II (787).
2. En ce temps-là, c'est l'Emporcur qui fait véritablement figure de chef de l'Eglise, même lorsqu'il a le bon goût de ne pas se BQÊler de théologie. Théodose considère netlement la foi qu'il approuve comme le principe de l'unité dogmatique de l'Eglise.
exception, et sans qu'il se crût obligé de se mettre d'accord préalablement avec Rome. Le Pape n'a même pas été représenté à tous; par exemple il n'a pas envoyé de légats au concile de Constantinople I pas plus qu'à celui de Constantinople II. Il ne les a pas présidés de droit, et si ses légats y ont obtenu facilement la préséance, c'est seulement que personne n'y contestait la primauté d'honneur attachée au siège de Pierre. Il n'a pas fixé leur ordre du jour; il n'a pas dirigé leurs discussions; il n'a disposé d'aucun moyen pour empêcher qu'on ne votât les résolutions qui lui déplaisaient et, si l'usage s'est établi, dès le second concile, de lui demander d'approuver ce qui s'était fait, c'était en vue du bien de la paix et de l'unité, et non pas du tout parce que cette approbation était considérée comme nécessaire à la validité des canons. La preuve en est que le pape Damase et ses successeurs affectent d'ignorer le canon 3 du concile de 381, par lequel l'archevêque de Constantinople obtient le second rang dans la hiérarchie honorifique et que pourtant ce canon reçoit son plein effet. Et quand Léon I pro4este contre le canon 28 du concile de Chalcédoiiie, qui place ce même archevêque de Constantinople, en Orient, dans la situation de prééminence qu'occupe le pape en Occident, sa protestation n'obtient nullement la modification de la décision prise.
Notons qu'il s'agit là de canons qui intéressent directement ses privilèges et qui modifient gravement la hiérarchie de l'Eglise, puisqu'auparavant c'était aux archevêques d'Alexandrie et d'Antioche qu'appartenaient le second et le troisième rangs ud'honneur». 11 y a plus; les évèques d'Orient, en 381 et en 451, prétendent justifier dans son principe le privilège qui lui assure à lui-même le premier rang; et ils ne trouvent à invoquer qu'un simple fait, à savoir qu'il est l'évêque de Vancienne Rome, de sorte qu'en définitive sa primauté d'honneur ne semble tenir pour eux, qu'à la dignité politique de sa ville épiscopale!
Voilà ce qu'il ne faut pas oublier quand on voit ces mêmes Orientaux réclamer du pape «Za parole de Pierre» en leurs embarras, au besoin en appeler à son jugement, ou s'écrier, comme les Pères de Chalcédoine, ou ceux de Constantinople III, que c'est l'Apôtre lui-même qui a parlé par la bouche de son successeur, ici Léon I, là Agathon! Tous ceux qui comptaient sur l'approbation du pape et espéraient en tirer parti, avaient intérêt à grossir d'avance son autorité et ils n'y manquaient pas. Leurs protestations égoïstes favorisaient assurément les prétentions romaines, mais, d'abord, elles jetaient le Pape en de fort décevantes illusions, dont, d'ordinaire, il n'attendait pas longtemps le démenti. — La vérité reste que ses opinions, en fait considérables toujours, et vraiment considérées par les autres évêques, ne valent pas, en droit, plus que les leurs; l'adhésion qu'ils leur accordent dépend du profit qu'ils en attendent.
Il arrive qu'elles fassent scandale dans l'Eglise. C'est ainsi que le pape Libère soulève dans l'épiscopat orthodoxe un grand émoi en adhérant, pour obtenir de l'Empereur son rappel d'exil, à une formule de foi inquiétante et surtout en souscrivant à la condamnation d'Athanase, le tenace adversaire des Ariens- (357). Ainsi encore, Honorius I, élu en 62&, est accusé, après sa mort, d'hérésie moyiothélite (doctrine qui prétend que le Christ n'a qu'une seule volonté, au lieu de deux, l'une humaine et l'autre divine) et le concile de Constantinople III, sixième œcuménique, condamne sa mémoire et fait brûler ses écrits, en 680.
