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LE TESTAMENT DE JEAN

« Moi. Je souhaite que tous ceux que divise l'Évangile de Jean puissent être réunis par le testament de Jean ! Il est apocryphe sans doute; mais il n'est pas moins divin.

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» Moi. Bientôt ses disciples ne purent plus le porter il » l'Église. Et cependant il ne négligeait aucune réunion, ii et il ne laissait jamais finir une réunion sans adresser à m l'assemblée son allocution, et l'assemblée aurait plutôt » renonce à sou pain quotidien qu'à cette allocution, i) Lui. Qui le plus souvent n'était pas bien étudiée, n Moi. Aimez-vous ce qui est étudié?™ Lui. C'est se- » Ion. — Moi. Certainement, l'allocution de Jean ne l'était n jamais. Elle partait toujours du cœur; car elle était » simple, brève, et de jour en jour elle devint plus brève, » jusqu'à ce qu'elle fut réduite à ces mots... — Lui. Lesi) quels? — Moi. Mes petits enfants, aimez-vous bien. — Lui. n Court et bon. — Moi. N'est-ce pas? mais du bon et du » meilleur même on est bientôt rassasié, quand cela se » répète tous les jours. Dans la première réunion, où » Jean ne put dire que ces mots : Mes petits enfants, aimez - » vous bien, ils eurent un grand succès; on les écouta avec » plaisir une seconde, une troisième, une quatrième fois, » car on savait que le pauvre vieillard ne pouvait en dire » davantage. Mais quand ou vit que le pauvre homme ne » pouvait pas seulement en dire davantage, mais qu'il ne » le voulait pas, ces quelques mots parurent bien fades, » bien froids, bien insignifiants. Frères et disciples ne i» purent plus les entendre sans dégoût, et à la fin ils se n risquèrent à interroger le vieillard : Maître, pourquoi » donc nous dis-tu toujours la môme chose? — Lui. Et » Jean? — Moi. Jean répondit : Parce que leSeigneur l'a » commandé; parce que cela seul, si on le met en pratique, n cs£ suffisant, parfaitement suffisant. — Lui. C'est donc là » votre tesiament de Jean ? — Moi. Oui ! — Lui. Vous » avez bien raison de l'appeler apocryphe ! — Moi. En « comparaison de l'Évangile canonique de Jean; mais il

essence; du chmstianismi;. îai n'en est pas moins divin pour moi. — Lui. A peu près comme vous nommeriez votre belle divine. — Moi. Je n'ai jamais appelé ma belle divine, et je n'ai pas l'habitude demésuser de ce mot. Ce que je nomme ici divin, Jérôme l'appelle dignem Jokanue sententiam — Lui. Ah ! Jérôme! — Moi. Augustin raconte qu'un certain platonicien a dit que le commencement de l'Evangile de Jean : Au commencement était la parole, etc., devrait ôtrc inscrit dans toutes les Églises, à l'endroit le plus visible, en caractères d'or. — Lui. Sans doute ! le platonicien avait parfaitement raison. 0 les platoniciens ! Et certainement Platon n'aurait rien pu écrire de plus sublime que ce début de l'Évangile de Jean. — Mot. Ça peut être. Quant à moi, qui ne fais pas grand cas des éci'ivasserics sublimes d'un philosophe, j'estime que le testament de Jean aurait bien plus de droit à être gravé dans toutes les églises, a l'endroit le plus visible, en caractères d'or. — Lui. Huml — Moi. Mes petits enfants, aimez-vous bien. — Lui. Oui, ouï. — Moi. C'était le testament de Jean que juraient autrefois certaines gens qui étaient le sel de la terre. Aujourd'hui, ils jurent l'Évangile de Jean; et l'on dit que, depuis ce changement, le sel a un peu perdu sa saveur. — Lui. Encore une énigme? — Moi. Celui qui a des oreilles pour eutendre entendel — Lui. Oui, oui, je comprends bien.— Moi. Que comprenez- vous? — Lui. C'est toujours ainsi que certaines gens se tirent d'affaire. C'est assez qu'ils conservent l'amour chrétien. Quant à la religion chrétienne, qu'elle devienne ce qu'elle pourra. — Moi, Me mettez-vous au nombre de ces gens-là? — Lui. Si j'ai droit de le faire, vous devez le savoir. — Moi. Je suis donc obligé de dire un mot en laveur de ces personnes.

» — Lui. Si vous croyez. — Moi. Je ne vous com- » prends pas bien. Alors l'amour chrétien n'est pas la re- » ligion chrétienne? — Lui. Oui cl non. — Moi. Comment » non? — Lui. Car autre chose sont les dogmes de la relin gion chrétienne, et autre chose la pratique qui doit repoli ser sur ce dogme. — Moi. Et pourquoi oui? — Lui. En » tant qu'il n'y a de véritable amour chrétien que celui » qui est fondé sur les dogmes chrétiens. — Moi. Mais » cependant quel est des deux le plus difficile? Accepter h et professer les dogmes chrétiens, ou pratiquer l'amour » chrélien? — Lui. Cela ne vous servirait de rien, si je ii vous accordais que la seconde chose est de beaucoup » la plus difficile. — Moi. Qu'est-ce qui doit me venir en » aide? — Lui. Car il est ridicule que certaines gens se » rendent le chemin de l'Enfer si rude. — Moi. Comment » donc? — Lui. A quoi bon prendra le joug de l'amour » chrétien, quand on ne peut ni l'alléger, ni le rendre » méritoire en confessant les dogmes? — Moi. Oui certes, h nous devrions leur laisser courir ce danger. En consé- » quence, je demande seulement : ont-ils agi sagement » les autres personnages qui, à cause du danger que coun rent cesgens-là, parle fait de leur amour chrétien, leur » refusent le nom de chrétien? — Lui. Cui non competit » definitio, non competit definitum. Ai-je inventé ça ! — Moi. » Mais si nous pouvions toutefois élargir un peu la déS- » nilion? En nous inspirant de la parole de ce brave i) homme : Celui 'gui n'est pas contre nous est pour nous. Vous » le connaissez bien, ce brave homme? — Lui. Parfailc- » ment. C'est le même qui dit ailleurs : Celui qui n'est /itts n avec moi est contre moi. — Moi. Oui ! certainement ; cela » me ferme la bouche. — O vous seul, vous êtes un vrai h chrélien! — Et vous possédez votre Bible comme Satan. »

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