‹ Le Christianisme, médiéval et moderneChapitre 5 sur 45 · Epist · texte numérisé non relu

Epist

LES ORIGINES DE LA l'APAlTfc; 51

Cependant, diverses causes, d'action convergente, devaient amener presque nécessairement l'évêque de Rome à s'imaginer qu'il possédait de droit la primauté de juridiction sur l'Eglise universelle et à la réclamer.

D'abord la primauté honorifique, qu'il savait lui être due et que personne ne lui refusait, prêtait aisément à confusion, aussi bien que l'habitude suivie par beaucoup d'Eglises de chercher à Rome l'arbitre de leurs débats. Quand les Orientaux, tout spécialement, demandaient à l'immobilité romaine la parole qui guidât leurs incertitudes et mît un terme à leurs interminables querelles, j'ai déjà dit qu'ils exagéraient aisément et, souvent, au delà de leur pensée véritable, les témoignages de déférence et de soumission, si bien qu'à les prendre au pied de la lettre, leurs déclarations semblaient signifier qu'au bout de disputes stériles, qui leur avaient fait quitter la vraie voie de l'orthodoxie et le droit de la foi, ils rentraient consciemment au plein du devoir en sollicitant le redressement de leur erreur des mains du maître suprême de la doctrine et des mœurs. Nous savons que ce n'est pas cela qu'ils voulaient dire; mais, si nombre de théologiens d'aujourd'hui s'y trompent encore, dans l'intérêt de leurs thèses, combien plus tenté de s'y tromper devait être le pape, dans l'intérêt de sa puissance immédiate et, à son jugement, dans l'intérêt certain de l'Eglise!

Il était, du reste, selon la logique de l'évolution gouvernementale de l'Eglise, que son désir d'unité toujours plus forte, après avoir engendré l'épiscopat, puis, au IV' siècle, placé des archevêques au-dessus des évêques et des primats ou patriarches au-dessus des archevêques, la conduisît à la monarchie absolue. Et, s'il en allait ainsi, le monarque ne pouvait être que l'évêque de Rome. Gela, non seulement parce qu'il occupait le plus

glorieux des sièges apostoliques, mais parce qu'en fait il était le seul patriarche en Occident en face des quatre patriarches qui, en se partageant TEglise d'Orient % s'affaiblissaient réciproquement. Il est historiquement clair que si l'évolution logique de l'Eglise fut contrariée et que si, au lieu de l'unité plus forte, ce fut le schisme irrémédiable qui vint, la faute en fut à la circonstance toute politique qui dressa en face du Pape de Rome celui de «la nouvelle Romeo, le patriarche de Constantinople, l'évêque de l'Empereur, dont l'importance séculière compensait la médiocre origine ecclésiastique. Ce fut par un outrage certain à l'authentique tradition qu'un évêque, dont le siège obscurément fondé très tard à Byzance, semblait voué à une perpétuelle subordination, parvint à primer les sièges apostoliques de l'Orient et à entrer en rivalité avec celui de Pierre. Quand le schisme grec se produisit, le Pape s'était déjà ancré dans ce qu'il croyait son droit et ne put considérer l'initiative de Cérularius, dont sortit la rupture, au xi^ siècle, que comme une révolte d'orgueil et de déraison contre l'autorité légitime. C'est ainsi qu'en jugent encore les théologiens romains d'aujourd'hui.

La situation que les faits préparaient au pape trouvait dans les textes de l'Ecriture tous les moyens de se fonder en droit. Plusieurs «dits» prêtés au Seigneur, à tort ou à raison, s'offraient d'eux-mêmes à l'interprétation qui justifierait l'application, pourtant abusive et erronée, imposée par la nécessité : le fameux « Tu es Pierre n et le a Pais mes brebis >^ et le *■<. A ffermis tes frères n, qui flamboient aujourd'hui en lettres d'or autour de la coupole de l'Eglise de Saint-Pierre de Rome, audessus de la Confessio de l'Apôtre.

Pas un seul des nombreux Pères qui avaient eu occasion, durant les premiers siècles, de citer l'un de ces

1. Ce sont ceux de Constantinople, d'Alexandrie, d'Antioche et de Jérusalem, ce dernier reconnu au milieu du v* siècle.

textes et de le commenter, n'avait dit un seul mot qui reconnût en lui le fondement d'un privilège de primauté en faveur de révè<{ue romain, et lui-même mit beaucoup de temps à comprendre ce que chacun d'eux à part et tous trois ensemble enfermaient d'avantageux pour lui. Dès le milieu du v® siècle, pourtant, avec Célestin I, il commence à faire état, à côté de la dignité apostolique du siège de Pierre, du pouvoir des clefs et du droit de lier et de délier que l'Apôtre lui a transmis; mais ce n'est encore là que manière exceptionnelle de parler et qui est loin d'avoir conscience de son avenir. De temps en temps, toutefois, l'affirmation reparait plus ou moins nette et plus ou moins largement exploitée. Vers la fin du vii^ siècle (680), le pape Agathon, pour défendre la mémoire très compromise d'Honorius I, que le concile de Constanlinople III (sixième œcuménique), vient d'ana- Ihématiser, avance, comme une garantie d'infaillibilité doctrinale du successeur de Pierre, le texte (Zc, 22, 32) : «.J'ai prié pour toi afin que ta foi ne défaille pas.... Affermis tes frères^. Mais cette interprétation parait encore, en ces temps-là, commandée par les circonstances et toute personnelle; elle n'obtient aucun succès. Cependant le Pape s'attachera avec de plus en plus de confiance à cette exégèse profitable et il finira par la faire admettre, au moins par les Occidentaux, qui subissent pour leur compte cet entraînement vers la monarchie auxquels les Orientaux résistent uniquement parce qu'il les subordonnerait à Rome; nous savons qu'ils l'acceptent pratiquement au regard de Constantinople. Au septième concile œcuménique, celui de Nicée II, en 787, le pape Adrien I fait lire une lettre dont une phrase, au moins, est significative : « Que soit accomplie la parole du Seigneur... « Tu es Pierre^), de qui la chaire resplendit dans la primauté sur toute la terre et forme la tête de toutes les Eglises de Dieu!»^ Le concile ne dit pas le contraire,

Page 1