Comment ne pas remarquer, d'autre part, que saint Augustin, dans son traité sur V Unité de V Eglise, ne fait pas même une allusion à la direction dogmatique de Rome et que saint Vincent de Lérins (v* siècle), cherchant, dans son Commonitorium, à fixer les signes authentiques de l'orthodoxie, ne soufile mot de celui qui remplace aujourd'hui tous les autres : l'accord avec le Pape? Si, d'autre part, cette souveraineté doctrinale et discipli-
naire de Rome eût existé, elle eût constitué, pour les hérétiques, un obstacle qu'ils se seraient efforcés de renverser; or, les nombreux catalogues d'hérésies qui nous sont parvenus, de saint Irénée (ii* siècle) à Philastrius et à saint Augustin (iv* et v' siècles), ne nous laissent rien deviner d'une opposition systématique d'une secte hérétique quelconque au magistère pontifical. C'est donc que ce magistère n'existait pas encore; et telle est bien, en effet, la vérité.
Il y a plus : même assez tardivement, entre la fin du V* siècle et celle du vin', à une époque où, dans la pratique, l'hégémonie du Pape commençait à se préciser, où, par exemple, Léon I avait déjà obtenu de l'empereur Valentinien III (en 455) un édit qui consacrait sa domination sur l'épiscopat d'Occident en raison des mérites de saint Pierre et de la dignité de la ville de Rome, même à cette époque, dis-je, le Pape ne constituait pas un échelon particulier de la hiérarchie ecclésiastique. Un des livres du Pseudo-Denys l'Aréopagite est consacré à cette hiérarchie; le Pape ne s'y distingue point des évèques. Lidore de Séville (631) mentionne les patriarches, les archevêques, les métropolitains, les évêques et pas le Pape, qui n'est, pour lui, que le patriarche d'Occident, comme l'archevêque d'Alexandrie est le patriarche d'Egypte; c'est bien le premier des patriarches, mais n n pas le seul, et il ne diffère pas essentiellement des autres. Tel est encore le point de vue du moine espagnol Beatus, en 789. Personne ne conteste, assurément, en ce temps-là, les privilèges du Pontife romain; on ne les interprète pas encore comme lui conférant dans l'Eglise une situation hors de pair avec aucune autre et, je dirai, canoniquement unique.
Au reste, plusieurs d'entre les évêques romains de l'époque que nous considérons, et non des moindres, tout en occupant avec dignité la chaire de saint Pierre, en maintenant ce qu'ils regardent comme ses privilèges légitimes et en ne marchandant ni leur aide matérielle
ni leurs conseils, parfois pressants, à leurs frères dans l'épiscopat, se défendent encore, avec beaucoup de fermeté, de prétendre régenter l'Eglise. Tels Léon I, Pelage I et Grégoire le Grand.
Assurément le pape Léon s'est fait de sa fonction une très haute idée et peut-être est-il le premier Pontife qui ait nettement affirmé que Pierre vit toujours dans la personne de son successeur, Pierre, que le Seigneur a constitué comme le fondement et le chef de son Eglise^. Pourtant, lorsqu'en 449 il donne son avis dans le débat dogmatique soulevé par l'hérésie d'Eutychès, et qu'il écrit sa lettre à Flavien, il n'émet point la prétention d'en imposer la doctrine sans examen. Il reconnaît même explicitement que sa consultation, pour acquérir la qualité de règle de la foi, doit recevoir l'approbation des autres évèques. Et, en effet, si l'Occident et l'Orient lui font bon accueil, ce n'est qu'après l'avoir examinée et l'avoir librement jugée en orthodoxie. C'est à l'Empereur que Léon lui-niême attribue le rôle d'instrument de Dieu pour maintenir la foi et l'unité dans l'Eglise.
Quant à Pelage I (555-560), nous le voyons louer saint Augustin de s'être souvenu de la doctrine divine qui place le fondement de l'Eglise sur les sièges apostoliques, et il professe lui-même que, dans tous les cas douteux, la règle de l'orthodoxie est à chercher, en effet, dans les Eglises apostoliques. Or, la qualité d'Eglise apostolique n'appartient pas qu'à Rome; elle s'attache également à Jérusalem, à Antioche, à Alexandrie, à d'autres villes encore.
Grégoire le Grand, à la fin du vi* siècle, refusait d'accepter le titre de patriarche œcuménique, ou d'évêque universel, qu'il qualifiait de «sottise avancée à la légère» et il se contentait de la primauté sur les Eglises d'Italie, que l'usage lui reconnaissait.